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Une brochette de valide qui enttourrent deux fauteil roulants (vide)J’ai découvert sur Twitter l’information selon laquelle un musée de Colmar s’est vu offrir deux fauteuils roulants par le Rotary Club, « une aide précieuse destinée à faciliter les visites des personnes handicapées, visuelles ou physiques ». Pour la directrice de l’établissement « ce don permet de poursuivre les efforts entrepris par le musée pour l’accueil des personnes à mobilité réduite sans impacter le budget consacré à l’achat d’œuvres d’art ». Je suis tellement interloquée que j’ai du mal à argumenter. Je vais essayer au cas où le caractère indécent et tendancieux de l’affaire vous échappe.
En moins de 30 secondes, j’ai trouvé sur le Net un fauteuil à 135 euros, livraison gratuite. Ce n’est pas un modèle de compète mais comme il s’agit de véhiculer des personnes à l’intérieur d’un musée sur une courte durée, il est parfait. Les deux sur la photo de l’article des DNA d’ailleurs lui ressemblent. Cela fait donc 270 euros pour deux fauteuils. On remarque le montant exorbitant de la chose… dont l’achat pourrait grever l’achat d’œuvre d’art ?
Au-delà de l’absurdité flagrante de cet argument au vu du montant cité, je remarque que madame la directrice de musée considère qu’il y aurait une concurrence budgétaire entre l’achat d’œuvres et leur accessibilité. Mais ma p’tite dame, si vous achetez des œuvres pour les laisser dans leur caisse — car ça coûte la muséographie et l’entretien des œuvres afin d’y donner accès —, cela sert à quoi d’acheter des œuvres ? On le sent bien, c’est le fait que les visiteurs soient handicapés qui chiffonne cette dame ; car oui, exposer une œuvre pour un coût habituel d’exposition, c’est normal ; mais exposer une œuvre de manière à ce que les PMR y aient accès, alors là ! Il y en a 3500 exposées au musée Unterlinden ; le coût supplémentaire pour l’accueil des PMR avec l’achat de deux fauteuils est donc de 0,0771 euro ; la gabegie (même sans amortissement sur cinq ans) !
Ceci établi, je m’interroge également sur l’utilité de ces fauteuils pour faciliter la visite des déficients visuels. Je suis sûre que Sarah serait ravie de me coller dans un fauteuil quand nous allons au musée pour pouvoir jouer aux autotamponneuses et piquer des sprints sur les parquets ; mais je ne suis pas certaine que faire plaisir à Sarah soit la motivation première de la directrice de ce musée. Quelle est-elle alors ? Éviter qu’ils soient autonomes, les contraindre de regarder les œuvres assis alors qu’elles sont exposées pour être vues debout (bah oui, ma p’tite dame, 80 % des handicapés visuels voient quelque chose !), les empêcher de se déplacer comme bon leur semble ? Il est vrai qu’un handicapé en liberté, c’est terrible !
Je m’arrête là, je vais devenir vulgaire alors même que c’est votre validisme, madame la directrice, qui l’est : vulgaire donc indigne de votre mission de diffusion de l’art.

 

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