Archives de catégorie : À table ! @

À table @74

Un sac d'emballe pour le recyclageAvant même que je ne rentre de l’hôpital, ma voisine de palier m’a fait des courses et à manger. Depuis, elle passe, m’envoie des textos ou m’appelle plusieurs fois par jour pour s’assurer de ma bonne santé et me demander ce dont j’ai besoin. Le plus souvent possible, j’essaie de trouver quelque chose qui peut lui faire plaisir, une bonne tablette de chocolat, un café, de jolis haricots verts du primeur d’en bas, et il y a deux jours un bouquet de coriandre. Elle met le nez dedans, ravie qu’il soit bien frais et odorant, puis se ravise.
— Vous l’avez pris où ?
— À la sauvette du métro.
Elle fait la lippe.
— Vous savez où il le stocke ? Une copine a vu ! Dans le jardin, là où il y a des souris…
— Il faut le laver, c’est tout.
Elle n’en est pas convaincue, me disant qu’elle mettra aussi du vinaigre et me détaillant sa manière de procéder en matière de nettoyage de frais [microbillet Twitter du 22 octobre 2020], puis nous parlons commissions et sacs dans des sacs dans des sacs, tous en plastique. Je pointe du doigt le fait que même les bananes, elle les met dans des sacs, et que la planète…
— Pas grave ! Après, je jette le sac !
La fraction de seconde suivante, elle éclate de rire.
— Vous avez raison, c’est ça le problème !
Deux jours plus tard, elle m’apporte une botte de radis non emballée dans un sac, et me montre dans le creux de son autre main deux radis détachés de la botte en rigolant.
— Je n’ai pas mis de plastique… mais on perd les radis !

Note : Je n’ai pas fait de photo ; voici en échange mon recyclé de ces dix derniers jours ; vive le vrac !

À table @73

Un Mille feuille dans une boîte en plastiqueLe mercredi, un gentil garçon me livre les repas mandés par mon assureur militant. Ils sont chacun dans un petit sac en papier avec le nom du jour et rassemblés dans un grand sac en papier. Le livreur me dépose le sac devant mon frigo et je le vide petit à petit de son contenu pour répartir les entrées, les plats, les desserts par ordre de DLC et équilibre alimentaire. J’utilise ainsi les entrées dégoulinantes de mayonnaise comme assaisonnement de mes crudités du soir et conserve ce qui peut l’être (laitages et compotes essentiellement) pour quand je n’aurai plus de livraisons.
En ouvrant le grand sac, ce mercredi matin, je découvre un petit « supplément », soit une boîte en plastique posée sur les sacs quotidiens. Je m’en saisis et, sitôt identifié le contenu, elle me saisit ! Un mille-feuille, avec plein de crème pâtissière et un glaçage épais, identique (en plus industriel) à celui que j’apportais à maman (qui n’en trouve pas des comme ça sur Avignon) quand je me suis blessée dans l’escalier ! Quel clin d’œil involontaire ! J’en suis baba… non, mille-feuille !

À table ! @72

Je suis rentrée de l’hôpital dans des conditions optimales, grâce à la mobilisation de mes amis et voisins (j’y reviendrai sans doute) ; à ma capacité d’anticipation autant qu’à ma maîtrise de l’outil Internet et téléphone ; et à mon assureur militant. Celui-ci a sitôt mandé une aide-ménagère et la livraison de repas. J’ai choisi un repas par jour, craignant que cela ne soit trop copieux, et l’option « menus végétariens »…
— Strict ?
— Pas végétalien, végétarien.
— ?
— Cela peut comporter des sous-produits animaux.
— Du poisson alors ?
J’ai opté pour le poisson, je sentais que ç’aurait été compliqué d’expliquer le statut non végétal du poisson et ne suis pas végétarienne ; juste je voulais équilibrer avec ce que m’apporte ma cohorte de voisins et m’éviter les charcuteries et autres gourmandises délétères pour mon métabolisme que l’on m’avait servies à l’hôpital.
La conversation continue. On en arrive à la livraison.
— Vous serez livrée le mercredi matin, entre 8 h 30 à 13 heures.
Je précise que les repas sont sous vide et livrés une fois par semaine.
— Le 9 juin, cela va être compliqué, je tiens une permanence téléphonique… Vous pouvez me donner un créneau plus réduit ?
— Non, madame. Il a cent cinquante repas à livrer !
— Il a donc un circuit…
— Il fait ce qu’il peut !
Une barquette de repas avec une étique écrit en tout petitJe n’ai pas insisté, c’était inutile. La même scène s’est reproduite avec le service d’aide ménagère dont les jours ne sont négociables qu’en cas de rendez-vous médical. Faire entendre à ces braves gens que la personne handicapée a une vie qui ne se résume pas à leur bon vouloir de prestataires (grassement) payés par mon assureur est une gageure. Je le savais, pour avoir fréquenté pas mal de personnes utilisant ces services. Je pensais que les choses évoluaient. Perdu.
Ah ! j’allais oublier. Les menus sont imprimés dans un format texte que je ne peux pas lire, le contenu des boîtes itou. Le site est à l’avenant. C’est pour qui, déjà, la livraison de repas ? Pas pour les déficients visuels actifs, en tout cas !

À table ! @71

Un flacon en forme de gourde de compote.Je lis toujours l’article « produits au rappel » dans Que Choisir ; non que je pense avoir acheté l’un d’eux, mais parce que le motif du rappel est souvent édifiant sur les dérives de la société de consommation. Ce gel nettoyant pour les mains en est un bel exemple.
D’abord, je ne sais pas trop ce qu’est un « gel nettoyant » ; pour se laver les mains, je connais le savon et le savon liquide. Il y a aussi le gel hydroalcoolique dont la fonction est de désinfecter, pas de laver. La fiche produit a disparu puisque le produit a été rappelé. L’image sur le site de Que Choisir est de mauvaise qualité ; je comprends néanmoins qu’il doit s’agir d’un gel pour se laver les mains sans eau.
En ce temps de pandémie, il me semble que la confusion avec du gel hydroalcoolique peut exister, mais ce n’est pas la cause du rappel : « L’emballage de ce gel nettoyant pour les mains peut prêter à confusion. Les consommateurs (notamment les enfants ou les personnes malvoyantes) pourraient penser que le produit peut être mangé comme une compote. » Le gel se présente en effet exactement comme une gourde de compote, mais il est bleu layette et non aux couleurs pétantes d’une fiole de compote.
Les deux peuvent-ils être confondus ? J’ignore tout des mœurs alimentaires des enfants et je veux bien croire qu’ils peuvent faire la confusion, ne serait-ce que parce qu’aucun ne tique quand on lui donne à manger des « fruits » inodores et insipides dans une gourde en plastique alors que cela frise la tromperie, un peu comme le poisson carré. La société de consommation prend les enfants pour des abrutis sans odorat ni goût ; ou plutôt forme nos enfants à être des abrutis sans odorat ni goût. Je laisse les parents assumer cette responsabilité-là.
Et j’en reviens au motif de confusion, pour « les personnes malvoyantes » cette fois ; donc moi. Il est très très rare que nous fassions l’objet d’attention de la part de Que Choisir : jamais rien sur les modes d’emploi et notices de montage illisibles ou non disponibles en format numérique accessible ; jamais rien sur les écrans des appareils ni sur les fonctions tactiles ; jamais rien sur l’étiquetage en LED, l’absence de braille, etc. Et là ! Enfin… on nous protège en nous prenant pour des abrutis sans odorat ni goût (des enfants, donc).
J’exagère ? Je vous invite à faire le test : prenez plusieurs déficients visuels, toutes catégories confondues ; mettez-les au milieu d’un verger de gourdes en plastique, certains contenants de la compote, d’autres du gel nettoyant ; et vous comprendrez peut-être que nous ne sommes pas des enfants… pardon, que nous sommes pas des abrutis sans odorat ni goût, les enfants n’en étant pas, bien sûr.

À table ! @70

Il m’est impossible de mesurer l’impact réel de ma consommation sur le monde ; il est infinitésimal, j’imagine, mais en partageant, notamment via le blogue, mon expérience, j’espère l’effet boule de neige. Je vous raconte régulièrement la manière dont je réduis ma consommation d’énergie et d’eau ; je vous parle aussi de mes démarches antigaspi : paniers d’invendus, produits soldés chez le primeur (lots à 1 euro) ou au supermarché, magasin antigaspi, partages et dons mutuels.
Certains trouveront ce mode de consommation contraignant surtout en matière alimentaire : il faut cuisiner, multiplier les sources d’approvisionnement, et ne pas toujours choisir ce que l’on mange. Je le prends comme un jeu et fais de ces contraintes un mode de vie : j’ai toujours aimé cuisiner, avec une prédilection pour l’invention (heureuse ou malheureuse) ; j’ai besoin de marcher et faire le tour de mes fournisseurs est une balade comme une autre ; manger des choses que je n’aurais spontanément pas choisies est un moyen de lutter la routine des confinements et couvre-feu.
« Faire quelque chose de ce qui arrive », c’était mes vœux pour 2021 ; je suis en plein dedans et vous propose une assiette en adéquation avec ces choix.
* Duo de quinoa d’un magasin antigaspi.
* Purée marrons pommes de terre soldée fin de date (supermarché).
* Haricots verts d’un panier cuisiné avec les tomates, champignons et oignons de lots à 1 euro ; l’ail et les condiments sont achetés, à l’exception du laurier du jardin d’une voisine. Coriandre fraîche donnée par Isabelle.
* Aiguillettes de poulet d’un panier de supermarché, épices données par Isabelle.
* Purée de céleri rave à prix raisonnable d’un primeur bio.
J’utilise du sel que m’a donné une voisine qui déménageait. En dessert, j’ai mangé une crème dessert maison fabriquée avec des produits achetés au supermarché (cacao, sucre, Maïzena, lait) et une pomme déclassée prise chez le primeur bio accompagnée de noix données par un voisin. Avec mon café (en grains) acheté chez Ikea (très bon rapport qualité prix), j’ai croqué deux carrés d’un délicieux chocolat offert par Isabelle.
Et en boisson ? De l’eau de Paris, pardi !

À table ! @69

Quand j’étais petite, nous mangions, surtout chez ma grand-mère, du « jambon blanc ». À la maison, nous étions plus jambon cru que l’on faisait fumer l’hiver dans la cheminée du salon. Le jambon blanc (cuit donc), c’était cher ; mamy l’achetait chez le boucher ; maman n’en achetait pas si ce n’est parfois des talons, ou de l’épaule. Mais, quel que soit le morceau, c’était bien du jambon « blanc », et je me souviens qu’il l’était. Je suppose qu’il n’était donc pas infesté de nitrites, ce E250 qui rosit le jambon cuit.
Je ne sais pas pourquoi nous aimons le jambon plus rose mais il semble que cela ne date pas d’aujourd’hui. Et pour certains, par exemple, les jambons de Paris ou au torchon, frais dans leur barquette, ils n’ont pas l’air si roses… Je n’en achète plus guère tant je suis de moins en moins sensible aux produits qui n’ont d’autre goût que le sel. Mais j’en récupère parfois dans des paniers de récup’, l’autre jour six tranches que j’ai congelées pour les utiliser dans une tarte, un gratin.
Ce matin, j’en sors une part que je vais faire griller en petits morceaux pour accompagner du chou de choucroute cuit. En déposant le morceau dans une assiette à la sortie du congélateur, la couleur m’a frappée. C’est franchement rose ! J’imagine que les nitrotes, contenu dans l’eau du jambon, se révèle une fois gelé… Quoi qu’il en soit, si vous doutez du caractère chimique (et en l’espèce cancérigène) des nitrites, cette image me semble sans ambiguïté.

Note pour Frédéric. Si je te le présente en triangle rose, tu n’en veux toujours pas du jambon ?

À table ! @67

La veille de ce second confinement, je me suis souvenue que la chose qui m’avait le plus manqué dans le premier était de manger des sandwichs, peut-être parce que nous en mangeons d’ordinaire un tous les mardis avec Isabelle après mon cours de judo ; un rituel qui me réjouit tant ces retrouvailles hebdomadaires, même de courte durée, me sont devenues essentielles ! Faute d’Isabelle, le sandwich s’est donc transformé en objet transitionnel et c’est sur lui que je me suis rabattue ce fameux jeudi.
Le mardi, nous allons dans une sandwicherie où les légumes sont foison, et la sauce peu abondante. Pour pallier les semaines de disette annoncée, il me fallait du très-gras-très-salé-très-sucré. J’ai donc opté pour un kebab que j’aime bien, avant tout parce que les gars y sont plus gentils que la moyenne. J’ai commandé mon sandwich et, quand il allait l’emballer, ai dit au serveur que j’avais un cabas de commission et que je me passerais donc du sac en plastique. Cela ne l’a pas surpris, et il m’a dit quelque chose comme « C’est bien d’économiser les sacs. » avant d’ajouter…
— Je vous mets des fourchettes pour pas que ça s’ouvre dans votre sac…
Je l’ai remercié, sans trop comprendre, avant de me retrouver sandwich en main, une douloureuse question en tête : la planète y a-t-elle vraiment gagné ?

Audiodescription de la photo. Une boîte à kebab est fermée par deux fourchettes en plastique piquées dans l’emballage.

À table ! @66

J’ai récupéré dans un magasin bio un panier très riche en protéines animales : saumon, hareng, yaourts, œufs, viande de bœuf hachée… Cela me fait toujours bizarre car j’associe le bio au végétarisme ; c’est sans doute idiot mais… Idiot ?
Quand j’étais petite, maman fréquentait une association qui achetait du bio en quantité et le revendait à ses adhérents ; c’était l’occasion de manger des farines, des céréales, des légumineuses, des graines, des préparations (pâté végétal, galette, crèmes végétales, etc.) que l’on ne trouvait que là. C’est toujours ce que j’achète chez les bios, ce que l’on ne trouve pas ailleurs. Cela participe certainement à mon association bio équivaut végétarien.
Par ailleurs, si l’on considère que manger bio, c’est manger en préservant les ressources, sachant ce qu’il faut d’eau et de fourrage pour produire un kilo de viande, ce me semble assez logique d’y associer du végétal plutôt que de l’animal. Mais bon, je peux comprendre que quelqu’un de flexivore (ce que je suis) qui mange majoritairement bio (ce qui n’est pas mon cas) ait envie de protéines animales bio. De là à cautionner un double emballage plastique (un sac extérieur plus une barquette sous vide) avec un mode de conservation « longue durée » du steak haché ?
Là, franchement, c’est un grand écart à s’exploser les adducteurs ! Non ?

À table ! @65

Je faisais un tour dans un supermarché avec Isabelle qui cherchait à faire l’achat de quelques produits frais. Ce n’est pas une enseigne que je fréquente ; trop chère. Isabelle jette son dévolu sur un melon « type charentais » (à ne pas confondre avec les charentais en personne), sans regarder le prix.
— Il vaut combien ?
— Je ne sais pas, je m’en fous. Avec ce que je bosse, j’ai juste envie d’un melon.
— Sauf que si tu achètes un melon trop cher, tu encourages un prix que je ne pourrai pas payer.
Elle revient en arrière et m’indique qu’il vaut 1,50 euro (elle est patiente, Isabelle, vous aurez remarqué !) Vu le calibre, c’est moins que le prix en cours. J’avais vu les mêmes la veille dans mon enseigne à 1,70 euro et je ne l’avais pas acheté, attendant qu’il baisse. D’aucuns diraient que j’ai les moyens de payer un melon 1,70 euro. C’est vrai, même si à force de 20 centimes, cela grève un budget. Mais je pense aux personnes qui vivent avec deux ou trois euros par jour, elles ne peuvent pas.
La question devient : est-ce que le prix que chacun accepte de payer pour tel ou tel produit conditionne son prix bien au-delà des coûts de fabrication et de distribution ? J’en ai la conviction. Avec Caddie, on a, sur cette base, défini notre politique d’achats : si c’est « hors de prix », même si on a envie, on ne prend pas. Et franchement, on mange très bien chez moi. Les rares qui en profitent vous diront.