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Bigleuse @115

Depuis deux mois, je fais des remplacements en tant que représentante bénévole du médiateur de la Ville de Paris. Je l’ai évoqué ici. Je me suis ainsi rendue dans trois lieux différents où se tiennent ces permanences. À chaque fois, le secrétariat de la médiation a annoncé ma venue en donnant mon nom et j’ai été en contact par mail ou téléphone avec les accueils de ces lieux publics où se tiennent ces permanences.
J’y arrive en canne ; l’objet permet de dire l’essentiel sans que j’aie besoin d’expliquer, les mains dans les poches, que je suis malvoyante et que je vais avoir besoin d’aide pour trouver le bureau, les toilettes et autres broutilles. Je précise que j’ai une canne dite « de signalement », courte, et que je n’utilise pas pour balayer l’espace devant moi contrairement aux cannes de déplacement nécessaires aux personnes aveugles. Qui connaît la nuance ?
J’en profite et, à chaque fois, je m’offre un grand moment de plaisir. J’arrive toujours un bon quart d’heure en avance.
— Bonjour, je suis madame Jung. Je viens pour la permanence du médiateur.
L’agente ou l’agent d’accueil fouille alors dans ses papiers, ou son ordinateur, et me répond.
— Vous avez rendez-vous à quelle heure ?
Vous imaginez mon sourire, à cet instant.
— Excusez-moi, mais… C’est moi qui tiens la permanence.
Là, j’avoue, je manque 95 % de leur réaction mais les 5 % qui restent (petit silence, grand malaise, excuses bafouillées…) me sont un régal. Eh oui ! Oyez ! braves agents publics. Un bigleux peut être représentant bénévole du médiateur de la Ville de Paris. Cela vous défrise ? Je m’en réjouis. Ce qui s’en ensuit est moins drôle mais un mal nécessaire : expliquer ce dont j’ai besoin, ce que je fais dans une déférence totale.
Ce qui me surprend, c’est que aucun n’a eu la curiosité (le courage ?) de me demander comment je fais pour prendre des notes, lire des documents, les scanner… Je vous dirai si cela vient.