Agit-prop’ @43

Copie d'écran de la journaliste russe qui brandit en plein JT une pancarte pour appeler à la paix et dénonçant la manipulation de l'information. J'ai ajouté ce texte : Parce que la démocratie a du sens, je vote les 10 & 24 avril 2022.J’évoquais avec une amie l’après-présidentielle et l’implication que l’on pourrait avoir dans l’indispensable reconstruction de la gauche. Où s’investir ? Sur quel projet ? De quelle manière ? Nous avons évoqué chacune nos pistes de réflexion, elle me proposant un projet politique qui me semblait fort peu fiable. Elle me répond « J’avoue que je ne le sens pas trop non plus, mais j’ai comme un besoin de croire en ce moment. »
Sitôt, j’ai pensé que « croire » ne m’intéresse pas, surtout pas en politique. S’il s’agit de « croire » au sens « d’avoir confiance », bien sûr, mais ce n’était pas son propos car il est bien difficile de croire en un projet politique que « l’on ne sent pas ». J’ai plutôt interprété son « croire » au sens « d’avoir la foi », ce qui mène directement à l’espoir, cette amie n’étant pas plus que moi adepte des dogmes et des pratiques encadrées.
Sa réflexion m’a ainsi ramenée à un constat douloureux : je suis en manque d’espoir du côté des projets politiques et de l’action collective tant j’ai le sentiment que l’omnipotence des médias (tous les médias) contraint la pensée et l’intelligence ; elles sont par nature libératrices ; elles sont désormais tellement bordées, sujettes à tant de compromis pour la sauvegarde de l’ordre établi (entendre l’enrichissement des plus nantis dans l’illusion que les plus pauvres peuvent les rejoindre), qu’elles en deviennent un puissant moyen d’oppression, une sorte d’autocensure que l’on s’inflige pour ne pas être exclus du champ social. Je comprends ainsi que mon retrait des « affaires militantes » est ces dernières années le moyen que j’ai trouvé de sauvegarder ma propre liberté, restreignant ma « zone d’échange » à des sphères où penser n’est altéré par aucune pression économique et sociale (culturelle, c’est plus difficile).
C’est un grand privilège que j’ai là ; en même temps une souffrance car ma liberté devient synonyme d’exclusion pour les raisons que je viens d’évoquer. Je m’en étais déjà ouverte dans mes Fragments d’un discours politique (en ligne jusqu’à début mai) sans en mesurer la portée : dans la spirale de l’exclusion, je me retrouve tellement hors du jeu que je n’apporte plus grand-chose à mes propres engagements, en l’espèce porter la gauche au sommet de l’État. Je n’ai rien fait pour que la présidentielle ne soit pas pliée d’avance, me préparant juste à voter blanc au second tour, comme en 2017, en regardant le premier tour d’un air dubitatif.
Et pour après… Je vous renvoie à l’événement Facebook que j’ai créé pour inviter chacun à prendre ses responsabilités, moi compris, et à la citation de Beauvoir qui l’introduit. Je ne peux plus me contenter de protéger ma liberté de penser dans une posture d’intellectuelle menant une action politique du quotidien sans replonger dans l’arène pour ouvrir des perspectives par l’action et la réflexion collectives. Je ne peux plus.

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