Archives mensuelles : septembre 2018

Manque @9

Cela fait plusieurs fois que je me surprends à ne pas avoir en stock un produit que je viens de terminer. De tout temps, j’inscris sur ma liste de commissions les produits courants au moment où j’entame un nouveau. Maman faisait cela et j’ai toujours fait pareil tant je n’aime pas manquer de café, par exemple ; c’est, avec les cigarettes que je ne fume plus depuis quinze ans, l’exemple qui me vient en premier.
Cette attitude me semble directement issue de mon éducation, elle-même produite de l’Après-guerre. La génération de mes parents était enfant pendant ou juste après la guerre (celle de 1939-1945) et a connu le manque alimentaire et les tickets de rationnement. Il ne fallait donc jamais manquer dès que cela a été économiquement possible, donc dans les années 60 où je suis née.
Je crois aussi que cela tient au fait qu’il y a cinquante ans, la proximité avec les commerces n’était pas si grande qu’aujourd’hui que ce soit en termes géographiques ou horaires. Quand nous habitions un petit village de l’Hérault, il n’y avait pas d’épicerie. Le camion du boulanger passait trois fois par semaine, celui du boucher deux fois et il fallait prendre la voiture pour faire ses courses « en ville », avant l’arrivée des premiers supermarchés. Si l’on manquait d’un produit de base, on devait donc s’en passer plusieurs jours tant il n’était pas question de prendre la voiture pour un paquet de café.
Et nous étions heureux d’avoir une voiture ! La voisine, madame B, n’avait que la mobylette bleu ciel de son mari, ouvrier agricole, qui ramenait chaque jour légumes et autres denrées sur son porte-bagages. Pour le reste, elle faisait du stop avec une de ces filles et il n’était pas rare que nous la prenions au passage. Elle était si chargée que je craignais toujours que ses commissions en plus d’elle et sa fille ne rentrent pas. Nous avions sept kilomètres à faire. Je les faisais sur ses genoux.
Cela m’émeut toujours de penser à cette femme que j’adorais. Et c’est à elle que j’ai pensé ce midi en constatant que je n’avais pas de petits pois au wasabi d’avance. Elle s’en serait sans doute moquée plus que moi bien que je constate que cela ne m’a pas tant contrariée. J’essaie de vider un peu mes placards et j’habite cinq étages avec ascenseur au-dessus d’une supérette qui ouvre sept jours sur sept de 9 heures à 22 heures. Il n’y a donc pas péril. Madame B ne possédait pas grand-chose et se contentait, par nécessité, de l’essentiel. Je peux ne pas posséder grand-chose et me contenter, par choix, de l’essentiel. Sacré privilège ! Et sacré enjeu pour la planète !

Gamine @22

Lors d’une de nos randonnées GR Paris 2024, Cécyle et moi tombons sur un abri à vélos. En regardant mieux, nous voyons qu’ils sont destinés à une vélo-école. Un panonceau précise que cette école s’adresse « à tous, femmes et jeunes filles en priorité, afin de former à la pratique du vélo comme moyen de déplacement en milieu urbain pour plus d’autonomie. » Ceci avec « une pédagogie adaptée, un accompagnement personnalisé et (le prêt) de vélos convenant à la taille de chacun ».
Au moins, on a échappé à « la taille de chacune ». Je suis mitigée sur cette initiative très ciblée. D’un côté, c’est une vision encore très discriminante et victimisante des femmes, et, d’un autre côté, c’est un outil pouvant effectivement aider à l’autonomie. Toutefois, cela laisse de côté l’essentiel : les femmes utilisent moins de vélo parce que leur mode de vie ne leur permet pas toujours et que l’espace public est majoritairement organisé pour les hommes et qu’il y a de fait une insécurité plus importante des femmes dans cet espace public.
Restons tout de même optimistes. Plus il y aura de femmes dans l’espace public, à vélo notamment, plus il sera ouvert. Vive le vélo !

À table ! @45

L’association Foodwatch a récemment fait le buzz en révélant la présence de sous-produits animaux dans des produits de grande consommation à l’allure d’aliments sains. J’avoue que cela ne m’a guère surprise, moi qui n’utilise pas de gélatine pour la fabrication de mes yaourts. J’y ajoute sur le dessus une cuiller à café de graines de lin en fin de « cuisson », pour les oméga 3. Les larves de mites alimentaires qui les ont colonisées ont-elles introduit de l’extrait de pyralidés dans ma préparation ? Beurk ! Le souci, avec ce genre de choses, est l’idée que l’on s’en fait. J’ai jeté le lin, mis du laurier dans mes placards et privilégie, autant que faire se peut, les fabrications maison à base d’aliments non transformés (quand les mites ne s’en mêlent pas, bien sûr).
Cela dit, même en faisant très attention aux étiquettes, on peut se faire piéger. J’ai par exemple découvert récemment en voulant fabriquer des légumes fermentés que le sel ne contient pas toujours que du sel. Mon paquet de gros sel était malheureusement passé au recyclage après stockage de son contenu dans un pot en verre. J’ai tenté (et raté) la recette… et regardé mon sel fin qui comprend donc du E356 « ou » du E355. J’adore le « ou », qui rend l’étiquetage approximatif.
Mon sel contient donc des adipates de sodium ou de l’acide adipique, au choix. C’est sans danger, bien sûr, mais tout de même « exclu de la filière d’alimentation biologique » dit un site sur les additifs que je devrais consulter plus souvent. J’ai vite racheté du gros sel sans additif pour mes lavages de nez quotidiens. C’est là que j’en consomme le plus ; je garde l’autre pour saler mes pâtes industrielles ; ils feront bon ménage, le temps que j’épuise mon petit stock et me mette à la fabrication de mes pâtes. Il paraît que c’est facile et ma farine est sans additifs. Ouf !

Lu @19

L’autre jour sur une enseigne, j’ai lu « Je suce paradis ». Euh, non… Il s’agissait de « Jesus Paradise ». L’honneur est sauf. D’habitude, c’est Cécyle qui lit des mots bizarres sur les enseignes.
Voilà que je lui fais je la concurrence.

Bonheur @33

À l’occasion d’une de mes activités militantes, j’ai eu l’émotion de rencontrer une très très grande dame dont je tairai le nom, la réunion où je l’ai rencontrée étant confidentielle. Grâce aux activités militantes de maman, j’ai pu la ramener un peu, arguant dans mon autoprésentation d’un lien passé entre nous à travers l’évocation d’une photo la représentant à côté d’elle. Au cours de la réunion, je suis intervenue deux fois, espiègle et facétieuse comme j’aime l’être, glissant quelques blagues au milieu de mon propos politique. Je n’aime pas les personnes qui se prennent au sérieux ; j’essaie de ne pas succomber à ce travers sans trop m’écouter parler.
À la fin de la réunion, au moment des au revoir, une personne m’a demandé où l’on pouvait voir mon travail. La très très grande dame, qui était juste là, a indiqué aussi le vouloir. Je leur ai donné ma carte de visite ; et la très très grande dame m’a donné son mail afin que je lui envoie ladite photo. Je suis rentrée en mode Schtroumpfette, vous savez la fille qui sort de chez vous à 5 heures du mat’ après une nuit d’amour en sautillant et chantant « La la la Schtroumpf la la ! » J’étais exactement dans cet état-là, joyeuse et comblée d’une rencontre que je n’avais pas imaginée, d’une séduction réciproque que je n’aurais jamais supposée.
Le lendemain, je lui ai envoyé ladite photo, poursuivant mes facéties par mail. J’avais eu mon compte de joie ; je ne pensais pas qu’elle pouvait monter d’un cran. Trente-six heures après mon mail, la très très grande dame m’a fait une réponse d’un délice absolu. Elle a terminé son mail par « À bientôt. Je vous embrasse. » Qu’une si si grande dame m’embrasse, je ne m’en remets pas. Mais qui, après ça, pourra m’embrasser en emplissant mon cœur de tant de joie ? À l’instant, cette personne n’existe pas.

Extravagance parisienne @45

L’autre jour, une bizarrerie a attiré mon attention à l’entrée d’un supermarché d’une grande chaîne de distribution. J’ai regardé plusieurs fois, je ne m’étais pas trompée. L’entrée sur la rue donne accès à un couloir de quelques mètres avant d’entrer dans le magasin proprement dit. Seuls l’enseigne, le logo et les couleurs du distributeur sont bien visibles. Deux portes donnent sur ce couloir. Elles sont aux couleurs des témoins de Jéhova.
Est-ce une location ? C’est en tous les cas assez étrange de voir ces portes bien identifiées entre un panneau sur la carte de fidélité et le panneau des annonces. Un mystère de la foi ?

Biodiversité @15

J’ai eu la mauvaise surprise de croiser un cafard dans ma cuisine. Après une course poursuite épique, j’ai réussi à l’occire dans la passoire qui attendait son tour de vaisselle. Quelques jours plus tard, Danielle est passée donner à manger à Patton et a remarqué qu’une casserole était restée à tremper. Elle l’a lavée et a vidé la bassine où je fais tremper ma vaisselle, « parce que les cafards aiment la vaisselle sale » m’a-t-elle dit. Les cafards ou le cafard ?
Je lui explique alors que je ne suis jamais prompte à faire la vaisselle. D’abord pour une raison d’économie d’eau : je fais tremper ma vaisselle dans l’eau de rinçage de la vaisselle précédente. Ensuite, parce que j’aime bien jouer avec l’idée d’avoir de la vaisselle sale… et de l’interprétation que l’on pourrait en faire. Un vieux souvenir.
Quand papa s’est suicidé, il y a eu une enquête de gendarmerie. Vingt-quatre heures après sa mort et 800 km en train sans TGV, je me suis ainsi retrouvée fatiguée et affligée avec mon frère face à un gendarme qui devait rédiger son P.-V., fusil létal posé sur la table. Après nous avoir demandé où nous étions à l’heure de sa mort, il nous posait des questions pour tenter d’évaluer son état psychologique afin de s’assurer qu’il s’agissait bien d’un suicide. Et il a eu cette phrase qui m’a sidérée.
— Il n’avait pas fait sa vaisselle. Était-il déprimé ?
J’avoue que le lien de cause à effet m’a à l’époque échappé, et m’échappe toujours. Il avait à coup sûr (oups !) plus l’habitude des suicides que moi et peut-être avait-il établi une statistique entre vaisselle sale et dépression sévère ? Cette phrase, en tout cas, m’est restée et les jours où je n’ai pas envie de faire la vaisselle, je m’en amuse en me disant que mes visiteurs me croiront déprimée et prendront soin de moi.

Agit-prop’ @25

L’expression « le vivre ensemble » est passée dans le langage commun. « Vivre ensemble » dans sa forme verbale désigne spontanément la vie de couple, alors même que certains vivent le plus longtemps sous le même toit avec leurs parents et leur éventuelle fratrie. L’expression vise à désigner des règles de civilité.
Ce mélange me gêne. On ne vit pas de la même façon avec des proches dans le même foyer et avec les autres en général. D’un côté, on se lâche plus chez soi, si ce n’est pas rangé nickel tout le temps, cela peut être acceptable à la maison, mais n’est pas souhaité en dehors. D’autre part, les liens ne sont pas les mêmes. Les autres ne sont pas des amis, des parents, des amants et n’ont pas besoin de l’être pour être respecté comme nos proches. D’ailleurs, « vivre ensemble » est spontanément utilisé pour désigner une vie commune choisie, d’où le renvoi à la vie à deux. « Vie commune » renvoie directement également de prime abord au couple ou en tous les cas à une communauté d’élection. Il s’agit de vivre avec.
Le discours du « vivre ensemble » abolit la différence importante entre la vie en communauté et la vie en collectivité. Les règles ne sont pas les mêmes, plus strictes parfois d’un côté ou de l’autre. C’est pourquoi je préfère l’idée de « vivre à côté », car il s’agit bien de côtoyer. Mais, je ne sais pas quelle peut être l’expression ou quel substantif on peut retenir…

Course @29

Ce n’est pas que les rongeurs me fassent peur… mais tout de même un peu ; surtout parce que j’ignore leurs intentions même si je sais que, a priori, je ne les intéresse pas. Quand je les dérange, comment savoir comment ils vont réagir ? Cela a été le cas de deux d’entre eux qui petit-déjeunaient sur mon parcours de dérouler : ne les ayant pas vus, j’ai posé le pied à moins de deux mètres. Leur fuite m’a fait un choc. Et deux jours plus tard, l’un d’eux a voulu courir avec moi, croisant plusieurs fois ma trajectoire au point que j’ai préféré m’arrêter le temps qu’il file.
J’en ai ainsi vu six en trois déroulés sur et près d’une passerelle matérialisée en vert. J’ai prévenu les services de la Ville avec quelques explications et un plan, tellement beau que je fais ce billet rien que pour vous le montrer ! Je n’ai pas eu de réponse à mon mail. Que de mépris pour mes talents graphiques !

Anniv’ @34

D’ordinaire, ce sont les Mouton et la bande qui se chargent de souhaiter un treboonziveeersaiiireeee au blogue. Eh bien ! pour ces huit ans, ils semblent trop occupés à faire du sport en bande organisée pour lever le petit onglon et nous rappeler que cela fait huit ans que La vie en Hétéronomie vous propose notre regard croisé sur le monde. Huit ans ; ce n’est pas rien pour un blogue !
On se souhaite donc un treboonziveeersaiiireeee avec encore plein de billets à venir car, même si la cadence est infernale, on y tient à notre blogue, à nos billets, à vos commentaires ! Merci, ô ! Hétéronautes de nous lire un peu plus nombreux chaque année. C’est déjà bien parti pour que nous revenions en neuvième année !