Archives de catégorie : Couperet @

Couperet @18

Les paroles d’une très jolie chanson de La Canaille, Encore un peu, interrompent ma mise en ligne de la décade. J’écoute jusqu’à la fin…

« J’veux pas mourir mais mon corps me lâche putain c’est moche
« Et là tu regardes droit dans les yeux la plus grande flippe de l’homme
« Et tu t’acharnes à repousser l’ultimatum »

Je ne sais pas pourquoi, cela me fait penser à cet argent que je mets de côté pour pallier la baisse annoncée de mes ressources à 65 ans. Mon corps, à ma connaissance, n’est pas en train de me lâcher et je ne m’inquiète pas tant pour mon espérance de vie. Mais, subitement, cette phrase donne une autre dimension à ce que je mets en œuvre pour m’assurer, autant que faire se peut, des vieux jours tranquilles ; cet argent, bien sûr ; mais aussi le soin que je mets à mon alimentation, mon activité physique, mon sommeil…
Serait-ce une manière de « repousser l’ultimatum », comme si préparer demain était un moyen de se convaincre que l’on ne va pas mourir aujourd’hui ? Cette année de covid m’a appris à moins programmer, à vivre plus « au jour le jour », à n’anticiper qu’a minima. Suis-je en train de renoncer à l’éternité ? Ce n’est pas rien.

Couperet @17

On a tous remarqué que les pouvoirs publics naviguent à vue dans la gestion de l’épidémie du covid-19 alignant au fil du temps des « mesures » dont le sens nous échappe souvent. Pour expliquer cela, on peut arguer du peu d’informations scientifiques et médicales fiables à disposition. On peut aussi considérer que la « logique » des pouvoirs publics vise prioritairement à préserver les intérêts économiques de l’ordre bourgeois, hétérosexiste et raciste dans lequel nous vivons et que le sens se trouve dans la prospérité de l’ordre. C’est ce que je pense. Je ne développe pas, il y aurait d’autres Fragments d’un discours politique à écrire. Ce n’est pas ma priorité, ce qui me mène à cette conclusion se trouve en germe dans les premiers.
Une « mesure » pourtant me semble emblématique de cette logique censée nous échapper ; elle a été prise fin septembre, quand certaines zones sont passées en rouge rouge quand d’autres étaient cramoisies : « La diffusion de musique sur la voie publique ou audible depuis la voie publique est interdite entre 22h et 6h à compter du lundi 28 septembre. » Quand j’ai vu cela, mon sang n’a fait qu’un tour et j’ai répondu à un microbillet Twitter de la Ville en ces termes :

À ma grande surprise, je n’ai pas du tout été suivie sur ce point. Les proches à qui j’ai pu en parler m’ont tous répondu quelque chose comme « Mais non ! Ce n’est pas la même chose… » pour ensuite venir justifier cette « mesure » soit comme étant légitime (éviter les rassemblements sur la voie publique), soit comme appartenant au lot de mesures qui ne peuvent émouvoir parce que, de toute façon, c’est déjà le cas même hors période de Covid (réglementation sur le tapage).
Eh bien non, je refuse de céder à ces arguments : couper la musique n’est pas une mesure comme les autres ; cela porte un sens, dans l’histoire, dans l’actualité ; c’est une mesure phare commune à tous les systèmes totalitaires. Fermer les estaminets et interdire les rassemblements de plus de dix personnes suffit à se prémunir des rassemblements sur la voie publique. Oublie-t-on qui interdit la musique dans le monde, dans l’histoire ? Il semble que oui et j’en suis abasourdie : notre démocratie s’enfonce chaque jour un peu plus dans le totalitarisme sous couvert de « sécurité sanitaire », argument particulièrement tendancieux au vu des politiques menées en matière d’agriculture, d’alimentation, de médicament, d’hôpitaux, d’environnement.
Le mouvement a commencé, à mon sens, un certain 11 septembre et a été accentué au fil des attentats islamistes, la « sécurité » justifiant les atteintes à nos libertés sans que l’on puisse même en faire la simple remarque. Le covid-19 met un coup de massue supplémentaire. Plutôt que d’interroger nos modes de vie, de consommation, de production en tant que causes de la violence politique ou virale, et d’agir en conséquence à court et long terme, on contraint celles et ceux qui en sont les victimes, réduisant chaque jour leurs libertés au profit de leur capacité à produire et à consommer.
Ce qui me peine le plus dans cette affaire, c’est la passivité avec laquelle chacun regarde notre démocratie être vidée de sa substance. Que l’on ne vienne plus me parler d’une adhésion générale à « un autre monde » ! J’ai mis du temps mais j’ai compris que seule une démarche révolutionnaire peut nous y mener. Je n’ai pas peur du désordre. J’ai peur de l’ordre et de notre capacité individuelle et collective à nous y soumettre sans même prendre la peine de nous indigner.

Couperet @16

Le 13 mars dernier, j’ai reçu un mail « Covid-19 : Flash (sic) d’information » de la Lettre citoyenne, outil par lequel la Ville de Paris communique avec les détenteurs de la carte citoyenne. Il est question des mesures annoncées par le président de la République la veille. Je lis avec attention. En plus des séniors, il est fait référence aux « personnes fragiles », « personnes vulnérables », ou « particulièrement vulnérables » en plus des séniors sans véritable définition.
Elle arrive dans un paragraphe consacré aux activités associatives, la Ville lançant un appel ponctuel à bénévoles.

« Toutefois, la solidarité des Parisien·nes doit pouvoir s’exprimer dans ce moment qui touche durement notre pays. Les associations parisiennes et leurs bénévoles peuvent avoir besoin de vous.
« Aussi, si vous ne faites pas partie des personnes considérées comme particulièrement vulnérables (seniors de plus de 70 ans, personnes atteintes de maladies chroniques, de troubles respiratoires, personnes en situation de handicap) et que vous souhaitez participer au maintien de l’activité du secteur associatif, nous vous invitons à vous rendre sur le site Je m’engage pour consulter les besoins des associations. »

J’ai sitôt envoyé un microbillet Twitter tant je suis en colère.

« Quelqu’un peut-il m’expliquer en quoi mon #handicap visuel fait de moi une « personne particulièrement vulnérable » face au #covid19, ce qui me priverait de participer à la vie citoyenne et à l’effort collectif ? Si vous saviez combien ça me… ça me… @Parisjecoute @Paris »

Ce qui me rend vulnérable, c’est le validisme qui s’exprime par exemple dans la communication institutionnelle sur le virus sur les comptes de la Ville comme ici. La question que pose cette lettre « citoyenne » (?) est celle de la participation des personnes handicapées à la vie sociale, politique, économique, culturelle, la vie tout court. Considérer sans distinction qu’elles sont « particulièrement vulnérables », c’est tirer une balle dans le pied dans toute velléité d’inclusion. J’en rage.

Couperet @15

Chaque fois que je cherche un sujet de billet, les médias me le servent sur un plateau, cette fois-ci depuis mon fil Twitter. Le titre, « Une mère et sa fille découvertes mortes dans un appartement du centre-ville de Nîmes », me fait craindre deux nouveaux féminicides. L’événement se passe à Nîmes, ville dans laquelle j’ai des souvenirs. Deux bonnes raisons de lire, ici.
Tout va bien, ou presque : ces deux femmes sont mortes « de cause naturelle » dans des circonstances assez dramatiques pourtant. Elles étaient dans une grande misère économique et sociale. Et le couperet tombe : « La dernière fois qu’elle a été vue vivante, c’était il y a 3 semaines. Elle aurait réclamé à une voisine des pâtes. Cette dernière aurait refusé. »
Ouh là là ! la voisine. Qu’est-ce qu’elle se prend d’un coup ! Mais pourquoi ? Sa tête ne revenait pas au journaliste ? Car franchement, clore ainsi l’article ne revient-il pas à imputer la responsabilité de la mort d’au moins l’une de ces femmes à la voisine ? Et qu’est-ce qu’il en sait, d’ailleurs, notre journaliste, de la manière dont cela a été demandé, de pourquoi la voisine a refusé… Ne peut-il y avoir une bonne raison à refuser un plat de pâtes ?
Il y en a plein, bien sûr. Je n’ose imaginer le sort de la voisine s’il s’était agi de lentilles… Au moins, je gage que les pâtes auront moins de conséquences historiques que les lentilles. Quant à la culpabilité que porte désormais cette voisine, je veux bien me faire nonne le temps de l’en absoudre. Quelles que soient les circonstances exactes de cette affaire, elle ne mérite pas de la porter tant elle n’est forcément pas responsable de cette misère morbide.

 

Couperet @13

— Ben, mince, c’est la cata !
— Ben, qu’est-ce qu’t’arrive Caddie ?
— C’est Frédéric.
— Quoi ?! Y a rien ? Y va bien ? Y a un truc grave ?
— Oui ! c’est grave…
— Oh ! non ! Quoi ? Qu’est-ce qui…
— Il est boucher.
— L’a l’nez bouché ?
— Non, il est boucher ! Il travaille la barbaque !
— Ben, non, t’sais bien qu’il m’a dit qu’il est pro d’rézo.
— Comme il a dit qu’il mange pas de viande. C’était pour mieux cacher la vérité : il est boucher. Tu as bien vu qu’il ne dit rien de son boulot dans sa bio du blogue. C’était une ruse. J’ai tout découvert lors d’un tour de commissions. Il fumait sa clope sur le trottoir, avec son tablier et le couteau pas propre. Heureusement, ma ménagère n’a rien vu.
— Coup d’bol qu’elle est bigleuse. Boucher ? Mais, c’est la catastrophe !
— C’est ce que je me tue à te dire !
— On n’peut rien dire aux Mouton ! Ça l’tuerait.
— Et on se la boucle sur le blogue ! Promets-le sur mes roulettes.
— Promis.
— …
— …
— La cata.

Couperet @12

J’ai été confrontée de près à deux reprises à la mise en cause d’hommes politiques pour harcèlement et violences sexuelles. Je ne connaissais pas ni ne fréquentais le premier, député de la circonscription voisine de la mienne. Par contre, des amies et des compagnes de luttes étaient ses proches, voire ses victimes. L’affaire m’a sonnée. L’idée d’avoir fréquenté des victimes de cet homme sans le savoir, donc sans pouvoir les aider, m’a peinée. Ce qu’elles m’ont raconté ensuite m’a affligée. J’ai publié un communiqué +7 sur le sujet, ici. J’éprouve une compassion sans limites pour elles. Je n’ai pas d’opinion sur lui.
La deuxième affaire, très récente, touche cette fois un militant et élu proche de mon ex-député. Je ne connais pas ses victimes. Visé par plusieurs plaintes, il est mis en examen. Les faits sont graves ; ils font l’objet d’une enquête et il appartiendra à la justice de décider de le poursuivre ou non, de le juger s’il y a lieu. Je dois avouer d’abord que j’en suis tombée de ma chaise. Sans mettre une seconde en doute la parole des femmes qui ont porté plainte, je pourrais faire partie de ces ménagères de plus de cinquante ans qui déclareraient à la presse : « Lui ? Non, ce n’est pas possible. » Et pourtant, cela semble pouvoir l’être, dont acte. Que justice passe ! Elle doit.
Pour autant, je dois aussi convenir, quitte à m’attirer les foudres de certaines militantes féministes, que je ne considère cet homme comme un salaud, ou un porc. Autrement dit, il est peut-être un délinquant, ou un criminel, selon la gravité des accusations qui seront retenues par les tribunaux, mais je n’ai pas envie d’en profiter pour l’insulter ou le dénigrer.
J’ai travaillé avec lui. Sur le plan militant, c’est un homme que je respecte. Sur le plan personnel, je n’ai pas d’opinion sur lui, je ne le fréquentais pas en dehors de nos actions communes. Sur le plan judiciaire, je condamne avec la plus grande fermeté ces faits s’ils sont avérés. Pourquoi je dis cela ? Parce que je crois qu’il faut savoir distinguer l’affection ou le respect que l’on porte à autrui de ses actes délictueux ou criminels. Je crois également que l’idée que cette personne serait un [je vous laisse le choix de l’injure] au motif qu’il aurait commis un « acte particulièrement odieux » est le type de pensées que je n’ai pas. C’est ainsi. Je pense enfin que l’affection, l’amitié, l’amour ou même le simple respect de chacun nous exonère de nous transformer en tribunal.
À chacun son rôle. Le mien n’est pas d’accabler celles et ceux et hen qui me sont proches. Selon mon degré de proximité avec elles, il peut même être de les soutenir qu’elles soient un criminel, un assassin ou un violeur ; je l’ai déjà fait avec des délinquants politiques ou de droit commun et je suis moi-même délinquante même si les délits que j’ai commis n’ont pas été poursuivis. Soutenir n’est pas cautionner ni accepter. C’est simplement aimer, et admettre que l’autre ne soit pas judiciairement irréprochable. J’y tiens.

Couperet @11

CampLa visite des camps de concentration et d’extermination d’Auschwitz-Birkenau commence par le camp d’Auschwitz dont la plupart des bâtiments sont intacts. On passe le portail du camp, on suit une allée, on entre dans quelques bâtiments où l’on trouve des photos grand format, des cartes, des documents officiels d’époque, des vitrines avec des objets personnels de déportés, des cheveux, des valises… Le guide, à chaque arrêt, explique, raconte. L’horreur s’ajoute à l’horreur toutes les cinq minutes.
On passe aussi devant « l’hôpital » où étaient faites des expérimentations médicales sur des humains (vous savez, Mengele). On entre dans la prison avec ce mur en bois pour amortir les balles des exécutés, ses cellules « cabines téléphoniques » (1 m2) où les déportés passaient la nuit, debout, à quatre, ces autres cellules où… je ne sais plus. La somme des horreurs est telle qu’il m’est difficile de me les remémorer toute et, à me les rappeler, là, mes yeux se brident de larmes.
On est arrivés au bout du camp. On revient sur nos pas, par l’allée principale. On passe à l’endroit où se faisait chaque jour l’appel. Une guérite pour le chef. Une potence collective pour les déportés « récalcitrants ». On continue. On va sortir, rendre nos audiophones, prendre la navette pour Birkenau après une pause pipi.
Dernier arrêt. Une autre potence, individuelle celle-là. Y a été pendu Rudolf Höss, commandant des camps d’Auschwitz-Birkenau durant presque toute la guerre. Ce nazi convaincu a été jugé à Nuremberg, puis par le Tribunal suprême de Pologne lors du procès d’Auschwitz (1947). Condamné à mort, il a été pendu là, dans ce camp qu’il a dirigé avec la conviction de bien faire.
Je ressens dans la manière dont notre guide relate cette exécution son assentiment total, avec l’idée qu’il n’était que justice qu’il fût exécuté là où il a commis ses crimes. Je viens de passer plus de deux heures trente au cœur de l’horreur, sonnée par ce que j’y entends, vois et ressens. Dans la prison, j’ai posé plusieurs fois ma paume droite à plat sur les portes en bois. J’avais besoin de ce contact physique pour établir un lien charnel avec le passé, éprouver la mémoire, partager la souffrance des déportés et qu’avec l’amour et la compassion elle s’apaise. Boudhakarathaï.
Je suis à l’instant sonnée.
Et pourtant, une idée traverse mon esprit englué dans l’horreur. Je comprends que les Polonais aient souhaité cette exécution ; mais je reste abolitionniste car la peine de mort ne résout rien, elle est une barbarie que même la barbarie ne saurait justifier. J’en ai parlé avec Isabelle, qui a argué des circonstances. Elle a raison. J’ignore ce que j’aurais fait en 1947 en tant que juge de cet homme (oui, un nazi est un homme, ni un fou, ni une bête, un homme, et c’est cela qui donne toute l’horreur à son crime).
Et pourtant. J’ai ressenti à cet instant, dans le camp d’Auschwitz, une certaine fierté à constater que même le pire du pire de l’horreur ne grevait pas mes convictions. Je l’ai ressentie comme une capacité à résister, l’émotion portant forcément chacun à valider spontanément la peine de mort pour les bourreaux.
Résister.

Couperet @10

ParapluiesJ’ai découvert au hasard d’une actualité le 25 février dernier que Patrick Henry est toujours en prison. Patrick Henry. Cet homme a enlevé et tué un enfant de 7 ans, Philippe Bertrand, en janvier 1976. Ses mobiles étaient « crapuleux » (il demandait une rançon). Il est condamné l’année suivante à la réclusion criminelle à perpétuité, échappant de peu à la peine de mort qu’il avait lui-même réclamée devant les caméras de télévision pour l’assassin de Philippe Bertrand alors que la police cherchait encore l’enfant.
Je me souviens de « l’affaire » Patrick Henry, de son procès, des débats autour de la peine de mort sur le souvenir de l’exécution de Christian Ranucci dont la culpabilité fait toujours doute. Je me souviens de sa première liberté conditionnelle, vingt-cinq ans plus tard, qui s’est soldée par un délit (trafic de cannabis). Si l’on m’avait demandé où était aujourd’hui Patrick Henry, j’aurais dit qu’il était finalement sorti de prison, peut-être, ou qu’il était mort.
Cela fait si longtemps…
Le temps ne peut-il donc pas effacer le meurtre d’un enfant ?
Il ne le peut pas, j’en suis convaincue.
Par contre, que signifie de maintenir en prison un homme quarante ans ? N’a-t-il donc pas fait sa peine ? Veut-on qu’il y meure afin de prouver que « justice est faite » ? Justice pour qui ? Cet enfant mort ? Ses parents ? Que serait la justice si elle ne regarde que du côté des victimes sans se préoccuper des assassins ? Le crime doit être puni. Doit-on également détruire la personne qui l’a commis ?
La cour d’appel de Paris dira le 31 mars si Patrick Henry obtient une liberté conditionnelle après que le tribunal d’application des peines à Melun la lui ait accordée le 7 janvier et que le parquet ait fait appel. Cette mesure d’élargissement était assortie d’un « parcours de probation » soit « plusieurs permissions de sortie sur trois mois, puis un régime de semi-liberté dans un centre de Lille pendant six mois, et enfin huit mois de port du bracelet électronique. »
Quarante ans de prison et dix-sept mois de probation, cela ne suffirait-il donc pas ?
Je ne comprends pas.

Note. J’emprunte l’illustration à deux billets, un d’Isabelle Exposer @6 et le second que je signe, Couperet @6.

Couperet @9

Helen Zahavi, Dirty week-endDimanche 31 janvier 2016. Le président de la République gracie Jacqueline Sauvage ! Youpi ! Hi hi ! Chouette ! Et voilà que les réseaux féministes s’emballent, annoncent la sortie de prison de Jacqueline Sauvage, une victoire dans la lutte contre les violences faites aux femmes… « Nous sommes heureuses. » dit le Collectif pour les droits des femmes.
Heureuse ? Le suis-je aussi ?
Au fil des heures, ma première réaction à la nouvelle reçue par texto d’Isabelle perd un peu de son éclat.

« Le président de la République, en application de l’article 17 de la Constitution et après avis du ministre de la justice (sic), a décidé d’accorder à Madame Jacqueline SAUVAGE une remise gracieuse de sa peine d’emprisonnement de 2 ans et 4 mois ainsi que de l’ensemble de la période de sûreté qu’il lui reste à accomplir.
« Cette grâce lui permet de présenter immédiatement une demande de libération conditionnelle. » [Communiqué de la présidence de la République]

Nous y voilà. Jacqueline Sauvage s’est vu attribuer une « remise gracieuse de sa peine », ce qui est bien loin d’une « amnistie » que seul le législateur peut accorder (article 34 de la Constitution). Autrement dit, Jacqueline Sauvage n’est ni plus ni moins dispensée de peine mais sa condamnation reste inscrite à son casier judiciaire, son « crime » reste entier, sa condamnation pénale indélébile.
J’avoue que je suis un peu contrariée par la confusion que j’ai pu faire entre « grâce présidentielle » et « amnistie » ; je la connais pourtant, la différence, mais j’avais envie de croire que le verdict de la cour d’assises pouvait être judiciairement sanctionné tant la peine était lourde, et notamment les cinq ans de « période de sûreté » ; mais que craignait-on de cette femme pour lui infliger une telle peine ? Que, sortie trop vite de prison, elle engage une lutte armée contre la domination masculine et en assassine d’autres exécuteurs ?
Cela me rappelle un roman d’Helen Zahavi, Dirty week-end (1991). Je vous le recommande.