Archives mensuelles : octobre 2018

Brosse @39

Isabelle a consacré un billet avec une fort judicieuse analyse de l’utilisation par une femme du verbe « défigurer » en lieu et place de « dévisager » (ici). À l’occasion de ma relecture de son billet (nous relisons mutuellement nos billets avant publication), je lui ai fait remarquer qu’elle utilisait « domination machiste » plutôt que l’habituelle « domination masculine ». Elle m’a répondu : « Machiste renvoie plus à l’aspect culturel donc symbolique, je trouve. Je laisse comme ça. Tu pourras lancer le débat 😉 »
Je l’ai donc fait en commentaire :

« J’utilise plus volontiers le terme de « domination masculine », que « machiste ». Je n’aime pas le mot « macho » et le « machisme » qui va avec, sans doute parce que « macho » a été galvaudé et n’est pas utilisé de manière péjorative. Mais en regardant Antidote, il semble que « domination machiste » est particulièrement efficace vu que le machisme se définit comme « Idéologie prônant la suprématie de l’homme sur la femme. »
« L’avantage de machiste est que l’on n’incrimine pas directement les hommes, plus le système de domination… Je vais faire un billet ! 😉 »

Je trouve que le sujet mérite plus qu’un commentaire. J’utilise beaucoup le terme de « domination masculine » et, face à un homme, je remarque qu’il prend souvent cela pour lui. Je ne fais pourtant aucune attaque personnelle, ce d’autant moins que les hommes que je fréquente cherchent à éviter les comportements et propos sexistes avec moi (on se demande bien pourquoi !) Je peux ainsi avoir du mal à leur expliquer de quoi je parle car, souvent blessés, ils se braquent.
À mon sens, la domination masculine n’est pas question de sexe ou de genre ; je le disais ainsi dans mes Fragments d’un discours politique :

« (…) si je dis que l’ordre est fondé sur la domination masculine, cela ne veut pas dire que chaque personne de sexe masculin est coupable de cette domination. Il est donc inutile aux hommes de bonne intention de s’en défendre ou de chercher à aligner des gages de non-pratique dominante. La question n’est pas là. La domination masculine est une attitude collective, un « réflexe de classe », pourrais-je dire, savamment entretenue par l’ordre bourgeois, hétérosexiste et raciste qui y puise là un de ses fondements. Les personnes de sexe masculin y participent autant que celles de sexe féminin parce que promouvoir la domination masculine, c’est promouvoir l’ordre établi et qu’il demeure assez rare de chercher à dénoncer et à détruire ce qui structure nos existences. »

À la relecture de ce passage, il me devient de plus en plus évident que je parle de « domination machiste » et non « masculine » voire simplement de « machisme », système de domination par définition. Mais supprimer le terme de « domination », qui est de fait redondant, me semble amoindrir mon propos. Ah ! que c’est compliqué. Il va me falloir choisir. J’y réfléchis.

 

M’sieur, M’dame @11

Patton et les habitants de l’aquarium chez Petit Mouton ont eu des cadeaux. Patton aurait bien aimé un sous-marin, mais je n’en ai pas trouvé. À la place, des copaiiiiins sont arrivés. Des requins-marteaux et des poulpes : les grands dans le grand aquarium, les petits avec Patton.
D’autres copaiiins n’étaient pas disponibles. Leur point commun à tous : un parent et un enfant. Loin des slogans vantant deux parents (un papa et une maman ou deux papas ou deux mamans, voire plus), Playmobil a choisi, au moins pour certains de ses animaux : un seul parent. Bien sûr, il y a une série « Family fun » et une boîte « Mariage ». Mais, cette fois, il s’agit bien d’une famille monoparentale. L’histoire ne dit pas s’il s’agit d’un père ou d’une mère.
Reste que ce sont des vrais copaiiiins et un de chaque suffit bien. Bientôt, des copaiiiins espadons ?

Décroissance @56

Eau de Paris n’est pas avare de conseils pour économiser l’eau ; c’est une bonne chose même s’il devient plus qu’agaçant que les entreprises et les l’État s’engagent si peu aux côtés des particuliers qui sont aujourd’hui les plus sollicités dès que l’on parle transition énergétique. Économisons l’eau donc, et voici l’article relayé sur la page Facebook de Eau de Paris le 19 octobre dernier.
Je laisse chacun trouver ce qui le concerne. Je m’intéresse à la douche. Un gif animé avec une femme pleine de savon attire l’œil ; c’est connu, les femmes, cela reste des heures sous la douche ; on peut donc parier qu’elles sont responsables de la forte consommation d’eau pour se laver… Vous en avez d’autres, des clichés sexistes à nous proposer ?
J’en viens au fond du sujet. La douche plutôt que le bain. C’est connu. Et « plutôt rapide », tant qu’à faire. Puis, le pommeau de douche économique qui contrarie le fonctionnement de ma chaudière, le mitigeur thermostatique incompatible avec ma chaudière, stopper l’eau quand on se savonne. Considérant qu’il faut quatre litres d’eau à ma chaudière pour réguler sa température, il n’est pas sûr que la mesure soit efficace. Je vous rassure, je récolte cette eau dans un seau que je vide dans mes toilettes.
Vous avez remarqué combien ma chaudière à gaz installée à vil prix par mon bailleur conditionne trois sur quatre des mesures proposées ? Je voudrais donc suggérer à Eau de Paris de réhabiliter la toilette au gant tout nu devant son lavabo, que j’alterne avec des douches ; deux gants (un pour le visage, l’autre pour le reste du corps), du savon (pas du liquide, très cher, trop mousseux et très polluant) et c’est tout ; on mouille le gant, on met du savon, on se lave, on rince le gant, on le repasse sur le corps… Très simple !
Le temps que l’eau arrive chaude, je fais le bas ; j’essuie vite pour ne pas avoir froid ; puis le haut… Vous voulez un gif animé ? Si vous me dites comment réduire ma consommation d’eau qui est à 57,53 litres par jour, je vous le fais. Promis !

Little miss Sunshine @6

Je lis un polar où un des personnages a « un accent ». Il est chinois, vivant depuis des années à La Havane et parlant un espagnol « impur ». Outre que ce n’est pas facile à lire, voire bien désagréable et superflu, cela m’agace par son aspect caricatural. Je ressens l’effet désagréable d’un procédé souvent mâtiné de racisme.
Cela me fait penser à ces séries doublées en français où des personnages ont un accent. Dans la majorité des cas, c’est grotesque. Il y a toujours un relent de mépris. Les accents sont simplistes pour coller à la représentation que l’on a des personnages. L’étranger est celui qui parle mal la langue du pays et que l’on comprend mal. Les personnages principaux « du cru » parlent bien, sauf s’ils sont pauvres donc sans trop d’éducation. Autre cliché, social cette fois.
En fait, je préfère encore quand il n’y a pas de tentative de vouloir « coller » au personnage. Cela évite les travers parodiques. Il n’y a qu’une série où je me rappelle de personnages avec des accents donnant un réalisme cru à l’ensemble. Les accents gallois, écossais, irlandais ou autres étaient forts et beaux. Ils soulignaient une diversité du Royaume-Uni et renforçaient la personnalité de chacun. Seulement, j’avais alors vraiment besoin de coller au sous-titre pour en comprendre certains. Notre oreille est trop formatée.

Kendo @44

Chaque année, autour du 15 octobre, je publie sur mon site un récapitulatif chiffré de mon année sportive : judo, dérouler et gym maison et maintenant square. J’aime bien noter ce que je fais ; cela me motive. Cela a aussi alimenté les Tableaux de bord de mes Feuillets. Au fil des ans, mon temps hebdomadaire à faire du sport a augmenté, le nombre de jours aussi. D’un objectif de cinq heures par semaine, je suis passée à six, puis sept… jusqu’à m’écrouler un peu cet été.
Pendant la canicule, je me suis levée à 6 heures pour profiter de la fraîcheur relative du matin, dormant mal, comme tout un chacun. J’ai accumulé une certaine fatigue et ai dû m’arrêter, sentant que mon corps ne suivait plus. Il faut dire que j’ai aussi un objectif de minimum une heure de marche quotidienne, heure qui est le plus souvent et demie, et passe rapidement à deux.
Isabelle, Sarah, Caddie, les Mouton et mon médecin se sont un peu ligués pour me faire comprendre que trop de sport peut tuer le sport. C’est dur de renoncer ; l’endorphine est une drogue dure. Je ne veux en outre pas prendre de poids et suis convaincue que l’activité physique est indispensable à mon équilibre. Reste à trouver la bonne dose. Les compteurs que j’avais mis en place (durée hebdomadaire, vitesse moyenne de course, moyenne sur l’année) continuaient à me motiver… me narguer ? Oui, c’est un peu ça ; je sentais qu’il fallait que je lève le pied mais les compteurs m’incitaient au contraire.
La solution a été finalement simple : les supprimer de ma feuille de calcul. Dit comme ça, c’est une évidence. En vrai, c’est dur de ne pas chercher à faire un temps, une durée ; de renoncer à aller au-delà pour laisser le corps dire ce dont il a besoin. Je retrouve là un axiome de mon éducation : l’inactivité est signe de flemmardise, le repos étant considéré comme du temps perdu ! Et j’y crois ! Ou je le crains, plutôt : je suis cossarde, je le sais ; et pourtant je m’ennuie vite. Il s’agit donc aujourd’hui de faire mon sport au grès de ce que mon corps et mon esprit réclament, pour le seul plaisir de l’effort et du repos à suivre.
J’y travaille.

Entendu @25

Nous nous promenons avec Cécyle lorsqu’elle rencontre une judoka accompagnée de sa sœur. Nous faisons un bout de chemin ensemble. Cécyle parle judo avec sa connaissance de tatami. Pendant, ce temps, je discute avec une femme que je ne connais pas.
Nous parlons de son quartier où elle évoque les problèmes que sa fille a en sortant de la cité. Elle est regardée de manière insistante par les hommes et c’est très désagréable pour elle, difficile à supporter. Elle a de ce fait plus de mal à sortir de chez elle. Mon interlocutrice utilise le verbe « défigurer » au lieu de « dévisager » ou « déshabiller » du regard.
Elle l’utilise à deux reprises. Le terme s’impose alors pour moi comme une évidence. Antidote écrit pour « Défigurer » : « Rendre méconnaissable le visage en abîmant, en déformant, en enlaidissant. », « figuré – Représenter ou décrire de manière à dénaturer, à déformer. Défigurer la vérité. Défigurer les intentions de quelqu’un. » C’est si vrai, le regard de ces hommes abîme les femmes, les dénature comme être humain en les réifiant.
C’est l’écho de l’étape supplémentaire que certains franchissent en jetant de l’acide sur leur ancienne compagne ou qui est utilisé par des hommes comme « crimes d’honneur » pour se venger d’un membre de la famille de cette femme. Ces hommes prolongent leur pouvoir d’appropriation sur les femmes qu’ils dévisagent pour s’approprier leur beauté et défigurent lorsque celle-ci leur devient insupportable. C’est une des multiples facettes de la domination machiste…

Brosse @38

Le mouvement #NousToutes (je préfère le français) a des conséquences inattendues pour moi. Un reportage télé a donné l’idée à maman de ressortir son album photo. Mon grand-père était représentant chez Ricard, entreprise de spiritueux qui sponsorisait des courses cyclistes. Maman m’écrit : « Comme mon papa était fier de moi, il proposait que je sois l’élue qui officiait. Dans les photos jointes, c’était à l’arrivée à Bourbon-les-Bains du Tour de la Haute-Marne, en 1958. » Elle joint à son mail deux photos qu’elle m’autorise à publier.
Quel sourire ! J’en suis tout émue. Maman me précise : « J’avoue ne pas me souvenir de ce que je ressentais à l’époque, je pense que ça me flattait, ça me faisait certainement plaisir aussi, les photos en témoignent… ? » Bien sûr que cela la flattait, comme cela flatte toutes les femmes dès qu’un homme (voire une femme) les regarde comme un objet (et non un sujet) de désir. C’est bien le propre de la domination masculine d’arriver à ce tour de force de faire de ses victimes les plus belles ambassadrices du machisme.
On le sait, ça, depuis… Je ne sais pas mais on le sait. Et pourtant, #NousToutes n’a eu aucun effet sur la consommation de cosmétiques et autres tant, pour une femme, être belle, c’est plaire selon des canons véhiculés par l’industrie voire la médecine. C’est tellement plus acceptable d’opprimer les femmes avec de jolies robes et un certain tour de taille qu’avec des nerfs de bœuf surtout si l’on arrive à leur faire croire que cela leur fait plaisir. N’est-ce pas mesdames ?
J’adorais mon grand-père ; je ne suis pas contrariée de ce qu’il a fait vivre à maman (il lui a aussi offert une remontée improvisée des Champs-Élysées dans sa voiture Ricard un 14 juillet !) ; il l’a fait par fierté ; autant que maman l’était. Je suis juste triste que ces mécanismes d’oppression perdurent, et soient toujours consentis. Je suis aussi très émue de ces photos. Maman est belle au-delà de tout désir de séduction, en deçà même ; elle est belle soixante ans après que ces photos ont été prises sans besoin de la sueur d’un cycliste pour l’être.
Cela amène une question : dans le système hétérosexiste, qu’est-ce qu’être belle pour une femme si l’on s’extrait des regards libidineux des hommes (voire des femmes) et de ses enfants ? La fierté, sans doute ; la liberté. La vie de maman me prouve que l’on peut embrasser à 18 ans un cycliste qui pue par soumission à la domination masculine sans y aliéner le reste de son existence. Chaque seconde nous offre l’opportunité de sortir de l’engrenage. Ces photos sont cet espoir parce qu’elles sont notre histoire. La liberté.
Merci maman. La lutte continue !

Route @14

— C’eeeeeest quooooooi sur ta têêêêêêête, Caddie ?
— T’es b*iiiiiiii*z*aaaaaaa*rre !
— Devinez les Mouton !
— Mineur de fond ?
— Non, Petit Koala ; plus fort que ça !
— Vra*iiiiiiii*ment b*iiiiiiii*z*aaaaaaa*rre…
— C’est foooooot ?
— Fooooot à fond les ballons les Mouton !
— Y a buuuuut ?
— Tu as tout compris, Petit Mouton ! Y a buuuuuut ! Du moins j’espère !
— Aaaaah ?
— B*iiiiiiii*z*aaaaaaa*rre…
— J’vous explique. Je suis équipé pour faire tomber les Poussettes de marché.
— Qu*oooooo*i ??? Tu v*eeeeeee*ux leur fa*iiiiiiii*re du m*aaaaaaa*l ???
— Mais non, Copain Mouton. C’t’une expression pour dire que Caddie n’veut plus faire les commissions seul avec Petit Scarabée.
— Oooooooh !!!! Sooooont fââââââchééééés ?
— Pas du tout ! C’est la Principalate qui m’a expliqué. Vous savez, Lamoto…
— Lamoto ! Elle *eeeeeeeeee*st b*eeeeeeeeeeeeee*lle !
— Eh bien, Lejudo ce n’est pas si rigolo ; je me mets à Lamoto !
— Aaaaaaah ! Aaaaaaavec une paaaaaaaaaassoiiiiiiiire sur la têêêêêêêêête ?
— B*iiiiiiii*z*aaaaaaa*rre…
— Les Mouton ! Regardez-le bien : il a le casque, les lunettes, le blouson, les gants, les chaussures de protection : Caddie est un motard ! Et c’est fooooot !
— Ce ne sera*iiiiiii*t p*aaaaaaaa*s plut*ôôôôôô*t récha*uuuuuuu*ffement climat*iiiiiiiii*que ?
— Ah ! ouiiiii aussiiii !
— Les Moutons !!!

Vide @4

Les initiatives individuelles et collectives se multiplient pour organiser le recyclage, le don, la réutilisation… autant d’actions qui sont bonnes pour la planète si tant est que l’on n’oublie pas la règle de base : la meilleure gestion des déchets, c’est de ne pas les créer. Autrement dit, réduire notre consommation à nos besoins, ce qui reste difficile à établir parce que le « besoin » est une construction sociale et culturelle en plus de l’état de nécessité. J’en ai parlé ici, à propos de chaussures, sujet de mon billet du jour.
C’est rue de la Gaîté que j’ai croisé cette « boîte à dons » (en photo) devant la boutique d’un chausseur. C’est très artisanal mais je trouve la démarche de ce chausseur intelligente ; aussi parce qu’elle rappelle à ses clients toutes ces paires achetées pour être si peu mises… Du moins, j’espère !

Note. Depuis que j’ai écrit ce billet, la boîte a disparu…

 

Souvenirs @11

Avec Cécyle, nous avons entamé le parcours du GR Paris 2024 en plusieurs portions. Ce chemin passe par de nombreux espaces verts parisiens. Dans le 13e, nous passons par un grand et joli site en deux parties. En haut, nous saluons des copaiiiins de Petit Mouton à la ferme pédagogique. En bas, il me semble reconnaître le stade de sport de mon collège. Vérification faite, c’est bien lui.
Je n’y étais pas allée depuis des années. J’envoie un texto à ma sœur, qui a eu le même professeur de sport que moi. Tout de suite, elle réagit en se rappelant l’horreur de ces séances. Notre prof de sport était un de ces hommes un peu sadiques qui s’amusent de leur pouvoir sur les enfants.
Short et tee-shirt à manches courtes obligatoires d’un bout à l’autre de l’année pour les cours en intérieur comme en extérieur. Il est arrivé que nous ne sortions pas s’il y avait de la grêle ou de la neige, bien que nous ayons aussi vécu des séances au stade sous la neige. Un quart d’heure de marche aller et retour, courses de plusieurs grands tours puis foot pour les garçons pendant que les filles restaient tant bien que mal collées au radiateur dans un hall non isolé. Le prof nous engueulait, engoncé dans son blouson et son jogging. En intérieur, les séances n’étaient pas plus heureuses, seulement plus au chaud.
Ces souvenirs sont tels que cela a été une bénédiction d’avoir une entorse à mon premier cours de gym en troisième, malgré le plâtre à se traîner, à refaire pour mauvaise reprise en place de l’os, etc. : j’étais dispensée de sport pendant des mois, un vrai soulagement.
Aujourd’hui, il me semble qu’il y aurait plus de chance de voir partir ce genre de profs qu’en ces années où nous pleurions, étions frigorifiés et apeurés alors que nos parents protestaient contre lui en vain. Il m’a dégoûtée du sport pendant de très nombreuses années.