Archives de catégorie : Délice @

Délice @9

Une assiette d'abricotsIl y a quelques années, un billet sur le prix des abricots m’avait valu une très belle rencontre amoureuse. J’en suis encore nostalgique même si j’ai bien conscience que le temps la commue en mythe et qu’il est essentiel que je sache ne pas m’en leurrer. L’été est là et les abricots avec lui. Cette fois, je les ai payés 4,99 euros le kilo, une fortune ! Je n’ai guère le choix. Je me fais livrer par une « grande enseigne » et il n’y a pas de prix bas en ligne.
Au départ, je pensais n’y prendre que de l’épicerie mais ma voisine, madame D, qui s’occupe du frais a déjà deux marmots dans sa poussette et un tour de reins. Je profite donc de la commande en ligne pour ajouter le plus lourd, comme deux kilos d’abricots. Mon invalidité surnuméraire me laisse le temps de turbiner après que la chair a fondu et que je suce le noyau… et de lancer des abricots comme d’autres jettent des bouteilles à la mer.
Je précise qu’ils étaient durs à l’extérieur, sucrés et juteux à l’intérieur. Ça vous inspire ?

Délice @8

Je suis allée, début juin, passer quatre jours à Berlin. Je voulais y aller en train de nuit plutôt qu’en avion. La liaison ferroviaire directe n’existe plus. Il faut faire au moins un changement de train en Allemagne ; trop compliqué pour moi. J’ai donc pris l’avion.
J’ai toujours un peu peur avant (aller à l’aéroport, récupérer le service d’assistance, attendre…) mais j’adore la poussée des réacteurs au décollage ! Quand je suis allée en Guadeloupe, seule, il y a quelques années déjà (snif), j’ai découvert que je n’ai pas tant peur une fois l’avion en l’air, même si j’ai un peu tendance à penser à l’accident. Les turbulences m’inquiètent toujours ; à l’aller, nous avons été gâtés et la poussée des réacteurs n’était pas si réjouissante. Mais au retour… quel retour !
Après deux heures de retard à l’embarquement, je tombe sur un équipage plus avenant qu’à l’ordinaire. Je m’installe, découvre les consignes en braille et gros caractères à ma place (j’y reviendrai), et attends sagement le décollage. Les passagers s’installent. La cheffe de cabine fait les annonces d’usage et là, un petit miracle se produit.
— Bonjour, je suis [je n’ai pas retenu le nom] votre commandant de bord…
Commandant ? Avec un prénom et une voix de femme ? Une commandante donc. J’en ai été d’emblée émue. J’ai dû faire une trentaine de vols dans ma vie depuis le milieu des années 70 et c’était ma première femme pilote ! Et quelle femme ! Les gaz à fond au décollage. Pas une turbulence (le pilote de l’aller n’y était pour rien mais tant pis pour lui). Le soleil. Peu de nuages. Un magnifique virage sur l’elle avant l’atterrissage et un train qui se pose sans une secousse. Mon exaltation était à son comble.
En descendant de l’appareil, j’ai demandé à l’hôtesse qui m’accompagnait de dire mon émotion à la commandante. Elle s’est arrêtée à hauteur du cockpit, a toqué et je me suis retrouvée dans l’espace de pilotage (encore une première !) à dire mon émotion de féministe à la commandante, allant jusqu’à lui dire qu’elle virait comme personne ! Ça l’a fait rire. Elle était émue aussi, m’a remerciée de mon témoignage. On a échangé quelques phrases de plus ; et on a dû abréger. Mon assistance m’attendait ; elle partait pour Rome.
Rome… Je n’avais rien de prévu les deux jours à venir. J’aurais pu rester dans l’avion. L’Italie ne m’a jamais fait rêver. Par contre, le fait qu’une femme soit pilote d’avion, ça oui, cela me transporte ! Merci madame. Merci à toutes ces femmes qui ont été pionnières et permettent à d’autres de vivre ce qu’elles aiment. Je suis fière et émue. C’est si chouette un vol sur l’elle…

Délice @7

Quand je suis arrivée à Paris, j’ai vécu six ans en résidence universitaire, cuisinant sur deux plaques électriques collectives. J’ai ensuite emménagé dans un appartement et ai décidé de ne pas avoir de four considérant que j’avais pu m’en passer jusque là ce d’autant que les temps de cuisson m’ont toujours semblé exorbitants. J’ai acheté un micro-ondes pour uniquement réchauffer et décongeler, que j’ai remplacé plus tard par un modèle avec grill, considérant cette fois que mon poids ne m’autorisait pas à cuisiner des aliments trop caloriques.
Je ne me suis jamais vraiment servie du grill. Ma-Jeanine me faisait une tarte aux pommes tous les dimanches, Isabelle des gâteaux à la demande, Danielle des cakes, Sarah des pains d’épice, deux fois par an, chez ma mère, je faisais des sablés… L’envie d’un four, pourtant, me taraudait de plus en plus ; la perspective de refaire ma cuisine était une occasion. Je me sentais en suffisante « maturité diététique » pour ne pas trop succomber aux tartes, pizzas, gratins et gâteaux. J’avais vu chez Sarah qu’il existe des fours combinés. C’était ce qu’il me fallait, vu que je n’ai pas la place pour deux fours. Mon micro-ondes fonctionnait toujours. J’attendais qu’il tombât en panne. Et Pierre m’a sauvée !
Il me le reprenait. On était proche de mon anniversaire ; maman me proposait depuis plusieurs années de participer à l’achat. J’ai franchi le pas. Isabelle m’a offert les tôles qui vont bien pour ne pas faire de trop grandes quantités, Danièle une petite terrine pour cuisiner des gratins. Et me voilà partie à faire une pâte brisée pour une pissaladière et deux bourdelots pomme-abricot… dont le sucre a coulé et brûlé au contact de la plaque en céramique. Pas le droit aux abrasifs dit la documentation ! Alors je frotte, en douceur, depuis quinze jours, le temps de vider mon congélateur et pouvoir me mettre à la cuisson au four en congelant le trop et des boules de pâte à dimension de la tôle.
Restera à protéger la plaque en céramique et à caler le temps de cuisson ; cela en manquait la première fois. Et à accepter de faire monter un peu ma facture d’électricité. Je suis cap ! Non ? Chiche !

Délice @6

À propos de désir… du mien.
Je travaille en ce moment à plein temps sur le manuscrit d’un prochain roman rose (Brocoli rose…) et je constate une fois encore qu’écrire des scènes érotiques réveille dangereusement ma libido ; relire me fait moins d’effet mais écrire ! J’en suis tout émoustillée, preuves physiologiques à l’appui. J’écris souvent le matin, après le sport. Je me retrouve à l’heure du déjeuner pétrie de désir, sans trop savoir qu’en faire, à part faire quelques excès de chocolat et de caramels avec le café ; les deux vont si bien ensemble !
Ces dernières semaines, après l’annonce de la ménopause, cela m’a rassurée sur la capacité de mon corps à produire une réponse au désir. Ceci étant, cette satisfaction-là n’est guère satisfaisante. J’ai, bien sûr, la solution de me masturber (je l’évoque car si je ne le fais pas, il y aura bien un Hétéronaute badin pour le faire !) Il me faut pour cela un sujet de désir et les personnages de mes romans ne le sont pas. Un sujet de désir… C’est bien beau mais on en trouve où ?
Si j’en crois une étude de l’Ined, et en me classant dans les professions intellectuelles, ce serait dans les « lieux réservés », « association, lieu d’études ou de travail, salle de concert… » et « lieux privés », « réunions de famille ou d’amis » : je ne fréquente jamais les seconds ; restent les premiers ce qui donne une judoka au judo là où mon club n’a pas recruté de femme de plus de 50 ans depuis moi et les associations où je milite… essentiellement derrière mon écran sans aller ni aux réunions, ni aux fêtes, peu aux manifestations qu’elles organisent.
Verdict ? Peut-être devrais-je changer de registre d’écriture ?

 

Délice @5

Je suis allée chez ma dentiste l’autre jour. Isabelle m’a appelée dans la soirée pour demander de mes nouvelles.
— Allô ! c’est la petite souris…
Je n’avais malheureusement pas conservé le chicot retiré. On papote.
— Tu n’as pas eu trop mal ?
— Juste la piqûre. J’ai bien douillé. C’était très enflammé. La dentiste m’a dit de respirer en haletant, comme un accouchement.
— Poussez !
On rit… Et on dérive sur la circulaire qui devrait voir être supprimée la « case en trop ».
— Ma dentiste m’appelle toujours « mademoiselle Jung », d’ailleurs.
— Eh bien, si elle pense que tu as accouché, elle a les idées larges !
Trop forte !

Délice @4

Un lot de perdu, une amitié de gagnée ?L’amitié est une chance et se construit. C’est un mélange de ce qui peut se partager, se prendre et se donner. Parfois, il y a du hasard, par exemple dans une tombola. Cécyle, chaque année, depuis je ne sais plus quand, m’offre des billets de la tombola des pompiers de Paris, comme elle m’offre le calendrier de la BSPP, parce que jeune j’aurais sans doute un peu voulu être pompier et parce que c’est un cadeau d’amitié. L’amitié est un hasard qui se construit.

Délice @3

Le 21 juin dernier, jour de fête de la Musique, j’ai eu le grand bonheur de passer ma ceinture orange : onze prises debout, huit étranglements, une clé ratée, quatre immobilisations enchaînées. J’avais déjà validé les chutes et les retournements lors d’une séance précédente de passage collectif. Et je ne sais pas s’il est possible d’imaginer ma fierté.
L’an dernier, à la même période, on m’avait « donné » ma ceinture jaune. Je n’avais pas eu le sentiment de l’avoir méritée et avais eu du mal à la porter. J’avais fait de mon dépit un édito sur mon site. Cette année, ce passage a été un peu chaotique : mon sensei se donne beaucoup de mal pour que nous passions tous notre grade et il m’avait zappé une fois tant nous étions nombreux. Puis c’est ma partenaire qui était absente. Puis le temps avait manqué…
J’y avais presque renoncé. Je l’avais tant travaillée (sur le tatami mais aussi dans mon salon, et à l’écrit pour apprendre le nom des prises) qu’elle me semblait acquise ce d’autant que mon sensei me l’avait dit. Et ce mardi, sans prévenir, il a demandé à une judoka si elle avait cinq minutes, s’est assis sur le bord du tatami avec une feuille de validation où il avait déjà noté des choses, et m’a demandé de lui montrer ce que je savais faire.
J’y suis allée, sans peur, tellement ravie de la chance que j’avais de pouvoir montrer mon judo et en éprouver la qualité, en face à face avec lui. Sans peur… C’était ça le meilleur, je crois. Ne pas avoir peur de me tromper ou de mal faire ; et me régaler !
Merci, sensei.

Délice @2

Il n’y a pas que le judo qui procure du plaisir. Je sens venir les soupirs de soulagement… Il y a aussi, au hasard d’une promenade dans une ville d’où l’on n’est pas, un graffiti, posé par une main anonyme sur un rideau de fer.
Je vous présente Gouinella, The Queen of Lesbians, comme c’est écrit sur le rideau !

Je suis fière avec elle. Merci pour cette autre photo.