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Grand homme @27

J’ai beaucoup écrit sur le blogue après ma visite du camp d’extermination d’Auschwitz-Birkenau ; vous en trouverez un compte rendu sur mon site, dans un article « La fin de la route » (ici). J’avais été marquée par cette image à la vue des fours crématoires de Birkenau au bout des rails, ce dernier quai sur lequel les déportés descendaient du train, convaincus d’être arrivés à destination. Ils posaient leurs valises et suivaient leurs tortionnaires, convaincus de prendre une bonne douche… Le gaz remplaçait l’eau chaude. Les mots me manquent encore pour exprimer mon désarroi, ma sidération, ma colère, quand j’évoque cela.
Ce matin, 28 avril 2019, je suis allée sur le parvis de ma mairie pour cette journée du Souvenir de la déportation. Quelques officiels, les porte-drapeaux, et trente-trois habitants, uniquement des « habitués » si je puis dire. Il faisait froid, une ragasse a saucé la Marseillaise, nous sommes au milieu des vacances… Dans les camps, c’était pire et pourtant, ils y étaient des millions mais il vrai qu’on ne leur demandait pas leur avis.
J’ai suivi Sylvie Lekin, fidèle au poste, au verre de l’amitié offert par la mairie. Le peu de monde rendait le moment chaleureux, et agréable. Un homme est venu nous parler, un très vieux monsieur, que je n’ai pas reconnu même si je l’entends parler à chaque cérémonie. Il s’agissait de René Churaqui, 96 ans, rescapé de Buchenwald. Il m’a dit avoir passé un an en cellule dans ce camp, sans espoir de retour. Nous avons parlé d’humanité. Il a insisté sur le fait qu’il avait été déporté parce que résistant, du fait de ses opinions donc, ce qu’il trouvait plus « acceptable » que ceux qui l’ont été juste parce qu’ils n’étaient pas de bons aryens (l’expression est de moi).
J’étais très émue d’être face à cet homme, à jamais émue que le bout de sa route n’ait pas été ce quai. Je lui ai serré la main, n’osant pas l’embrasser en le remerciant d’être là. Il m’a remerciée en retour, moi qui ne faisais que me souvenir. Il était inquiet de qui se souviendra quand sa génération ne sera plus tout en indiquant qu’il fallait pardonner et passer à autre chose. J’ai pris sa main dans les miennes. Je lui ai promis d’être là jusqu’à la fin de ma vie tous les derniers dimanches d’avril. Je tiendrai ma promesse, monsieur. Votre main est imprimée dans la mienne, à jamais.