Archives de catégorie : À table ! @

À table @83

L'affiche telle que je la décrit dans le billet.J’ai croisé dans le métro une publicité que j’ai eu du mal à comprendre plus qu’à lire « Fruits et légumes, c’est jamais trop ». On y voit, dans des carrés en mosaïque, des fruits ou des légumes en gros plan, barrés de la mention « Jamais trop + un adjectif » : l’adjectif est souvent un peu « coquin », ou connoté « attribut physique ou psychique plus ou moins sympa ». Au centre de l’affiche, une case de la mosaïque « Les fruits et légumes frais, c’est jamais trop ».
Je n’ai pas bien compris le concept, qui info prise, se décline en plusieurs affiches avec un spot vidéo que chacun appréciera : les images vont trop vite pour que je les décrive aux déficients visuels mais grosso modo, quand on dit « jamais trop mûre », l’affiche montre des figues, le spot vidéo une vieille dame qui danse… Pour « jamais trop ronde », on a une pastèque sur l’affiche, et une modèle gironde dans un atelier d’artiste. Le corps qui se mange, le corps que l’on exhibe à fins publicitaires… Je vous laisse regarder ; c’est peu visible pour moi et ça m’arrange.
Si une affiche m’a arrêtée dans le métro (affiche où il n’y a que des fruits donc, les corps de gens, c’est pour la vidéo), ce sont des problèmes d’orthographe ! C’est une motivation comme une autre.
Je passe sur les adjectifs épicènes et « nature » adjectif qui est invariable. « Jamais trop velu » pour le kiwi ou « délicat » pour le physalis, au masculin les deux, logique. « Jamais trop nue » : une orange, féminin donc. Comme « brillante » pour l’aubergine, « précieuse » pour la fraise, « charnue » pour la poire, « puissante » pour la grenade, « pâle » pour la pèche, « plate » pour une autre pèche… mais alors, pourquoi, plusieurs pommes sont « jamais trop colorée » (féminin singulier) et des fruits rouges « gourmand » (masculin singulier) ? Sur d’autres affiches sur le Net, je vois deux haricots verts « jamais trop fin » (masculin singulier), des figues qui échappent aussi au pluriel… Plus étrange encore, les carottes râpées sont « jamais trop roux » ; pas rousses ? Ça doit être un truc de bonnes sœurs (vous ne connaissez pas la blague ? non ? je ne la ferai pas !)

Note. Je précise que j’ai dû demander de l’aide à Isabelle pour le litchi, les carottes râpées et le physalis.

À table ! @82

Un sandwich wrap dans son emballage dans ma main.J’ai vécu il y a quelques jours une expérience commerciale surprenante. Je rentrais du judo, faisant un bout à pied pour me détendre. J’avais à la maison de quoi dîner mais il m’arrive parfois d’avoir envie de manger quelque chose d’industriel trop-gras-trop-salé-trop-sucré (pléonasme), le tout en marchant. Je ne sais pas à quoi cela correspond à part rompre avec l’habitude de ma soupe maison et mes assiettes de crudités. Cela me permet aussi de me dire que je préfère ce que je fabrique moi-même et de lever l’illusion du bon-tout-prêt cher, calorique et contraires à mes idéaux.
Sur ma route, il y avait un Monoprix ouvert jusqu’à 22 heures… il était 20 h 55, une heure où d’ordinaire je me refuse à mettre les pieds dans un commerce… sauf pour manger. Ouf ! ma conscience syndicale était sauve. J’entre dans le supermarché et ma première surprise est de constater qu’il n’y a pas un client (au moins dans mon champ de vision, réduit, il est vrai). Je tombe directement sur le rayon des sandwichs. Après un long examen (je prends, je regarde de quoi il s’agit avec le zoom du téléphone, je cherche la DLC et le prix, je repose, prends le suivant…), je me décide pour un wrap. J’adore ! Ça ressemble à du carton sucré ; exactement ce qu’il me fallait.
Je cherche une caisse, les fais toutes : fermées et pas une caissière en vue (basse) ! Je m’inquiète et sors ma canne blanche (ça aide à se sentir moins égarée). Un chaland me double et fonce vers les caisses automatiques. Je le suis. Il a déjà payé le temps que je me gratte la tête. Que faire ? Partir sans payer ? Renoncer à mon sandwich ? Je vais à l’accueil et y trouve un humain en la personne du vigile. Il m’explique qu’il faut utiliser les caisses automatiques.
— Je ne peux pas, elles ne sont pas accessibles.
Je n’en sais en fait rien mais le suppose. Le vigile m’accompagne.
— C’est simple, vous scannez le code-barre.
Je pose mon sandwich sur le plateau devant le scanner. Le vigile insiste.
— Il faut scanner !
— Scanner quoi monsieur ? Avec quoi ?
Il soupire, prend mon sandwich et le tourne dans tous les sens pour trouver le code-barre caché sous la couture du plastique (le coquin !) Il scanne, une fois, deux fois… cinq fois ; ça ne passe pas. « Simple » as-tu dit mon gars ? Je rigole sous mon masque en taisant toute remarque. Le vigile attrape l’espèce de pistolet qui permet de scanner ; il tente ; en vain. Il se met alors à saisir le numéro sur la machine ; perdu. Il active enfin un moteur de recherche où il recopie consciencieusement le nom du produit.
— 4,39 euros ! [de mémoire]
Pour 180 g de carton… Je lui tends un billet de 10 euros. Il commence une phrase…
— Il faut mettre le…
Il s’arrête net, prend mon billet, paie et me rend la monnaie. On se dit au revoir et je m’en vais manger mon wrap en marchant, troublée par cette expérience d’un magasin sans caissières. C’est ça le progrès dans la grande distribution ? La prochaine fois, je testerai la nouvelle sandwicherie à quelques pas ; c’est compliqué car je ne vois pas ce qu’ils proposent mais qui sait, peut-être auront-ils l’amabilité de tout me décrire ?

À table @81

Un terrain de tennisOn apprend plein de choses sur Twitter (si on choisit bien qui l’on suit), par exemple qu’il va s’ouvrir un « food court géant à Paris ». D’accord, ce n’est en soit pas très intéressant ne serait-ce que parce que le terme de « food court » fleure d’emblée la branchouille commerciale. Mais cela m’a quand même intéressée car la chose se passe à 500 mètres de chez moi.
De quoi s’agit-il ? Je me suis amusée à aller chercher sur France termes la traduction de cet anglicisme aux allures de terrain de tennis (j’avais lu au départ « fond de court »). Le mot y est bien référencé, preuve s’il en est que je ne suis pas « up to date » en matière de vocabulaire commercial… ni de mode de consommation d’ailleurs (les deux vont si bien ensemble).
J’apprends donc que va s’ouvrir au « cœur du 14e » (pas moins), sur « 3 500 m2, 15 restaurants, deux bars… » ; j’ignore ce que représentent les points de suspension ; un point de distribution des Restos du cœur ? un comptoir de récupération des invendus ? une cuisine collective pour les résidents du foyer Vercingétorix qui perdent la leur sous prétexte de rénovation immobilière ? des aires de pique-nique pour les sans domicile ? des ateliers-cuisine pour apprendre à récupérer du pouvoir d’achat sur le dos de l’industrie agroalimentaire ?
Ce serait sans doute plus utile que des restaurants dont le quartier regorge déjà. Le libéralisme s’en moque, ce n’est pas une surprise. Par contre, ce qui m’étonne vraiment, c’est que ce projet ne semble pas tirer de leçons de la pandémie, enfermant des milliers de clients dans un vaste espace clos avec un risque majeur de fermetures pour cause de virus émergeant.
— C’est que le Covid n’a pas tant coûté aux restaurateurs… Peut-être même qu’ils en ont tiré profit !
Caddie ! Ne dis pas des horreurs !

À table ! @80

Une une de catalogue publictaire avec deux filet mignons trop cuit, le prix, et l'enseigne (Auchan)Je reçois, comme tout le monde, des dépliants publicitaires dans ma boîte aux lettres, essentiellement pour les supermarchés alentour. En général, je les feuillette, non avec l’idée de courir profiter des promotions mais parce que cela me donne des idées de cuisine. Je me concentre sur les produits ultratransformés que je vais pouvoir reproduire dans une version digeste ; tiens ! un risoto au poulet et cèpes ? Cela me rappelle que je dois faire un quinoto au chorizo et poivron ; et une mousse au chocolat me renvoie à une crème dessert peu sucrée où je renforcerai le chocolat d’une cuiller de café soluble.
Je me réfère là à un catalogue de début février dont la « une » m’a laissée pantoise ; filet mignon (trop cuit sur la photo) à 9,50 euros le kilo ! Je venais d’entendre une info sur la rémunération juste des agriculteurs, c’est mal barré ! Quant à modifier nos habitudes alimentaires et manger moins de protéines animales et produits ultratransformés… Sur soixante-quatorze produits d’alimentation présentés, je ne vois qu’un légume et deux fruits frais (avocat, mandarines et pommes), une compote de pomme (à 3,48 euros le kilo, quand même !), deux soupes en brique (sur une offre la troisième soi-disant gratuite), deux jus de fruits et un pot de miel.
Le reste est composé majoritairement de viande, de poisson, de fromages, de quelques laitages pleins de sucre (hormis un fromage blanc nature), de viennoiseries et biscuits, de plats à base de viande ou de fromage, d’eau en plastique et d’alcool, bien sûr. Je remarque au passage que cette enseigne était, il y a encore quelques années, une bonne adresse pour les fruits et légumes. Je n’y vais plus guère ; vous savez maintenant pourquoi.

À table ! @79

La boîte en plastique qui fait office de bol à soupe, et le plateau pastique du chirachiCela fait quelques années que Isabelle m’invite dans un petit restaurant japonais un peu plus cher que la moyenne mais nettement meilleur ; le poisson est bien travaillé, très varié, les « petites herbes » et autres subtilités gustatives nombreuses. Selon les époques de nos vies respectives, et leurs contraintes, on y va plus ou moins souvent.
Nous n’y étions pas allées (au moins moi) depuis… je ne sais pas ; le premier confinement sans doute. Ce restaurant a toujours pratiqué les plats à emporter, ne serait-ce que parce qu’il ne dispose que d’une petite quinzaine de couverts. Avec la pandémie, il semble qu’il ait intensifié ce mode de vente jusqu’à considérer que les clients consommant sur place ne méritaient pas d’égards particuliers : soupe servie dans une boîte ronde sans son couvercle, salade itou, shirashi posé dans son plateau rectangulaire en plastique prêt à l’emport.
Pour le coup, la nourriture est moins travaillée, plus de jolie présentation (hormis deux fausses herbes en plastique) et plus aucune subtilité gustative. Quant à manger « au restaurant » dans du plastique jetable, outre que c’est très désagréable, cela me choque profondément. Verdict ? C’est moins bon et toujours plus cher ! Donc…
— Boycott !
Oui Caddie, on n’y met plus les roulettes.

À table ! @78

Des carottes cuites en rondelles dans une boîte en plastiqueJ’ai un problème de carottes, et pour une fois, il n’est pas directement question de prix … quoique. Le sujet peut sembler dérisoire, mais comme j’en mange deux kilos par semaine, il a son importance.
Je les mange soit crues, rarement râpées, plutôt en morceaux, soit cuites. Je les cuis le plus souvent à l’eau en utilisant le principe de la marmite norvégienne. Bien sûr, je ne jette plus l’eau de cuisson ; je l’assaisonne pour la manger en bouillon (gingembre frais, miso ou cube or, un champignon si j’ai). Depuis toujours, j’en cuis une bonne quantité, de quoi faire trois parts ; cela s’est toujours conservé jusqu’à cinq jours dans une boîte au réfrigérateur.
Depuis quelque temps, je remarque que passé deux jours, mes carottes cuites « tournent » ; un dépôt humide un peu gélatineux se forme avec parfois des traces blanchâtres ; elles ne sentent pas très bon et ont mauvais goût ; je dois donc les jeter. Cela arrivait parfois mais là, c’est devenu systématique au point que je n’en cuis plus que pour deux fois, si je suis sûre de les manger dans les deux jours. C’est tout de même moins pratique, et plus énergivore.
Que se passe-t-il ? J’achète mes carottes en sacs de un ou deux kilos, le moins cher possible, bien sûr. Leur conservation crue au frais est de moins en moins longue : souvent, leur peau se macule de taches noires ou, plus curieusement, elles se désintègrent de l’intérieur, se transformant en eau. Je ne sais pas grand-chose de la culture des carottes mais j’imagine qu’elles sont « forcées » et gonflées à l’eau, peut-être aussi sur les chaînes de conditionnement. Elles ont un côté plus sucré, sont très orange à l’œil, et sont à l’évidence riches en eau.
J’en conclus donc que ces carottes, issues de l’agriculture intensive, sont de mauvaise qualité. Va-t-il falloir que je me résolve à les acheter plus cher, bio, par exemple ? Celles-ci sont dans nos magasins parisiens jusqu’à trois voire quatre fois plus chères que les carottes conventionnelles les moins chères. Je ne suis tellement pas sûre que ce soit une garantie de qualité que je peine à m’en convaincre. Et Caddie ? Il réfléchit.

À table ! @77

Un pot de Fouetté de beurreEn faisant mes courses en ligne, je suis tombée sur du « Fouetté de beurre 63% M.G. demi-sel » par pot de 130 g présenté comme « Le premier Fouetté de Beurre Demi-sel : un tout nouveau produit à la texture fouettée unique, légère et si facile à tartiner, pour sublimer toutes vos tartines gourmandes. » J’en suis restée pantoise, dubitative devant cette industrie alimentaire qui transforme à gogo pour nous vendre de l’air (et de l’eau) au prix fort.
Je n’aurais sans doute pas dû car ledit « beurre fouetté » est référencé dans un article général sur la nutrition, mais pas dans un article de la filière des métiers du beurre. Quoi qu’il en soit, il s’agit d’un beurre allégé qui ne dit pas son nom et qui n’a sans doute pas beaucoup de goût. Le plus bluffant est le prix : je n’avais pas noté le jour où je l’avais repéré et il a disparu depuis de beaucoup de lieux de vente. Je l’ai néanmoins trouvé à 2,02 euros (pour 130 g) chez Cora soit exactement le double du prix au kilo du beurre doux de cette enseigne qui vend la plaquette de 250g à 2,04 euros.
Peut-être n’est-ce pas un hasard si l’on ne trouve plus ce « fouetté » nulle part ? Ce serait en tout cas une bonne nouvelle pour l’intelligence humaine.

À table @76

Tableau exel avec des types de plat, et leur comptabilité sur 28 jours; Toutes les infos sont dans le texte du billet.Voici donc le résultat de mon étude statistique des repas qui m’ont été livrés par mon assureur militant durant vingt-huit jours ; et quelques commentaires.
* Pour les entrées, j’ai eu la sensation de manger de la mayonnaise à tous les repas (11/28) ; c’était un peu abusif car cela alternait avec les sauces vinaigrette (10/28). Quoi qu’il en soit, cela fait vingt ans que je mange mes crudités et salades sans huile, préférant les assaisonner avec des condiments, des herbes, ou un filet de sardines, des olives, quelques anchois. Pour « faire passer », j’ai ajouté pléthore de cornichons. J’imagine que je cherchais dans l’acide la balance du gras, qui n’épargnait pas non plus les entrées « féculent » (taboulé, cake, part de pain pizza…).
Mon plus fort souvenir est une paire de choses inconnue, non étiquetée. J’ai dû appeler le service de livraison, qui ignorait également de quoi il s’agissait, cela étant « substitué » aux menus imprimés. Cela s’est révélé des œufs mollets. J’en ai fait un microbillet Twitter auquel je vous renvoie.
* Pour les plats, censément « végétarien », j’ai mangé des plats uniques de féculents (7/28), le plus souvent largement arrosé de sauce fromage et des plats uniques de légumineuses (6/28), fort bons. Cela fait donc moitié de repas sans variété au niveau du plat principal et, si j’ajoute les quatre flans salés composés de deux morceaux sans autre accompagnement et les œufs ou poissons en sauce avec féculent, 75 % des repas étaient sans légumes verts ! Je ne compte pas les entrées, bien sûr, considérant que 30 g de brocoli en vinaigrette ne constitue pas une part de légume.
Quant aux légumes verts servis soit avec du poisson soit avec deux œufs, que de crème (dans la protéine comme dans les légumes) ! Je remarque aussi que les jours à légumes verts, il n’y en a eu qu’un avec un féculent (l’entrée), de quoi avoir la dalle à 4 heures. Côté surprise, j’ai eu deux fois des « œufs sauce aurore » un plat sans doute inconnu des moins de cinquante ans ! Je m’en suis tirée en extrayant les œufs de leur sauce, en les lavant à l’eau chaude pour les manger le soir sur une assiette de crudités préparée avec les légumes achetés par ma voisine (merci !)
* J’en arrive au « fromage », petite part à tous les repas. C’est important le calcium ; quand aux lipides… on en retrouve bien sûr dans douze desserts sur vingt-huit, avec du sucre en plus (pâtisserie, crèmes desserts…) ; et du sucre encore dans les compotes et coupelles de fruits. Restent les fruits bien sûr, pour le coup très « light » en tout tant rien n’était vraiment mûr ni goûteux ; forcément, des pommes, poires, oranges et kiwis au mois de juin, on n’est pas dans la saison !
Voilà donc que qui m’a été servi (à vil prix j’imagine) par une entreprise « expert en nutrition senior », qui se targue de travailler avec des nutritionnistes. J’ai bien conscience que les seniors ont des besoins alimentaires différents des miens mais cela me semble néanmoins trop gras, trop sucré et c’était toujours un peu trop salé. Grâce à mon congélateur où j’ai stocké la moitié de chaque part de féculent, et l’attention de mes amis et voisins, j’ai réussi à ne pas prendre de poids ni avoir une occlusion intestinale. Je verrai en septembre ce que dit mon taux de cholestérol.
En attendant, je suis un peu embêtée. Je dois répondre à mon enquête annuelle Nutrinet. Je ne suis pas encore au top de ce que je cuisine d’habitude autant que, pour ma convalescence, je mange plus de viande rouge, de calcium animal en même temps que je finis ces plats livrés et des produits transformés que je me fais livrer car cela reste compliqué de faire mes commissions. J’estime à trois mois la durée totale de mes changements alimentaires avant retour à ma normale. Comment prendre cela en compte ? Je vais leur poser la question.

Tableau exel avec des types de plat, et leur comptabilité sur 28 jours; Toutes les infos sont dans le texte du billet.

À table @75

Une barquette de repas avec une étique écrit en tout petitQuand je suis arrivée aux urgences de l’hôpital Saint-Joseph le 27 mai dernier, il était 10 heures du matin et j’avais pris mon petit-déjeuner. Face à l’hypothèse d’une intervention en urgence, je ne pouvais manger ni boire avant que la décision fût prise de reporter au lendemain et, l’un dans l’autre, je n’ai eu droit qu’au dîner de 18 heures que j’ai mangé avec appétit car je savais que je ne mangerais pas avant le lendemain à une heure incertaine.
Je ne sais plus ce qu’il y avait sur mon plateau mais j’en garde le souvenir de quelque chose de bon et roboratif, parfait pour tenir un certain temps. Le lendemain, après vingt-quatre heures de jeûne, j’étais impatiente et je n’ai pas été déçue : rosette, cornichon, part de beurre ; filet de poulet, pommes de terre sautées ; fromage ; crème dessert ; morceau de pain. C’est surtout la rosette qui m’a frappée en plein cœur, le service de gastroentérologie et ses recommandations anti-charcuterie étant la porte juste à côté. J’avoue, je n’y ai pas touché mais j’ai mangé tout le reste, dégustant mon demi-cornichon à la hauteur de sa forte valeur en fibres contrairement au reste du repas.
Les trois jours suivants, les repas étaient à l’avenant, bons et d’un équilibre nutritionnel surprenant, pas tant par leur excès en protéines animales, produits laitiers et sucres lents (dont le malade a besoin pour se refaire une santé) mais surtout pour la quasi-absence de légumes (frais ou secs) et fruits, pourtant riches en vitamines, minéraux et fibres, ces dernières essentielles au transit du malade alité et à l’assimilation des catégories précédentes.
Quand je suis rentrée chez moi, mon assureur militant m’a fait livrer des repas. J’ai choisi d’emblée l’option « végétarien » afin de m’épargner la rosette. J’ai conservé les feuilles avec les menus afin de pouvoir analyser, au-delà de mes souvenirs forcément partiaux, ces quatre semaines de nutrition du malade immobilisé, en vous laissant imaginer les effets sur sa santé s’il n’a pas des voisins et amis qui le fournissent en fruits frais et légumes.
J’ai ainsi fait un petit tableau, pour ce billet, mais me rends compte qu’il y a tellement à dire que je préfère vous le réserver pour un prochain… Feuilleton !

 

À table @74

Un sac d'emballe pour le recyclageAvant même que je ne rentre de l’hôpital, ma voisine de palier m’a fait des courses et à manger. Depuis, elle passe, m’envoie des textos ou m’appelle plusieurs fois par jour pour s’assurer de ma bonne santé et me demander ce dont j’ai besoin. Le plus souvent possible, j’essaie de trouver quelque chose qui peut lui faire plaisir, une bonne tablette de chocolat, un café, de jolis haricots verts du primeur d’en bas, et il y a deux jours un bouquet de coriandre. Elle met le nez dedans, ravie qu’il soit bien frais et odorant, puis se ravise.
— Vous l’avez pris où ?
— À la sauvette du métro.
Elle fait la lippe.
— Vous savez où il le stocke ? Une copine a vu ! Dans le jardin, là où il y a des souris…
— Il faut le laver, c’est tout.
Elle n’en est pas convaincue, me disant qu’elle mettra aussi du vinaigre et me détaillant sa manière de procéder en matière de nettoyage de frais [microbillet Twitter du 22 octobre 2020], puis nous parlons commissions et sacs dans des sacs dans des sacs, tous en plastique. Je pointe du doigt le fait que même les bananes, elle les met dans des sacs, et que la planète…
— Pas grave ! Après, je jette le sac !
La fraction de seconde suivante, elle éclate de rire.
— Vous avez raison, c’est ça le problème !
Deux jours plus tard, elle m’apporte une botte de radis non emballée dans un sac, et me montre dans le creux de son autre main deux radis détachés de la botte en rigolant.
— Je n’ai pas mis de plastique… mais on perd les radis !

Note : Je n’ai pas fait de photo ; voici en échange mon recyclé de ces dix derniers jours ; vive le vrac !