Archives mensuelles : mai 2019

Bigleuse @104

Si le contenu de cette illustration vous interroge, profitez-en pour réfléchir à votre condition visuelle.

Je constate souvent que l’âge me radicalise. Cela vaut pour beaucoup de sujets, par exemple l’accessibilité visuelle du numérique, ce d’autant que le numérique, par sa nature même, permet sans effort ni dépense supplémentaire cette accessibilité. En théorie seulement. En pratique, le manque d’attention aux autres et la paresse cassent la magie, allant jusqu’à empêcher les outils d’adaptation de fonctionner : applis à polices non réglables en taille et en couleur, usage massif des infographies, des vidéos sans paroles, du format html au détriment du format texte…
En clair : on dispose aujourd’hui d’outils à coût modique qui permettraient à n’importe quel déficient visuel d’avoir accès à l’information et la domination validiste s’en tamponne. « Domination validiste » ? Oui, je me radicalise et, à force de signaler applis, infographies, vidéos et formats html à mes interlocuteurs publics et privés, j’en viens à me demander s’il ne s’agit pas d’un système de domination qui va bien aux autres, domination masculine blanche en tête. Autrement dit, l’ordre bourgeois, hétérosexiste et raciste a besoin d’alimenter la chaîne coercitive partout où cela est possible, parce que cet ordre se nourrit de la violence que nous produisons chacun envers les autres.
Mon radicalisme est tel que je me demande souvient si, toute bigleuse que je suis, je suis si attentive que cela à l’accessibilité de ma communication numérique, et de ma communication tout court. Je fais attention sur Twitter à décrire les images que je mets en illustration. Je ne le fais pas sur mon site ni sur La vie en Hétéronomie, considérant que ce sont des illustrations qui ne sont là que pour attirer le chaland valide. Eh ! oui. Sur mon site, par exemple, ces visuels n’ont aucun intérêt pour moi ; mais je sais qu’ils font partie de cet ordre qui nous opprime, constatant même qu’une photo sera plus « vue » sur un réseau social qu’un texte ; paresse…
Cela n’enlève rien au fait que les images visuelles sont parfois très utiles ; et j’utilise notamment beaucoup les copies d’écran, que j’envoie à des personnes qui ont les yeux et les outils pour les lire. Et je fais aussi des photos de texte. Jeudi soir, je lisais Que choisir dans le métro. Je croise un court article qui peut intéresser une amie. Je fais une photo de la page, vérifie en zoomant que je pourrais lire en faisant un effort, la lui envoie… avec ce commentaire « Dis-moi si tu peux lire. » Oui, c’est moi qui pose cette question et je ne l’ai pas réfléchie ; elle était automatique. Combien de personnes qui m’envoient des photos, vidéos, copies d’écran, infographies me (se) pose la question ?
Je ne vais pas vous souhaiter d’être bigleux pour adapter votre communication, même à l’égard des non-bigleux ; mais vraiment, ça me démange ! En fait, mon interrogation va bien au-delà de ça : quand nous nous adressons à un autre, sommes-nous de prime abord attentifs à ce qu’il est, aux outils dont il dispose, avant de balancer notre info ? Cela s’appelle avoir une démarche inclusive, je crois. Ce n’est pas si terrible, cela permet aussi de choisir ses amis.

Anniv’ @36

C’est le treeeeeeebonziiiiiversaiiiiiirt de Cécylou, noooooootre Petit Scarabée ! Ça va être journ*ééééééééééé*e g*ââââââââ*teau et jud*ooooo*, que du bonhe*uuuuuuuuuu*r !
On s’est miiiiis à la cuiiiiisine pour du chooooocolaaaaat à la maaaaarmiiiiite nooooorvééééégiiiiienne. Caddie a appoooortééééééé les proooovisiiiiions. Petit Koala g*èèèèèè*re la rec*eeeeeeeeee*tte.

Élection @28

Je rentre à l’instant du bureau de vote où je viens de faire mon devoir de citoyen. C’est toujours une certaine satisfaction que de glisser son enveloppe dans l’urne avec l’espoir que ce petit bout de papier emballé dans une enveloppe bleu portera loin mes idées…
Peut-être cette sensation de responsabilité est à l’origine de ce que j’appelle mon « TOC » électoral. En effet, il se manifeste exclusivement dans l’isoloir de la façon suivante : un fois le bulletin de mon choix en main, je passe un long moment à le regarder pour m’assurer qu’il s’agit bien du bulletin que je voulais choisir. Une fois bien certain de cette concordance, je plie le bulletin. Une fois plié, pris d’un doute, je le déplie pour m’assurer qu’il s’agit bien toujours du bon bulletin. L’opération peut ainsi se reproduire 3 ou 4 fois. Vient ensuite le moment de mettre le bulletin dans l’enveloppe. Il arrive alors bien souvent que je le ressorte, le déplie à nouveau puis, rassuré, je l’y remets et ferme l’enveloppe. Pour l’élection présidentielle, il faut ajouter l’étape de la réouverture de l’enveloppe et du bulletin, au cas où Gérard Majax soit passé par là.
Il y a quelques années, je faisais cela avec une inquiétude palpable. Depuis, je me soigne mais je continue ce rituel un peu comme une incantation inefficace jusqu’à présent mais avec un sourire moqueur : c’est important de se faire sourire !

À table ! @54

Petit à petit, les usages changent en matière de consommation ; pas aussi vite qu’il le faudrait, mais certains signes font plaisir. J’achète des paniers d’invendus avec pas toujours autant de bonheur que ces deux-là, notamment parce que certains primeurs ou restaurateurs semblent « fabriquer » des invendus, j’imagine pour avoir du passage dans leur commerce. Mais les bonnes surprises demeurent comme de délicieux raviolis ricotta, épinard et patate douce d’un traiteur branché de la gare Montparnasse.
Ils étaient conditionnés dans un gros pot en verre. La logique m’a donné envie de ramener le pot. J’ai pris contact via son site avec le commerçant et le lui ai proposé. Il m’a répondu quelques jours plus tard que je pouvais le faire, et qu’il serait réutilisé. La réaction des deux employés quand j’ai ramené ledit pot m’a fait penser que c’était pour eux une première. Cela dit, la lune de miel n’a pas duré : au panier suivant, deux parts de carottes râpées et un dessert pour 4 euros, le tout dans des pots en plastique. La branchitude à ses limites, et ses contraintes… financières !

Vérité syndicale @28

Dans le cadre d’un projet professionnel, je me suis retrouvée à plusieurs reprises dans une salle d’examens blancs. Quelques dizaines de personnes souhaitant devenir hauts fonctionnaires y planchent sur divers sujets pendant trois à cinq heures. Il est possible de se lever quand on veut pour aller aux toilettes, boire, fumer…
Plusieurs apportent à chaque fois des gobelets de boissons chaudes alors qu’il est bien demandé de ne pas le faire par affichette sur la porte de la salle. Cette même porte est équipée d’une barre antipanique et le groom n’est pas réglé très fort. De fait, elle claque avec du bruit si on ne l’accompagne pas. Je le fais toujours afin de ne pas déranger et ne serait-ce que parce que je n’aime pas le bruit inutile.
Une grande partie des candidats ne le font pas, gênant tout le monde sans aucun scrupule, peut-être même sans y penser. Tous aspirent à servir l’intérêt général et le bien vivre ensemble, enfin paraît-il…

Biodiversité @19

Chaque année, le Syndicat national des dermatologues propose au mois de mai une semaine de dépistage gratuit des cancers de la peau. Après avoir consulté quelques années une dermatologue en secteur 1 qui considérait l’albinisme comme une pathologie à surveiller de près, je navigue depuis quatre ans de dermatologue en dermatologue depuis qu’elle ne consulte plus ; à chaque fois, je tombe sur des médecins qui ne comprennent pas pourquoi je veux un dépistage annuel et mon suivi dermato me paraît chaque fois peu sérieux.
J’ai donc guetté cette année cette semaine de dépistage, en espérant que ce serait l’occasion de trouver un praticien, même en secteur 2, qui considérerait l’albinisme comme une pathologie à risque et accepterait de me suivre en ALD. La page d’accueil de la plateforme de rendez-vous indique : « Tout le monde ne pourra pas être dépisté. Au cours de cette semaine de prévention, priorité sera donnée aux personnes dites « à risque » (selon les critères de l’assurance maladie). » Je le comprends. Je rentre mes coordonnées et, dans les facteurs de risque proposés, coche celui qui me concerne le plus « phototype cutané de type 1 » Verdict : pas de prise de rendez-vous possible, le facteur de risque n’est pas suffisant.
Je l’ai signalé à Genespoir, l’association française des albinismes dont je suis membre et qui milite pour un contrôle annuel. J’ai eu une réponse immédiate. Une action va être entreprise pour tenter d’améliorer les choses. Gageons que le Syndicat des dermatologues, voire l’Assurance maladie, entendront raison.

Vroum @22

Samedi midi, j’allume mon téléviseur pour regarder le journal de 13 heures sur France 2… Ce réflexe est sans doute un héritage de mon côté « ménagère de moins de 50 ans » des années 80 !
Un peu en avance, je tombe donc sur la toute fin d’un jeu télévisé du midi. Je comprends que le champion est vraiment un champion puisqu’il en est à sa centième victoire. Du coup, il a droit à un beau cadeau : une voiture toute neuve et toute à essence ou diesel… vous savez, le genre de véhicule qui a un vague impact sur notre environnement et sur notre santé ! Rappelons qu’un véhicule à moteur à explosion pollue, qu’il soit de Crit’Air 5, 4, 3, 2 ou 1.
Tout le monde rit d’autant que le vainqueur qui a passé le permis il y a longtemps n’a, je cite, « jamais eu de voiture », même s’il a survécu jusque là et n’a rien demandé.
Je suppose qu’il faut remercier le service public d’ajouter dans l’espace, public lui-aussi, un nouveau véhicule polluant en circulation.

Kendo @49

Isabelle m’a fait deux jolis cadeaux pour mon passage technique 2e dan judo. Le premier était déjà dans son sac et m’attendait dès la sortie du tatami : une poulette à croquer ! Isabelle s’est d’emblée excusée pour la quantité d’emballage en dépit du caractère bio de la poulette ; et était perplexe sur son design. C’est vrai qu’elle a un petit air étrange. En estomac, elle a été parfaite.
Quelques jours plus tard, j’ai découvert le second ! Ouh là là ! Elle avait réussi à faire échouer la conjuration sexiste et trouvé les deux judokas en ceinture noire de la série limitée dont elle avait entendu parler. Il a fallu que je réorganise le tatami, la suspension à la lampe n’y suffisant plus. Nous avons donc deux couples (c’est comme ça qu’on dit au judo), un debout en noir avec une blonde-blanche et une brune-noire et un au sol, Petit Mouton avec la judoka en bleu. On s’y croirait !
Et tout cela donne tellement envie de croquer… Je gage qu’il s’agit de cadeaux prémonitoires et que mon 2e dan sera assorti d’une poulette à croquer en ceinture noire. Je vais y travailler avec d’autant plus d’acharnement ! Hajime les cocottes ! Vous savez comment me joindre…

Arc-en-ciel @14

Je ne me jette pas sur les chocolats. J’aime bien les fritures, poulettes et cousins belges, sans les dévorer. Cécyle m’a offert un cadeau de Pâques en précisant qu’elle avait choisi cette présentation, car on moins cette fois je la ferai disparaître plus vite que d’habitude. Pour cela, elle m’a offert une licorne ! Oui, une licorne, avec une corne et des étoiles roses !
Effectivement, je ne pouvais pas l’avoir pendant longtemps sous mes yeux sans agir. Elle est donc partie en Estomac en moins d’un mois. Je n’allais quand même pas la renier en l’abandonnant loin des yeux loin du ventre. Je dois donc avouer que je peux aimer des licornes jusqu’à les croquer. Mais cela ne m’a pas réconciliée avec l’imagerie licornesque pour autant, il m’en faut plus.

Entendu @30

Après la Journée du Souvenir de la Déportation (ici), la cérémonie du 8 Mai, à la mairie du 14e, a également été émouvante cette année (). J’en suis sortie les larmes aux yeux, guillerette, ravie de deviser avec des élus présents et des concitoyens. De fil en aiguille, la conversation a bifurqué sur la mise en cause de six pompiers de l’arrondissement pour des faits de viol en réunion.
J’avoue que cette affaire m’a secouée ; l’idée que des secouristes puissent violer une jeune femme de 20 ans m’est insupportable, l’argument de l’alcool n’en étant pas un. Mon effarement me semblait tellement légitime que la réaction d’un homme de soixante-dix ans passés à l’allure bourgeoise présent sur le parvis de la mairie m’a fait redescendre d’un coup de mon petit nuage de paix et de liberté (« Ami entends-tu… la la la lalala… »)
— Elle devait bien savoir ce qui allait se passer…
— Pardon ?
— On ne suit pas des hommes à quatre heures du matin si on ne veut pas…
— Si on ne veut pas quoi ?
— Ben… vous savez. Elle était consentante. C’est un mauvais procès fait à ces pompiers !
Je dois bien avouer que ce monsieur m’a sonnée. Pas longtemps. Je suis sitôt partie en vrille, je ne l’ai pas insulté ni giflé mais ce n’était pas loin, laissant fuser ma colère sur fond d’arguments d’usage. Une dame que je ne connaissais pas est intervenue quand cet homme insistait sur le consentement qu’il présumait, expliquant plus calmement que moi que consentir c’est dire « oui », ce n’est pas être abusée de force. Elle a eu cette phrase, terrible.
— Ils lui sont passés à six dessus ; vous croyez vraiment qu’elle a dit oui ?
Autour de nous, un vide étrange s’est fait, comme si chacun ne voulait pas être obligé de prendre position. L’homme ne lâchait pas. J’ai monté le ton d’un cran et l’ai sommé de quitter le parvis de la mairie, considérant que ce qu’il disait était une honte aux Morts pour la France. Il a fini par partir, en maugréant.
Je sais bien que cet homme n’est que l’expression de la domination masculine qui cherche toujours à légitimer le viol en en faisant reposer la responsabilité sur la victime ou les circonstances. Ce n’est pas la première fois que j’y suis confrontée ; j’en ai entendu du même genre lors du viol de l’une de mes voisines. Je ne m’y fais pas. Je suis très en colère. Quant aux Pompiers de Paris, il ne s’agit bien sûr pas de faire une généralité mais quand même ; des secouristes. Puis-je leur faire totalement confiance désormais ? L’avenir le dira.

Note : Et, bien sûr, alors que je rédige ce billet, une voiture de premiers secours pompiers se gare sous ma fenêtre… Au secours la synchronicité !