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Grand homme @26

Une nouvelle fois, une bibliothèque municipale m’a permis de découvrir avec bonheur un livre. J’ai un tel désir était posé sur un présentoir. La couverture m’a attiré l’œil. Elle affiche une photo de deux femmes se regardant amoureusement.
J’ai alors découvert l’histoire d’amour entre Nicole Groult et Marie Laurencin. Le livre décrit une histoire de femmes libres, artistes vivant parmi des artistes majeurs de leur époque. Au-delà de ces relations riches et fortes, leur histoire traverse deux guerres.
Lors de la Première Guerre mondiale, plusieurs de ces artistes s’engagent. Leur parcours militaire est évoqué via ce qu’en apprend Marie Laurencin exilée alors en Espagne, car mariée à un Allemand. Ce n’est pas Laurencin qui m’a le plus intéressée ou touchée. C’est la confrontation de ces hommes avec la vie des tranchées qui est particulièrement poignante. Guillaume Apollinaire, Fernand Léger, André Groult… La superposition de leur rapport à la guerre se dessine entre Groult jouant d’un humour décalé pour évoquer l’aménagement des tranchées et Apollinaire blessé par un tir à la tête pendant qu’il lisait Le Mercure de France. « Fernand Léger (…) pense qu’il n’y a pas plus cubiste qu’une guerre comme celle-là, elle divise plus ou moins proprement un bonhomme en plusieurs morceaux et l’envoie aux quatre points cardinaux. » D’autres propos de l’artiste sont particulièrement forts sur ce rapport du cubisme à la guerre. Je ne regarderai plus un tableau de Léger de la même façon.
Le tout donne un sentiment d’irréalité, d’absurdité, de gâchis. Ces sentiments trop habituels face à la guerre sont particulièrement émouvants dans le contraste avec ces amours et le dynamisme artistique. Il donne aussi l’impression que la guerre n’est jamais loin, tant elle est décalée avec le quotidien, donc pour une grande part imprévisible.
Une belle lecture. Merci les bibliothèques de la Ville de Paris.