Archives de catégorie : Bigleuse @

Bigleuse @130

J’ai récemment eu un rendez-vous avec le responsable d’une administration. Je savais que certains de ses collaborateurs seraient présents, sans savoir lesquels. J’avais déjà rencontré les uns et les autres mais sans forcément leur parler beaucoup, et sans qu’ils ne m’aient été présentés. Eux, par contre, me connaissaient bien.
J’ai facilement reconnu la personne avec qui j’avais rendez-vous ; les deux autres personnes présentes, par contre, ne se sont pas présentées considérant que l’on se connaissait. C’est là un usage social habituel et, même si ma déficience visuelle était le sujet, je conçois qu’il n’est pas aisé de dire « Bonjour Cécyle, c’est XXX » à quelqu’un censé le savoir ; la suite dit combien je le mesure.
Sur ces deux collaborateurs, l’un m’était totalement étranger et la posture orale de l’autre m’a fait penser à celle d’un chef. Je me suis fiée à mon intuition et ai pensé au plus gradé de mes interlocuteurs habituels. L’entretien était bien engagé et le responsable a appelé son collaborateur par son prénom ; ce n’était pas la personne à qui je pensais. Son interpellation a été fugace et je n’ai pas la certitude d’avoir bien entendu.
Ce n’était pas grave pour l’entretien lui-même mais plutôt pour sa suite, considérant que j’ignore qui était là, donc qui je peux remercier de la qualité de cet entretien, hormis mon interlocuteur principal et à qui je peux demander des compléments d’information. Je me trouve ainsi bien embêtée, ne souhaitant froisser personne. Pourquoi alors n’ai-je pas demandé quand j’y étais « Mais t’es qui, toi ? »
J’avoue, je ne sais pas faire, surtout quand une heure de discussion a passé et que ce serait dire mon erreur. Si vous avez des suggestions sur comment demander à quelqu’un qui il est alors que je le connais, je suis preneuse !

Bigleuse @129

Un lundi, j’avais rendez-vous avec un médecin de l’hôpital Saint-Joseph. Je me présente à l’accueil, canne en main : je connais bien l’hôpital (et peux donc m’y orienter) mais sais que si j’arrive non accompagnée dans un service de consultation, les écrans vidéo d’appel seront aussi inaccessibles que les guichets. Je me présente à l’accueil et demande un accompagnement. La dame appelle sa collègue qui aide les usagers à utiliser les bornes numériques installées à cinq mètres de là et lui demande de s’occuper de moi.
— Vous voulez quoi ?
— J’ai un rendez-vous…
— Il faut vous enregistrer sur les bornes.
Le temps que j’ouvre la bouche, elle a déjà le dos tourné.
— Madame ! Je ne peux pas les lire. Pouvez-vous m’aider ?
Elle se dirige sans un mot vers une borne. Je décide de la suivre. Elle me demande les trois premières lettres de mon nom puis me tend un ticket. Je le prends. Elle est déjà partie vers une autre borne. Je l’interpelle encore.
— Je vais où ?
Elle revient, me prend le ticket des mains.
— Porte 1. Vous prenez l’ascenseur qui est là.
— Non, je…
— L’escalier qui est là.
— Là ?
— Vous voulez qu’on vous accompagne ?
— Ce serait gentil…
Elle disparaît dans un couloir, en ressort deux minutes plus tard.
— Vous avez une pièce d’identité ?
— Pour être accompagnée ?
— Pour votre nom.
Je lui donne ma carte vitale. Elle revient deux minutes plus tard.
— On vient vous chercher dans vingt minutes.
Je ne comprends pas. D’habitude, une personne de l’accueil m’accompagne jusqu’au guichet suivant, ça prend trois minutes et c’est plié. Je lui demande pourquoi vingt minutes, précise que mon rendez-vous est dans dix ; elle ne dit rien… Elle part, revient…
— Dix minutes alors. Vous attendez là. Quelqu’un va venir.
— Je ne comprends pas. Qui doit venir ?
— Vous ne pouvez pas prendre l’ascenseur ni l’escalier ; il faut quelqu’un.
Je suppose alors qu’elle a compris que je ne pouvais utiliser l‘un et l’autre et a, au vu des délais, mandé un brancardier. Je proteste, expliquant que je suis debout, que je marche, que je suis malvoyante, que «  » n’est pas une information pertinente, que j’ai juste besoin que l’on m’oriente. C’est son tour de protester.
— Vous m’avez dit non pour l’ascenseur.
— J’ai dit non pour dire que je ne sais pas où il est.
— Je vous l’ai dit, il est là [très exactement dans mon dos, je ne vois même pas si elle a fait un geste pour le désigner].
— Mais je ne sais pas où est là. Cela ne veut rien dire, là.
Je vous passe les quelques phrases dignes de Devos sur le « où est là » ; je réclame qu’elle me dise où est la porte 1 à partir de l’escalier, que je vais me débrouiller.
— Vous prenez l’escalier là [dans son dos] ; vous montez, vous allez en face…
— Vers l’église ?
— Oui, non, d’abord vous allez à droite puis tout droit. Mais l’assistance ?
Je la remercie, lui souhaite une bonne journée et rejoins l’escalier ; la porte 1 est en haut tout de suite à gauche, et non à droite ni près de l’église. Je tombe sur deux soignantes qui fument une cigarette. Je leur demande confirmation. Elles confirment en chœur. Une me dit de regarder mon numéro sur l’écran. L’autre lui fait remarquer que je suis malvoyante. La première rit.
— Avec le bonnet, j’ai cru un bâton de marche !
On m’avait déjà fait le coup chez Décathlon, mais dans un hôpital ? Au moins, elle rigole. On rit ensemble. Elle donne sa clope à sa collègue et m’accompagne à l’intérieur jusqu’à un guichet. Ouf !

Note. J’ai clairement manqué de pédagogie, dans ma réaction sur son « » à propos de l’ascenseur ; j’en ai ri sous mon masque mais à cet instant, j’aurais d’emblée dû demander à être accompagnée plutôt que de chercher à ce qu’elle comprenne que « » n’était pas signifiant. Cela aurait-il changé quelque chose ? Je ne sais pas.

Pour la blague (pas si blague), je vous fais la suite.
J’attends dans la salle d’attente ; le médecin appelle.
— Madame Jung ?
Je me lève, le rejoins, toujours canne en main.
— Madame Jung ?
— Oui.
— Madame ? [sur un ton de mise en doute de ma propre affirmation]
— Il y a un problème ?
— C’est que… avec le bonnet…
Décidément !

Bigleuse @128

J’ai reçu un mail de mon assureur militant me proposant de télécharger en ligne mon avis d’échéance. Je me connecte et constate que je peux demander à disposer de ce document dans un format adapté aux déficients visuels. Quelle bonne idée ! Je le demande donc : on me propose le document en braille, en caractères agrandis, et en CD audio. J’ai opté pour les caractères agrandis.
Deux jours plus tard, j’ai raté un appel téléphonique, qui ne s’est pas renouvelé. Le lendemain, j’ai reçu l’avis d’échéance annoncé dans le mail, en format standard. Une semaine est passée et ô surprise ! un gros paquet m’attend dans ma boîte aux lettres ; 602 g ! Je repère sitôt le logo de HandiCaPZéro, une association qui « propose gratuitement (?) des dispositifs accessibles ». Je n’ai jamais réussi à utiliser leur site (le blanc sur noir me brûle les yeux et le passage en noir sur blanc me fait perdre tout repère), mais je ne dois pas être une bonne candidate.
Passons. Une fois ouvert le colis, je repère le logo de mon assureur militant, trouve mon avis d’échéance en caractères normaux, puis sa version agrandie sur seize pages ! Force est de constater que j’arrive à lire aisément, et que je découvre tout ce qui était d’ordinaire écrit si petit… que je suis certaine de ne pas être la seule à ne pas lire. C’est parfait. Je peux vérifier les infos et rigole à la rubrique « Zoom sur votre avis d’échéance », le « zoom » en question étant en police 10 ou 11 sur l’original non agrandi. Pauvres valides…
— Mais seize pages, cela ne pèse pas 602 g ?
Tu as raison, Caddie. Il y a un deuxième document de quatre-vingt-quinze pages. Il s’agit de Maif mag n°184 ; cela doit être le truc que je reçois par la poste que je n’ouvre même pas tant le lire me paraît impossible. Au moins, je vais savoir ce qu’il y a dedans.
— On félicite l’assureur ?
Bah… y a quand même un souci. Mon avis d’échéance contient des informations personnelles ; quelles sont mes garanties qu’elles restent confidentielles pendant la mise en gros caractères de mon avis d’échéance ?
— Demande à ton assureur ! Il s’y connaît en garantie.
Forcément oui !

Note. J’ai donc contacté mon assureur militant qui m’a rappelé une dizaine de jours plus tard pour m’assurer que mes données personnelles sont sous bonne garde. Ouf !

Bigleuse @127

Ce confinement n’est décidément pas comme le précédent. Nous sommes tous (je trouve) moins sidérés, mieux armés, plus dans l’action, profitant de tout ce qui n’est pas contraint voire au-delà pour celles et ceux qui, toujours pour de bonnes raisons, se sentent légitimes à braver l’interdit. Pour ma part, je me contente de ce qui est autorisé : commissions, bien sûr, en évitant les supermarchés bondés, sport au square (seule), visites à l’Ehpad, kiné, médecin, sans profiter particulièrement de l’heure de balade autorisée considérant que ces activités suffisent à l’aération masquée de mes voies respiratoires.
Dans les choses qui sont autorisées, il y a celle-ci « Déplacements (…) pour l’assistance aux personnes vulnérables » qui me permet d’aller à l’Ephad… et à qui veut de venir me voir. C’était déjà le cas lors du premier confinement, mais mes proches ne l’ont pas utilisé tant le virus semblait être partout. Aujourd’hui, il apparaît que les pouvoirs publics ont évolué sur la question des personnes qui ont particulièrement besoin de conserver un minimum d’activités et de lien social. Il est possible aux handicapés de faire du sport, même dans les ERP, et l’attestation affiche un motif dérogatoire de « Déplacement des personnes en situation de handicap et leur accompagnant » qui n’avait été acquis que de haute lutte lors du premier confinement.
Mais pourquoi tant de largesses ? N’est-ce pas un peu discriminant à l’égard des valides ? Si vous vous posez la question, c’est que vous ignorez totalement la situation des personnes handicapées : il y a ce qu’elles ne peuvent pas faire, ça vous pouvez (peut-être) imaginer ; il y a aussi ce sentiment d’isolement avec l’idée qu’au moindre bogue (un verre cassé par exemple), cela devient compliqué, voire dangereux ; il y a enfin la rupture totale d’avec le monde que je peux illustrer en disant que je ne vois pas si des personnes marchent dans la rue ou si l’appartement d’en face est occupé.
Et alors ? Si mon propos manque de clarté, basse vision oblige, je vous invite à profiter de ce deuxième confinement pour vous intéresser au handicap (ça peut aussi vous arriver) et vous rapprocher d’une personne handicapée, non par générosité ou bienveillance ; non, juste parce que cela vous donne un super prétexte pour sortir, faire deux fois plus de commissions, vous promener au-delà du kilomètre et de l’heure autorisés, faire du sport des heures durant… C’est chouette, non ?
Ce n’est d’ailleurs pas là le moindre des avantages à se rapprocher des handicapés. Vous y gagnerez rapidement en débrouillardise et en créativité (« adaptation » et « suppléance » en langage ordinaire) tant le validisme oblige les handicapés à mettre au point des solutions toujours plus innovantes pour pallier le défaut d’accessibilité de la société et l’incurie des personnes. Les albinos sont d’ailleurs particulièrement bons à ce jeu de contournement de l’ordre établi (ne me contactez pas, je suis déjà très entourée).
Cela me donne une idée : j’avais entamé un manuscrit « Le validisme, ce douloureux problème » en janvier dernier ; ne devrais-je pas plutôt le nommer « Le génie handicapé » ? J’y expliquerais comment l’adversité peut être soit subie et placer la personne en situation de victime impuissante, soit vécue comme un atout et érigée en motivation existentielle afin d’être à ce monde qui nous exclut l’aiguillon, le créateur, l’activiste qui porte à le changer.
L’adversité comme levier de l’engagement et du prodige ? Non ? Quelle idée… de génie !

Note. Si vous n’avez pas d’handicapé sous la main, vous pouvez vous adresser à la MDPH de votre département, à de nombreuses associations et, à Paris, au dispositif Paris en compagnie. Les opportunité sont nombreuses !

Bigleuse @126

Les travaux liés au changement des fenêtres dans notre Îlot (celui des Janissaires, vous l’aurez compris) ont duré trois mois et compliqué mes déplacements à l’intérieur de mon immeuble, et aux abords. J’ai même dû faire intervenir la DPSP pour que l’espace public ne soit pas transformé en entrepôt sauvage après avoir embrassé une brouette à fenêtres (pas si sexy qu’on peut l’imaginer). Mon gardien est également intervenu à plusieurs reprises pour qu’un cheminement à peu près sécurisé existe dans le hall et sur mon palier ; souvent en vain.
Cet hiver, on nous promet une « réfection des halls » dont je vous reparlerai. Première étape des travaux : le changement de la façade de l’ascenseur au rez-de-chaussée. J’en suis avertie, comme les autres locataires, par trois affiches illisibles pour moi (et d’autres) apposées par le prestataire. C’est dommage, je n’ai pas pris de photo. J’appelle mon gardien qui n’était pas au courant de l’imminence de ces travaux… Il se démène sitôt pour mettre en place un système de portage (ascenseur arrêté plus de trois jours) et s’inquiète de la présence pendant cette première semaine de vacances de nos deux locataires en fauteuil électrique. Le prestataire, lui… !
Le mardi, les travaux commencent. Je rentre de la médiation à 12 h 30. Je passe la porte du hall quand un homme m’arrête à grands cris. Je stoppe. Il tape sur l’épaule d’un deuxième homme, en train de travailler sur la cabine à demi descendue. Sitôt, il se met debout et fait rempart de son corps devant le puits de l’ascenseur. Celui qui m’a arrêtée me demande si ça va aller, pousse des objets au sol au fur et à mesure de ma progression, s’inquiète de l’accès à ma boîte aux lettres et me guide par la voix jusqu’à l’escalier.
Le soir, je m’arrête à la loge et raconte cela à mon gardien, mon petit doigt (et Caddie !) me disant qu’il n’était pas étranger à cela. Il ne l’était pas en effet et était tout content que les ascensoristes aient tenu compte à ce point de ses recommandations. Et moi donc ! Je suis si peu habituée à cela que j’en suis toujours très émue. Dans la discussion, il m’explique que si ma box était en rade le week-end précédent, c’est parce qu’un technicien d’un autre FAI avait mal rebranché mon accès. Mais comment sait-il cela ?
— Quand j’ai vu le jeune qu’on vous a envoyé, je me suis dit, je reste avec lui le temps qu’il répare ! Il débutait et était guidé au téléphone par un autre. Je ne l’aurais pas laissé partir sans que votre accès soit rétabli.
J’en suis convaincue.
Merci monsieur. Vous êtes décidément un homme et un gardien remarquable.

Bigleuse @125

Il y a quelque temps, sur LinkedIn, j’ai croisé une publication sur les « 1ères (sic) universités d’été de la conception universelle et de l’inclusion », organisée par le Conseil national consultatif des personnes handicapées (CNCPH), institution publique. Ce n’est pas rien. La publication en question était illustrée, en guise de programme, d’une copie d’écran, texte en noir sur fond jaune pétard.
Ma première larme d’éblouissement passée (pas au vu du programme, on l’aura compris, mais du jaune fluo), j’ai cherché la version texte sur le site dédié et me suis retrouvée avec le même fond jaune, même écriture noire (ou rouge) ; même éblouissement et illisibilité pour moi. Je me suis fendue d’un petit commentaire.

« Bonsoir,
« Pourquoi je n’arrive pas à lire les textes de votre site (fond jaune qui éblouit, polices fines, petites, soulignées, boutons sans contrastes…) alors que l’accessibilité semble votre sujet ? Je dois avoir une maladie invalidante trop rare, j’imagine… #BasseVision »

Fort gentiment, l’auteur de la publication initiale m’a demandé des précisions et promis de transmettre. Et ça s’est arrêté là.
Je reste perplexe. Comment un service directement rattaché au Premier ministre peut-il produire ce genre de site alors que son sujet est l’inclusion ? Peut-être est-il conforme au RGAA. Dans le cas contraire, que font donc les experts en accessibilité ? Je ne comprends décidément pas.

 

Bigleuse @124

Depuis quelque temps, je me mêle d’accessibilité numérique basse vision. J’ai fait un article sur mon site, ai rencontré et alerté des élus, ai mené une action auprès du Médiateur de la Ville de Paris, publie régulièrement des microbillets Twitter sur le sujet… À force, je me suis fait repérer, notamment par des professionnels de la question, déficients visuels pour la plupart.
Le valisidisme est ainsi économiquement fait que ce sont les bigleux qui s’occupent des bigleux, l’exonérant ainsi de la lourde tâche de se remettre en cause tout en se donnant bonne conscience : si l’on retirait à ces personnes handicapées leur emploi dans les associations, entreprises (d’insertion ou non), le taux de chômage déjà au double des valides exploserait.
C’est dans ce contexte que j’ai été contactée par une experte en accessibilité qui m’a signalé que les liens sur mon site manquent de contraste, m’expliquant que le RGAA suggérait un certain ratio, avec un lien sur une moulinette (peu lisible d’ailleurs et qui s’exprime dans une langue que je refuse de lire) qui fait cette évaluation. J’ai remarqué que mes liens obtenaient un ratio de « 2.68:1 » avec le fond de page contre, ai-je compris à son mail, les « 3:1 » requis.
D’emblée j’ai trouvé amusant que l’on me fasse un reproche de manque de contraste dans le contexte même de ma basse vision mais ai décidé de regarder si je pouvais améliorer ça, en droite ligne de mon article sur l’arroseuse arrosée. J’ai trouvé une couleur très proche qui passait au-dessus du « 3:1 » soit « 3.07:1 » sans contraindre ma propre lecture. La moulinette est passée du rouge au « attention », sans passer au vert.
J’ai en moins de 24 heures modifié le code de mon site en conséquence et répondu à la dame sur le ton de « vous chicanez » en lui expliquant en quoi les solutions alternatives pour signaler un lien ne me sont lisibles. D’habitude, quand on se parle entre handicapés, s’exprime une certaine conscience de classe, l’idée que l’on en chie tous pareil et que l’on peut se dire, entre nous, des choses que les valides ne peuvent pas dire.
Perdu ! Elle n’a franchement pas apprécié, considérant cela comme une marque de mépris. Je me suis excusée mais cela n’a pas suffi ; la dame a cru bon de monter encore le ton, allant jusqu’à me servir le « Vous n’avez pas compris. », « C’est toujours difficile de recevoir des critiques sur ce qu’on réalise. » et autres arguments à deux balles d’ordinaire réservés à la suffisance machiste.
Je n’ai pas répondu, considérant que cette dame chicanait, en effet, et que mon site est tout à fait accessible, même pour les yeux qui ont besoin d’encore plus de contraste que les miens (ce qui n’est pas peu dire), ne serait-ce qu’à travers le mode liseuse. Je m’attendais à ce qu’un « expert en accessibilité » se targue sous peu de me faire la leçon ; il est si facile de s’attaquer à un site comme le mien, page personnelle, avec un webmaster (moi) qui répond en moins de 24 heures. Je suis allée voir les sites institutionnels que la dame a expertisés ; je ne les lis pas.
Quand mon amie judoka Sylvie m’a fait une remarque sur le caractère sémantiquement peu explicite des liens, sa première phrase a été « C’est sans doute très lisible pour toi, mais… » m’expliquant ensuite pourquoi sa machine à lire peinait avec mes « ici » et « ». En discutant, je lui ai expliqué pourquoi je faisais cela, elle a compris, n’a pas insisté le contenu de mon site le rendant contournable. Je lui en ai reparlé quelques jours plus tard à partir d’un article témoin. Elle m’a rechicané sur une de mes propositions, me compliquant bien la vie ; je le lui ai dit, on en a ri en se moquant l’une de l’autre et j’ai trouvé des solutions pas complètement satisfaisantes pour elle ni pour moi ; à mi-chemin.
Mais Sylvie, c’est vrai que l’on se connaît et qu’elle a présumé de ma bonne volonté. Elle sait en outre que je ne parle pas d’accessibilité basse vision pour lui piquer son travail, et que, au contraire, je lui relaierai toute demande de conseil que je considérerais comme relevant d’un travail professionnel. Alors je le redis ici : même si j’aurais beaucoup à dire sur l’« économie du handicap », je me situe sur un terrain politique, pas économique. Vous pouvez donc me chicaner sur mon site, ce blogue, mais si c’est pour venir me chercher des poux dans la tête en réglant un compte qui n’est pas le mien, je ne vous répondrai pas car j’estime que votre compétence est trop précieuse pour être gâchée sur mes supports.

Note aux déficients visuels. En illustration, la copie d’écran de ladite moulinette. Je vous envoie le lien si vous me le demandez (gentiment).

Bigleuse @123

Je suis allée au service des impôts dont je dépends pour faire rectifier ma déclaration ; rien de bien méchant, juste une histoire de devises : mon éditeur canadien me paie en dollars canadiens que le passage de frontière converti en euros ; et j’avais déclaré le montant du justificatif, et non le montant encaissé ; c’est ça de croire que le monde entier est passé à l’euro !
Une fois réparé mon eurocentrisme avéré, j’ai demandé à l’inspecteur qui me recevait de me confirmer la case dans laquelle je dois déclarer ces revenus venus de l’étranger. J’ai tout bon de ce côté-là mais il me propose de me le noter pour l’an prochain : il prend un post-it, un stylo, note, détache le post-it, le colle sur mon justificatif, me le tend… et se ravise.
— Non ! Ça ne va pas aller.
Il arrache le post-it, le froisse, le jette au panier et se met à fouiller sur son bureau. Cela dure un peu et il revient sur son paquet de post-it. Il écrit plus lentement, arrache encore le post-it, le jette et recommence. Enfin, il détache le post-it, le colle sur mon justificatif et me donne le tout. J’y jette un œil en le rangeant et comprends son souci : il a percuté que son premier stylo, sans doute un bic, était trop fin pour que je puisse lire.
C’est si rare ce genre d’attention. Merci ! J’en suis très touchée.

Bigleuse @122

Toujours dans le cadre de mes feuilletons estivaux, je reviens sur mon billet où j’évoquais le manque de lisibilité des supports de communication de mon bailleur avec ses locataires ; j’ai donc reçu une longue réponse de l’assistante du directeur général. Celle-ci faisait état d’une bonne volonté évidente, avec une maîtrise partielle du sujet. Je lui ai donc répondu sur les aspects de sa réponse que je trouvais discutables en lui mettant quelques copies d’écran pour être plus explicite puis, quelques jours plus tard, ai envoyé la photo d’un nouveau support illisible* affiché dans mon hall (ci-contre) avec un lien sur le point de mon article sur la communication numérique basse vision qui parle des textes.
Ce second mail m’a valu une réponse de la « Responsable pôle communication digitale » qui me remercie des informations transmises, m’annonce la refonte de leurs « outils digitaux » et m’invite à lui faire part de toute nouvelle difficulté que je pourrais rencontrer. Le langage utilisé, très convenu, me fait douter des conséquences réelles de mon expertise. Mais, qui sait ? Je resterai donc attentive et ne manquerai pas de poursuivre cet échange autant que de besoin. Je vous dirai.

* Il s’agit d’une affiche indiquant les gestes de prévention covid-19 dans nos immeubles. Je ne peux en dire plus. Je ne la lis pas.

Bigleuse @121

Dans la revue de presse « culture » à laquelle je suis abonnée, je lis ceci : « Quand le cabaret s’invite sous les balcons des Ehpad. En Saône-et-Loire, la metteuse en scène Léna Bréban a conçu un spectacle tendre et spontané pour aider à vaincre l’isolement des personnes âgées. » Le Monde – 12/07/2020
Sans aller voir l’article, je m’interroge. La semaine dernière, j’ai fait la connaissance de Roger, un résident de l’Ehpad où réside la maman de Sarah. Il est plié en quatre sur son fauteuil roulant, parle avec difficulté, mais si on prend le temps de l’écouter, la conversation est vite agréable. Alors que nous devisions, il a interpellé Sarah à propos d’un pantalon et d’un lien Internet qu’il n’a pu ouvrir. Je suis intriguée. Sarah m’explique qu’il a besoin d’un pantalon et qu’elle en a trouvé un qui peut lui plaire, sans braguette ni bouton mais élégant. Il n’a pu ouvrir son lien depuis l’ordinateur dans sa chambre. Sarah était loguée sur le site marchand. Ceci explique cela.
Je sors sitôt Petit 6 et nous voilà à surfer, moi qui trouve que c’est écrit petit, Roger qui peine à contrôler ses doigts, Sarah qui se charge de faire le lien, et sa maman un peu renfrognée ce jour-là qui lance des phrases, parfois, sans rapport avec ce qui se passe mais auxquelles chacun répond avec le plus grand sérieux. Sarah s’inquiète de la taille du pantalon. Le site propose des longueurs de jambes. Roger me paraît grand. Je lui demande l’autorisation de mesurer ses jambes avec l’empan de ma main. Il m’autorise. On rit. Il est très blagueur. Sarah s’éclipse quelques minutes avec sa maman. On reste là tous les deux. Il ne tarit pas de compliments sur Sarah. Le soleil est doux. On est bien.
Cela n’est pas exclusif de l’opérette, bien sûr. L’opérette…