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Bigleuse @108

Je sors de chez moi. Le trottoir est assez large sur ce carrefour. Un homme avec une canne blanche avance en tirant un peu à gauche et se cogne dans la poussette de marché d’un homme qui attendait au pied d’une jardinière. J’observe. L’aveugle se décale. L’homme à la poussette de marché lui demande s’il a besoin d’aide.
— Je cherche le centre de formation pour aveugles.
L’homme à la poussette, tranquillement, tend le bras dans la bonne direction et déclame.
— C’est par là.
L’aveugle en reste coi. Moi aussi. Je m’approche et fais remarquer vertement à l’homme à la poussette qu’une personne aveugle a du mal à voir un bras qui se lève et ignore ce qui est « là ». Et j’embarque sitôt le bigleux, perdu, qui avait raté sa destination. Je l’amène jusqu’au centre de formation, à deux cents mètres.
On me dira que les valides ne savent pas, qu’il a voulu être gentil, que ce n’est que maladresse ; peu me chaut ! On me dira également que la bêtise est universelle, l’imbécillité itou, et le manque d’à-propos une tare humaine sans limites. Peu me chaut puissance dix. Je suis indignée. Mon indignation suffit à ce billet.

Note. Je dédie à tous les déficients visuels mon illustration, où quatre panneaux directionnels superposés indiquent dans des directions différentes « Vous êtes ici », « Par là », « Tournez là-bas », « C’est plus loin ».