Archives de catégorie : Cliché @

Cliché @15

Cent un féminicides depuis le début de l’année et lancement aujourd’hui du « Grenelle contre les violences conjugales ». Quant aux actions à la hauteur de ces crimes…
À cette « occasion », reportage sur une chaîne française : une jeune femme morte sous les coups de son ex conjoint. Le « reportage » débute par la description de la victime « jeune, douce, attentionnée et généreuse ». Ouf ! Si elle avait été une fieffée salope, sans doute aurait-elle mérité son sort !

 

 

 

 

 

 

 

Cliché @14

La multiplication des licornes blanches avec des arcs-en-ciel sous les sabots, sur la corne, ou je ne sais où, comme identité LGBT, m’agace. Je dois dire que je n’adhère déjà pas à l’arc-en-ciel comme étendard. Outre que la licorne est devenue un cliché homoréférencé, c’est un filon commercial avec des peluches et jouets de licornes blanches plus ou moins de couleurs. Mais très franchement, entre la dame et la licorne, je choisis la dame même si je dois reconnaître que le sourire de la licorne est bien plus enthousiasmant.
L’autre jour, à La Poste de mon quartier, je vois une affiche pour vanter un service d’envoi de colis avec la photo d’une licorne. C’est une peluche pour enfant, mais très LGBTesque, car assez colorée.
Le slogan :

« Les meilleurs parents du monde ?
« Oublié à Reims
« Livré à Nice
« Demain avant 13h ou offert
« Envoyez et vous serez adoré ! »

J’avoue ne pas bien comprendre : parents est au pluriel, adoré au singulier ; qui envoie quoi à qui, les parents à leur enfant ? des amis aux parents pour leur enfant mais ce sont les parents qui paient le colis ? Bref, ce n’est pas clair. En revanche, la référence homoparentale l’est. Malin le service commercial de La Poste.
Si vous trouvez encore que les licornes sont un emblème LGBT tout mignon, je vous rappelle que les licornes désignent en économie les startups valorisées à plus d’un milliard de dollars. Cette référence au capitalisme financier devrait vous refroidir, enfin j’espère. Pour vous consoler de cet amalgame avec ce bel animal fantastique, je vous invite à le retrouver au musée du Cluny. Les griffons y sont aussi très mignons, sans parler des lapins, quand on connait la symbolique du lapin au Moyen-Âge…

Cliché @13

Je suis allée consulter l’UFC Que Choisir à propos de mes fenêtres. Nous allons tenter de demander une indemnisation à notre bailleur pour le retard accumulé qui grève nos factures de gaz. Pendant que j’attendais mon tour, une dame est arrivée. Elle explique à la bénévole qui fait le tri des arrivants qu’elle est propriétaire d’un garage et que son locataire ne paie pas son loyer. La bénévole répond du tac au tac que l’association ne prend pas en charge les litiges entre professionnels. La dame répond qu’elle n’en est pas un.
— Vous êtes propriétaire !
La dame soupire, à l’évidence heurtée que l’on puisse faire un tel amalgame. La bénévole finit par accepter de se renseigner. La dame s’assoit à côté de moi. J’ai déjà dégainé Petit 6 pour lui trouver une association de propriétaires. Je lui indique qu’une autre solution est possible. Elle en est ravie.
— Mais quand on est propriétaire d’un bien, on n’est pas un professionnel.
— Je sais… mais vous savez, les clichés sur les propriétaires.
Elle soupire derechef.
La bénévole revient. Son affaire va être entendue. Elle insiste pourtant une dernière fois sur le fait de savoir si cette dame n’est pas propriétaire. J’ai noté sur un papier les coordonnées de l’association que j’ai trouvées. Je le lui donne.
— C’est juste plus cher, 90 euros d’adhésion au lieu de 30. Mais ils donnent aussi des conseils.
Elle me remercie. On blague encore un peu sur les propriétaires qui ont plus d’argent que les locataires. C’est mon tour. J’y vais.

Cliché @12

Que Choisir de septembre 2017 nous propose un article qui s’annonce croustillant sur les ratés de Chronopost : « Chronopost a ses journées portes ouvertes » ; « Anne avait oublié son sac à main chez sa mère », dit le chapeau, « (…) elle n’a jamais reçu le colis, perdu dans des circonstances abracadabrantes ! ». Je me frotte les mains et attaque joyeusement la lecture de l’article ; j’adore les histoires à rebondissement où la société de consommation se perd dans sa propre inefficacité. Première phrase.

« L’angoisse des femmes : perdre leur sac à main ! »

Et ma main qui se perd dans ta gueule, elle t’angoisse, cher rédacteur de Que choisir ?
Excusez-moi, c’est la première réaction qui m’est venue. Ce n’est pas la première fois que je relève des propos ou illustrations sexistes dans ce magazine que j’affectionne mais, là, on touche le pompon (et l’on a envie de couper la queue du Mickey) ! Pourquoi cette phrase totalement inutile à l’article, qui parle ensuite du contenu du sac, renvoyé par Chronopost et perdu ? Par sexisme ordinaire, banal, qui entretient les clichés et la domination masculine ? Je ne vois pas d’autre explication. J’en suis affligée.
Je remarque que l’article est signé avec en prime le mail du rédacteur en question (un homme, bien sûr). Je me ferai un plaisir de lui envoyer ce billet ; je vous dirai s’il me répond.

Cliché @11

J’ai eu l’opportunité récemment, grâce à Isabelle, de passer une petite matinée au second étage de la tour Eiffel avec à peine cinquante personnes là où la jauge en accepte deux mille. J’en suis fan, de la tour Eiffel, on le sait. Et ces conditions de visite étaient en tout point exceptionnelles.
Nous sommes montées à pied, pour le plaisir ; l’équivalent de trente étages. Isabelle a été plus rapide que moi. Nous avons résisté à l’appel du troisième étage, je ne m’en sentais pas capable. Puis nous avons visité la plateforme, nous sommes posées sur un banc pour que je mange le petit-déjeuner que j’avais apporté, partageant des crêpes avec Isabelle. Il n’y avait aucun brouhaha pour venir troubler celui des véhicules circulant en bas. Isabelle a fait des photos. Elle se mirait dans le panorama, ravie.
En redescendant par l’ascenseur deux heures plus tard, j’ai osé la question qui me taraudait depuis un bon moment.
— C’est quoi l’intérêt de visiter la tour Eiffel ? La regarder, je comprends. Elle est belle. Mais lui monter dessus ?
— Profiter de la vue.
La vue. Ce doit être ce qui me manquait. J’ai été un peu oppressée par les grilles anti-chutes. La vue ne me semblait pas si dégagée. Cela m’a rappelé le séjour à Istanbul et Athènes, cet ennui que j’ai ressenti à la visite de monuments fussent-ils magnifiques et imprégnés d’histoire. Je crains que ce ne soit définitif ; la visite de monuments historiques m’ennuie profondément. Je préfère, avec Eiffel et Montparnasse, pratiquer la triangulation. Là, au moins, on s’aime.

Note. Merci à Isabelle pour cette superbe photo !

Cliché @10

Je suis tombée (ouille !) sur un article de 20 Minutes « Paris : Suicides, accidents et punaises… Les mal-voyants de l’hôpital des Quinze-Vingts s’insurgent » le 13 février dernier qui relate la situation particulièrement précaire de déficients visuels logés (sans titre) dans la résidence Saint-Louis au sein de l’hôpital des Quinze-Vingts. Dans un premier temps, j’en souris : depuis quand les bigleux voient-ils les moisissures et les cafards ? J’ai toujours eu l’esprit assez caustique.
Quand j’arrive à la fin de l’article, j’avoue que là, les bras m’en tombent et, pour une fois, je peine à les récupérer. Je cite la conclusion de la directrice de l’hôpital face à la recrudescence des suicides et aux craintes d’expulsion : « Ils sont très craintifs. Ils ne voient rien donc ils sont dans la méfiance. Je dois donc les rassurer. »
Ben voyons ma chérie ! Les aveugles sont craintifs parce qu’ils n’y voient pas et les valides sont des imbéciles parce qu’ils y voient trop ? Ne seraient-ils pas plutôt craintifs parce qu’ils sont logés sans titre dans des conditions déplorables ? Cela me fait penser au lot de propos convenus dès qu’un SDF meurt : « le froid tue » ! Non, c’est la misère qui tue, pas le froid. Et c’est sa précarité qui rend le bigleux craintif, pas sa bigleuserie !
M’a énervée la dame ! Finalement, je vais récupérer mes bras ; cela peut être pratique pour lui expliquer la vie.

Cliché @9

JudoUne ordonnance en poche, je me rends à la pharmacie. Mon médecin m’a alertée sur de possibles tendinites en effets secondaires du traitement donné.
Ma pharmacienne préférée n’est pas là. Je suis servie par une de ses jeunes consœurs. Elle apporte les boîtes de médicament. Je l’interroge sur les effets secondaires, sachant que les pharmaciens connaissent souvent mieux les molécules que les médecins ; normal, c’est leur métier.
Elle me met en garde contre le risque de tendinite, indiquant que l’effet est rapide là où mon médecin m’a parlé d’effet à moyen terme. Elle poursuit.
— Vous faites du sport.
— Oui, une heure par jour en moyenne.
— Il faut arrêter.
Je lui indique que c’est hors de question, que j’ai besoin de faire du sport.
— Vous faites quoi comme sport, de la marche genre nordique ?
— Du judo.
Elle baisse les yeux sur son écran, comme surprise.
— Votre ordinateur vous donne mon âge ?
— Oui.
— Eh bien à 53 ans, on peut faire du judo.
Heureusement qu’elle ne m’a pas dit aquagym, j’aurais pleuré.

Cliché @8

tee-shirtsJ’ai beaucoup de choses à écrire sur ma visite en Pologne. J’espère que vous aurez remarqué que j’essaie d’alterner les billets plus « futiles », pas dans l’importance du sujet (quoi que le prix de câpres), mais plus dans l’émotion que le sujet peut susciter. Je ne veux pas vous assommer d’horreurs. Mais cette horreur, elle est là. Je ne peux pas non plus vous l’épargner.
Un sujet futile, donc, pour ce matin. Ou presque.
« Fort comme papa », « Jolie comme maman » ; tels ont été floqués deux tee-shirts (un rose, un bleu, bien sûr) en vente dans une grande enseigne du Finistère. L’énormité de ces inscriptions m’a d’abord fait sourire. Elles sont sexistes, à l’état pur, en ce qu’elles assignent à chaque sexe un rôle social précis, être « fort » pour papa, et « jolie » pour maman. Rien à dire là-dessus.
Par contre, l’article qui relate l’anecdote, contre le sexisme par un titre « Joli comme papa, forte comme maman » qui m’amène une question (même si je n’ai pu le lire en entier ; je me concentre sur le titre). N’est-ce pas tout aussi sexiste dans la mesure où cela assigne à chaque sexe un rôle précis, cette fois « joli » pour papa et « forte » pour maman ? Certes le « beau rôle » revient cette fois à maman si tant est qu’il ne soit pas également sexiste de considérer comme tel la force au détriment de la joliesse.
Verdict ? Inverser les rôles n’est pas déconstruire la domination masculine car cela n’interroge pas la catégorisation des personnes, encore moins ce qui serait socialement valorisant ou non. Et pour ma part, je n’ai envie pas d’être jolie ou forte, j’ai juste envie d’être.

Cliché @7

Inter-LGBT suicideJ’ai un peu tourné en rond avant de faire ce billet, en ai parlé autour de moi, demandé des avis… J’avais besoin de réfléchir. Cette campagne contre le suicide chez les homos initiée par l’Inter-LGBT m’a mise mal à l’aise. Le suicide n’est pas un sujet qui me gêne, vous l’aurez remarqué, mais cette campagne me pose problème.
Il y a d’abord le décalage entre l’affiche « garçon » et l’affiche « fille » : d’un côté un « bon mot », de l’autre rien de censément drôle, comme si le « bon mot » était venu tout seul et qu’il avait fallu faire une affiche pour les filles sans que l’on n’ait trouvé le slogan ad hoc. Sexisme ? Allez ! Tout de suite les grands mots ! J’en suis désolée, mais à force de constater que la communauté LGBT pense d’abord G avant de décliner LBT, certaines conclusions viennent toutes seules. Conclusion hâtive ? Qu’on me le démontre.
Il y a ensuite ce « bon mot » : ce ne serait donc pas « un truc de pédés » de « se jeter du 6ème (sic) étage » ? Voilà une expression homophobe par valorisation de la virilité que l’on peut bien sûr détourner de son objet. J’aime bien les mécanismes identitaires d’appropriation de l’injure et suis volontiers une gouine. Mais là, franchement ? Le suicide serait-il un acte « viril » ? Autrement dit, se suicide-t-on pour prouver sa virilité ? Bigre.
Il y a enfin le choix du pistolet pour les filles. Je ne crois pas que les armes à feu sont le premier moyen utilisé par les femmes pour se suicider ; et l’on sait aussi que rater son suicide est bien un truc de meuf (je m’adapte au style, vous aurez remarqué). Cette affiche s’adresse donc à qui ? Aux seules  cowgirls who get the blues ? Et les femm alors ?
Le suicide est le résultat d’une souffrance personnelle incontrôlable. Même si tous les moyens sont bons pour en parler et faire de la prévention, notamment chez les populations plus touchées que les autres, je trouve cette campagne ratée. Elle est finalement vite passée à la trappe… cela explique sans doute cela.

Et puisque l’on rigole aujourd’hui…

Cliché @6

HopitalDevant prendre un rendez-vous médical, j’appelle une clinique le 24 décembre en début de matinée. Après les trois étapes du serveur vocal, j’ai en ligne une employée qui me dit qu’elle n’a personne pour prendre les rendez-vous. Quand puis-je rappeler ? À la rentrée ! Qui a dit que le système des cliniques, privé, payant, libéral, etc. fonctionne forcément mieux que celui des hôpitaux ?