Archives mensuelles : février 2020

Ailleurs @41

Je suis sur le site pluzz.fr, qui permet de voir en « replay » des émissions, séries, films diffusés sur France Télévisions. De chez moi, à Paris, je veux regarder une vidéo et tombe sur un message « Pour des raisons de droits concédés à France Télévisions, cette vidéo n’est pas disponible depuis votre position géographique (FR). »
Il y était encore le lendemain et le surlendemain. Hum, je ne peux pas voir en France des images dont les droits sont détenus par la télévision française. Ah ! quand les réseaux se mélangent les pinceaux…
Ah ! Petit Koala me dit dans l’oreillette que c’est un coup de Caddie. Dans son combat contre le gaspillage énergétique, il lutte contre les vidéos en ligne. Respect camarade Caddie.

Bigleuse @116

En octobre 2018, j’ai bénéficié d’un bilan optique gratuit dispensé par une fondation financée par un grand lunettier. C’était la deuxième fois que j’y allais. La première visite n’avait pas été concluante mais je cherchais de quoi limiter l’effet de la photophobie. Après un passage express auprès d’un orthoptiste qui ne savait rien de l’albinisme, un opticien m’a reçue, avec sa batterie de verres et de filtres. Il ne trouvait rien pour m’aider avant de me proposer des filtres polarisants n°1. J’utilise déjà ce type de filtre intégré à mes solaires ; c’est très confortable.
Sur le coup, cela m’a semblé bien. L’opticien m’a donc orientée vers un opticien (de la marque qui subventionne la fondation) en recommandant que l’on me prête ces filtres en mode surlunettes quelques jours. J’y suis allée et en suis ressortie avec un devis de 481,20 euros dont 258,80 pour un support-monture en plastique qui se pose sur des lunettes, et sans période d’essai. Je suis allée voir mon ophtalmo qui m’a vivement conseillé de faire jouer la concurrence.
Chez un autre opticien réputé pour son rayon basse vision, j’ai eu un devis à 200 euros. On en trouve sur le Net à moins de 40 euros, 20 euros sur le site d’un marchand qu’il convient de boycotter. Mais, sur le Net, le n°1 n’existait pas. Genespoir, association française des albinismes, m’a orientée vers un opticien du 15e arrondissement que je ne suis finalement pas allée voir, un peu dépitée par toutes ces recherches.
En novembre 2019, mon ophtalmo m’a suggéré de me préoccuper de ce filtre à l’occasion de nouvelles lunettes. Je suis allée voir cet opticien du 15e. Il était très dubitatif sur l’effet possible du filtre polarisant pour apaiser la photophobie, surtout en intérieur. Il m’a fait essayer quelques verres et filtres, écoutée surtout, et, de fil en aiguille, on a compris que ce qui m’apaisait dans le filtre polarisé n°1 était la légère teinte grise qui peut être reproduite par un simple filtre solaire !
Une semaine plus tard, j’avais, pour un prix modique, des filtres solaires montés sur des surlunettes. Il ne m’a pas fallu une journée pour m’y adapter et le constat est sans appel : devant un écran, et même chez moi à faire la cuisine ou autre, c’est le bonheur ! Mes yeux tirent et pleurent moins. Je vais donc vite retourner chez l’ophtalmo pour avoir la bonne ordonnance (qui ajoute la correction de ma « presbytie naissante »…) et avoir des lunettes adaptées à mes soucis particuliers d’albinos.
Verdict ? Si vous cherchez un bon opticien, un qui connaît son métier et fait beaucoup plus que vendre des lunettes, demandez-moi. Je vous donnerai ses coordonnées.

 

Agit-prop’ @29

Dans un numéro de Cash Investigation, intitulé « Qui profite de nos impôts ? », Élise Lucet et son équipe enquêtent sur des dispositions fiscales pour étudier si elles ont permis d’atteindre leurs objectifs. Il est notamment question du CICE, le crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi. Élise Lucet reçoit François Hollande pour lui parler du bilan de ce dispositif, qu’il a contribué à mettre en place. Elle lui demande s’il trouve normal que la taxe carbone, une taxe écologique, ait été utilisée pour financer le CICE, mesure visant à financer les entreprises pour financer l’emploi, mais sans obligations et sans contrôle prévu quant à l’utilisation des fonds économisés grâce à cet avantage fiscal. Ainsi une entreprise de la grande distribution aurait grâce au CICE financé des caisses automatiques, pas franchement pourvoyeuses d’emplois. D’autres ont largement augmenté la rémunération de leurs cadres que celle de leurs employés et surtout plus qu’elles n’ont recruté de nouveaux salariés.
Bref, Élise Lucet demande à François Hollande s’il lui semblait normal qu’une taxe écologique ait servi à doper la compétitivité des entreprises. Il rétorque que c’est « une bonne idée ». Pour lui, il est positif « que la nature soit la plus respectée possible et le travail le plus encouragé possible », il s’agit de « sauver la nature » et « favoriser l’emploi ». Visiblement pour lui peu importe le type d’emploi et surtout son domaine. Avec une taxe sur les énergies carbone, il est donc tout à fait possible de favoriser des entreprises participant pleinement à l’exploitation des énergies carbone, voire développant des technologiques encore plus énergivores. Quel bel enfumage !

Décroissance @69

À l’occasion d’une réunion publique de Paris Centre en commun, il a été question de l’impact de notre alimentation sur l’environnement, et la nécessité de la faire évoluer. J’ai eu cette pensée blagueuse que j’ai partagée avec Frédéric : « Le riz complet est tellement meilleur qu’un steak grillé ! » C’est affaire de goût personnel, bien sûr, qui me semble poser une question qui va bien au-delà ds l’alimentation : pouvons-nous changer nos comportements si l’on n’y trouve pas plaisir ?
Il y a les méthodes totalitaires, bien sûr, et les cas de force majeure ; sans rien à manger depuis trois jours, je risque fort de me ruer sur du riz complet, une des rares céréales dont je ne suis pas fan et sans doute qu’alors j’y trouverai du plaisir. Mais, dans notre système d’opulence (je parle des pays occidentaux bien sûr), comment trouver du plaisir à manger une plâtrée de truc fade quand juste à côté grille un steak sur un barbecue ? Je sais, beaucoup de personnes ne trouvent aucun plaisir au steak grillé, et l’idée même leur donne la nausée. Mais celles-là, peut-être, n’ont aucun plaisir à marcher 3 km pour faire leurs courses dans un magasin bio et utilisent leur veille 2CV très polluante pour s’y rendre ?
Ce que je dis là est bourré de clichés, bien sûr, et je saurais gré à chacun de ne pas me faire un procès d’intention. L’idée est que ce qui est vertueux (quelle que soit la vertu visée) n’est pas forcément source de plaisir. Comment faire alors pour changer le monde ? Les pouvoirs publics sont sur ce point (quand ils agissent) assez adeptes du bâton (taxes et réglementation) au péril de la politique menée, très souvent. Mais quelle carotte proposer ? Et, a-t-on le temps que chacun y goûte et la trouve bonne face à l’urgence climatique ?
Je n’ai pas de réponse politique à ces questions ; pour une raison que j’ignore, je tire un grand plaisir à manger des invendus, composter, réduire drastiquement ma consommation d’eau, de gaz et d’électricité, dans une forme d’ascétisme de plus en plus prononcée. Je n’en ressens aucune souffrance, aucune frustration ; au contraire, j’en tire une grande fierté. Dois-je pour autant considérer que si cela est possible pour moi, c’est possible pour les autres ? Je ne crois pas. La seule chose qui pourrait me faire renoncer à l’idée que chaque personne est libre de ses choix, c’est la manière dont l’ordre bourgeois, hétérosexiste et raciste conditionne chacun dans des choix au service de son seul profit.
Mais ne suis-je pas moi-même conditionnée par…
— Tu n’en sortiras pas !
Tu as raison, Caddie. Je vais me contenter de ma goutte d’eau. On verra bien si elle en croise d’autres.
— Comme les bulletins de vote ?
Oui, Caddie, les 15 et 22 mars prochain, votons ! On verra bien quelle vision du monde gagnera.

Villes @9

Le jeudi 30 janvier dernier avait lieu la troisième « Nuit de la Solidarité » à Paris. Le principe ? Parcourir les rues de la capitale pour comptabiliser les personnes qui allaient passer la nuit dans la rue sans aucune solution de logement et identifier leurs besoins les plus urgents, au-delà du logement bien sûr.
Selon une méthodologie bien établie, mon groupe de bénévoles a arpenté une zone délimitée du 3e arrondissement, près de chez moi.
Beaucoup de rencontres de personnes qui se trouvaient à la rue ce soir-là entre 22 heures et 1 h 30 du matin. Et dans tous les cas des échanges et des gestes qui resteront, comme ceux de l’an dernier (ici), gravés dans ma mémoire.
Evidemment, ce que j’ai pu ressentir est assez secondaire au regard de ce qu’ont exprimé ceux que nous avons croisés : parfois de la lassitude devant ces gens de bonnes volontés qui n’apportaient finalement rien de très concret mais toujours une envie de partager une expérience, une histoire, un geste, une place pour s’assoir sur leur lit de fortune. Bref un moment où pendant quelques minutes, quelques secondes, même une fraction de seconde nos conditions respectives étaient abolies. Un moment infiniment précieux.
Le décompte terminé, je suis rentré me coucher. 3 552 personnes ont, elles, dormi dans la rue (ici).

Décroissance @68

Le magazine Stratégie proposait un article le 29 janvier dernier « Développement durable et culture ; Va-t-on devoir arrêter les vidéos ? » L’article est payant mais le chapeau me suffit : « Face à la croissance pharaonique des vidéos en ligne, des questions se posent quant à la capacité de stockage et aux conséquences écologiques. » Il semble en effet évident à qui connaît (un peu) le fonctionnement d’Internet de considérer que les vidéos sont plus énergivores que le texte accompagné de quelques photos, ou même un simple fichier son.
J’entends déjà des dents grincer au vu de tout ce que je vois passer comme vidéos, notamment sur les réseaux sociaux, pour faire passer des infos qui méritent dix lignes de texte, voire rien du tout. Mais il semble que le pire ne soit pas là : les séries et films en streaming sont aussi en cause, une chose qui m’est encore plus étrangère que ce qui précède. Et que pensez de toutes ces personnes qui filment leur petit-déjeuner (ou autre chose) pour le partager à la terre le moment impérissable où la cuiller à soupe fond dans le bol de céréales trop grasses, trop salées, trop sucrée.
Les vidéos sont bien sûr utiles ; les courtes archives que diffuse l’INA sur Twitter, ou les prises en direct de violences policières et autres faits politiques et sociaux d’importance donnent matière à penser le monde, alerter, agir. Personne n’en doute. Reste tout ce que l’on regarde en continu sur son téléphone portable dans les transports ou du fond de sa baignoire à seule fin de se distraire. Quand je dis « on », c’est pour éviter « d’aucuns », un peu péjoratif. Il ne m’appartient pas de juger des distractions de chacun. Même quand il s’agit de gaspiller les richesses de la planète et participer activement à sa paupérisation ? Même… mais ça démange !

Pauvres enfants ! @33

En passant devant des grilles à Porte Maillot, je vois des panneaux publicitaires pour de nouvelles attractions « Wild immersion ». Il s’agit de film pour une « première réserve virtuelle (…) au Jardin d’Acclimatation, en 360° et réalité augmentée » avec ours blancs, renards arctiques, bisons…
Les affiches montrent ces animaux avec des slogans. Pour les bisons, c’est « Nous, dans le Nord, on n’est pas commodes. » et pour les renards arctiques, c’est « Méchant, mais virtuel ! »
L’anthropomorphisme est un prisme usuel dans des présentations ludico-pédagogiques d’animaux à destination des enfants. Mais, faut-il mettre en avant ces dimensions « négatives » ? Les renards sont-ils vraiment méchants ? Ce n’est pas ce que je dirai. De nombreux hommes sont méchants, gratuitement violents et agressifs, ce qui ne me semble pas le cas des renards, attachés à se défendre et se protéger. Faut-il jeter l’opprobre sur les animaux sauvages pour que les enfants considèrent qu’ils sont tellement mieux en virtuels. Un moyen de neutraliser par avance toute critique de leur extermination par les futures générations ?

Extravagance parisienne @55

Depuis quelques semaines, je remplace le représentant bénévole du médiateur de la Ville de Paris dans un lieu un peu reculé du 15e arrondissement. Le métro le plus proche est à dix bonnes minutes à pied et il faut emprunter des petites rues pour arriver à destination. Une fois là, il faut sonner, trouver l’entrée… L’accès est donc difficile si l’on n’utilise pas le GPS de son téléphone ou si l’on n’a pas regardé un plan avant.
Le défilé des personnes est continuel, entre celles qui viennent prendre un rendez-vous, poser une simple question, ou se présenter au rendez-vous pris : il y a de nombreuses permanences associatives et institutionnelles. Mon bureau est à portée d’oreille de l’accueil. Je laisse la porte ouverte quand j’attends les personnes qui ont pris rendez-vous. Je remarque que les personnes qui arrivent en retard arguent systématiquement de la localisation de l’endroit.
« J’ai eu du mal à vous trouver » ; « Vous êtes loin de tout. » ; « J’ai couru, je me suis perdue. » C’est sans doute vrai, pour la plupart, mais je m’interroge sur ce que ces personnes diraient si l’endroit était plus facilement accessible ; métro en panne ; bus bloqué par une benne à ordures ; que sais-je ? Je remarque en effet que d’autres sont plutôt en avance, ce qui est une autre stratégie. C’est celle que j’utilise ; je suis bigleuse, je sais d’emblée que j’aurai forcément du mal à trouver.
Mais, en fin de compte, est-ce finalement la raison des avances et des retards ? Il y a les impondérables, bien sûr ; mais aussi les manières d’être au temps et aux autres. Quand j’étais petite, maman calculait toujours un temps de trajet en voiture en ajoutant le temps nécessaire pour parer une crevaison. Je connais d’autres personnes qui, dans un déplacement court, partent à l’heure où elles devraient arriver. Je les attends vingt minutes. Pas plus.

Souvenirs @17

Dimanche en fin d’après-midi, je vois passer dans mes alertes : « Le chanteur folk Graeme Allright est mort » (ici)
Qui connaît encore Graeme Allright aujourd’hui ? En tout cas, pour moi, c’est une série de chansons qu’écoutaient mes parents dont une qui ressurgit du fond de ma petite enfance.

 

 

 

Pucer @40

Reprendre le métro après neuf semaines de grève, au-delà de la sensation de retrouver un vieil ami tout en me disant que je l’utiliserai avec modération pour le plaisir de marcher, réserve des surprises. Est ainsi apparue à la station Invalides une borne fort étrange.
J’envoie une photo à Isabelle qui me répond dans la foulée :
— C’est pour aspirer les données des téléphones et les revendre ?
C’est à peu près ce à quoi j’avais pensé. J’ai fait cinq minutes de recherches et n’ai rien trouvé sur le site de la RATP, juste cet article d’un blogue qui confirme qu’il s’agit d’une borne pour se connecter en Wifi et recharger son téléphone (et aucune n’est annoncée à Invalides). C’est donc bien secret, cette affaire ; et quand c’est secret… J’espère lancer là une nouvelle théorie du complot, celles qui entourent le 2019-nCoV devenant franchement insupportables, surtout quand elles portent à la discrimination et à l’exclusion des personnes qui auraient un lien quelconque avec la Chine et l’Asie.