Archives de catégorie : Entendu @

Entendu @42

Au premier plan, mes doigts de pieds enermé dans un platre, au fond, l'hopital saint Joseph.Suite à un accident domestique, comme on dit, j’ai été hospitalisée quatre jours dans mon hôpital préféré. J’y suis repérée comme « patiente déficiente visuelle » (PDV en code administratif) ce qui me facilite souvent la vie en matière d’assistance et de prise en charge. Pour cette hospitalisation, cela a été le cas : chambre seule, infirmières et aides-soignantes attentives à mes demandes (comme ne pas allumer la lumière en entrant dans la chambre, c’est tout bête, mais qu’est-ce que c’est bien), délai de sortie rallongé pour me permettre d’organiser une sortie en toute sécurité, etc. Je pense que le soin est identique pour tous, la différence se situe sur le fait que je ne suis pas obligée d’expliquer ou de me justifier. C’est énorme.
Cela a aussi des conséquences assez drôles comme celle-ci. Avant de descendre au bloc, il faut se laver. L’aide-soignante est là. Elle me propose la douche ou la « toilette au lit ». J’opte pour la première. Elle emballe ma jambe plâtrée aux urgences d’un sac en plastique et m’accompagne à la salle de bain. Elle en ressort.
— Je fais le lit pendant ce temps. Si vous avez besoin.
Sur un pied, l’autre très douloureux et encombré, je retire avec difficulté mon caleçon, puis mon tee-shirt et m’installe. Elle revient, teste la température de l’eau, pose la douchette dans le lavabo, me colle un gant savonneux dans les mains et repart.
C’est la procédure me dira Sarah, pour respecter l’intimité du patient ce qui n’a pas empêché l’anesthésiste de venir m’interroger en pleine douche. Elle était plus gênée que moi, je m’en suis amusée en la jouant vestiaire des filles. Je me lave, me rince, réponds à l’anesthésiste qui repart, clopine pour attraper ma serviette, récupère la blouse stérile dans son sac en plastique, l’enfile, me rassois pour virer le sac en plastique et reviens à l’aide du déambulateur m’installer sur mon lit refait.
Tout ce temps, l’aide-soignante est restée dans la chambre, ne m’a à aucun moment interpellée pour savoir si tout allait bien, ni n’a vérifié que je me lavais et me séchais correctement ni ne m’a aidée à passer la blouse ni… ce que toutes les autres aides-soignantes ont fait. Pourtant, alors que je suis en train de m’essuyer, je l’entends, sans doute au téléphone.
— Bah non, là, je suis débordée, j’ai une patiente DV, je dois tout faire !

Entendu @41

« Ce soir, on parle monde intellectuel et débat d’idées avec Eugenie Bastié. » C’est par cette phrase qu’est annoncée l’arrivée sur un plateau télé d’Eugénie Bastié, journaliste « engagée » au Figaro.
La dame est invitée pour évoquer son nouveau livre La guerre des idées. Son message est beau, œcuménique, un appel du fond cœur à plus de démocratie : aujourd’hui, les personnes aux idées opposées ne débattent plus ensemble !
C’est vrai que c’est un beau message, un bel appel !
Le problème, c’est qu’il suffit de laisser la dame parler pour comprendre que son entreprise est moins reluisante qu’il n’y paraît. En effet, de quoi s’agit-il ? Par exemple, la dame est interpellée sur La Manif pour tous dont elle est une des égéries. Elle déplore que personne « de gauche » ne veuille débattre avec les « têtes pensantes » de ce mouvement homophobe. C’est vrai ça, pourquoi ne pas débattre de l’homophobie avec l’une ces « têtes pensantes » ? Je vous épargne d’autres exemples du même genre mais l’on comprend bien que l’appel de cette personne n’est pas l’appel à plus de démocratie qu’il se prétend être mais une vraie tentative de positionner son idéologie rance au rang d’idée digne d’un débat « démocratique ».

Entendu @40

Entendu ce week-end dans un journal télévisé sur une grande chaîne nationale du service public : « Le centre commercial, c’est aussi un moyen de se balader. »
Et une passante réagissant à l’annonce de la fermeture de ces centres commerciaux géants : « On a besoin de sortir… sinon on se lève le matin, on va travailler et on rentre le soir et on ne voit plus personne. »

Entendu @39

Nous sommes le 17 octobre. Le ciel est bas sur Paris. Il est 10 h 30. Je suis en ligne avec le service de dépannage de mon fournisseur d’accès Internet. Mon interlocutrice me met en attente. Musique. Message publicitaire : « Alors pour vous cet été, c’est plutôt ville, campagne ou plage ? (…) Profitez bien de votre été en restant connecté. »
Y a plus de saisons ! C’est avéré.

Entendu @38

J’écoute des chansons d’une oreille distraite. Passe un tube de Céline Dion Pour que tu m’aimes encore. J’ai cherché, il date de 1995. Il s’agit d’une femme qui parle à la personne qu’elle aime, on peut supposer un homme même si ce n’est pas explicite. Elle lui dit qu’elle tentera tout pour que cette personne l’aime encore, ou devrait dire plutôt à nouveau.
Des paroles m’ont frappée :
« J’irai chercher ton âme dans les froids dans les flammes
« Je te jetterai des sorts pour que tu m’aimes encore
« Je trouverai des langages pour chanter tes louanges »
Mais surtout :
« Je deviendrai ces autres, qui te donnent du plaisir
« Vos jeux seront les nôtres, si tel est ton désir »
Oups ! Il s’agit donc de ne plus être soi-même et d’avoir une sexualité fonction uniquement de ce qui plaît à l’autre. C’est un modèle que renvoie à des centaines de jeunes filles une star internationale. Misère d’une telle image de l’amour comme dépendance amoureuse !

Entendu @37

Il y a une quinzaine de jours, quelqu’un sonne à ma porte en début de matinée. Une jeune homme est dans le couloir et me demande tout de go : « Est-ce vous qui faites des travaux ? ». Je lui réponds par un bonjour puis lui indique que non. Il s’excuse et part frapper à la porte de ma voisine. Je sais que c’est elle qui fait faire des travaux chez elle et sincèrement, cela a dû générer en tout et pour tout une heure cumulée de bruit de perceuse en quinze jours.
Quelques jours plus tard, la voisine vient me prévenir qu’il y aura un peu de bruit le matin. Elle me parle du gars (un voisin du dessous) en me disant qu’il a fait un scandale car étant en télétravail à cause de la COVID-19, il a des rendez-vous téléphoniques qu’il ne peut honorer en raison du bruit desdits travaux. Travaillant juste à côté, je lui indique que ça ma parait très exagéré tant il y a vraiment peu de bruit et que, lorsque c’est le cas, cela dure 15 minutes au maximum.
Vendredi soir, sortant mon vélo pour rejoindre une amie, je tombe sur le monsieur qui entame la conversation (une histoire de poubelles) et me parle du bruit en indiquant s’être rendu compte que ce n’était pas la voisine qui faisait « tout ce bruit » mais les ouvriers du ravalement de façade. En effet, ne pouvant monter sur les échafaudages par temps de pluie, ils font des travaux dans le local technique du premier étage, local jouxtant l’appartement du voisin.
Beaucoup de bruit pour rien donc mais justice étant rendue à ma voisine, tout est bien qui finit bien.

Entendu @36

Une caisse de magasin alimentaire début mai.
Une première personne en train de régler ses achats à une seconde derrière elle : « Pouvez-vous vous reculer, s’il vous plait. Vous êtes trop proche de moi. »
Le seconde personne recule en bougonnant.
Le première personne : « C’est pour vous que je dis ça. »
La seconde personne : « Mais je suis en bonne santé. »

Entendu @35

Kelly Garrett enjambant le corps d’un homme mort pour entrer dans la cabine téléphonique où il a été assassiné :
« — Allo la Police ?
— …
— Je vous appelle pour vous signaler la mort d’un homme. Passez-moi le service qui s’en occupe.
 »
Drôles de dames – Saison 3 – Épisode 12

Entendu @34

Entendu ce matin dans un flash d’information à la radio.
Le cadre ? Un reportage sur le dernier jour d’inscription sur les listes électorales avant les élections municipales de mars (le mois, pas la planète).
Une jeune fille surprise par cette info témoigne.
La jeune fille : « C’est compliqué d’avoir les informations. C’est comme si seuls ceux qui s’intéressent aux élections pouvaient trouver ces infos. »
Moi en écoutant ça, les bras tombant : « Euh… Ben oui. »
Bon, finalement, on est peut être sur Mars.

 

 

Entendu @33

A l’occasion d’un sujet sur les déserts médicaux en France, différentes propositions de solutions sont énumérées. La première d’entre elles est l’instauration d’une obligation pour les médecins de s’installer dans les déserts médicaux pour une durée déterminée. En commentaire de cette proposition, la journaliste précise : « Les principaux concernés sont opposés à cette mesure ». J’attends une fraction de seconde les arguments de ces « principaux concernés » ne comprenant pas très bien pourquoi ils seraient opposés à cette mesure mais je comprends que par « principaux concernés » la journaliste entend « les médecins ».
Désolé mais de mon point de vue et en matière de santé publique, les premiers concernés sont les populations de ces déserts médicaux, pas les médecins.
Bises à Hippocrate.