Archives mensuelles : juin 2019

Bigleuse @106

Mon dernier voyage à Berlin a été une fois de plus l’occasion de tester les services d’assistance des aéroports, en l’espèce Roissy et Tegel. Il serait trop long d’en faire le détail ; je me contente d’en tirer quelques leçons, ce d’autant que je voyageais seule. J’évoque juste les points les plus remarquables.
Au départ…
* À Roissy, je n’ai pas trouvé de borne d’accueil en sortant du RER. Renseignement pris, il n’y en a pas ; c’est connu, les z’handicapés, ça arrive en taxi. Le service d’assistance (ci-contre) est en outre difficilement trouvable ; la seule indication valable que m’a donnée un agent de sécurité de l’aéroport était « En face du Relay », lui, très visible en effet.
* À Roissy, la politique est d’attendre le dernier moment pour entrer en zone d’embarquement car un agent ne doit pas quitter la personne accompagnée jusqu’à son installation dans l’avion. À Tegel, c’est l’inverse. J’ai été accompagnée en zone d’embarquement dès mon arrivée et, l’avion étant en retard, y ai passé plus de trois heures, sans infos, sans pipi, sans pouvoir racheter une bouteille d’eau. Heureusement que je suis un peu rebelle.
* L’assistance permet toujours de passer les différents contrôles sans attente. À Tegel, le summum a été atteint : j’ai eu la surprise de passer le contrôle de sécurité sans être passée par le guichet Air France, soit sans carte d’embarquement papier et surtout, sans montrer mon passeport. Je ne l’ai pas non plus montré à l’embarquement. Je suppute qu’il y a un bogue dans le dispositif de sécurité !
À l’arrivée…
Le principe général est que les personnes accompagnées descendent de l’avion en dernier et sont prises en charge par un agent de l’aéroport. Quand on est attendu, on nous laisse juste à la sortie. Dans le cas contraire, on m’a toujours accompagnée jusqu’à mon mode de transport suivant. Cela a été le cas.
Verdict ? J’ai connu mieux, et pire. Par contre une règle générale se dégage : quand on demande une assistance, en précisant que l’on est déficient visuel, l’agent arrive toujours avec un fauteuil roulant, invariablement surpris d’avoir un bigleux pas totalement aveugle qui marche. Cela me laisse dubitative.

Brosse @42

Je porte les cheveux très courts. Isabelle me fait le plaisir (elle me sauve du coiffeur) de me les tondre régulièrement sous l’œil attendri des Mouton qui, eux, gardent toute leur laine, été comme hiver. J’ai racheté une tondeuse il y a quelques mois, la mienne tirant plus les cheveux qu’autre chose. Cet accès de modernité a gagné Isabelle il y a une quinzaine de jours : elle s’est enquise d’un peignoir de coiffeur et d’une cape de coupe.
Jusqu’à présent, nous utilisions une cape de marathon après avoir découpé la capuche. Ce n’était pas terrible et Isabelle a sacrifié un tee-shirt qui fait ramasse-cheveux, le plus compliqué, finalement, pour les coupes maison, étant la gestion de la matière coupée. Avec ces deux nouveaux accessoires, j’ai moins été inondée de cheveux, même si un rouleau de col crêpe manque encore à l’appel.
Je ne sais pas si c’est l’émotion, mais en cours de tonte, Isabelle a lâché la tondeuse. Elle a volé au milieu du salon. Elle l’a reprise et a continué sa coupe, se rendant compte un peu tard que le réglage avait changé sous le choc, passant de n°3 à n°1. C’est court ! J’avoue que j’aime beaucoup, je ne vois pas mes cheveux, juste un reflet. En quelques jours, ils sont redevenus doux au toucher.
J’ai remarqué pourtant que les réactions sont nombreuses, souvent sous forme de boutade. Une femme avec les cheveux ras, albinos qui plus est, cela se remarque et choque. J’ai aussi des compliments, comme hier soir en rentrant assez tard d’un voisin en train de picoler sous mes fenêtres. On a les fans que l’on peut !

Vérité syndicale @29

Je suis au supermarché. Pendant quelques jours, des bons d’achat ont été donnés aux clients permettant de bénéficier de 5 euros de crédit sur la carte de fidélité du magasin pour 30 euros d’achats. Il y a un délai limité et il faut acheter pour ce montant en une seule fois.
Quelques jours plus tard, j’entends un client parlant à un employé. Il est un peu agacé qu’il faille payer les 30 euros en une fois alors que ce pourrait être un montant atteint en plusieurs fois. Il répète sur un ton moqueur « Ils n’y ont pas pensé. » estimant que les responsables du magasin sont donc des idiots qui n’ont pas envisagé qu’il serait possible de prendre en compte un cumul d’achats. Il en est persuadé et on sent qu’il juge que c’est une bêtise commise par des sombres crétins.
Je ne suis pas intervenue pour lui dire que je pensais que ce n’était pas du tout par bêtise, mais bien par calcul. Ils y ont bien pensé et justement se sont arrangés pour que ce ne soit pas possible. C’est sans doute plus valorisant pour ce client de penser qu’il est plus malin que les responsables plutôt que d’envisager qu’ils sont bien plus malins en pensant que les clients sont assez idiots pour s’astreindre à dépenser 30 euros en une fois. Que le client se croit plus intelligent que les autres, c’est un des ressorts du commerce. Et ça marche.

Arc-en-ciel @15

Pendant mon court séjour à Berlin (trois nuits), j’ai beaucoup circulé en bus. Le deuxième jour, alors que le bus venait juste de fermer ses portes et était encore à l’arrêt, une femme toque à la porte côté chauffeur. Le bus part sans lui ouvrir. J’étais suffisamment près de cette porte pour constater que la femme laissée sur le carreau portait un voile. Coïncidence ?
Le lendemain, rebelote. Le bus est à son arrêt, la porte se ferme, s’ouvre, se referme, s’ouvre, se referme, s’ouvre enfin ; une femme et une jeune fille montent. La femme porte un voile. La prise de bec (en allemand) avec la machiniste (très blonde) est violente. La femme et la jeune fille vont s’asseoir au fond du bus. La machiniste éteint son moteur. On reste là cinq grosses minutes.
J’interroge maman. Elle m’explique que la femme portant le voile essayait d’ouvrir la porte avec le bouton ad hoc pendant que la machiniste s’énervait sur le bouton à sa disposition pour la fermer. À l’évidence, la machiniste ne souhaitait pas que cette femme monte dans son bus. Elle a fort heureusement perdu la partie mais semblait trop ébranlée pour repartir tout de suite. Aucun passager n’est intervenu. Maman m’a assuré avoir fait les très gros yeux à la machiniste. Je n’en doute pas.
Deux jours. Deux incidents racistes. Ça fait beaucoup, non, pour un pays qui se targue d’accueillir à bras ouverts les réfugiés ? Je n’en ai jamais constaté avec une telle fréquence à Paris. Mais, qui sait ? La France est aussi un pays raciste, je n’ai aucun doute là-dessus.

Chouette ! @39

Email en anglais prétextant une convocation à la Police pour tenter de soutirer de l'argent au destinataire.Brume sur Paris juste avant l’aube. Ruelles sombres et désertes à l’heure où les couche-tard sont déjà au lit et où les noctambules ne sont pas encore sortis des lieux de perditions dans lesquelles ils noient la nuit. Silence vague de cette heure incertaine soudain déchiré par un cri. Brrrrr.
A l’autre bout de la ville dort un paisible citoyen, votre serviteur. Ce n’est que quelques heures plus tard qu’il sera alerté par un email à l’objet aussi laconique qu’une endive cuite à la vapeur : « Police Agenda – Case number: NY4853XZ485 ». Son sang ne fit qu’un tour, d’autant que l’email est écrit en anglais. Autant vous dire que l’affaire s’annonçait grave !
La suite n’a pas démenti le pressentiment du perspicace citoyen que je suis… Voici la traduction de la suite : « En accord avec l’article 569 de l’Agence de Police Nationale, vous (moi !) devez vous présenter le 23 juin 2019 (ah mince, c’est demain et c’est dimanche !) au département de la Police Nationale, bureau 119 (le fameux bureau 119, oui !) pour être interrogé comme témoin dans une affaire de viol sur mineur (oui je sais, c’est glauque mais je vous avais prévenus) ». Bon, je passe rapidement sur le fait que je dois apporter mon passeport et 550 $ américains, la vérité ayant un prix, évidemment.
Alors courage. Vous allez devoir faire preuve d’abnégation et renoncer au dénouement. En effet, pour en savoir plus, les instructions sont claires : je dois ouvrir la pièce jointe dans laquelle tout sera indiqué, expliqué, résolu et que sais-je encore… Bizarrement, je n’ai pas ouvert la pièce jointe, allez savoir pourquoi au-delà du fait que je suis téméraire. S’il y a des volontaires, je tiens le courriel à leur disposition. Mais qu’ils se manifestent vite car les autorités ne vont sans doute pas tarder à débarquer…

Vroum @23

France infoLa veille du week-end de Pentecôte, France TV Info aborde la question de l’affluence sur les routes, avec cette annonce : « Ce week-end sur les routes, soyez prudents. Renforcement des contrôles routiers. »
Je l’ai entendu une fois, surprise ; convaincue que l’annonce serait corrigée à la prochaine occurrence. Perdu ! Pour notre chère radio-télé publique, la prudence sur les routes est motivée par la présence de gendarmes. Quoi d’autre d’ailleurs ? Les trois mille cinq cents morts sur la route en 2018 ? Les vingt-deux mille blessés légers ? La peine des familles et proches concernés ?
Non ! La sécurité routière, c’est une affaire de gendarmes parce que ne pas boire au volant, ni consommer psychotropes et stupéfiants, limiter sa vitesse, respecter le Code de la route, cela ne vaut que pour les autres, ces abrutis qui ne savent pas conduire, car tout bon conducteur peut rouler après une soirée bien arrosée sur une route de campagne à plus de 80 km / heures sans risque… sauf pour les arbres. Bien sûr.
Les arbres ? Et les talus. À eux de faire attention en traversant.

Bigleuse @105

Samedi 15 juin 2019, je suis passée place de la République voir ce qu’il en était de la Nuit du handicap après que Isabelle m’ait envoyé une affiche. J’étais confiante. J’imaginais que cette manifestation, initiative d’une association éponyme largement soutenue par la Ville, serait exemplaire en matière d’accessibilité… Quant au contenu ? Je n’imaginais pas. Je sais désormais que le patronage, que je croyais révolu, est en plein boom. Ce n’est pas mon sujet. Quoi que. Comment imaginer qu’une manifestation qui organise des ateliers infantilisants puisse avoir une autre vision du handicap qu’infantile ?
Il me faudrait vous montrer l’ensemble du programme pour appuyer mon propos. Mais voilà, c’est justement le programme (dont je vous ai scanné une page) qui pose souci. Je vous raconte.
Après avoir cherché l’entrée pendant dix bonnes minutes (ben oui, la signalétique, c’est une affaire de pros) en faisant gentiment le tour de l’enceinte le long des barrières, je suis entrée. Impossible de lire les enseignes des stands, libellés selon une police et des couleurs qui sont un non-sens de lisibilité. Je cherche donc des infos. De nombreux bénévoles sont là. Aucun ne s’intéresse à moi. Mon nez me guide vers un stand alimentaire, au menu illisible. Je tourne un peu et arrive au stand qui distribue les programmes.
Chouette ! J’en prends un…

… le referme sitôt.

Trois personnes sont derrière la table. Une dame discute avec un visiteur. Les deux autres bénévoles papotent ; j’attends. Et enfin…
— On peut vous aider, madame ?
— Oui, je voudrais le programme en gros caractères.
Grand moment de solitude pour les deux jeunes filles. Elles s’interrogent mutuellement, regardent un peu autour : non, y a pas. Je sors ma canne blanche, histoire de m’éviter trop d’explications.
— On peut vous dessiner le plan…
— C’est gentil mais comment savoir ce qu’il y a dans les stands.
— On peut vous accompagner.
— Si vous m’accompagnez, vous ne participez pas à mon autonomie ; c’est un geste d’assistance. Je ne comprends pas qu’une manifestation dite Nuit du handicap ne dispose pas d’un programme en braille et en gros caractères.
Là, je fais court ; avec elles, je développe un peu. Elles comprennent très vite le sens de mon propos et me promettent d’en parler aux organisateurs. Je repars, quelque peu contrariée. Je fais le tour, sans rien comprendre de ce que je vois et m’en vais attendre Isabelle dans un coin. Elle me montre le plan affiché un peu partout, plan qui a le mérite d’être un chouia conçu pour être lisible. Seul hic ; l’entrée est à la place de la sortie ; et inversement.
Ah ! Le patronage. Quand on tient ses handicapés, on ne les lâche pas ; c’est que c’est un marché, ces gens-là, et beaucoup d’argent public. Dites, ma Ville, ce serait chouette si vous économisiez ces opérations de comm’ non inclusives pour mener une politique d’accessibilité digne de ce nom. Vous ne trouvez pas ?

 

 

Bééé @17

– On a une nouv*eeeeeeeee*lle copa*iiiiiii*ne.
– Elle est graaaaaande, foooooorte et touuuuuuute poiluuuuuue.
– Yep et super chouette, la cop’ Nénette !
– D’aille*uuuuuuuuuuuu*rs, Isabelle et Cécyle sont parm*iiiiiiii* ses marra*iiiiiiii*nes.
– Et c’eeeeeeeest bientôôôôôôôôôt son trebonziversairt
– On lui ch*eeeeeeeeee*rche un c*aaaaaaaaa*deau ?
– Sûr ! Allo, Caddie ?!

Délice @8

Je suis allée, début juin, passer quatre jours à Berlin. Je voulais y aller en train de nuit plutôt qu’en avion. La liaison ferroviaire directe n’existe plus. Il faut faire au moins un changement de train en Allemagne ; trop compliqué pour moi. J’ai donc pris l’avion.
J’ai toujours un peu peur avant (aller à l’aéroport, récupérer le service d’assistance, attendre…) mais j’adore la poussée des réacteurs au décollage ! Quand je suis allée en Guadeloupe, seule, il y a quelques années déjà (snif), j’ai découvert que je n’ai pas tant peur une fois l’avion en l’air, même si j’ai un peu tendance à penser à l’accident. Les turbulences m’inquiètent toujours ; à l’aller, nous avons été gâtés et la poussée des réacteurs n’était pas si réjouissante. Mais au retour… quel retour !
Après deux heures de retard à l’embarquement, je tombe sur un équipage plus avenant qu’à l’ordinaire. Je m’installe, découvre les consignes en braille et gros caractères à ma place (j’y reviendrai), et attends sagement le décollage. Les passagers s’installent. La cheffe de cabine fait les annonces d’usage et là, un petit miracle se produit.
— Bonjour, je suis [je n’ai pas retenu le nom] votre commandant de bord…
Commandant ? Avec un prénom et une voix de femme ? Une commandante donc. J’en ai été d’emblée émue. J’ai dû faire une trentaine de vols dans ma vie depuis le milieu des années 70 et c’était ma première femme pilote ! Et quelle femme ! Les gaz à fond au décollage. Pas une turbulence (le pilote de l’aller n’y était pour rien mais tant pis pour lui). Le soleil. Peu de nuages. Un magnifique virage sur l’elle avant l’atterrissage et un train qui se pose sans une secousse. Mon exaltation était à son comble.
En descendant de l’appareil, j’ai demandé à l’hôtesse qui m’accompagnait de dire mon émotion à la commandante. Elle s’est arrêtée à hauteur du cockpit, a toqué et je me suis retrouvée dans l’espace de pilotage (encore une première !) à dire mon émotion de féministe à la commandante, allant jusqu’à lui dire qu’elle virait comme personne ! Ça l’a fait rire. Elle était émue aussi, m’a remerciée de mon témoignage. On a échangé quelques phrases de plus ; et on a dû abréger. Mon assistance m’attendait ; elle partait pour Rome.
Rome… Je n’avais rien de prévu les deux jours à venir. J’aurais pu rester dans l’avion. L’Italie ne m’a jamais fait rêver. Par contre, le fait qu’une femme soit pilote d’avion, ça oui, cela me transporte ! Merci madame. Merci à toutes ces femmes qui ont été pionnières et permettent à d’autres de vivre ce qu’elles aiment. Je suis fière et émue. C’est si chouette un vol sur l’elle…