Archives mensuelles : mai 2021

Galère @11

Une roue de CaddieN’hésitez pas à lire au préalable, l’épisode 1, l’épisode 2 et l’épisode 3.

Épilogue.
L’homme est donc allé au commissariat déclarer la perte de ses papiers, j’imagine. Comment est-il arrivé là ? Spontanément ? Guidé par l’homme avec qui j’ai parlé à la sanisette puis l’agent à la mairie ? Je ne saurai jamais.
Au téléphone, la dame me demande s’il y a bien un passeport dans le sac, me demande le nom du gars. Je lui dis combien je suis rassurée ; que j’ai laissé plusieurs messages sur le répondeur. Elle a l’air aussi ravie que moi de ce dénouement et me demande si je peux fixer un rendez-vous à ce monsieur.
— S’il peut attendre, dans 25 minutes devant le commissariat ?
L’idée m’est venue spontanément, c’était l’endroit le plus sécure !
Elle me décrit le monsieur ; je lui explique que je suis déficiente visuelle et que j’aurai une canne blanche à la main. Elle me dit « Très bien ! Il ne pourra pas vous manquer. » Je laisse Caddie dans la cuisine, pas mécontent de se poser un peu, et repars. L’homme me repère, en effet. Je l’observe ; il a l’air fatigué. Je lui donne le sac ; il le met tout de suite dans son dos. Il m’explique qu’il sortait de l’hôpital et qu’il est allé aux toilettes, qu’il a accroché son sac car il a été greffé d’un rein et cela lui faisait mal de le laisser sur son dos. Tout ça en deux phrases.
Je me souviens alors que l’allocation demandée est accordée aux personnes handicapées. Je lui suggère de garder ses papiers à la maison ; il me répond qu’il a peur de les y laisser. Je n’insiste pas. J’ai fait ma part pour aujourd’hui, et 15614 pas. Je ne sais pas si j’ai pris les bonnes décisions à chaque étape de cette aventure et l’écrire me permet de mesurer combien les choix que j’ai fait ont évolué en fonction des informations dont je disposais. L’issue est heureuse. C’est à l’instant l’essentiel ce d’autant que cette histoire me donne la satisfaction d’avoir pu aider mon prochain en dépit de pas mal d’obstacles. Vous avez dit « handicap » ?
— T’es belle comme une jument de course !
Caddie !

Galère @10

Une roue de CaddieLe premier épisode de ce feuilleton est sur ce lien et le second sur celui-là.

Épisode 3. De la mairie à chez moi.
On marche à petits pas avec Caddie vers le commissariat, bien embêtés de devoir livrer des papiers tunisiens sans savoir si l’homme est en situation régulière même si la présence de documents du centre d’action sociale pourrait avérer trois ans de résidence à Paris puisque c’est une condition pour bénéficier d’aides. Faut-il être en situation régulière ? Je l’ignore. Il n’en est pas besoin pour payer des impôts, alors…
Arrivée rue Boulard, je décide de me poser sur un accroche vélos et mieux étudier les papiers contenus dans la pochette en plastique. Je passe les feuilles d’impôts, le bail et retombe sur un document du bureau d’aide sociale. En gros, en haut « Demande d’attribution »… J’en ai rempli un il n’y a pas longtemps et on m’y demandait mon téléphone. Bingo ! Je sors Cousin Smarty, je lance Seeing all qui me lit le document… avec un numéro de téléphone ! Je le repère sur la page, fais une photo, zoome et le recopie dans Note (bah oui, les procédures de bigleux, c’est toujours un peu complexe).
Je mets mon téléphone en numéro masqué (sait-on jamais…) et appelle. À la cinquième sonnerie, répondeur. Je laisse un message, indiquant à ce monsieur que j’ai son sac avec tous ses papiers et que je le rappelle dans cinq minutes pour que nous fixions un rendez-vous. J’attends. Je rappelle. Répondeur. Avec Caddie (qui commence à trouver le Vrac un peu lourd), on décide de rentrer à la maison ; ce monsieur va bien finir par décrocher ! Quand j’y arrive, vingt minutes plus tard, j’ai appelé cinq fois, sans succès.
N’aurais-je pas dû aller au commissariat ? Je me pose de plus en plus la question. Je sors le document sur lequel j’ai trouvé le numéro de téléphone. Je vérifie sur le site de la Ville les conditions d’attribution de l’allocation visée : il faut bien être en situation régulière pour en bénéficier. Le temps de rentrer, je me suis demandé où je pourrais donner rendez-vous à cet homme sans risque pour ma propre sécurité. Dans le sac, j’ai trouvé un briquet sans cigarettes et du Lexomyl… L’heure du couvre-feu approche. Je dois prendre une décision, pestant un peu contre l’esprit de chevalerie de Caddie.
Je pense à mon voisin qui pourra m’aider mais qui part en week-end demain tôt. Je dois régler cette affaire ce soir. Je décide d’appeler une dernière fois et si personne ne décroche, je laisserai un message en indiquant que je déposerai le sac le lendemain au commissariat du 14e. À la troisième sonnerie, un homme décroche ; je me présente ; il me dit quelque chose que je ne comprends pas et j’entends alors la voix d’une femme :
— Bonjour, madame, c’est le commissariat du 14e…

Vérité syndicale @39

L'image montre le message évoqué dans le billet et un schéma montrant la progression de la livraison.

Livraison dans l’urgence sans urgence

En ce mois de mai 2021, j’utilise pour la première fois la plateforme d’envoi d’eBay. Je choisis un envoi en 48 heures, paye en conséquence et dépose le jeudi midi le colis à La Poste. Le lundi est férié donc normalement l’arrivée est prévue pour le samedi, au pire le mardi.
En regardant le suivi, je m’aperçois que la livraison est prévue le mercredi. En gros est inscrit « En raison de la situation d’urgence liée au coronavirus, il se peut que les livraisons soient retardées. » Euh… disons environ un an et demi après le début la pandémie du fameux coronavirus, la notion d’urgence me semble un peu pathétique comme argument. Il est urgent de ne pas être dans l’urgence du respect des engagements me semble plus juste.

Galère @9

Une roue de CaddieLe premier épisode de ce feuilleton est sur ce lien.

Épisode 2. De la sanisette à la mairie
Je suis assise sur ce banc devant la sanisette avenue René Coty, le sac avec la vie d’un monsieur au chaud dans Caddie posé sur mon Vrac, et je cherche une solution pour trouver son numéro de téléphone. Je demande d’abord à Siri, qui ne le trouve pas dans l’annuaire. Je songe alors que j’ai vu des documents de la mairie et du centre d’action sociale. Il doit être possible de le retrouver par cette voie ?
Il est 16 h 35. La mairie est à dix minutes et l’accueil ferme à 17 heures ; j’espère y trouver de l’aide pour mieux lire ces documents et peut-être y dénicher un numéro de téléphone. Je me lève, attrape Caddie et remarque un monsieur à la porte de la sanisette. Mon gars ? Je m’approche.
— Bonjour, monsieur, vous n’auriez pas perdu un sac ?
— Oui !
Il s’agit à l’évidence d’un homme vivant dans la rue ; j’ai vu un bail dans les documents ; ça ne colle pas. Je lui demande son nom. Il me donne un prénom qui n’est pas le bon. Il n’insiste pas. Je lui explique que j’ai trouvé le sac dans la sanisette. Il me suggère d’aller le porter au commissariat. Je lui réponds, sans réfléchir que je ne préfère pas ; il y a un passeport et ne sais pas si l’homme a des papiers, que je veux juste lui rendre son sac, pas qu’il se retrouve en centre de rétention administrative. Je pars en lui indiquant que je vais à la mairie, qu’il le dise s’il croise un homme qui cherche son sac.
Je sprinte avec Caddie. On arrive à moins dix à la mairie. J’ai sorti ma canne blanche pour m’éviter trop d’explications sur pourquoi j’ai besoin d’aide pour trouver un numéro de téléphone dans les documents. Un agent de surveillance barre la porte. Je lui explique la situation. Il me répond que l’accueil a fermé plus tôt, nous sommes veille d’Ascension… et me dit d’aller au commissariat qui est… « par là ».
Il tend le bras en conséquence, ce qui ne m’aide guère. Pour corser l’histoire, il faut que je précise que le commissariat du 14e est en travaux et qu’il a déménagé de l’avenue du Maine à ? « Par là, tout droit, vous ne pouvez pas vous tromper. »* J’explique à cet agent que ce bras tendu dans le vide n’est pas un bon indicateur, qu’il me donne une adresse ; il ne sait pas ; à côté de La Poste, avenue du général Leclerc.
Ça m’embête toujours d’aller au commissariat… mais j’y vais. Avec ce passeport dans le sac, je n’ai guère le choix.

Un extrait de plan du 14e arrondissement* Je vous mets ci-contre le plan du quartier avec indication de où se trouvait cet agent par rapport au commissariat afin que vous appréciiez la qualité de ses indications.

Galère @8

Une roue de CaddieJ’ai le grand privilège (que je me suis moi-même accordé) d’être disponible à ce qui survient. Cela me permet de vivre des aventures sans même sortir de mon arrondissement. Voici celle qui m’est arrivée mercredi 12 mai, et que je vous raconte en plusieurs épisodes.

Épisode 1. Du Vrac à la sanisette.
J’ai rendez-vous à 15 heures à l’épicerie associative Vrac, porte de Vanves. J’avais prévu de faire l’aller-retour puis de retrouver Sarah, comme chaque mercredi, à l’Ehpad. En milieu de matinée, Sarah s’invite à déjeuner et c’est donc avec elle, et Caddie, que je vais chercher mon vrac avec l’idée de l’accompagner jusqu’au tram porte d’Orléans puis de rentrer en faisant le détour nécessaire pour avoir mes dix mille pas quotidiens. Caddie n’est pas si lourd et tellement heureux de se balader avec moi !
Nous marchons finalement jusqu’à l’arrêt Montsouris et je reprends la direction de chez moi, à l’autre bout de l’arrondissement, via l’avenue René Coty. Arrivée au niveau de la rue Dareau, une sanisette me tend les bras pour une salvatrice pause pipi. J’y entre, toujours avec Caddie. Il me tourne le dos, pudique, et me désigne un sac suspendu au porte-manteau. C’est un petit sac en toile avec une longue ficelle que l’on peut porter en sac à dos. Je n’ose pas trop y toucher, pensant que personne n’y mettrait des choses précieuses.
Je sors des toilettes et m’interroge le temps du cycle de nettoyage. Peut-être devrais-je vérifier qu’il n’y a rien d’important dedans ? J’entre de nouveau dans la sanisette et mets la main sous le sac pour le soupeser. Un bruit de clés fait écho à mon geste. Je prends alors le sac, le fourre dans Caddie et vais m’asseoir sur le banc à proximité. J’ai besoin de réfléchir et peut-être que la personne qui a oublié ses clés dans ce sac va vite revenir.
J’attends un peu. Personne ne vient. Je me résous à jeter un œil dans le sac. J’y vois une pochette transparente contenant des documents administratifs et des enveloppes contenant d’autres documents. Je ne vois pas les clés mais les entends. Je plonge la main et les trouve dans un sac en plastique sans qu’elles ne soient reliées entre elles par un anneau. Étrange. Je sors le gros paquet de documents : il y a des feuilles d’impôt, des courriers à en-tête Ville de Paris, d’autres de l’hôpital Cochin qui n’est pas loin.
Je commence à me dire que tout cela est très précieux, que le propriétaire n’aura pas ses clés et que tous ces documents vont lui manquer. Je songe que je pourrais lui poster le tout… Je fouille encore un peu, sans savoir ce que je cherche et trouve un passeport tunisien, ainsi qu’un permis de conduire international. L’affaire se corse. Je ne peux pas simplement réexpédier ces documents à cet homme ; il faut que je le retrouve lui. Je refais un petit inventaire du contenu de la pochette plastique. Aucun document ne me semble pouvoir contenir son numéro de téléphone.
J’ai besoin d’aide pour mieux lire. Que faire ? À qui demander ?

Bonheur @50

L'image est une photo prise dans le musée Carnavalet - Histoire de Paris avec une stèle gravée indiquant les limites de la ville et une plaque moderne de signalisation de l'entrée de Paris.

Paris – musée Carnavalet

Ce mercredi 19 mai 2021, j’ai eu le bonheur de visiter le musée Carnavalet lors d’une ouverture en avant-première pour les personnels qui ont participé à sa rénovation. J’avais bondi de joie en recevant l’invitation et j’y ai passé un excellent moment.
Revoir des collègues et découvrir le résultat de ce chantier dans lequel j’ai pris ma part avec tant d’énergie a été un grand bonheur. L’ambiance, l’excellente compagnie que j’y ai retrouvée, les conditions exceptionnelles de visite, mais surtout la qualité du résultat ont été au rendez-vous. C’était beaucoup d’émotions heureuses, amicales et esthétiques.
Ce musée est une belle réussite. Et est toujours un musée cher à mon cœur.

Extravagance parisienne @65

Logo handicap visuelJe constate tant d’atteintes à mes droits et faits de discriminations à raison de mon handicap visuel (ce que constate également la Défenseur des Droits dans un avis récent) qu’il me faut bien, de temps à autre, me réjouir de certaines avancées. J’ai parlé récemment de mon assureur militant et je vous parlerai bientôt des travaux que nous avons eus dans notre hall ; aujourd’hui, je voudrais saluer deux initiatives où l’accès au droit et l’accessibilité basse vision se rejoignent.
La première concerne la MDPH 75 qui a joint une très jolie « Notice voie de recours » à une décision qu’elle m’a transmise : les voies de recours sont expliquées simplement, avec toutes les informations nécessaires. C’est juste écrit un peu petit mais cela passe bien une fois scanné et agrandi.
La seconde concerne le CAS-VP 14 qui, lui, a joint à une demande de prestation, une notice expliquant comment scanner un document avec un téléphone et l’envoyer par voie numérique. Là également, le document est clair, l’explication facile à comprendre. C’est écrit en quasi gros caractères, à l’exception d’une adresse mail et d’une URL (dommage !)
Ces démarches sont des premières (je fréquente l’un et l’autre sous diverses appellations depuis 1981), à tel point que j’ai montré ces documents au Médiateur de la Ville de Paris à titre d’exemple de bonnes pratiques (en lui indiquant les points à améliorer). Tout cela est donc super, chouette, extraordinaire… surtout quand on sait que MDPH signifie maison département du handicap, et CAS-VP centre d’action sociale de la Ville de Paris, des administrations parisiennes en première ligne dans la mise en œuvre pour deux millions de Parisiennes et de Parisiens de la loi n° 2005-102 du 11 février 2005 pour l’égalité des droits et des chances, la participation et la citoyenneté des personnes handicapées.
— 2005, tu dis ?
Oui, Caddie. 2005.

Note. Je tiens à disposition de qui le souhaite un scan de ces documents.

 

Biodiversité @28

Des pieds de céleri tel que décrits dans le billetJe crois l’avoir déjà dit sur le blogue, je ne consomme pas de produits bio, sauf quand il s’agit de produits qui n’existent pas en non-bio, comme certaines graines ou farines. La raison principale est que je trouve cela trop cher et que j’ai toujours considéré que, depuis quelques années, le bio relève plus de la branchouille commerciale que d’une véritable démarche écoresponsable.
À l’occasion d’un billet de Frédéric remarquant que les prix du bio ne sont pas moins chers en province qu’à Paris, une Hétéronaute, Sandrine, relevait dans un commentaire : « Le marché du bio est volontairement élitiste pour se faire une clientèle car il a été créé à un moment où l’argument « santé » était peu pris en compte. Il y a le bio haut de gamme magasins bio, AMAP etc et le bio bas de gamme supermarché. Ça n’a rien d’une démarche altruiste, ça reste un business. »
En passant faire mes courses dans un supermarché de hard discount qui a développé son rayon bio, j’ai repensé à ce commentaire quand ces pieds de céleri m’ont interpellée depuis leur cagette (en bois, tout de même !) La première chose qui m’a arrêtée, ce sont des tiges vertes sans feuilles que je peinais à identifier ; j’étais le nez dans la cagette d’à-côté en train de prendre une botte de radis (non bio). J’ai pris en main et j’avoue avoir été choquée de voir un pied de céleri sans feuilles, coupé ras le plastique ; j’ai vécu cela comme une amputation et me demande comment on peut acheter cet ersatz de céleri branche sous prétexte qu’il serait bio !
Car s’il est présenté ainsi, c’est bien que le « consommateur » le veut ainsi, non ? C’est aussi sans doute parce que les feuilles jaunissent plus vite que les branches et sont globalement plus fragiles en dépit d’une protection en plastique. Cela prend de la place aussi, pendant le transport depuis l’Espagne. Une question demeure : à qui profitent les 3,73 euros de ce pauvre céleri ? Je paie le mien plus de deux fois moins cher et le choisis toujours très touffu.
— Un truc de lesbiennes ?
Caddie !

Aïe ! @36

L'image est une des illustrations du jeu Travian legends par ses concepteurs.Dans le jeu dont Helgant est le héros, les participants ont des villages qu’ils peuvent baptiser à leur guise, même s’il y a a minima un cadre interdisant les propos racistes, sexistes, xénophobes… Souvent, les noms commencent par un chiffre permettant de les classer, car on peut en avoir beaucoup. Un des joueurs a baptisé un de ses villages « 01 Samuel Paty ».
Je reste perplexe. C’est sans doute un hommage, mais il me semble assez peu pertinent et respectueux. Devenir un nom de rue ne me semble pas particulièrement un destin enviable, mais dans un jeu de stratégie et de guerre, c’est une banalisation peu soucieuse de l’homme et de la symbolique de sa mort.

Extravagance parisienne @64

Un blo de blender, avec de la poudre de noisette et, au milieu, une noisette entière.Je fais régulièrement des sablés aux noisettes et farine d’épeautre ; les deux se marient à merveille. Je n’utilise ni poudre de noisette ni noisettes achetées décortiquées (j’ai remarqué qu’elles sont souvent rances). La première étape de ma recette est donc de casser des noisettes (une cinquantaine) ; puis de les broyer avec le blender ; ni trop ni trop peu ; quand il reste des petits morceaux, cela ajoute au caractère goûteux de ces biscuits.
Dans le blender, il se passe un phénomène (physique ?) assez surprenant : quels que soient la vitesse que j’utilise, et le temps (aléatoire mais toujours moins d’une minute), il reste toujours une noisette entière, fière comme Artaban au milieu des autres réduites en quasi-poudre. Je m’en amuse à chaque fois, et la croque. Est-ce la part de la cuisinière qui résiste ainsi ? Si vous une explication technique compréhensible pour la néophyte des lois physiques que je suis, je prends !