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Galère @13

Un déambulateurDans la part de l’humanité qui me met en colère, j’ai rangé en tête de gondole un livreur UPS et son employeur. J’ai acheté des chaussures de rando montantes en ligne pour avoir une paire performante afin de m’aider à reprendre la marche. Je connaissais la marque, donc ma pointure. J’ai pu choisir la couleur, la livraison était gratuite et un bon de retour était annoncé dans le colis.
Dans les délais prévus, je reçois un SMS et un mail de UPS m’annonçant la livraison pour le mardi 22 sur un créneau horaire qui me va. J’attends. L’interphone sonne. J’ouvre puis vais sur mon palier en déambulateur. Personne ne vient. Je récupère le fauteuil roulant et descends. Dans ma boîte, je trouve un papier indiquant que je suis absente. Je fulmine. De retour chez moi, je vais sur le site de UPS : tout est écrit en anglais, je ne comprends pas comment passer en français ni comment prendre un nouveau créneau de livraison… Il faut dire que le site n’est pas accessible, évidemment.
J’appelle le numéro d’UPS. À la troisième tentative, j’arrive à contourner la répondeuse automatique et à avoir un téléconseiller dont les réponses m’inspirent suffisamment peu confiance pour que j’appelle le site marchand afin d’expliquer la situation. Une dame, prévenante, me dit s’occuper de la suite et que je serai livrée le lendemain avant 11 heures (j’ai un rendez-vous médical) ; sinon, je la rappelle. Le livreur arrive à 10 h 55. Il sonne, refuse dans un premier temps de monter :
— Je suis en double file.
— Et moi je suis déficiente visuelle et en fauteuil roulant, chacun ses problèmes.
Je l’entends râler. J’ouvre, sors sur le palier en déambulateur. L’ascenseur arrive, il est à trois mètres de ma porte. Sans en sortir, le gars me dit que j’étais absente hier. Je lui réponds vertement que si j’avais été absente, je n’aurais pas pu lui ouvrir en bas pour qu’il mette un mot dans ma boîte. Je m’approche. Il me tend le colis. J’ai les deux mains en appui sur le déambulateur ; je lui demande comment je fais pour le prendre. Sans répondre, il le pose près de l’ascenseur et le pousse du pied. Je m’approche encore.
À mon tour, je le pousse vingt centimètres par vingt centimètres du bout de ma jambe plâtrée, l’autre me maintenant debout, maugréant des considérations générales sur l’empathie dont il fait preuve alors que ma porte n’est pas loin pour lui, indiquant au passage que si je tombe, ça va lui coûter cher. Il garde la porte de l’ascenseur ouverte jusqu’à ce que je rejoigne mon logement en continuant à dire qu’il est garé en double file, qu’il ne peut pas sortir de l’ascenseur, etc.
Je n’ai pas fait de réclamation à UPS, considérant que je dois créer un compte pour cela et que je n’ai pas envie de leur communiquer mes coordonnées. J’ai fait un microbillet Twitter resté sans suite. Je compte sur chacun d’entre vous pour faire la publicité qui s’impose à cette société.