Archives de catégorie : Brosse @

Brosse @48

Je suis à genou derrière mon partnaire de judo assi et fais un étranglement, okuri-eri-jimeJe reviens sur mon billet où je faisais le récit de mon arrivée à un cours de judo avec un agent d’accueil (de la Ville de Paris) qui pensait que les blondes ne pouvaient pas être professeures de judo. Cette histoire a une suite.
Quand nous sommes repartis à la fin du cours, j’ai rendu les clés des vestiaires et l’agent d’accueil, gentil, me remercie.
— Merci mademoiselle !
— Non, madame.
— Ah ! Excusez-moi [sur un ton genre « Je ne veux pas avoir de soucis avec votre mari. »]
— Non, c’est une dénomination sexiste.
— Je voulais être aimable…
— Eh bien, vous ne l’êtes pas ! Bonne soirée !
Je n’ai pas entendu ce qu’il a dit après, je lui avais déjà tourné le dos pour filer. Le judoka qui est sorti après moi m’a dit qu’il râlait contre ces femmes qui ne savent plus apprécier les compliments.
Je n’ai pas besoin d’expliquer sur ce blogue en quoi ces propos sont sexistes. Ce qui m’embête le plus, c’est que cet homme n’a sans doute pas compris ma réponse et en a certainement été blessé. J’aurais pu prendre le temps de lui expliquer… N’est-ce pas plutôt à la Ville de Paris de le faire ? Elle le fait, je le sais mais il y aura toujours des couillons qui échapperont aux formations et autres actions de sensibilisation. Je n’ai plus qu’à espérer qu’il racontera l’incident à des collègues qui sauront lui expliquer.
Hadaka jime ?
Jamais hors du tatami Caddie, jamais.

Note. Sur la photo (2017), Okuri-eri-jime.

 

Brosse @47

Je suis à genou derrière mon partnaire de judo assi et fais un étranglement, okuri-eri-jimeJe croyais (à tort) vous avoir raconté ce cours de judo adultes où j’ai remplacé mon professeur et où la nouvelle a été accueillie par un « Ah ! bon ? » d’un nouveau judoka au club, « Ah ! bon ? » d’un ton si estomaqué que l’agente d’accueil du gymnase a dégainé plus vite que moi un « Ça vous gêne que le prof soit une femme ? » qui a mis l’ambiance. Le gars ne l’a pas emporté au paradis durant le cours ; vous imaginez bien ; le judo est un sport qui permet des petites compensations antisexistes dont je sais me régaler.
Hadaka jime !
Mon spécial, Caddie, en effet.
Je ne vous avais donc pas raconté cet épisode dont une nouvelle version s’est jouée juste avant les vacances. Je remplaçais de nouveau mon professeur. Quand j’arrive au gymnase, deux judokas sont là. L’agent d’accueil, un remplaçant qui ne me connaît pas, me demande si je viens pour l’aïkido, discipline où l’on trouve beaucoup plus de femmes qu’au judo. Un de mes camarades de club, rigolard, lui répond que non, je suis judoka. Sitôt, l’agent d’accueil me lance :
— Le prof n’est pas arrivé !
Sous-entendu, on attend dans le hall tant qu’il n’est pas là.
— Si justement, il est arrivé.
Il se décale pour regarder dehors.
— Non.
— Je vous assure que si, c’est moi.
Que du bonheur (qui ressemble fort à celui que j’exprime dans cet autre billet) !

Note. Sur la photo (2017), Okuri-eri-jime.

Brosse @46

Détournement de l'affiche grève féministe, qui devient rève féministe, pour construire la paix, prenons le pouvoir.La guerre et les crises majeures ne sont pas propices à sortir de l’urgence politique (et militaire) pour défendre des valeurs autres que la paix et la solidarité au service de l’ordre bourgeois, hétérosexiste, raciste et validiste ; les trois vont si bien ensemble. Serais-je en train de galvauder la mobilisation des uns et des autres pour la sauvegarde de nos démocraties ? Non point, mais forcément, je prends le risque que l’on m’en fasse le procès.
Je crains peu cela, je n’ai pas d’attache suffisante avec mes « amis politiques » pour que le regret de les perdre (c’est finalement déjà fait) me fasse renoncer. Je crains plus une récupération politique de mes adversaires (que je perds moins facilement que mes amis, c’est bon signe) ; c’est pour cette raison que je me suis tue jusqu’au vote de la loi sur le mariage pour tous, que j’ai cédé à l’urgence sanitaire ou que je m’exprime peu sur la campagne présidentielle.
Il reste néanmoins difficile de toujours faire semblant de n’avoir rien vu (j’y suis experte, forcément !), par exemple sur la question de la place des femmes dans cette guerre. J’ai bien conscience que cette question apparaîtra comme secondaire face à l’urgence militaire (militariste) ; et pourtant ! La guerre (qui la mène et pourquoi) n’est-elle pas l’acmé de la domination masculine ? J’en suis convaincue.

« Une guerre d’hommes, chefs d’État, ministres, ambassadeurs (31/40 sur la photo), militaires, marchands d’armes… Mais rangez donc vos petits fusils messieurs et leurs extensions explosives (car les originaux…) et construisez la #paix ! »

Je ne pense pas que les femmes soient plus que les hommes antimilitaristes ou pacifiste ; je n’ai par exemple vu aucune de mes camarades militantes féministes remarquer (et dénoncer ?) le fait que la mobilisation générale en Ukraine ne touche que « les hommes entre 18 ans et 60 ans », avalisant là l’idée machiste selon laquelle seuls les hommes ont vocation à se battre pour défendre leur pays ou conquérir celui du voisin. J’imagine volontiers que certaines se sont dit que l’urgence n’était pas à dénoncer cela ; j’en soupçonne la majorité de ne même pas s’en être fait la remarque (ce qui dit tout du poids de la « culture dominante » sur notre pensée).
Et pourtant… Il me semble démontré que cette guerre (et toutes les autres, militaires, économiques, culturelles, etc.), ont en commun la défense de l’ordre établi, si établi que plus grand-monde n’ose le remettre en cause : on sauve les dominants d’abord, on s’occupera de changer de modèle après. Combien de fois s’est joué ce scénario dans l’histoire ? Je suggère donc, en ce 8 mars, une mobilisation générale de toutes les femmes ukrainiennes et russes afin que les soldats retournent dans leurs foyers s’occuper de la marmaille tout en occupant les emplois de première nécessité à horaires décalés et salaires de misère, que les généraux, les ambassadeurs et les chefs d’État en fassent de même et que les femmes de l’Occident prennent également le pouvoir dans tous les endroits où cette guerre se joue (gouvernements, parlements, ambassades, direction des groupes pétroliers, militaro-industriels et agroalimentaires, etc.).
Les femmes seraient-elles capables de faire la paix et changer le monde ? Cela reste bien sûr à démontrer mais comme les hommes ont fait la démonstration qu’ils ne sont pas capables de faire autre chose que la guerre et renforcer les systèmes d’oppression, on ne risque pas grand-chose à tenter l’expérience. Hardies ! Pour construire la paix, ce n’est pas la grève que nous devons ; c’est le pouvoir qu’il faut prendre.

Brosse @45

Ma nouvelle coupeEn ce mois de février, je suis allée chez le coiffeur. Cela fait plusieurs fois que je vais dans le même petit salon de quartier, mais c’est la première fois que je voyais cette employée. Quand je lui ai dit que je voulais des cheveux courts, elle en a été réjouie. Elle m’a répété plusieurs fois qu’elle aime couper les cheveux, que cela lui fait plaisir, car sa clientèle est plutôt composée de femmes voulant des teintures et des brushings. Une cliente présente l’a confirmé, clamant qu’il était hors de question de se faire couper les cheveux !
J’ai les cheveux un peu plus courts que je ne pensais, mais au moins, pour une fois, je n’ai pas eu à insister pour une bonne coupe d’été et j’ai pu apprécier le plaisir évident de la coiffeuse. Et je sais que je dois m’attendre à ce qu’on m’appelle « monsieur ».

Brosse @44

Le 21 octobre 2018, j’avais fait un billet où il était question de Tour de France, d’hôtesses, de domination masculine, de maman, de mon grand-père, de féminin, de lutte féministe et/ou antisexiste… alors que le mouvement #NousToutes agissait pour que cette représentation de l’assujettissement des femmes cessât. Après un peu d’agitation, la revendication était tombée en désuétude et voilà que, subitement, elle obtient satisfaction ; ou non ?
Quand j’ai vu passer l’info, j’ai pensé que le covid-19 avait décidément des conséquences inattendues : après avoir fait diminuer le maquillage et le port du soutien-gorge pendant le confinement, plus de bisous-bisous à l’arrivée des coureurs ; plus d’hôtesses donc. Et bien non, ce serait trop beau. Il y aura en fait une hôtesse et un hôte (qui dans le sens assigné à hôtesse n’est pas son masculin, ce me semble), cette « parité » étant considérée comme « luttant contre le sexisme et l’objectification des femmes » dans la dépêche AFP reprise par Liébération.
Réduire le sexisme à une histoire de parité me semble douteux autant que réduire sa représentation ne me paraît pas le réduire lui-même. Quant à l’« objectification » des personnes, je la trouve aussi condamnable qu’il s’agisse d’une femme ou d’un homme. Et que va-t-il se passer quand on pourra de nouveau s’embrasser ? Le vainqueur de l’étape serrera la main de l’hôte avant de coller la bise à l’hôtesse ? Il va vraiment falloir m’expliquer ce que l’on vient de « gagner ».

 

Brosse @43

En passant sur le parvis de l’Hôtel de Ville, Isabelle a remarqué les oriflammes installées fin août par la Ville pour rendre visible les victimes des féminicides en France depuis le 1er janvier 2019. L’insupportable compte en est tenu par une page Facebook communautaire Féminicides par compagnons ou ex (ici). Elle m’a envoyé quelques photos où j’ai remarqué que « août » était accentué. Forcément, j’ai eu envie d’écrire au service de communication de la Ville qui, en plus de pratiquer le validisme, pratique le sexisme dans cette contribution typographique à l’ordre bourgeois, sexiste et raciste qui nous opprime. Les deux vont si bien ensemble…
Voici mon courrier, que j’ai également envoyé à Hélène Bidard et Célia Blauel, deux adjointes à la maire de Paris en pointe des luttes féministes. Je ne manquerai pas de vous dire si j’ai une réponse.

Madame,
Je tenais avant toute chose à vous remercier pour ces oriflammes apposées sur l’Hôtel de Ville énumérant les noms des femmes victimes cette année de féminicide, oriflammes qui, par leur puissance évocatrice, sauront, je l’espère, porter les Parisiens autant que les Parisiennes à se mobiliser contre ces violences.
L’écrivaine que je suis ne peut néanmoins vous épargner une remarque typographique qui, au-delà de l’anecdote, porte un sens politique majeur. Je remarque en effet que le nom de mois est écrit avec une majuscule, ce qui est une faute en français. La majuscule est un calque de l’américain, langue internationale qui symbolise le libéralisme mondial et l’exploitation des peuples qui va avec, donc des femmes. Cette majuscule vient donc ternir le message par son empreinte sexiste, considérant que le sexisme est un système d’oppression.
Cette faute typographique (et politique) est malheureusement très fréquente et je trouverais bien que la Ville de Paris n’encourage pas son usage.
Je vous remercie de l’attention que vous porterez à mon message.
Bonne journée
Cy Jung, écrivaine

Brosse @42

Je porte les cheveux très courts. Isabelle me fait le plaisir (elle me sauve du coiffeur) de me les tondre régulièrement sous l’œil attendri des Mouton qui, eux, gardent toute leur laine, été comme hiver. J’ai racheté une tondeuse il y a quelques mois, la mienne tirant plus les cheveux qu’autre chose. Cet accès de modernité a gagné Isabelle il y a une quinzaine de jours : elle s’est enquise d’un peignoir de coiffeur et d’une cape de coupe.
Jusqu’à présent, nous utilisions une cape de marathon après avoir découpé la capuche. Ce n’était pas terrible et Isabelle a sacrifié un tee-shirt qui fait ramasse-cheveux, le plus compliqué, finalement, pour les coupes maison, étant la gestion de la matière coupée. Avec ces deux nouveaux accessoires, j’ai moins été inondée de cheveux, même si un rouleau de col crêpe manque encore à l’appel.
Je ne sais pas si c’est l’émotion, mais en cours de tonte, Isabelle a lâché la tondeuse. Elle a volé au milieu du salon. Elle l’a reprise et a continué sa coupe, se rendant compte un peu tard que le réglage avait changé sous le choc, passant de n°3 à n°1. C’est court ! J’avoue que j’aime beaucoup, je ne vois pas mes cheveux, juste un reflet. En quelques jours, ils sont redevenus doux au toucher.
J’ai remarqué pourtant que les réactions sont nombreuses, souvent sous forme de boutade. Une femme avec les cheveux ras, albinos qui plus est, cela se remarque et choque. J’ai aussi des compliments, comme hier soir en rentrant assez tard d’un voisin en train de picoler sous mes fenêtres. On a les fans que l’on peut !

Brosse @41

Je cherchais dans Twitter si une écrivaine citée par Isabelle dans son billet « Grand Homme @26 » avait un compte Twitter. « Taguer » est un sport qui ne m’est pas encore aisé mais je m’y applique tant j’aime tisser des liens.
En faisant ma saisie dans le moteur de recherche, je me suis trompée de prénom (Florence au lieu de Françoise) et ai obtenu quatre résultats qui n’étaient évidemment pas les bons. J’ai passé en revue chaque résultat avant de me rendre compte de mon erreur. J’ai remarqué au passage que Twitter est d’un sexisme éclatant.
Sur les quatre comptes, trois n’avaient jamais écrit de microbillet. Ils en portaient la mention avec cette précision « Quand il publiera des Tweets, ils apparaîtront ici. » « Il » ? Florence est manifestement un prénom féminin. Pourquoi pas un simple « il ou elle publiera » ? On se le demande !

Note. Si Twitter veut éviter les questions de genre pour s’extraire du débat sur la binarité, il est aussi possible d’utiliser la voix passive (« Quand des microbillets seront publiés, ils… ») ou encore de faire une référence directe au compte (« Si ce compte publie des microbillets, ils… »)

Note 2. Je vous accorde que l’expression « Grand homme » est genrée ; mais « Grande femme » n’aurait pas le même sens. Il n’y a pas toujours de solution qui n’est pas dommageable au sens produit. Mais vous avez des suggestions… Les commentaires sont ouverts !

Brosse @40

Johnny, mon champion, m’a fait découvrir Eddy de Pretto et sa chanson Kid. Je n’avais pas spécialement écouté les paroles jusqu’à la semaine dernière où j’ai découvert sur Facebook une version réécrite par Barbara Pravi à l’occasion de la Journée internationale pour les droits des femmes (8 mars).
Redoutable.


J’ai alors décidé de mieux écouter la version originale.

Je ne sais pas pourquoi mais la version « femme » me semble plus efficace que la version « homme » alors que le texte de Eddy de Prieto est rare et précieux. Elle me ramène au dernier livre numérique que j’ai lu, Ces hommes qui m’expliquent la vie de Rebecca Solnit. Ce recueil de textes en contient un qui appelle à réfléchir à la « condition masculine » et à ce qu’un homme endure quand il renonce à son privilège de mâle. Il ne s’agit pas de plaindre l’oppresseur ; il s’agit de le contrer autrement, de dire que la fabrique du masculin est tout aussi oppressive que celle du féminin.
En se situant sur le terrain de la nature de l’oppression, ne peut-on pas espérer que plus d’hommes s’impliquent dans les luttes féministes ? Je l’ose.

Brosse @39

Isabelle a consacré un billet avec une fort judicieuse analyse de l’utilisation par une femme du verbe « défigurer » en lieu et place de « dévisager » (ici). À l’occasion de ma relecture de son billet (nous relisons mutuellement nos billets avant publication), je lui ai fait remarquer qu’elle utilisait « domination machiste » plutôt que l’habituelle « domination masculine ». Elle m’a répondu : « Machiste renvoie plus à l’aspect culturel donc symbolique, je trouve. Je laisse comme ça. Tu pourras lancer le débat 😉 »
Je l’ai donc fait en commentaire :

« J’utilise plus volontiers le terme de « domination masculine », que « machiste ». Je n’aime pas le mot « macho » et le « machisme » qui va avec, sans doute parce que « macho » a été galvaudé et n’est pas utilisé de manière péjorative. Mais en regardant Antidote, il semble que « domination machiste » est particulièrement efficace vu que le machisme se définit comme « Idéologie prônant la suprématie de l’homme sur la femme. »
« L’avantage de machiste est que l’on n’incrimine pas directement les hommes, plus le système de domination… Je vais faire un billet ! 😉 »

Je trouve que le sujet mérite plus qu’un commentaire. J’utilise beaucoup le terme de « domination masculine » et, face à un homme, je remarque qu’il prend souvent cela pour lui. Je ne fais pourtant aucune attaque personnelle, ce d’autant moins que les hommes que je fréquente cherchent à éviter les comportements et propos sexistes avec moi (on se demande bien pourquoi !) Je peux ainsi avoir du mal à leur expliquer de quoi je parle car, souvent blessés, ils se braquent.
À mon sens, la domination masculine n’est pas question de sexe ou de genre ; je le disais ainsi dans mes Fragments d’un discours politique :

« (…) si je dis que l’ordre est fondé sur la domination masculine, cela ne veut pas dire que chaque personne de sexe masculin est coupable de cette domination. Il est donc inutile aux hommes de bonne intention de s’en défendre ou de chercher à aligner des gages de non-pratique dominante. La question n’est pas là. La domination masculine est une attitude collective, un « réflexe de classe », pourrais-je dire, savamment entretenue par l’ordre bourgeois, hétérosexiste et raciste qui y puise là un de ses fondements. Les personnes de sexe masculin y participent autant que celles de sexe féminin parce que promouvoir la domination masculine, c’est promouvoir l’ordre établi et qu’il demeure assez rare de chercher à dénoncer et à détruire ce qui structure nos existences. »

À la relecture de ce passage, il me devient de plus en plus évident que je parle de « domination machiste » et non « masculine » voire simplement de « machisme », système de domination par définition. Mais supprimer le terme de « domination », qui est de fait redondant, me semble amoindrir mon propos. Ah ! que c’est compliqué. Il va me falloir choisir. J’y réfléchis.