Archives mensuelles : avril 2021

Bééé @21

Nous discutons volontiers avec mon kiné. Il est intelligent et blagueur, c’est agréable. Ce matin, je lui raconte comment un voisin, alors que nous prenions l’ascenseur ensemble, a défendu d’emblée le port du masque avec un argument… charmant ?
— Ce que je sais, c’est que quand je mets un préservatif, je n’ai pas de risque de MST…
Trois phrases plus tard, il précisait que c’était également un bon moyen contraceptif et nous nous sommes quittés sur le trottoir alors que je lui suggérais de s’en mettre un sur la tête pour se prémunir du covid, précisant qu’un modèle lubrifié ne serait sans doute pas nécessaire. Mon kiné était aussi sidéré que moi quant à la fatuité nécessaire pour avancer ce genre d’argument dans un ascenseur à l’encontre d’une voisine que l’on ne connaît pas tant.
Sur le mode du second degré, nous engageons alors une série de répliques visant à dénoncer le fait que je ne fais aucun effort pour me conformer à la norme sociale. Je précise que mon kiné, en plus de mesurer l’impact de mon albinisme et de ma déficience visuelle sur mon rapport au monde, sait que je suis lesbienne. Je le précise car, lors de cet échange, il lance :
— Il faut rentrer dans le moule !
Sitôt, en m’excusant, je lui fais remarquer que sa réplique à mon encontre ne manque pas de saveur… Il a bafouillé puis éclaté de rire, cherchant quelque chose à répondre avant d’être sauvé par un patient le réclamant à l’autre bout du cabinet. À son retour, nous avons parlé d’autre chose. C’était mieux ainsi mais j’en ris encore.

Corps @30

Radio d'un genou pendant une infiltration. On voit bien l'aiguille entré jusqu'au centre de l'articulation.À la suite de l’épisode rhumatologue, j’ai consulté un médecin du sport chaudement recommandé par Sarah. Après un certain nombre de tests sur mon genou et avoir visionné radios et IRM et posé moult questions, il a considéré que mon genou avait besoin de trois infiltrations d’acide hyaluronique dont la première assortie de cortisone. J’ai un peu attendu avant de me décider et suis retournée le voir avec Sarah, convaincue qu’il allait pratiquer ces injections. Que nenni ! Elles devaient être faites sous contrôle radiologique.
Je me suis enquis d’un radiologue, découvrant très vite que cet acte non pris en charge par la Sécurité sociale (et pourtant recommandé par elle) allait me coûter un bras, 850 euros environ entre le produit et les trois injections non remboursées, dépassement d’honoraires en prime. On peut considérer que ce n’est pas si cher pour un genou ; mais je n’aime pas engraisser la médecine de ville qui oublie le serment d’Hippocrate.
Une pharmacie discount et une demande de prise en charge à l’hôpital plus tard, ma facture s’est élevée à 60 euros tout compris, ce qui est plus raisonnable avec un délai d’à peine trois semaines supplémentaires. En pleine pandémie, c’est particulièrement remarquable. Me fallait-il quand même « payer » un peu pour cela, en chair et en os, si je puis dire ?
Sans doute. La première injection a été faite par une jeune interne qui, je dois l’avouer, a failli se prendre une grosse baffe quand, les larmes aux yeux et les sanglots dans la voix, mes abdominaux de judoka, par geste réflexe, m’ont remise en position assise et mon poing s’est serré avant que je ne réalise à quelle extrémité la douleur me menait, ma conscience me rallongeant sitôt. Je m’en suis excusée lors de la seconde injection, que le médecin sénior a pratiquée devant elle avec plus de rapidité et une douleur moins intense et plus fugace ; à la première, je n’étais guère en état d’avoir un propos aimable.
Pour la troisième injection, pratiquée par une autre radiologue, elle a dit « c’est fini » avant que je n’aie le temps de me dire qu’il se passait quelque chose du côté de mon genou. Mon kiné m’avait prévenue que la qualité du geste conditionnait le ressenti du patient et je sais qu’un geste, il faut du temps pour l’apprendre. Mon genou a fait sa part. Si d’autres pouvaient prendre le relais, ça me ferait plaisir ! Merci.

 

Biodiversité @27

Un brocolisJ’ai passé les quinze premiers jours de ce nouveau confinement au bord de l’océan Atlantique dans une ville balnéaire relativement inaccessible en cette saison.
Près de là où je logeais, il y avait un petit marché ouvert toute l’année et tous les jours (sauf le lundi). J’ai pu y trouver quelques légumes bio mais pas exclusivement. Un peu plus loin, à une vingtaine de minutes en passant par la plage, il y avait un plus grand magasin bio. Côté fruits et légumes, pas trop d’écarts de prix par rapport aux pratiques parisiennes mais il n’en a pas été de même sur les autres produits qui indiquaient un prix bien plus élevé qu’à Paris. L’inverse est plus souvent vrai mais faut-il s’en réjouir ?

Canette @38

Cinq bouteilles de produit cosmétiques. Ils sont décrits dans le billet.Au moment de troquer ma bouteille de shampoing vide (Dessange) contre une pleine (Cien), j’ai cru un instant m’être trompée de produit en l’achetant : le flacon, jaune prononcé, ressemble plus par sa couleur à du lait solaire bronzant. J’ai dû sortir de ma salle de bains peu éclairée et chausser des lunettes pour vérifier, les mentions de la marque (Cien, en blanc sur jaune) et « Nature’s Beauty » (je viens juste de voir l’apostrophe) en marron sur jaune étant nettement plus lisibles que la mention shampoing en rouge police fine et plus petite sur fond jaune.
Intriguée, j’ai regardé les autres produits que j’avais sous la main. La bouteille de shampoing vide d’abord ; c’est encore une fois la marque qui est la plus lisible, puis les « atouts » du produit « Anti-désèchement » (la mention « nutri-extrême » m’est peu lisible verticalement) ; quant au fait qu’il s’agit de shampoing, je dois chercher pour le trouver. Pour mon lait pour le corps, « Nourrissant » est écrit plus gros que « Lait Corps », et le logo de la marque reste le plus visible. Pour ma crème de jour, la marque est très lisible et si « crème visage jour » est plus gros que les allégations nourrissantes, le jaune sur blanc me la rend totalement illisible. Enfin, pour le spray d’eau de mer, j’ai cherché longtemps. La marque est omniprésente, les qualités santé aussi, l’eau de mer apparaît en écriture incurvée avec un « 100 % » dont la force masque le texte autour !
Je racontais cela à Isabelle qui m’a fait remarquer que les cosmétiques sont choisis pour leur marque et leurs supposés effets beauté ou santé. Je les choisis pour leur objet principal (laver les cheveux, laver le corps, hydrater la peau, laver le nez) et pour leur prix. Je suis décidément perdue pour la consommation du tape à l’œil ! J’en suis ravie.

Note. Pour la petite histoire, je compile dans un fichier mes sujets de billets. Pour celui-ci, j’avais écrit « Lecture produits d’entretien » en lieu et place de « produits cosmétiques » ; tout est dit.

Bééé @20

Un troupeau de moutons passe dans le parc de La Courneuve début avril 2021.Après le dimanche et ses lapins, Helgant a croisé pour le lundi de Pâques… des moutons et des agneaux. Un beau troupeau en pleine transhumance ! Nous sommes restés à distance et Helgant n’a pas bronché en regardant passer les copains des Mouton.
Bien sûr quand le chien de berger a aboyé, il a répondu. Il fallait qu’il se montre à la hauteur de sa vocation manquée de gardien de troupeau.
C’était vraiment un week-end thématique. Les Mouton demandent où étaient les poules !Un troupeau de moutons passe dans le parc de La Courneuve début avril 2021.

Canette @37

Mon panier de récupa : des crevettes, trois paquets de tortellinis aux champignons et un kilo d’orange en piteux étatJe suis allée récupérer un panier d’invendus dans un Monop’, petite supérette qui fait du dépannage à l’enseigne de Monoprix, les supermarchés haut de gamme à Paris. Ces magasins sont un peu chers pour moi, mais les produits sont bons et les invendus sont à l’avenant : des paniers bien garnis, avec de la variété et de la qualité, le tout avec un accueil client agréable. Fallait-il une exception pour confirmer cette règle ? C’est en tout cas la première fois que j’ai le sentiment d’être mal reçue à raison de mon handicap visuel dans cette enseigne.
Quand je suis arrivée, canne blanche en main, à 17 h 20 (la collecte était de 17 heures à 17 h 30), aucun panier n’était prêt. L’homme qui semblait être le gérant a indiqué à sa caissière, « C’est chaud, on n’a rien. » Et le voilà parti dans les rayons. Pendant ce temps, un autre client panier de récup est arrivé. Il n’y avait aucun chaland à la caisse. J’en ai profité pour demander à la caissière si je pouvais avoir deux litres de lait demi-écrémé, en brique de marque Monoprix. J’avais regardé sur le site pour savoir ce que je voulais et repéré ce produit à 0,89 euro.
Sitôt, la dame m’indique qu’elle ne connaît pas le magasin mais me précède vers le fond et me propose une bouteille de lait d’une marque que je sais chère. Je lui redemande la brique Monoprix, etc. Elle me propose alors une bouteille. Je demande le prix. Elle essaie de trouver la bonne étiquette et annonce 1,70 euro.
— C’est cher pour un litre de lait !
— Ce n’est peut-être pas la bonne étiquette. Vous en voulez combien ?
— Deux litres, selon le prix.
Nous arrivons à la caisse. Je blague en indiquant à la dame que si elle n’arrive pas à trouver le prix, qu’elle imagine ce que ça donne pour moi.
— Je fais ce que je peux, c’est compliqué, je ne suis là que depuis huit jours ! Je fais le maximum pour vous aider, mais c’est compliqué pour moi.
J’apprécie d’emblée l’argument ; je ne lis rien des étiquettes, ai du mal à trouver les produits dans un magasin que je ne connais pas, et c’est pour la caissière que c’est compliqué ! Quant au fait qu’elle a l’obligeance de m’aider, rien ne l’y oblige, bien sûr ; je la remercie donc chaleureusement. Elle le répète plusieurs fois, au cas où je n’aie pas bien compris le sens de son propos. Pour ce qui est de mon lait, elle demande de l’aide au gérant pour avoir le prix que sa caisse ne lui donne pas. Le gérant est agacé ; il est dans sa constitution de paniers.
— C’est la dame, elle veut le prix…
Il scanne la bouteille.
— 1,20 euro.
— C’est trop cher, je ne vais pas le prendre. Le lait vaut moins de 1 euro le litre…
— Pas dans nos magasins, madame !
Je sens beaucoup de mépris dans sa voix. Il trifouille dans les deux sacs en papier qui contiennent les produits des deux paniers, en sort, en remet. Il m’en fourre un dans les mains. À côté de lui, la caissière l’interpelle en brandissant quelque chose.
— Et ça ?
— Laisse tomber.
Je ne saurai jamais ce qui aurait dû être dans mon panier et que ma contestation du prix du lait m’a fait rater. La valeur des produits est respectée, des crevettes, trois paquets de tortellinis aux champignons et un kilo d’orange en piteux état. Par contre, la variété n’y est pas. Quant à la manière dont on m’a parlé, j’avoue, c’est une première. Je n’y retournerai évidemment pas.

Note. J’ai fait un microbillet Twitter à Monoprix qui a eu la bonté de me répondre pour faire amende honorable. C’est suffisamment rare pour être salué. Vous pouvez suivre cet échange sur ce lien.

Anniv’ @47

Les Mouton, Petit Agneau et Petit Koala découvrent Kito Katoka.— C’eeeeeeeeeest le trébonziiiiiversaire de Frédéric !
— Al*oooooo*rs on est obl*iiiii*gé de lu*iiii* d*ooooo*nner son c*aaaa*deau ?
— Ouais, c’est l’idée d’l’anniv’ !
— Cooooooomment on vaaaa s’en paaaaaasser ???
— On veut le reeeeeelire et reeeeeelire et reeeeeelire et reeeeeelire…
— Faut pas vous inquiéter. Je vais trouver une autre Kito pour l’Frédo, les commissions, c’est mon rayon !
— Y a plus*iiiii*eurs Kito ?
— Nan, c’la même ! Mais ell’est dans d’aut’livres.
— Elle est siiiiii choouuuuuette !
— Gardez ce livre, je file chez le libraire en trouver un autre pour Frédéric.
— Ooooooh ! Meeeerciiii Caddie.
— T’es un pote mon Caddienounet.
— All*eeeee*z, venez ! On va retr*oooooo*uver n*oooooo*tre Kito !

Féminité @9

Lundi dernier, je me suis rendu au bureau de poste pour récupérer un colis. Juste avant mon tour, je voyais et entendais la dame au guichet à côté du mien. Elle expédiais colis et lettres et en était à l’étape du choix des timbres. Elles voulaient de beaux timbres, la postière sortait alors ses cahiers de collections. La cliente en avait déjà choisis un certain nombre mais il en manquait encore deux. La postière lui en proposa alors un timbre à l’effigie de Camille Saint-Saëns (par ici) et un autre représentant Simone de Beauvoir. Pas de réponse. La postière répète sa proposition et la dame accepte celui de Saint-Saëns. La postière insiste : « Et un avec Simone de Beauvoir ?
– Non ! Pas Simone de Beauvoir !
 »
Bon, la petite histoire ne dit pas pourquoi « pas Simone de Beauvoir » mais ma grande Histoire à moi en sait plus sur cette dernière que sur Camille Saint-Saëns (dont je ne nie pas le talent pour autant).

Intox @13

Je suis allée en consultation pour un bilan orthoptique à l’hôpital Necker et j’avoue avoir été choquée par les conditions de travail du service d’ophtalmologie installé dans des préfabriqués trop petits depuis un certain temps (voire un temps certain). Alors que nous devons tous faire attention à respecter deux mètres de distance sans nous rassembler à plus de six dans un espace clos, soignants, personnels administratifs et patients sont entassés les uns sur les autres : vingt-cinq personnes dans la salle d’attente dont la moitié d’enfants, jusqu’à huit personnes dans les salles d’examen de quelques mètres carrés que j’ai visitées (j’en ai fait quatre différentes en deux heures), des salles d’attente improvisées dans les couloirs déjà étroits, etc.
J’ai eu l’impression que tout le monde portait bien son masque et la désinfection des appareils était permanente. Je ne me suis pourtant pas sentie en sécurité face au covid même si je suis vaccinée ; je n’y ai passé que deux heures mais les personnels, eux, y passent leurs journées. J’avais entendu d’une oreille que le covid était devenu la première maladie nosocomiale ; ma seconde oreille a vérifié l’info qui semble fausse ; c’est rassurant ; ou presque. Je dois retourner voir l’ophtalmo à Necker. Je ferai bien attention.

Aïe ! @35

Le magnifique chien Helgant se frotte le dos dans l'herbe.Grâce à notre voiture, même avec la limite de 10 km, Helgant et moi pouvons aller marcher dans un parc, à défaut de forêt, plus lointaine. Ce dimanche de Pâques, j’y étais avec une amie. Je lui explique que je vais mettre la longe à Helgant. On peut la lâcher par terre et si besoin marcher dessus pour l’arrêter. Je le fais en forêt, car cela permet de lui laisser de la marge sans le laisser libre. Je crains qu’il n’ait peur et ne coure trop loin.
Bref, au moment où je mets la longe, passe un lapin. Helgant file avant que je n’ai pu faire quoique ce soit. Il n’a pas chopé le lapin qui n’était pas un lapereau de trois jours donc a vu arriver le chien pas bien habitué à courir.
Je rappelle Helgant. Il revient, mais repart avant que je n’aie pu l’arrêter voir un autre chien. Heureusement, ce n’était que pour le saluer gentiment. J’ai donc pris la poignée de la longe, l’autre solution pour arrêter toute fuite en avant. Celle qui a été mise en œuvre quand il a vu d’autres lapins.
Merci Helgant pour ma crédibilité ! Les Mouton en rigolent encore.