Archives de catégorie : Charlie @

Charlie @13

viEntre Vigipirate au niveau Alerte attentats et l’état d’urgence, on ne peut que considérer que le niveau de sécurité des sites officiels est forcément élevé. Lorsque Cécyle et moi avons décidé de faire un tour à la Sainte-Chapelle, nous nous attendions à un sacré contrôle Vigipirate. Certes, ce n’est plus la gendarmerie qui protège l’accès au palais de justice qui opère, mais c’est juste une question de répartition des flux, car tout le monde entre ensuite dans la même enceinte.
Nous arrivons donc devant un portique assorti d’un lecteur de bagages à rayon X et d’agents munis de magnétomètre. Alors que je m’apprête à sortir les objets métalliques de ma poche, l’agent chargé du contrôle des personnes me fait signe d’avancer. Je me retrouve alors à passer le portique de sécurité avec mes poches pleines. Le portique sonne.
L’agent en face de moi a son portable dans une main et un magnétomètre dans l’autre. Il est en pleine conversation. Il survole rapidement mes poches avec son équipement, bien loin de toutes procédures rigoureuses. Je n’ai pas le temps de sortir ce qui sonne de partout de mon manteau ou mon jean qu’il me fait signe de passer.
Depuis des années, on peut comparer les différents contrôle effectués au nom de Vigipirate. Beaucoup sont plus légers, voire complètement inefficaces. Récemment, je suis rentrée avec une bouteille d’eau alors même que la table de contrôle était jonchée de bouteilles que d’autres spectateurs du théâtre où je rentrais avaient dû abandonner. Celui du palais de justice côté Centre des monuments nationaux est parmi les plus folkloriques que j’ai pu passer. À peu près l’opposé du contrôle effectué par les gendarmes dans la pièce juste à côté.

Charlie @12

Police arméeJeudi 7 janvier 2016, 23 heures. Je me lave les dents en écoutant le journal de France Info. Il est question du premier anniversaire de l’attaque contre Charlie Hebdo. Un rassemblement a été appelé par Renaud et l’humoriste Christophe Alévêque pour rendre hommage aux victimes. J’entends Renaud déclarer, d’une voix faible.
— Nous n’avons pas peur.
J’en sors ma brosse pleine de dentifrice de ma bouche et lui réponds.
— Mais bien sûr que nous avons peur !
Oui, nous avons peur car cela fait peur de s’imaginer qu’à tout instant des hommes (et des femmes) peuvent surgir en n’importe quel endroit, tirer dans la foule, faire sauter une bombe. Et c’est bien ce que les terroristes veulent, que nous ayons peur que cela arrive à chaque instant. Ils y arrivent d’ailleurs très bien, assistés en cela par des médias en quête de la moindre information anxiogène et une classe politique en manque de légitimité qui ne rate pas une occasion de restreindre nos libertés pour alimenter notre peur.
Alors oui, j’ai peur. Mais de quoi ai-je le plus peur ? D’une nouvelle atteinte à ma liberté ? D’un énième « dégât collatéral » ? D’une attaque terroriste ? Tout cela se ressemble tant, cela forme un tout, un continuum, les uns entretenant les autres dans un cercle vicieux qui semble sans fin et nous mène… J’ignore où cela nous mène mais j’ai peur tellement l’ordre bourgeois, hétérosexiste et raciste reste lui-même face à l’adversité :

«  Hollande, Valls, Sarkozy et compagnie ont salué [les victimes, NDCy], ils ont salué la foule, puis ils sont passés devant nous et sont montés dans le bus sans nous regarder. (…) C’est vrai que ça faisait bizarre quand même. On était mis de côté et on était les seuls Noirs. »

Voilà ce que déclare au Monde la famille de la policière Clarissa Jean-Philippe première victime d’Amedy Coulibaly à propos de la manifestation d’hommage du 11 janvier 2015. Parfois, on me réfute le « raciste » dans ma formule « ordre bourgeois, hétérosexiste et raciste ». Et si c’était justement ce racisme institutionnel qui nourrissait la haine de LaFrance qui motive nos compatriotes djihadistes ? Les témoignages de jeunes filles et gens revenus de Syrie dans un documentaire de France 5* l’avèrent.
J’ai peur, car la classe politique ne se pose pas la question en ces termes.
J’ai peur, car je sais que rien d’autre que la liberté ne peut véritablement nous protéger.
J’ai peur, car l’air du temps est à tout le contraire.
J’ai peur.

Mes pensées les plus tendres vont à la famille de Clarissa Jean-Philippe.

* Engrenage, la France face au terrorisme, de Clarisse Feletin (France, 2015, 55 min), diffusion le 6 janvier 2015

Charlie @11

Soupe au pistonEt voilà, il faut encore que je sauve les meubles alors que je suis en route pour la Suisse ! Heureusement, Petit Koala a tout pris en note sous la dictée et arrange la publication. Sans ça, ce blogue qui manque déjà de tenue en dépit des efforts de Petit Mouton et Petit Koala aurait été au bord du chaos !
Car vous l’avez remarqué, la Principalate a encore disparu ! Et vous pouvez me dire où elle est ? Ne réfléchissez pas, je le sais et je vais justement vous le dire. Ces attaques du 13 novembre ont des conséquences que vous n’imaginez pas ! Notre Principalate a été sur le pont dès cette funeste nuit et a de trop grosses journées de travail depuis.
Pensez ! Jeudi soir, elle a été contrainte de dîner d’un kebab sans viande (elle n’en mange plus) acheté en rentrant à 23 heures ! C’est une honte ! Si tous nos fonctionnaires sont ainsi mal nourris, l’état d’urgence sera inutile. Ils vont tous tomber d’inanition !
Alors, si vous habitez dans l’Est parisien et pouvez livrer soupes et crudités à la Principalate au moins le temps que je suis en Suisse, vous rassureriez Petit Mouton.
— Meeeerciiiii Cocotte !
C’est normal, Petit Mouton.
Je vous mets ma soupe au pistou en exemple ; mais vous pouvez faire simple, une soupe passée de légumes, un velouté de potimarron… du frais, s’il vous plaît !

Charlie @10

Salut les Hétéronautes !
Avec tout ce qui nous s’coue de ces derniers jours, on prend tous les bisous et câlins et l’amour possible, pour mieux en donner encore. V’la que Maxou-les-bisous nous en envoie de sa campagne. Une vrai copaiiiin comme dirait mon copain Petit Mouton. Ça fait chaud au cœur. Merci Maxou, toute la bande t’remercie.

Charlie @9

Delacroix

La Liberté guidant le peuple, Eugène Delacroix (1830).

Ce matin, Cécyle avait programmé un billet sur sa ceinture noire. Vous le lirez mardi. Car ce matin, il y a urgence à dire notre peine et notre effroi, à exprimer notre fraternité avec les victimes et leurs proches, à vous témoigner notre affection à vous Hétéronautes, avec qui nous partageons nos billets au fil des jours.
Urgence.
C’est l’état d’urgence.
La vie en Hétéronomie continue même si nous sommes sonnées. La vie continue. Et avec elle, plus que jamais, nos engagements pour la liberté. Elle seule nous sauvera de tous les obscurantismes et de toutes les barbaries. C’est elle qui était visée, dans ces rues populaires de Paris, ces cafés, ces restaurants, au Bataclan, au Stade de France ; la liberté de boire un verre, d’écouter de la musique, d’assister à un match de foot. Après la liberté de création et de croyance en janvier, la liberté du quotidien.
Nous sommes d’autant plus touchées que les quartiers visés dans Paris sont des quartiers où Isabelle a vécu, des quartiers où elle compte beaucoup d’amis, des quartiers qu’elle traverse presque tous les jours. Nous sommes touchées au cœur, comme vous toutes et tous, avec la proximité qui rend ce bain de sang encore plus insupportable.
Demain, ou après-demain, nos billets reprendront leur cours mais nous, nous n’oublierons pas. Nous sommes marquées à jamais par ce deuxième attentat majeur à Paris pour cette seule année 2015. Notre chair est intacte mais nous sommes blessées dans notre citoyenneté. Nous sommes vivantes ! Nos pensées les plus intimes vont à tous celles et ceux qui ont perdu la vie dans ces attaques, dans cette guerre et toutes les autres. Il nous appartient d’honorer leur mémoire en défendant partout les valeurs qui fondent la République, la justice et la démocratie, la liberté, l’égalité, la fraternité.
Prenez soin de vous. La lumière a besoin de nous tous pour ne jamais s’éteindre.

Charlie @8

Je suis à LundEn balade dans la ville universitaire de Lund, Suède, dans une petite rue, nous avons été rattrapées par une réalité parisienne : deux autocollants « Je suis Charlie » apposés sur des panneaux.
On n’y échappe décidément pas !

Charlie @7

direct matin 19 avril 2015Direct Matin du 17 avril 2015, après avoir titré en une « Tolérance zéro face au racisme », titre l’article consacré aux mesures prises par le gouvernement pour « se donner les moyens pour mieux lutter contre des actes haineux encore trop présents » suite aux attentats de janvier « l’État dit non au racisme ».
Mon sang ne fait pas même un tour : quid du racisme d’État ?
Qui peut ignorer que le racisme, l’antisémitisme, le sexisme, l’homophobie sont des systèmes de domination largement entretenus par l’État pour que l’ordre règne, l’ordre bourgeois, hétérosexiste et raciste, donc, un ordre où la richesse de quelques-uns est le produit de l’exploitation organisée du plus grand nombre sur fond de nivellement des cultures, des savoirs et des langues ? Pas celles et ceux qui en profitent, j’imagine. Et celles et ceux qui en sont les victimes, vous, moi ?
Pouvons-nous ignorer la ségrégation spatiale, les discriminations économiques et sociales, les stigmatisations religieuses et culturelles, le déni de l’histoire, l’exploitation en ricochet des pauvres du Sud par les pauvres du Nord eux-mêmes exploités, l’appauvrissement organisé, le contrôle des populations, des moyens de communication, l’étayage de la société de consommation, grenier à blé des grands bourgeois de ce monde, sur l’encouragement des stéréotypes, etc. ?
Autrement dit, si l’État veut éradiquer le racisme, il doit d’abord éradiquer l’ordre économique mondial, voire s’éradiquer lui-même. C’est dit un peu court, j’en conviens. Mais en dehors de la remise en cause de l’ordre lui-même, comment espérer faire reculer les manifestations de haine qui le fonde ? Par l’égalité des droits ? Si elle avait fait reculer le racisme, l’antisémitisme et le sexisme, cela se saurait. Et l’homophobie ? Rêvez, braves LGBT procréateurs ! Dieu ne vous le rendra pas.

Charlie @6

Le négrier, Turner, 1840, musée de Beaux Arts de Boston.

Le négrier, Turner, 1840, musée de Beaux Arts de Boston.

Les actions se multiplient pour débarrasser nos rues et établissements des noms de personnages historiques à qui l’on reproche d’avoir eu des propos, des actions, des engagements, racistes. Ainsi, une habitante de Villier-le-Bel a obtenu que soit débaptisé l’hôpital Charles-Richet au motif que ce médecin a eu des écrits particulièrement racistes (ici). Dans le même ordre d’idées, une action a été menée à Marseille en 2011 pour débaptiser une rue portant le nom d’un esclavagiste notoire ().
Ce ne sont que deux exemples trouvés le même jour dans mon fil d’actualité Facebook. J’ai croisé beaucoup de revendications du même type sur le terrain du racisme toujours, pas vis-à-vis de personnages sexistes, homophobes, antisémites ou autres mais cela peut venir. Et cela m’amène une question : peut-on débarrasser l’histoire des plus infréquentables de ses acteurs ? Doit-on le faire ?
Il me paraît incontournable que ce médecin était raciste et qu’il est essentiel de le dénoncer, autant qu’il est essentiel que chacun sache que les esclavagistes étaient légion, et ce, même parmi des personnages qui fondent l’histoire de France : Louis XIV, Napoléon et tant d’autres n’ont-ils pas mené une politique visant au développement de l’esclavage au seul profit de la richesse de la France et de ses grands bourgeois ? Mais justement, la portée « historique » de ce racisme d’État (toujours en vigueur sous d’autres formes, soit dit en passant), ne lui confère-t-il pas une « légitimité » (j’ai bien mis des guillemets) qui exonère ses acteurs non de responsabilités au moins de fautes ?
Pour tout dire, cette question m’embarrasse. J’entends l’argument pour débaptiser cet hôpital, ce d’autant que ce médecin, quel que fût la grandeur de son action médicale, n’a pas bouleversé le cours de l’histoire. Mais Versailles… Le château. Il n’aurait pas existé sans l’esclavage et ses artisans. Quelle est alors la meilleure manière de rendre hommage aux victimes de l’esclavage : détruire Versailles ou dire que leur sang en dore les boiseries ?
Au final, je serais assez portée à ne pas refaire l’histoire, même celle de nos noms de rues, tout en rendant plus visibles tous les massacres, génocides et exactions d’État qui sont notre histoire ; car n’est-ce pas le déni organisé de ses parts les plus sombres qui mobilise aujourd’hui les héritiers des victimes oubliées et donne force à leurs actions, contre les plaques de rue… et contre tous les symboles d’une oppression qui n’est jamais reconnue ? Ah ! si la République n’avait que le sang des communards sur les mains… Que cesse cet assourdissant silence sur les victimes de « la grandeur de la France » ; loin d’y perdre notre superbe, nous y gagnerions en cohésion sociale bien au-delà d’un certain dimanche de janvier.

Charlie @5

CharlieAprès l’état de sidération consécutif aux attaques contre Charlie hebdo, la policière de Montrouge et l’hypercacher de la porte de Vincennes, des voix se sont élevées pour dire « Je ne suis pas Charlie » ; les premières, venues de l’extrême droite, puis d’autres de musulmans blessés par les caricatures du prophète, enfin de militants « de gauche » (laquelle ?) qui considèrent que la ligne éditoriale de Charlie hebdo n’était pas conforme à leurs engagements.
L’extrême droite… Elle est cohérente avec elle-même.
Pour les autres, je m’interroge sur le sens qu’ils attribuent à ce « Je suis Charlie » et leur adjoint au passage celles et ceux qui ne sont pas « que » Charlie, souhaitant ainsi souligner que l’on peut être attaqué pour d’autres raisons que le fait d’être journaliste, dessinateur, policier ou juif. C’est tellement évident ! Pourquoi le préciser ? Et pourquoi dire à l’inverse que l’on n’est pas Charlie quand on considère que ce journal était un ramassis de vieux bougons provocateurs à l’anarchie avant tout scatologique ?
Ne peut-on finalement pas « être Charlie » sans « aimer Charlie » ?
Je suis Charlie. Je n’aime pas Charlie. J’ai acheté le numéro des survivants par principe ; je ne le lirai sans doute pas. Dans le peu que j’ai ouvert ce journal au cours de ma vie, les dessins ne m’ont pas fait rire. Je les trouvais globalement vulgaires et les textes à l’intérieur ne m’ont jamais attirée. Et pourtant, je suis Charlie, car Charlie, c’est la liberté de penser, de créer, de résister, une liberté que l’on n’assassine pas. Oui, ça. Ni plus, ni moins.
En fait, pour ou contre Charlie, c’est un peu comme la peine de mort ; on est pour, on est contre ; et être « contre mais » (être « pour la liberté d’expression mais » en ce qui concerne Charlie) revient à être pour (contre la liberté d’expression dans le cas de Charlie). Les principes, quand on se les aménage à une sauce qui convient mieux à nos petits intérêts immédiats, on en perd l’essence, le sens et on les bafoue en se donnant l’air de les défendre. Une hypocrisie ? En quelque sorte. Une démission aussi.

Charlie @4

CharlieQuand j’étais jeune étudiante en droit public, j’ai appris que nous vivions dans une « démocratie représentative », soit une démocratie où les électeurs votent pour désigner leurs élus et par ricochet celle et ceux qui les gouvernent. À l’époque, on ne s’interrogeait guère sur le fait de savoir si un médecin libéral à bonne fortune était légitime à représenter une ouvrière à temps partiel. On considérait que la masse des suffrages exprimés donnait la légitimité à nos élus, celle de gouverner selon une certaine ligne politique.
Petit à petit, en trente ans, cette idée s’est étiolée. Des femmes (pas toutes) ont réclamé la parité, exigeant d’avoir des représentantes au motif qu’il était illégitime que les hommes soient majoritaires à représenter le corps électoral composé de 50 % de femmes, que cela n’était pas « représentatif » de la population nationale.
Ce mouvement me semble avoir été le précurseur de cette idée aujourd’hui largement répandue selon laquelle nos élus doivent nous ressembler (être « représentatifs » donc) pour nous représenter. On constitue ainsi les listes de candidats en mettant 50 % de femmes (loi oblige) mais aussi un peu de « représentants de la diversité » en faisant attention que telle ou telle profession soit présente, telle « origine », telle religion, telle situation de famille, tel handicap, telle orientation sexuelle, etc. etc. Et les électeurs en redemandent, souvent très intéressés à ce que quelqu’un, sur cette liste, soit « comme eux ».
Cela pose une question dont les albinos de France (c’est un exemple) mesurent aujourd’hui toutes les conséquences : si un leader met sur sa liste aux municipales un albinos parce qu’il considère que seul un albinos peut représenter les albinos, parler des problèmes des albinos, trouver des solutions qui satisferont les albinos, et ainsi attirer les suffrages des électeurs albinos, alors quand un albinos assassine un non albinos en se prévalant de la supériorité de l’albinisme, ce sont tous les albinos qui sont identifiés à ce tueur car nous vivons désormais avec l’idée que représentation et identification ne sont qu’un.
Attention, je ne suis pas en train de dire qu’il faut renoncer à renouveler notre personnel politique en refusant l’accès aux albinos des mandats électifs. Je dis simplement qu’à le faire en valorisant l’identification, on fourbit les armes de celles et ceux qui veulent exclure les albinos ou toute autre « minorité ». Si par contre, on ouvre le recrutement avec l’idée qu’un balayeur sourd (voire albinos) est légitime à représenter une intellectuelle poliomyélite, alors, quand cette intellectuelle poliomyélite dira que sa soupe est meilleure quand elle la fait dans un jeune pot, Pascale n’aura pas besoin de se cacher des petits hommes verts quand elle ira acheter ses cigarettes.
Vous me suivez ? Non ? Ça doit être parce que vous être valide. Quoi d’autre ?