Archives mensuelles : octobre 2020

Extravagance parisienne @61

Grâce à Helgant, on se promène dans le quartier. Et j’en découvre quelques endroits et quelques bizarreries. Ainsi, au coin de la rue, ce magnifique passage temporaire non effacé devant lequel des barrières ont été installées.
Caddie a adoré la photo. Il dit que c’est un passage protégé… des piétons. Il l’a immédiatement dédicacé à sa ménagère, avec une pensée particulière pour des super potes qu’il a décidé d’appeler anonymement CD. Si on a des private joke sur ce blog maintenant, où allons-nous !

Princesse @11

Je me réjouis toujours quand des femmes sont placées sous le feu de l’actualité en consécration de leur travail, notamment dans les domaines où la domination masculine peine avec la parité, comme dans les sciences dites « dures ». J’ai donc lu quelques articles consacrés au prix Nobel 2020 de Chimie, intéressée par la découverte scientifique et le parcours des deux lauréates. Je lis ainsi dans un article du Monde.
« La blonde aux yeux bleus, grandie à Hawaï dans une famille d’universitaires ; la brune aux yeux sombres, élevée en banlieue parisienne dans un milieu « ouvrier, catholique, engagé syndicalement et politiquement ». »
Je m’interroge. Est-ce parce qu’il est question de génétique que l’on nous donne la couleur de leurs cheveux et de leurs yeux ? Je ne suis pas très calée dans ces affaires mais peut-être que cela à une incidence sur leur manière de travailler, de chercher, d’apprendre, de… ? C’est quand même bizarre, pour le prix Nobel d’économie, les caractères physiques « cheveux » et « yeux » ne semblent pas pertinents au journaliste du Monde pour présenter les deux lauréats et un rapide balayage des différents articles sur les Nobel réserve bien la nécessité de la description de ces attributs physiques à nos deux chimistes.
— C’est du sexisme pur !
Mais non Caddie, regarde l’article consacré à Louise Glück, la poétesse qui a eu le Nobel de Littérature ; on nous donne juste son âge.
— 77 ans…
Qu’est-ce que tu insinues Caddie sur les femmes de 77 ans par rapport aux quinquagénaires ?
— Ben que…
Va falloir le prouver !

Rigolo @16

J’ai recroisé samedi dernier une de mes voisines d’immeuble. La dernière fois que je l’avais vue, c’était en juin dernier dans le hall d’entrée alors que nous discutions « masques » avec une autre voisine. Pour rappel, à l’époque les masques n’étaient obligatoires que dans les magasins… Une autre époque en somme.
La dame était arrivée alors que nous terminions notre conversation et elle nous dît spontanément qu’elle ne mettait le masque que lorsque cela était obligatoire car, je cite : « Depuis tout ce temps, le virus a disparu. »
Je l’ai donc croisée à nouveau, toujours au même endroit. Nous nous sommes salués et je lui ai demandé en lui souriant si elle avait une nouvelle expertise à partager sur le virus. Elle a également souri (peut-être pas le même sourire que le mien derrière son masque) et a poursuivi sa route…
A suivre ? Espérons que non.

Déo @30

Dans un supermarché, je passe devant le rayon de l’eau en bouteille et vois un présentoir accroché. Ce sont des gourdes avec le logo d’une des marques. C’est une marque française d’eau minérale, appartenant à un grand groupe français, pourtant le slogan est marqué en anglais : « Water for change ». La gourde est chère, plus de 17 €, pour une contenance de 60 cl.
J’ai regardé sur Internet : cette marque a lancé un projet avec l’Unicef pour financer l’accès à l’eau potable d’écoliers au Nigéria. Tout est donc bien : cette marque, participant pleinement au gaspillage du plastique et à des dépenses d’énergie fossile pour transporter de l’eau vendue à des prix allant de 100 à 200 fois plus élevés que l’eau du robinet, se donne bonne conscience en la donnant à son client s’il achète une gourde… pour mettre de l’eau minérale ?

Manque @14

Depuis quelques semaines, sur prescription de mon ophtalmologiste, je fais des séances de rééducation orthoptique basse vision. Cela se passe très bien, au sens où j’ai rencontré une professionnelle avec qui je peux échanger sur mes façons de voir avec le sentiment qu’elle comprend de quoi je parle et mesure tout ce que je mets en œuvre pour « voir », au sens de « savoir ce qui est où » dans des mécanismes autant cognitifs et proprioceptiques que de vision « pure » (capture des informations par l’œil).
J’ai dressé l’esquisse de ce qu’est voir dans Tu vois ce que je veux dire et donné des éléments supplémentaires lors de mon passage par la fondation Sainte-Marie. Je vous y renvoie. Pour cette fois, il s’agit aujourd’hui de travailler afin de compenser la presbytie et la fatigue visuelle liées à l’âge. Et comme chaque fois que je suis amenée à mesurer mes performances visuelles (première étape avant tout travail), je fanfaronne… avant de pleurer misère.
Je fanfaronne car je mesure mes capacités d’adaptation et ma maîtrise des mécanismes de suppléance sensorielle ; je pleure misère parce que je mesure en même temps tout ce que je ne vois pas, ce que j’essaie de m’épargner en temps ordinaire même si le validisme me le rappelle à chaque instant. Nos échanges avec l’orthoptiste ne sont ainsi pas exempts d’un certain soutien psychologique (merci madame !) parce que cette confrontation avec la réalité physiologique de ma déficience visuelle a le don de me blesser car elle me pose dans le handicap et non dans sa suppléance.
Dans Tu vois ce que je veux dire, j’avais évoqué cette douleur que la mesure de la réalité physiologique engendre, douleur qui pose la suppléance sensorielle en termes de nécessité vitale : les lecteurs attentifs de ce blogue n’auront pas senti autre chose dans ma manière d’appréhender ma déficience visuelle : si je n’y supplée pas, je suis morte. À cela, je ne pense pas tous les jours mais c’est là, et ces séances d’orthoptie le réveillent : j’ai vécu des journées difficiles, craignant de nouveau cette confrontation avec la (ma) mort.
Et puis, j’ai fait un joli lapsus dans un contexte d’échange amical une heure avant une séance d’orthoptie. J’ai écrit à propos de tout autre chose : « Cela peut ou non sauver la vue », en lieu et place de « sauver la vie » ; vous entendez Freud qui rigole ? Il peut, et je rigole avec lui tant ce lapsus, à cet instant, a su faire baisser la pression sur ces séances d’orthoptie. Il s’agit juste de maintenir en forme mes capacités visuelles. Cela n’empêchera pas l’âge de les altérer, comme il altère le genou et le reste. Mais il me reste tant à découvrir de manière de faire, de vivre, d’être !
Pourquoi toujours envisager la vie sous l’angle de la perte alors que l’on est en mesure de compenser, suppléer et surtout, inventer d’autres plaisirs, d’autres désirs, d’autres joies, de nouveaux amours ? Le confinement me l’a montré. Je veux rester sur cette ligne et continuer à construire un monde qui me va bien avec celles et ceux qui ont envie de sortir du droit chemin.

Décroissance @74

Depuis que Helgant est arrivé chez Petit Mouton, j’ai acheté des croquettes et des friandises à la viande. Pour les déjections, que je ramasse systématiquement, j’utilise essentiellement des sacs plastiques. Bref, je me retrouve à consommer ce que j’évite de consommer par ailleurs.
J’essaie de limiter ces impacts, notamment concernant la viande, mais un chien est carnivore. Mais, c’est évident, c’est « Parce que Helgant le vaut bien ! » Et pour une fois, ce n’est pas un slogan de publicité mensongère.

Entendu @39

Nous sommes le 17 octobre. Le ciel est bas sur Paris. Il est 10 h 30. Je suis en ligne avec le service de dépannage de mon fournisseur d’accès Internet. Mon interlocutrice me met en attente. Musique. Message publicitaire : « Alors pour vous cet été, c’est plutôt ville, campagne ou plage ? (…) Profitez bien de votre été en restant connecté. »
Y a plus de saisons ! C’est avéré.

Rigolo @15

Comme vous le savez, depuis le déconfinement, je laisse ma place dans les transports en commun en me déplaçant quasi exclusivement à pied et surtout à vélo. C’est ainsi que je parcours plus de 23 kilomètres lorsque je travaille à La Défense.
Dans ce cas, je prévois toujours un en-cas avant de faire le trajet retour, notamment une banane. Parfois je la mange, parfois non. Le jour de la mésaventure que je vais vous narrer, je ne l’ai pas mangée et l’ai mise dans ma poche de Kway, mon sac-à-dos étant trop plein.
Je prends donc la route du retour et me rends vite compte que quelque chose ne va pas : un cliquetis inhabituel et surtout l’impression que la pédale gauche va me lâcher d’un instant à l’autre. Après un rapide examen, je constate que la vis sensée la maintenir solidaire au vélo se dévisse. Je tente tant bien que mal de la refixer avec mes doigts mais son emplacement m’empêche de la serrer suffisamment et après quelques mètres, l’opération est à renouveler.
Ayant repéré une station essence sur mon trajet, je m’y arrête et tente de trouver dans la boutique attenante un outil me permettant de mieux serrer la vis… évidement, aucun outil adapté à un vélo dans ce temple ultime de la voiture reine ! Je décide tout de même de prendre une clé à molette : elle ne me permettra pas de régler définitivement le problème mais, pensais-je, elle me permettra de mieux serrer la vis de la pédale qu’avec mes frêles doigts. Résultat : je gagne quelques mètres d’autonomie mais à ce rythme, la route va s’avérer longue : quelques dizaines de mètres parcourus puis arrêt pour resserrer le boulon avec la clé et c’est reparti…
J’arrive finalement Porte Maillot : il me reste alors les deux tiers de la distance à parcourir. Je me décide alors à finir le trajet en métro. Vélo sur l’épaule, je descends les marches de l’escalier, achète mon billet puis me présente au portique réservé aux personnes munies de bagages trop larges pour les portiques individuels. J’appelle une opératrice qui me répond que les vélos sont interdits dans le métro à l’heure de pointe mais que je peux prendre le RER… sauf que le RER Porte Maillot n’est pas du tout dans ma direction. Le seul RER pouvant m’être utile se trouve Place de l’Etoile. Je remonte donc à la surface, sors ma clé de la poche pour resserrer la vis avant de reprendre la route mais je sens alors un corps visqueux autour de l’objet. Je ne mets qu’une petite seconde pour comprendre qu’en portant le vélo, j’ai écrasé la banane qui se trouvait dans la même poche que la clé…
J’ai finalement fini mon trajet jusque chez moi, les doigts plein de crème de banane, revissant tous les cents mètres la vis de mon vélo avec une clé à molette elle-même enduite de crème de banane… Ô vélo quand tu nous prends !

Tonton @16

Je ne sais pas trop ce qu’évoque le Panthéon pour les uns et les autres mais, à moi, il me fait à peu près le même effet que le tombeau de Napoléon soit l’idée d’un vieux truc moche qui fait partie de notre histoire mémorielle. Mais cela doit être plus que cela, Tonton lui-même s’y étant rendu après son élection en mai 1981. Mon bac que je passais à Montpellier était quelques semaines plus tard mais je m’étais débrouillée pour y être, près de lui ; je suis restée coincée rue Saint-Jacques, loin, très loin… Moins loin que Montpellier !
J’avais participé il y a trois ou quatre ans à une manifestation pour que Olympe de Gouge y entre au nom d’une parité qui y est totalement absente ; j’ai vu passer la candidature de Verlaine et Rimbaud retoquée par la famille qui ne souhaitait pas trop afficher leurs amours (c’est ça ?) ; et voilà que désormais, c’est le tour de Gisèle Halimi.
Je crains qu’elle n’y repose pas tant en paix tant ce tombeau national doit receler de machistes brutassons (c’est une hypothèse au vu de l’âge du capitaine et de la prégnance de la domination masculine) et surtout, je ne comprends pas bien la démarche. Certes, le Panthéon a « vocation à honorer de grands personnages ayant marqué l’Histoire de France hormis pour les carrières militaires » (Wikipédia).
Ils sont actuellement quatre-vingt-un ; la liste de ceux qui n’y sont pas est d’autant plus longue ! Alors bien sûr, on peut y installer des symboles, Gisèle Halimi comme tant d’autres, et les débats de qui-y-va-qui-n’y-pas pas avèrent que les oubliés sont tous légitimes à un titre ou à un autre. Je reste néanmoins assez dubitative sur le fait de mobiliser nos forces sur ces entrées, ce d’autant que les décideurs de cela sont de bons petits soldats de l’ordre bourgeois, hétérosexiste et raciste.
La question demeure : comment honorer celles et ceux qui ont « marqué l’histoire de France », surtout celles, depuis la Révolution ? En n’oubliant pas ce qu’elles (ou ils) ont dit et fait, déjà ; et ne pas réinventer l’eau chaude à chaque combat. En se levant chaque matin avec l’idée de poursuivre leur action plutôt que de se complaire dans un quotidien domestique.
— En pétant sa gueule à l’ordre bourgeois, hétérosexiste et raciste qui nous opprime…
Caddie ! On ne parle pas comme ça sur le blogue, c’est important, la mémoire.
— Pas moins que la révolution !

Va chez l’gynéco @41

Depuis quelque temps, j’ai un genou « en vrac » ; le terme parlera aux sportifs ; il indique une douleur un peu chronique qui devient invalidante. J’ai tout ce qu’il faut pour m’en occuper en plus de mon rendez-vous kiné hebdomadaire qui gère mes douleurs posturales liées à ma déficience visuelle : pack de chaud, de froid, contention, huiles de massage, crèmes, rouleau de massage, etc. Et pourtant, je n’ai pas fait grand-chose, laissant la douleur s’installer alors que certaines choses me soulagent. J’ai traîné à aller voir mon médecin (qui a prescrit les examens qu’il faut), n’ai pas tant réduit mon activité sportive, ai tenté quelques soins sans les tenir dans le temps.
Pourquoi ? Ai-je envie d’avoir mal ? Je ne le crois pas et je sais que si je ne maintiens pas ce genou en bonne forme, mon judo en pâtira. Il m’est pourtant essentiel. Ce n’est pas la première fois que je ne fais pas grand-cas d’une blessure (et je l’ai toujours regretté), que je laisse traîner un rhume, que je ne m’intéresse pas à ces « petits maux du quotidien » qui peuvent être, au bout du compte, fort désagréables ; et je le regrette. Je procrastine peu, en général ; alors pourquoi rechigner à mettre du chaud sur mon genou, lui passer un peu d’huile de massage, adapter mes étirements si cela lui fait du bien ? Je l’ignore, et c’est d’autant plus absurde que ça fait mal. Vous avez une idée ?