Archives mensuelles : novembre 2018

Cuisine @32

— Youpiiiiiiiiiiiii !
— *Oooooooo*h ! Ou*iiiiiiiii*, c’est chou*eeeeeee*tte !
— C’st’vrai, c’st’cool. Y a un nouveau dans l’bande d’Hétéronautes.
— Enfin, nouveau… il était déjà venu incognito.
— Yep ! Frédo le Pro nous avait filé un sacré coup d’main.
— C’est un vra*iiiiiii* copa*iiiiiiii*n.
— On l’aiiiiiiime !
— Bienvenue officielle cher Frédéric.
— Et pleiiiiiiiin des biiiiiiiisous.

Course @30

Ce premier lundi matin un peu frisquet de novembre (le 19), un rendez-vous m’a empêchée de faire mon déroulé à 7 h 30. Au vu du soleil annoncé, j’avais décidé d’aller au square W avec Caddie pour y faire une heure de sport sur l’heure de midi : tapis de sol, grande serviette, poids, élastique, bâton… bonnet, tee-shirt manche longue et collant molletonnés, sweat capuche, gilet polaire sans manches, gants, bonnet et un survêtement en rabe au cas où.
Au moment de partir, les premiers nuages cachent le soleil. Peu me chaut ! J’ai décidé de faire du sport. Je fais du sport. Mon rendez-vous du matin m’avait rendue guillerette, un rêve avant l’aurore itou. Il fallait en profiter, ajouter une bonne dose d’endorphine pour vivre dans la joie le reste de la journée.
Le vent frais m’a saisie dès l’ouverture de la porte donnant sur la rue. « Vent, frais, vent du matin… » et voilà une première chanson qui me mène jusqu’au square. J’appelle le soleil « Soleil soleil, je suis née dans tes bras, Soleil soleil, soleil ne m’oublie pas… » Il entend et illumine l’aire de jeux pour enfants. Ça caille quand même ! Je sautille, joue des mouvements de bâton, enchaîne les flexions… Fait toujours un peu frais. Le Soleil part, revient. Vais-je tenir ?
J’enchaîne sur le rameur en séries rapides. Je me réchauffe enfin. Puis elliptique debout (« La meilleure façon de marcher, c’est encore la nôtre… »), celui assis (« Digue, ding don, don, ce sont les filles des forges… »), l’autre appareil en forme de balancier à l’autre bout du square (« Et dans dix ans, je m’en irai, j’entends le loup et le renard chanter… ») Caddie bât la mesure, le vent donne le ton, le Soleil ralentit la cadence.
En partant, cinquante minutes plus tard, je chante encore ! Je double de petits groupes de lycéens qui investissent le square les midis. Qu’ont-ils pensé ? Je m’en moque ; je suis même contente de leur avoir montré une quinqua fagotée comme un sac qui fait du sport en chantant pour conjurer le froid. S’ils ont à redire, je sors mes biscotos (j’en suis si fière). Je passe faire la triangulation et rentre convaincue d’y revenir à la prochaine occasion. Je crois que je suis un peu folle. J’aime ça.

Ils @13

Alors que taxes, impôts, couleurs fluorescentes et divers Poujade, de gauche comme de droite, sont à la mode cet automne, je suis tombé sur cet intéressant article du Monde, « « Ras-le-bol fiscal » : connaissez-vous le vrai prix des services financés par l’État ? »
Il s’agit d’un très intéressant quizz sur ce que nous coûteraient les services auxquels nous accédons au quotidien, sans en avoir conscience, si les impôts et les taxes n’existaient pas… Je n’ai eu qu’une seule bonne réponse mais à chaque fois, le vrai coût des choses était très intéressant…
Alors plutôt que de rester sur l’amère écume des choses, vous pouvez vous-même faire le test ici.

Hoax @10

Isabelle a publié un billet indiquant qu’elle n’avait pas trouvé de plats végétariens dans un restaurant se présentant comme végétarien (ici). J’ai relayé son billet sur Twitter en l’adressant à Hypathie, une blogueuse renommée « Féminisme radical, écoféminisme, animaux êtres sentients, végétarisme. Antispéciste. Earthling. Childfree. » (). Je pensais que ce qui me semblait une arnaque pouvait l’intéresser. Cela a été le cas. Une des personnes la suivant a alors démenti l’info, Hypathie se désolidarisant sitôt du billet : on ne se connaît pas ; c’était légitime. Pour ma part, si Isabelle me dit quelque chose, je la crois. Il y avait donc un hiatus à lever.
La discussion s’engage. C’est un peu compliqué de vous donner les liens ; les discussions se croisent. Le plus simple est d’aller sur Twitter et de remonter au 5 novembre 2018 dans l’onglet « Tweet et réponses » de mon compte. En résumé, il est apparu que les mots renvoyant à de la viande étaient entre guillemets sur la carte, ce qui indiquait que ce n’en était pas… Bigre. Au final, Isabelle est retournée sur place faire les vérifications d’usage : le restaurant était bien végétarien mais il semblait impossible au non-initié de le penser. Isabelle s’en explique lala.
Pour ma part, je voudrais par ce billet avant tout remercier Hypathie et ses suiveurs (« follower » en anglais) pour la bienveillance dont ils ont fait montre. La discussion aurait pu tourner vinaigre, comme souvent sur Twitter, l’écriture en cent quatre-vingts signes ayant le don d’exacerber les propos de chacun. Il n’en a rien été ; Isabelle et moi avons appris quelque chose, moi un peu plus car j’ai eu en prime des conseils sur la gestion d’une discussion autour de ce qui apparaissait comme une fausse information (« fake news » en anglais). Nos points de vue de non-initiées ont également été pris en compte, sans dénigrement.
Est-ce le végétarisme de nos interlocuteurs qui les portent à s’exprimer sans violence ? Quand j’étais petite, c’est ce que nous disait maman en mâchant (oui mâchant) du bouillon de légumes, que les toxines produites par les animaux au moment de leur abattage se transmettaient à l’homme et augmentaient son taux de violence, comme si la violence était une donnée biochimique. Une conversation sur Twitter ne fait pas étude épidémiologique mais l’idée me va bien. À bientôt pour d’autres conversations aimables ici, sur Twitter, Facebook et même dans le monde tangible !

Note. Pour vous remercier encore, voici la fameuse recette du lait d’avoine, incontournable ! (lalala)

Entendu @26

Je suis abonnée à des entretiens filmés avec diverses personnalités commentant l’actualité. Une invitée est Claire Jacquin, co-coordinatrice des Jeunes Génération·s, le mouvement lancé par Benoît Hamon. Plusieurs phrases me frappent dans ses propos, par exemple : « La jeunesse est avant tout précarisée et cela empêche la jeunesse d’envisager sereinement son avenir. » ou « C’est important mais ce n’est pas à la jeunesse de prendre ce défi en mains : ce sont les élites qui ne veulent pas de cette mixité. » (sic).
LA jeunesse : comment englober sous la même notion des enfants des cités, fils d’émigrés stigmatisés, des enfants de la classe moyenne et des fils de bourgeois ? D’habitude, quand on parle « des jeunes » sans précision, l’expression renvoie immédiatement aux jeunes qui dérangent. En affirmant que « LA jeunesse » est précarisée, cette militante valide cette interprétation, qu’elle renforce en opposant « jeunesse » et « élite ».
Sans revenir à Bourdieu et Passeron, il ne semble pas secret que les inégalités sociales offrent un avantage incontournable à certains jeunes dès le berceau. « Naitre avec une cuillère en or dans la bouche » ne semble pas une expression connue de cette jeune femme. En lançant des assertions aussi nuancées, difficile de prétendre mener des analyses ou effectuer des propositions. Ce n’est guère enthousiasmant pour envisager la relève politique.

Contre @4

Voiture coccinelle miniature

Lors des comptes rendus sur les actions des « gilets jaunes » sur France info le samedi 17 novembre, actions que je ne soutiens pas, il y a eu beaucoup de « portraits » de ces personnes. Une constante m’a frappée : tous ceux dont il a été question sur ce média ont été présentés comme n’ayant jamais manifesté, ne s’être jamais syndiqué ni engagé dans une organisation politique, pour beaucoup n’ayant pas voté à la dernière présidentielle.
Quand j’entends ça, assise devant ma télé en train de déguster un bon bouillon de légumes et os à moelle (le menu est sans importance mais dit combien j’étais dans de bonnes dispositions), Patton chaloupant à mes côtés, eh bien ! je lance (à l’intention de Caddie, seul à partager mes vindictes) :
— Ben, mes chéris, il est peut-être là, le problème : que vous ne vous soyez jamais engagé nulle part.
On me pardonnera le ton familier ; l’effet café du commerce 2.0* qui a remplacé le journalisme d’analyse. L’idée à retenir est que ces personnes semblent découvrir aujourd’hui que notre modèle économique ne satisfait plus leur « pouvoir d’achat », soit leur désir de toujours consommer plus. Je comprends : ils travaillent dur pour cela et il n’est pas agréable de constater que l’on se fait berner depuis des lustres par l’ordre bourgeois, hétérosexiste et raciste qui nous fait croire que le bonheur se construit au supermarché ! C’est intéressant, d’ailleurs, de constater que les centres commerciaux ont été une de leur cible préférée.
J’enjoins donc ces personnes à s’interroger sur le pourquoi du comment : il n’est pas trop tard pour inverser le processus, travailler moins pour vivre mieux. Engagez-vous pour changer le monde ! Les manifestations de ces derniers jours sont réactionnaires en ce qu’elles sont une résistance à un soi-disant changement qui fait porter la charge de la transition écologique aux personnes et non aux puissances économiques qui nous spolieront jusqu’à la moelle.
Je confirme, il y avait un bel et bien un os dans mon bouillon !

* Merci Frédéric pour la suggestion !

Jardinage @22

J’écris ce billet le 19 novembre et hier, c’était dimanche, l’un de ces beaux dimanches de fin d’automne, ensoleillé et frisquet, un dimanche comme je les aime qui me rappelle le meilleur de ma Picardie natale.
Journée studieuse mais rendez-vous avec Cecyle (que vous connaissez bien) sur les Berges de Seine pour célébrer leur libération définitive des automobiles. Foule des grands jours pour fêter l’évènement. Chanceux, j’en repars avec un carton rempli de primevères, cadeau issu de l’hommage aux soldats parisiens morts pour la France lors de la 1ère Guerre Mondiale (ici).
Du coup, à mon retour, repiquage des plantes sur mon balcon, arrosage et hop, encore un peu plus de vert sur ce petit espace dédié à la nature, autant que faire se peut. Ce balcon étant sur rue, les bruits de la circulation rendent son utilisation pour de longs moments contemplatifs assez compliquée mais avoir là, juste derrière ma baie vitrée, cet espace de verdure comme un îlot dans cette grande métropole que j’adore mais encore trop minérale, c’est un vrai bonheur quotidien….. Voilà, c’était ma contribution à la zénitude deux jours après la manifestation des gilets jaunes et ses violences diverses et invariées… Mince, je viens de rompre le charme bucolique de ce billet.

Changement @20

Nous avons, Isabelle, Frédéric et moi, chacun fait le test de notre « empreinte forêt », une nouvelle manière de considérer nos consommations. Frédéric a fait un score si bas que c’est presque inquiétant, pour Caddie, s’entend (35 m2) ; Isabelle et moi nous nous tenons avec 137 m2 et 120 m2. Je vous invite à faire ce test mais je le commente d’abord.
Comme tout test, il a ses failles, ses approximations ; il s’agit donc de choisir la « meilleure réponse » à défaut de la bonne ; et il s’agit surtout de s’interroger. Pour autant, il y a quelques bizarreries :
* Combien de chaussures de cuir achetez-vous par an ? Moins de deux… Cela ne peut-être zéro ? Je ne consomme que des randos, dont une en cuir tous les deux ans. Et je me suis demandé si la consommation de plastique ne nuisait pas aux forêts à travers la déforestation liée aux production, transport et transformation du pétrole. Je n’ai pas la réponse.
* Volaille, porc, boeuf… Quid du poisson ?
* Mes repas… « Essentiellement des produits frais et de saison achetés au marché » ; double hic ; je consomme essentiellement des produits frais, mais pas forcément de saison ni acheté au marché (trop cher). La réponse au-dessus ne me va pas, puisqu’elle propose « Peu de produits transformés » ; pour moi, c’est vraiment pas.
* Combien de temps je passe en voiture ? « Moins d’une heure », est le premier choix. Mais pour moi, c’est jamais (deux fois par an). C’est frustrant de ne pouvoir le dire.
* « En tant que conducteur principal d’une voiture… » Je ne conduis pas et ne peux le dire. Quant à utiliser des pneus « Longue durée de vie », pour Caddie, en effet.
Et je suis passée à 113 m2 à refaire le test pour ce billet. Peut-être les pneus ? (j’avais répondu « oui » la première fois et là je n’ai pas répondu). Bon test (ici) !

 

À table ! @49

La publication de mon précédent billet sur Twitter par Cécyle a suscité un débat. En effet, le restaurant que je visais est bien végétarien, voire propose des plats végétaliens. J’avais pris des photos de la carte, que je n’ai pas gardées. J’avais regardé les plats et ai vu « porc » et « bœuf ».
J’ai appris à l’occasion de ce débat que « porc » n’est pas du porc. La présentation entre guillemets indique que ce n’est pas de la viande, mais un plat de tofu ou de blé ayant la texture de la viande. Cela indique donc un ersatz de viande. En cherchant sur le Net, j’ai trouvé quelques informations sur cette façon de mentionner des plats, ce n’est pas une évidence. En tous les cas, mea culpa pour cette adresse.
Reste une interrogation, qui suscite également des débats : pourquoi manger du « porc » végétarien ? Personnellement, je mange encore de la viande, de moins en moins, et je cherche à modifier encore mon alimentation. C’est un choix en écho à la souffrance animale et à l’idée de manger un être vivant, même si manger du poisson ou des fruits de mer ne me pose pas le même problème. Cela renvoie à une réflexion sur la conscience animale et sans doute la proximité de certains animaux à l’humain, le partage de la condition de mammifères pour le dire rapidement.
Au-delà du besoin de repères ou de la réappropriation de noms de plats par quelqu’un ne souhaitant pas manger de la chair animale, je m’interroge sur la symbolique. Manger du steak végétal est souvent discuté car le steak renvoie à la viande, c’est même une désignation d’une matière ou d’une forme. Se réapproprier du vocabulaire pour en contester l’hégémonie est une forme de contestation politique. Manger du « porc » constitué de tofu est une démarche qui va plus loin. Le nom même de l’animal est utilisé donc symboliquement, c’est l’animal qui est mangé. Je pense que c’est ce qui m’a amenée à considérer d’emblée que le restaurant n’était pas végétarien. Certes, le végétarisme n’est pas un simple mode d’alimentation sans viande, Cécyle est mieux placée que moi pour présenter cette nuance.
Manger de l’animal sans vraiment en manger. C’est une démarche très courante de l’industrie agroalimentaire que de faire passer des vessies (de porc) pour des lanternes, comme le faux miel, les arômes artificiels pour faire croire à l’utilisation de fruits sans en mettre aucun, etc. La confusion, même si elle est ici explicitée pour ceux qui, à la différence de moi, ont les codes ou vont au-delà du seul vocabulaire, est une démarche similaire, simplement ouverte. Je trouve dommage qu’un mode de consommation qui, pour moi, se démarque de la pure société de consommation industrielle l’utilise. Que diraient des végétariens auxquels on vendrait des « carottes » avec de la chair animale ?

Écrivaine @38

Dans un texte que je suis en train d’écrire, il y a cet enchaînement de phrases : « Sa peau est si fine. Je pourrais passer des heures à y incruster ma paume. Elle est très blanche, légèrement rosée. Ce n’est pas une peau d’albinos. C’est une peau de femme du nord de l’Europe ou de certaines régions d’Amérique. »
Mais il y a des peaux de toutes nuances dans toutes les régions du monde. Je ne sais pas si l’on peut qualifier ma phrase de raciste mais au moins, l’idée qu’elle porte est très ethnocentrée en ce qu’elle associe une région du monde à une couleur de peau. Je l’enlève. Je n’ai pas envie de cela. Pourtant, la précision que j’apportais m’est importante car elle fait directement référence au personnage que je vise, car il se réfère à une personne.
Tant pis. J’en prive mon texte ; je trouverai autre chose. Ou pas. Rien n’est plus essentiel à un texte que la justesse que lui accorde son auteur.
Cela me ramène à une info que j’ai vu passer sur Twitter et qui m’a mise devant une chose qui m’avait échappé : la couleur « chair » est en fait une couleur « chair de blanc ». Je n’y avais jamais prêté attention sans doute parce que pour l’albinos que je suis, cette couleur « chair » ne correspond à rien. Cela révèle pourtant une manière de penser la couleur de peau assez réductrice. Il serait peut-être temps de nous en indigner.