Archives de catégorie : Credo @

Crédo @17

Depuis presque un an, je suis représentante remplaçante du médiateur de la Ville de Paris. J’assure ainsi des permanences au gré des congés et absences d’autres représentants, dans des mairies d’arrondissement, un Point d’accès au droit, une Maison de la justice et du droit. Après quatre mois d’interruption pour cause de covid, j’ai repris cet été, toujours ravie de cette fonction qui me permet d’accueillir des personnes en difficulté et de participer à la résolution de leur problème.
Il y a quelques jours, j’ai eu un appel de la responsable de la médiation qui m’a proposé de devenir la titulaire de l’une de ces permanences. Ma fierté est immense et dépasse certainement ce que d’aucuns peuvent en percevoir. Elle est à l’identique de ce que j’ai ressenti le jour où j’ai eu mon PSC1, le sentiment d’être une citoyenne à part entière.
— Mais pourquoi ? Ne l’étais-tu déjà pas ?
Ce n’est pas Caddie qui pose la question, car lui sait combien la déficience visuelle exclut à chaque instant, comment l’empilement des petits riens qui humilient et fragilisent quelle que soit la détermination que l’on a parce qu’ils viennent dire à la personne handicapée que je suis d’aller jouer ailleurs que dans la cour des grands, parce qu’à 19 ans l’administration de mon pays m’a déclarée « inapte » et que je crois bien que je ne m’en suis jamais vraiment remise. Cette question c’est un peu tout le monde qui se la pose, parce que ce que je ressens est si intime que je n’aurai jamais assez de billets ou de textes pour l’exprimer, parce que je déploie tant d’efforts pour être à votre monde que l’illusion de mon appartenance est rarement levée.
Alors oui, je suis fière, tellement fière qu’en prenant ma douche le lendemain m’est venue une idée fort saugrenue. Comme ça, entre le shampoing et le savon, j’ai pensé « Aujourd’hui, je peux mourir. » Oui, je peux mourir. Car ma Ville, en reconnaissant ma compétence en toute connaissance de mon handicap, vient de me faire citoyenne ? Oui, cela tant mon émotion est intarissable mais bien au-delà. Cette citoyenneté nouvelle résonne comme une cerise sur un gâteau que j’ai confectionné de mes mains et, à le savourer, me donne le sentiment que j’ai accompli quelque chose qui dit ma vie. Je me réalise ; et ma joie est totale.

Note. Entendez bien mon propos ; je n’ai pas l’intention de mourir ; je n’en ai aucun désir. J’ai simplement accompli quelque chose de tellement immense que… Rassurez-vous, pour vous, ça ne change rien. Quoique. Vous verrez bien.

Note 2. Les représentants du médiateur sont des bénévoles.

Credo @16

Samedi après-midi une fanfare résonne au loin. À la vue des voitures de police stationnées au carrefour en bas de chez moi, je comprends qu’un cortège musical va passer par là.
Premier groupe à passer, la fanfare bien en rang, marchant au pas, toutes et tous portant une même tunique bleu. La musique est enjouée, les habitants du quartiers apparaissent aux fenêtres. Une ambiance sympathique.
Juste après la fanfare, un « dragon » comme on en voit dans les festivités du Nouvel An chinois. Jaune, fin et long, il est vaguement animé par quatre ou cinq personnes. Les « marionnettistes » portent une tunique à la mode chinoise, jaune comme le serpent. Je remarque alors que, si une majorité de personnes sont typées asiatiques, beaucoup sont de type caucasien. Je me dis que cette mixité est plutôt sympathique.
Troisième éléments du défilé, un mini char figurant une barque chinoise parsemée de lotus géants. Au cœur de deux d’entre elles danse une personne dans une tenue que j’interprète comme étant « traditionnelle chinoise ». Un grand panneau faisant office de voile affiche « Falun Dafa », un autre « Vérité, compassion, tolérance ». « Falun Dafa », voilà bien la première fois que je vois ce mot. Je me dis qu’il s’agit sans doute d’une fête chinoise, me disant que cela vient élargir la visibilité culturelle chinoise généralement restreinte au Nouvel An chinois.
Le défilé continue : danseur·e·s un peu éseulé·e·s, puis nouveau défilé en rang mais cette fois-ci sans musique, tunique jaune et une majorité de personnes de type caucasien.
Quelques temps après ce défilé, je décide de me renseigner sur cette fête de « Falun Dafa ». Bien m’en a pris : les infos trouvées me renvoient à la notion de secte mais sans que cela soit très clair : il s’agit d’un mouvement créé par un leader charismatique toujours en activité et très discret ce qui lui vaut d’être plutôt considéré comme une secte notamment en France (ici). Côté chinois, s’il est considéré comme une secte, c’est surtout parce qu’il s’oppose au gouvernement de Pékin.
Pour le moment, j’en suis resté là de mes investigations mais le joyeux défilé m’a paru bien moins sympathique.

Credo @15

Après la forte émotion du début de semaine (ici), l’heure est venue de nous recentrer sur l’essentiel. Et cela est soudainement possible grâce au bienveillant prospectus trouvé dans ma boîte à lettres ce matin…
Couverture avenante à la photo fraîchement sortie d’une banque d’images américaine ou singapourienne et à l’accroche imparable : « Vous serez le bienvenu ! » Évidemment, j’applaudis la parfaite réussite du ciblage car nulle doute, si j’avais été jeune fille, j’aurais eu la version « Vous serez la bienvenue ! »

Invitation aux réunions des Témoins de Jéhovah le 14 avril dans la Salle du Royaume des Témoins de Jéhovah et le 19 avril au Novotel Paris Les Halles

Mais patatra à l’ouverture : j’aurais tant aimé me rendre à la salle du Royaume des Témoins de Jéhovah mais « la vraie vie à ma portée » et le « discours biblique » qui va avec, c’était le dimanche 14 avril dernier !
Bien sûr, il reste la réjouissante « commémoration annuelle du sacrifice de Jésus Christ » le 19 avril prochain mais la salle du Novotel Paris Les Halles, ça fait moins rêver !

Credo @14

Après avoir été condamné à six mois d’emprisonnement avec sursis pour non-dénonciation d’atteintes sexuelles sur mineurs de quinze ans (ici), le cardinal Philippe Barbarin a entrepris de donner sa démission au pape François… Enfin pour respecter la chronologie des faits, il a d’abord décidé de faire appel puis de demander sa démission au pape. « Demander sa démission »  car manifestement dans l’Église, on ne donne pas sa démission, on la demande… On prie en somme.
Hier, mardi 19 mars, le pape a refusé cette démission… en invoquant le droit ! Car oui, point de leçons de morale dans cette décision, point de dogmes à gogo et d’appels à je ne sais quel texte ou quelle croyance. Non, la décision de justice étant suspendue par l’appel, le pape ne s’autorise pas à « démissionner » le triste sire. Don’t act. Puisque le pape renonce, après des siècles et des siècles, à faire appel à la morale, à ses croyances, à ses dogmes et à tous ses colifichets, alors proclamons-le : le pape est mort ! Proclamons-le et réjouissons nous !

Credo @13

En me rendant au judo, je suis arrêtée par le texte d’une affiche publicitaire du Musée d’Art et d’histoire du judaïsme dans les escaliers qui mènent à la sortie de la station Jourdain. « Pas besoin d’être juif pour découvrir le musée d’art et d’histoire du judaïsme. »
D’emblée, ce slogan m’a mise mal à l’aise. Il m’a gênée sans que je ne puisse le qualifier. Antisémite ? Certainement pas de la part de ce musée… Dénonciation au second degré de l’antisémitisme larvé en chacun de nous (ce dont je suis intimement convaincue) qui porterait les non-juifs à ne pas s’intéresser à l’art et à l’histoire du judaïsme ?
C’est sans doute la seconde explication qui vaut. Pour autant, l’inversion du slogan (il faudrait être juif pour visiter ce musée) me choque profondément. Faudrait-il être musulman pour fréquenter l’institut des cultures d’islam, chrétien pour visiter la cloche de Notre Dame ou Suédois pour manger un canelrolls à l’Institut suédois ? Dans ce dernier cas, aimer la cannelle est certes nécessaire mais n’est-ce pas la seule condition ?
Je comprends donc l’intention cachée des initiateurs de ce slogan. Je le trouve néanmoins douteux en ce qu’il valide, mine de rien, un communautarisme où chacun roule pour son clan, se faisant fi de la rencontre de l’autre, renonçant à toute diversité culturelle pour valoriser un entre-soi des plus sectaires. Est-ce cela qui m’a gênée ? À coup sûr.

Credo @12

Le pont de l’Ascension ! Mes amis… le pont de l’Ascension ! Mais ce n’est pas un ouvrage d’art que l’on emprunte pour fuir la surcharge de travail induite par le libéralisme galopant et la réduction des effectifs publics ! Non ! Foi de Cocotte en colère, je m’insurge, et pas uniquement parce que les fonctionnaires… Passons. L’heure est grave et notre Principalate est suffisamment exploitée pour que je ne change pas de sujet.
L’Ascension, donc. Pas besoin de lire les Évangiles ou même d’aller au catéchisme ; Wikipédia suffit : c’« est une fête chrétienne célébrée quarante jours après Pâques. Elle marque la dernière rencontre de Jésus avec ses disciples après sa Résurrection, son élévation au Ciel. » Pas de varappe sur pile (de pont), donc ; ni de déplacements inutiles. Tout se joue dans les églises jeudi et dès vendredi, au turbin ! Non d’un foin.
— T’es dure de la roulette, Cocotte !
Mais pourquoi Caddie ? Il ne faut pas se dérober au travail ! La France a besoin de toutes ses forces vives pour séduire le Grand Capital.
— Laisse-les partir… Tu ne te reposes jamais ?
Un peu, la nuit…
— Tranquille Cocotte. Tranquille. Et promis, elles seront de retour dès lundi 29 avec de nouveaux billets ; d’ici là, c’est vacances en Hétéronomie !
Vacances ?
— Vacances.

Credo @11

KippaIl y a plusieurs mois, j’ai accompagné un ami à un office à la synagogue. C’était à la communauté juive libérale de Paris. Ce n’est que depuis des discussions avec cet ami que j’ai pensé assister à un tel office. Je ne connaissais rien du rituel, que cet ami m’a expliqué un peu avant et au fil de la cérémonie.
Outre la curiosité intellectuelle, j’y allais pour découvrir une ambiance et surtout partager un moment avec cet ami. J’y ai passé un très bon moment, joyeux et très touchant. Si je devais résumer en une citation, la voici « Ne demande pas ton chemin à quelqu’un qui le connaît, tu risques de ne pas te perdre. »
Je retourne à la synagogue ce mois-ci. Cet ami va célébrer sa Bar Mitsva. Ce sera aussi une célébration pour moi, car l’office se déroulera… le jour de mon anniversaire.

Credo @10

ConfessionnalEn vacances en Espagne, j’ai visité quelques églises et, lorsqu’il y avait une messe, je restais un peu. J’ai ainsi découvert le confessionnal technologique. Non pas qu’il y ait une confession via Skype ou par tablette. Il y a un feu d’indication de l’occupation de l’isoloir du pêcheur en pleine contrition.
Pendant l’office, des jeunes occupaient à tour de rôle la place du pénitent, prévenus qu’ils pouvaient prendre par le passage du signal au feu vert. Lors de la confession, ce dernier passait au rouge, de la honte du péché ? Au moins, pas de risque d’être surpris en plein récit de pensée licencieuse.

Credo @9

TextoLes conditions dans lesquelles nous avons trouvé le corps de Ma-Jeanine me portent à une supplique : s’il vous plaît, quel que soit votre besoin de liberté, si vous vivez seul, permettez à ceux qui vous aiment (il y en a toujours !) de s’inquiéter.
« Être inquiet », ce n’est pas se complaire dans l’angoisse, ni avoir une position possessive et inquisitrice. C’est « Se préoccuper, prendre soin ; s’enquérir de. » dit le Grand Robert. Oh ! je sais, il n’est pas si facile d’accepter que les autres soient présents, surtout quand on n’est pas bien. On se cale dans son lit, avec ou sans tisane de thym, et l’on attend que ça passe. On oublie de donner des nouvelles et l’on envoie bouler quiconque s’inquiète : pas envie de parler, pas envie de voir quelqu’un, pas envie de rendre visible notre tête en papier mâché. N’est-on pas assez grande pour s’occuper de soi ?
Sans doute que oui et l’on a bien le droit de s’enfermer chez soi volets fermés. Cela n’empêche pas de faire un signe à celles et ceux qui en demandent… et qui s’inquiéteront, peut-être à juste titre, de ne pas en avoir. Je me souviens avoir été bouleversée par la mort de Guillaume Dustan que l’on avait trouvé plusieurs jours après sa mort ; ma-Jeanine, il en a fallu quatre. Je me demande depuis si ces quatre jours étaient vraiment un hasard : elle avait fait don de son corps à la science, avec une incinération à suivre. Le corps a besoin de repos, après la mort. Il aura au moins eu ces quelques jours… que je n’oublierai pas. J’étais inquiète ; ma-Jeanine ne m’aurait pas permis de l’être. Devais-je passer outre ses silences, cette porte fermée ? À quel moment pouvais-je le faire ? Par quels moyens ?
S’il vous plaît, quel que soit votre besoin de liberté, si vous vivez seul, permettez à ceux qui vous aiment de s’inquiéter ! Et si ceux qui vous aiment n’ont pas de lien de parenté avec vous, donnez-leur des clés, des codes, des consignes ; la mort exige aussi que l’on s’en préoccupe.

Credo @8

Mes toursÀ l’occasion de mon « trebonsivraisert », Petit Mouton et Isabelle m’ont offert une superbe tour Eiffel et Sarah une non moins magnifique tour Montparnasse. Les deux sont venues rejoindre la Cocotte enchantée sur mon espace de travail, Cocotte qui a étrangement trouvé une tour près de son missel à l’église. Me voilà donc bien entourée, protégée, accompagnée.
Sarah avait invité une amie à elle et son compagnon, à ce « trebonsivraisert ». Ils se sont interrogés sur le sens de ces cadeaux. Je leur ai donc expliqué le mécanisme de la triangulation. J’ai bien senti qu’ils étaient un peu inquiets de ma santé mentale mais, en matière d’énergie, même quand on n’y croit pas, on ne le dit pas trop fort, des fois que…
La triangulation, donc. Je vous ai déjà parlé de mon rapport particulier à Montparnasse. Elle me parle quand je cours, et chaque fois qu’elle entre dans mon champ de vision. Elle me protège, je le sais, avec d’autres. Elle veille. Plus récemment, j’ai trouvé en la tour Eiffel une autre sorte d’alliée. Eiffel, elle, est en communication avec le monde. Montparnasse dit qui je suis ; Eiffel dit qui sont les autres et me dit aux autres. Vous me suivez ?
Je connais aujourd’hui quatre points de triangulation qui me permettent de faire boucle avec mes deux tours, d’être au monde, donc. Parfois, une grue nous sert de relais quand Eiffel est dans la brume au point qui se situe sur mon parcours de déroulé. Sur les autres points, nous sommes toujours en direct. Et c’est bon. Bon ? Oui, je suis bien quand je suis en triangulation avec mes tours, bien. Elles sont d’une telle ressource !
Leur représentation sur mon bureau attire mon sourire. L’énergie jusqu’ici se propage. La joie. Elle a des airs de Fée Lanmou, ma joie. Sans doute parce que les personnes qui ne m’ont jamais regardée de travers quand j’évoque mes tours au point de me les offrir à domicile sont les personnes auxquelles je voue le plus serein des amours. Alors… Vous tendez les doigts avec moi, coudes pliés, pouces arrondis ?
Vous y êtes ?
Triangulation !