Archives mensuelles : juillet 2020

Pucer @44

Pour un avis sur les possibilités de réparation de parquet abîmé dans mon appartement, j’ai utilisé une plateforme de mise en relation avec des artisans. Il y a des choix prédéfinis d’interventions (dépose de carrelage et pose de parquet ; dépose, fourniture et pose de parquet…) mais j’ai préféré appeler. Je me suis dit que ce serait bien d’échanger avec quelqu’un pour préciser mon besoin afin d’avoir une réponse plus adaptée.
J’obtiens une personne à laquelle j’explique ma démarche. Elle me demande de patienter. Après plusieurs minutes, elle m’indique que leur système de mise en relation avec les artisans a un problème technique. Elle m’invite donc soit à rappeler, soit à utiliser leur site.
J’ai donc pris une des options et m’expliquerais directement avec l’artisan. Au moins, je devrais bien arriver à obtenir une réponse adaptée.

Bigleuse @121

Dans la revue de presse « culture » à laquelle je suis abonnée, je lis ceci : « Quand le cabaret s’invite sous les balcons des Ehpad. En Saône-et-Loire, la metteuse en scène Léna Bréban a conçu un spectacle tendre et spontané pour aider à vaincre l’isolement des personnes âgées. » Le Monde – 12/07/2020
Sans aller voir l’article, je m’interroge. La semaine dernière, j’ai fait la connaissance de Roger, un résident de l’Ehpad où réside la maman de Sarah. Il est plié en quatre sur son fauteuil roulant, parle avec difficulté, mais si on prend le temps de l’écouter, la conversation est vite agréable. Alors que nous devisions, il a interpellé Sarah à propos d’un pantalon et d’un lien Internet qu’il n’a pu ouvrir. Je suis intriguée. Sarah m’explique qu’il a besoin d’un pantalon et qu’elle en a trouvé un qui peut lui plaire, sans braguette ni bouton mais élégant. Il n’a pu ouvrir son lien depuis l’ordinateur dans sa chambre. Sarah était loguée sur le site marchand. Ceci explique cela.
Je sors sitôt Petit 6 et nous voilà à surfer, moi qui trouve que c’est écrit petit, Roger qui peine à contrôler ses doigts, Sarah qui se charge de faire le lien, et sa maman un peu renfrognée ce jour-là qui lance des phrases, parfois, sans rapport avec ce qui se passe mais auxquelles chacun répond avec le plus grand sérieux. Sarah s’inquiète de la taille du pantalon. Le site propose des longueurs de jambes. Roger me paraît grand. Je lui demande l’autorisation de mesurer ses jambes avec l’empan de ma main. Il m’autorise. On rit. Il est très blagueur. Sarah s’éclipse quelques minutes avec sa maman. On reste là tous les deux. Il ne tarit pas de compliments sur Sarah. Le soleil est doux. On est bien.
Cela n’est pas exclusif de l’opérette, bien sûr. L’opérette…

Route @16

Cela fait plus de quatre mois que je n’emprunte pas les transports en commun intra-muros (bus et métros RATP), depuis le 13 mars pour être extrêmement précis.
Pendant toute la période de confinement, j’ai eu le privilège de ne pas avoir à me déplacer et depuis la fin de ce dernier, j’utilise exclusivement mon vélo. La météo et les aménagements récents ou plus anciens ont largement fini de me convaincre. C’est à la fois bien plus rapide et sincèrement très agréable 90% du temps.
Pour des distances plus longues, j’ai testé une fois l’aller en Transilien (chemin de mon domicile à la gare en vélo puis train avec mon vélo – gain de temps : près de 20 minutes) et le retour en vélo (c’était à Versailles soit à un peu moins de 25km. Le temps de trajet était équivalent au temps en train + métro ou marche mais j’ai fait durer le plaisir avec une balade dans le parc du château et une déambulation dans deux forêts traversées. Je précise que j’avais repéré la moitié du trajet quelques jours auparavant.)
Je vais tenter de continuer à laisser ma place dans les transports à la rentrée. Je vais avoir à gérer des trajets réguliers jusqu’à Le Défense. Il y a de nouveaux aménagements prévus pour, j’en ai testé la moitié, je tenterai l’autre moitié après le 15 août. L’aventure continue.

Paris @60

Les nuits des 13 et 14 juillet ont été le théâtre de feux d’artifice assortis d’incendies de deux roues et de face-à-face avec les forces de l’ordre. Un policier et un pompier ont été blessés par des « jets de mortier » ; pour ce qui est des incendies, j’ai compris qu’ils étaient plus la conséquence des feux d’artifice que volontaires, « la belle bleue » montant souvent au-dessus des toits.
Tout cela a fait du bruit surtout entre 1 heure et 4 heures du matin. Cela a pu aussi faire peur. Les chiens ont aboyé dans les appartements. La fumée a pu obliger les riverains à fermer leurs fenêtres (cela a été mon cas). Je comprends l’indignation générale mais force est de dire que je ne la partage pas. J’ai fait remarquer à mes voisins que d’ordinaire ils se plaignent du bruit des scooters, pourquoi se plaindre aujourd’hui qu’ils brûlent ? Cela a fait rire, et vite désamorcé les propos de comptoir comme si finalement, tout cela (hormis le fait que deux personnes ont été blessées ce dont aucun « riverain excédé », comme on dit, n’a d’ailleurs parlé) ne casse pas trois pattes à un canard.
La maire du 14e, Carine Petit a organisé des rencontres de rue dans trois quartiers de l’arrondissement afin d’entendre les fameux riverains. Je suis allée à celle près de chez moi. J’en suis ressortie en colère, quelques crieurs ayant monopolisé la parole au nom de comités poujadistes et autres « paroles des habitants » qui devraient être poursuivis pour incitation à la haine et diffamation (notamment à l’égard des élus et de la Ville). Mais la police, présente, est déjà bien occupée à courir après de très jeunes gens (14 ou 15 ans) qui fêtent à leur manière le 14 juillet faute de trouver leur place dans la « nation » si chère à ces femmes blanches venues en découdre avec la représentation municipale.
Des femmes blanches en effet (pas plus de 10 % d’hommes) qui « ne sont pas racistes », bien sûr, mais qui considèrent que les « bronzés » (je croyais le mot passé de mode) ne devraient plus être admis dans nos immeubles. J’avoue avoir été surprise par ce constat sociologique. Il m’interroge. J’en ai d’ailleurs croisé une autre en rentrant du sport ce matin (19 juillet). Elle prenait en photo une épave calcinée de patinette, les épaves de scooter ayant été enlevées. Je l’interpelle en riant, la prenant pour une photographe de passage.
— Bonjour madame, vous voulez la date d’incinération pour votre album photo ?
Et paf ! elle part au quart de tour, sur un ton très agressif et dans un français qui n’a rien à envier à celui de quelques-uns de mes voisins « bronzés » de la première génération, m’indiquant qu’elle va faire un tweet pour que la mairie de Paris voie ce qu’est devenu Paris…
— Je crois qu’elle le sait… Ce n’est qu’une patinette…
Elle monte d’un ton, et part cette fois en vrille sur Paris qui n’est plus Paris avant de m’inviter à « passer mon chemin ». J’ai vu aussi sur les réseaux sociaux locaux le terme d’« émeute », quelques femmes, toujours, indiquant qu’elles allaient partir.
— Eh bien, cassez-vous !
Caddie ! Tais-toi.
Notre quartier a toujours été en proie à des faits de délinquances parfois graves (entendre relevant des assises) liés à des trafics qui, en l’espèce, vont vite faire cesser les amusements de ces jeunes gens qui aiment les feux d’artifice (qui ne sont pas bons pour le petit commerce). N’est-ce pas paradoxal ? Cela l’est autant que j’aime vivre dans ce coin de 14e pas toujours fréquentable même si cette nuit, deux olibrius ont discuté sous ma fenêtre jusqu’à 3 heures du matin.
Discuter n’est pas un délit, même si ça contraint mon sommeil. J’aime à ne jamais l’oublier.

Hoax @15

Les recommandations et autres publicités sur les réseaux sociaux peuvent donner lieu à de francs télescopages. L’autre jour sur Twitter, alors que je regardais le compte de L214, association de protection animale, je vois un « tweet sponsorisé ». Il s’agit du compte de… Disneyland Paris.
Certes, ce sont des souris qui y exploitent les humains, qui eux en portent les grandes oreilles, mais cette entreprise libérale me semble tellement à l’opposé de l’éthique des militants défendant les conditions de vie des animaux. Des hamburgers à la fourrure, du cuir au mode de production d’un rêve bétonné, c’est au choc des modèles que je pense. Je n’ai pas pensé une seconde qu’il s’agisse d’un choix volontaire de l’empire de Mickey. Encore une histoire d’algorithme malicieux ?

Exposer @18

Je participe depuis plusieurs années à l’étude Nutrinet santé ; c’est un peu fastidieux parfois mais en plus de contribuer à la connaissance des comportements alimentaires, cela me permet d’avoir un regard sur mon alimentation. Les trois journées par an où je note scrupuleusement ce que je mange et bois, je sens toujours que j’ai envie de limiter mes quantités dans la déclaration que je fais comme si ces sondages m’observaient. C’est le cas, mais de manière statistique. Par contre, moi, je m’observe et je pense qu’au fil du temps, combinés à d’autres choix que j’ai faits, mon alimentation s’améliore en qualité nutritionnelle et baisse en quantité.
Mi-mai 2020, cette étude m’a proposé de faire un autotest sérologique covid-19 (envoi postal). J’ai sauté sur cette opportunité de savoir si le gros rhume que j’avais eu à partir du 13 mars 2020 était ou non un rhume : j’avais fait beaucoup de judo, côtoyé beaucoup d’enfants ; même si je fais un usage limité des transports collectifs, la question se posait. Le résultat a tardé à venir, ce qui est logique vu que cet examen faisait partie d’une vaste étude. Il est sans ambiguïté négatif.
D’emblée j’en ai été soulagée. Beaucoup de personnes sont ravies de se découvrir positives, considérant qu’elles seraient immunisées. La démonstration scientifique n’en est pas faite et je préfère n’avoir contaminé personne à l’époque où l’on ignorait l’importance de se protéger collectivement. Je n’ai pas cessé de me laver les mains en rentrant chez moi (ce que je faisais déjà avant la pandémie), utilise en extérieur le gel hydroalcoolique mis à disposition par la Ville ou les commerçants, porte le masque sur le nez quand il est obligatoire ou quand je trouve la foule un peu dense, utilise très peu les transports et ne fréquente pas les lieux censément bondés (ce que je n’ai d’ailleurs jamais aimé faire).
Ce qui me chagrine le plus, c’est de ne pouvoir serrer les mains. Ce contact physique avec mes interlocuteurs m’est important ; il est une marque de reconnaissance, de respect ; le signal de l’entrée en relation et de sa fin. Quant à mes amis, je les embrasse pour la plupart, plutôt sur les oreilles qu’au beau milieu des joues.
— Pas sur la bouche ?
Caddie !

Savoir @22

Ce lundi, j’ai eu droit à ma première infiltration. Problème récurrent du genou gauche depuis plusieurs mois qu’il est grand temps de drastiquement enrayer : j’ai encore un peu besoin de ce genou.
J’arrive ce matin au centre d’IRM où je dois me faire faire l’injection. J’ai les produits nécessaires. Bref passage dans la salle d’attente bondée de gens masqués. C’est mon tour.
Une jeune radiologue me demande de m’installer sur la table de radiologie (l’infiltration est « guidée » par radio). Elle me demande de m’allonger sur le dos, positionne mon genou gauche. Je précise pour la suite de l’anecdote que l’accès au genou ne peux se faire que par la droite, l’appareil de radiologie occupant tout le volume à gauche de la table des opérations. Elle règle l’appareil de façon à avoir une belle vue aux rayons X de mon genou, revient me déplacer légèrement la jambe, rerégle l’appareil, m’explique ce qui va se passer, reredéplace ma jambe, rererégle l’appareil et m’annonce que nous attendons le médecin.
Je patiente quelques minutes et le médecin arrive. Après les présentations d’usage, il me demande : « C’est bien sur le ménisque interne du genou gauche que… ». Je réfléchie une fraction de seconde, ce serait trop bête de se tromper de genou à ce stade. Je le lui confirme et par précaution (c’est une précaution qui tient plus de l’habitude pour un gaucher quand il est question de « gauche » et de « droite »), je lui montre le genou en même temps. Alors il me dit : «  dans ce cas, mettez-vous sur le côté gauche, tourné vers la gauche, passez la jambe droite par dessus la gauche et ne bougez plus. » Le regard tourné vers la gauche, je ne vois pas le visage de la jeune radiologiste mais je compatis avec elle qui avait pris tant de soin à bien faire son réglage. Tout bas, j’entends le médecin lui expliquer tranquillement le pourquoi du comment. Je pense que c’est la première fois que la jeune femme faisait ce genre de chose et c’est toujours un plaisir, qui plus est amusant ici car rien de grave n’était en jeu, que de prêter son corps à la science.

Pauvres enfants @34

En balade dans les rues d’Avignon, je passe devant une terrasse de café sans remarquer plus que ça deux très jeunes gens attablés. Dix mètres plus loin, j’entends.
— … celle-là ? Casquette, solaires, oreillette et même une matraque dans la poche. …
Je n’ai pas entendu le début ni la suite mais pressens que ce n’était pas à mon avantage et que ma butchitude était en cause. Je fais demi-tour et m’avance posément vers eux. J’ai une quinzaine de mètres à parcourir. Je prends mon temps. Je ne leur donne pas 18 ans, ils boivent un cocktail dont l’odeur d’alcool remonte jusqu’à moi quand je m’arrête près de leur table. Il est à peine 18 heures.
— Bonjour messieurs. Vous aviez quelque chose à me dire ?
Le plus vaillant des deux est très mal à l’aise. L’autre n’existe déjà plus.
— On plaisantait entre nous, madame !
— Vous parlez trop fort pour que vos propos restent confidentiels.
Je sors ma canne.
— D’abord, la matraque…
— Ah, c’est une lampe !
— Non monsieur, c’est une canne blanche [je la déplie], vous savez, le truc pour identifier un déficient visuel.
— Ah ! Je…
— Et l’oreillette est branchée sur un GPS qui me guide. La casquette basse sur les yeux, c’est pour augmenter l’ombre sur les solaires car la lumière me gêne. Vous vouliez savoir autre chose ?
Il hésite et, en bafouillant.
— On se posait juste des questions. Excusez-nous.
— Vous auriez pu me les poser directement. Bonne soirée messieurs.
Et je suis repartie sans leur laisser le temps de me dire au revoir. Ils ne s’abstiendront évidemment pas d’autres commentaires sur des passantes. Au moins, ils savent que l’impunité n’existe pas. J’espère.

Changement @27

Je sais que vous appréciez particulièrement la saga « chaudière » qui a pris un tour nouveau avec le récapitulatif de charges 2019 reçu pendant le confinement (ici). Celui-ci faisait apparaître un rappel par locataire de 133 euros pour une provision de 105 euros. Ouille ! L’affaire, pour cette fois, s’est réglée en deux mois. Forte de mon expérience sur la récupération des 28 000 euros de charges d’eau sur le précédent exercice (), j’ai rapidement pu avoir des explications auprès de notre bailleur : 60 % étaient imputables à un rattrapage de l’exercice précédent sur lequel une facture n’avait été ni imputée ni provisionnée ; 40 % (58 euros) étaient le produit d’une erreur de facturation…
Une fois ceci établi, il a fallu batailler un peu pour que cette « erreur » soit rétrocédée aux locataires dès ce mois de juillet, le gestionnaire souhaitant qu’elle soit corrigée sur le récapitulatif de charges 2020 édité en avril 2021 et récupéré en juin 2021. Les locataires n’ayant pas vocation à servir d’organisme de crédit, j’ai sollicité la directrice territoriale qui a su dépasser les procédures comptables automatiques et tous les locataires n’ont pas eu à s’acquitter de cette erreur.
Cet épisode, outre sa fin heureuse, a été l’occasion d’échanger sur les dysfonctionnements de gestion autant que sur nos soucis du quotidien en évoquant des solutions à moyen et long terme. Nous avons notamment évoqué la question du débit de nos chaudières et il m’a été dit que cette question serait intégrée dans les prochains appels d’ordre. Je m’en réjouis autant que je suis fière de participer à l’amélioration de notre cadre de vie. On me trouvera peut-être crédule mais j’agis toujours avec l’idée que l’on peut faire avancer les sujets. Dans quelle mesure ? Je l’ignore mais m’en moque. Tant que cela bouge dans le bon sens, même d’un cheveu, mon action garde du sens.

Paris @59

En ce début d’été, j’ai des travaux chez moi. Salle de bains et cuisine sont refaites. Des amies m’ont ouvert leur porte.
Un midi, il m’était plus simple d’aller dans les bains douches municipaux près du travail. J’avais déjà eu l’occasion d’y aller. Simples et fonctionnels, ces bains douches sont pour moi un exemple concret d’un lieu indispensable dans la lutte contre la précarité et pour la dignité des personnes à la rue ou vivant dans des conditions difficiles. Merci ma ville d’offrir ces lieux gratuits et ouverts à tous.