Archives mensuelles : juillet 2018

Objectivement @44

Une autre découverte aquatique de mon séjour new-yorkais a été une machine : l’essoreuse à maillots. On met son maillot de bain dedans, on appuie sur le couvercle et ça met en branle une centrifugeuse. En quelques minutes, le maillot est sec.
J’ai testé et j’approuve. Mon maillot aussi. Pas besoin de se compliquer à le mettre à sécher dans une chambre sans pièce d’eau. À quand à Paris ?

Credo @13

En me rendant au judo, je suis arrêtée par le texte d’une affiche publicitaire du Musée d’Art et d’histoire du judaïsme dans les escaliers qui mènent à la sortie de la station Jourdain. « Pas besoin d’être juif pour découvrir le musée d’art et d’histoire du judaïsme. »
D’emblée, ce slogan m’a mise mal à l’aise. Il m’a gênée sans que je ne puisse le qualifier. Antisémite ? Certainement pas de la part de ce musée… Dénonciation au second degré de l’antisémitisme larvé en chacun de nous (ce dont je suis intimement convaincue) qui porterait les non-juifs à ne pas s’intéresser à l’art et à l’histoire du judaïsme ?
C’est sans doute la seconde explication qui vaut. Pour autant, l’inversion du slogan (il faudrait être juif pour visiter ce musée) me choque profondément. Faudrait-il être musulman pour fréquenter l’institut des cultures d’islam, chrétien pour visiter la cloche de Notre Dame ou Suédois pour manger un canelrolls à l’Institut suédois ? Dans ce dernier cas, aimer la cannelle est certes nécessaire mais n’est-ce pas la seule condition ?
Je comprends donc l’intention cachée des initiateurs de ce slogan. Je le trouve néanmoins douteux en ce qu’il valide, mine de rien, un communautarisme où chacun roule pour son clan, se faisant fi de la rencontre de l’autre, renonçant à toute diversité culturelle pour valoriser un entre-soi des plus sectaires. Est-ce cela qui m’a gênée ? À coup sûr.

Décroissance @53

Lors de périple de randonnée, j’ai passé une nuit dans un gîte ardéchois associé à une ferme produisant du fromage de chèvres. Pour le dîner, j’ai choisi mon fromage à la boutique et pour le petit-déjeuner j’ai eu une faisselle de chèvre et de la confiture de myrtille sauvage du coin.
C’était de la vraie consommation en local. J’ai vu les chèvres dans leur étable à moins de trente mètres du gîte.
J’ai savouré.

Bigleuse @88

J’ai passé trois jours à Avignon alors que le festival battait son plein. Je n’y allais pas pour cette raison. Depuis une quinzaine d’années je suis en mode pas-de-théâtre, sans doute par saturation d’avoir vu tant de choses (et des particulièrement belles, et des particulièrement ennuyeuses) pendant les trente ans où j’y accompagnais maman au Festival puis participais à la recherche de spectacles pour l’association de spectateurs qu’elle présidait.
Me retrouver dans l’ambiance du festival ces trois jours m’a fait mesurer mon décalage d’aujourd’hui avec cette manifestation. Le monde, le bruit, les prestations de rues des troupes Off en quête de spectateurs, le récit de tel ou tel spectacle par maman… Non, vraiment, pas-de-théâtre ; je suis passée à autre chose.
Cela dit, j’ai eu l’occasion d’une petite expérience édifiante. Je suis allée me chercher un billet (de train !) à la gare d’Avignon Centre et ai descendu la rue de la République à une heure où les troupes du Off racolent les spectateurs. Entre la rue Frédéric Mistral et les remparts, j’ai été abordée une quinzaine de fois sur la vingtaine de troupes présentes ; un tract m’était toujours proposé.
Au retour de la gare, je n’avais pas replié ma canne blanche. Cette fois, aucune troupe ne m’a proposé de tract ni aucun comédien abordée. Se souvenaient-ils de mon refus à l’aller ? Pour avoir distribué beaucoup de tracts dans ma vie, je sais que cela peut être le cas d’un ou deux, pas plus ; il y avait trop de monde pour cela. Par contre, cela m’a rappelé combien maman a eu de difficultés quand nous (mon frère et moi) étions petits à ce que notre déficience visuelle soit prise en compte par les organisateurs de spectacles quand les places n’étaient pas numérotées.
La demande de maman était simple. Elle indiquait notre déficience visuelle en demandant qu’à titre exceptionnel, une place nous soit réservée dans les premiers rangs.
— Mais madame ! Si vos enfants sont malvoyants, pourquoi les emmener au théâtre ?
Quand je pense que maman a poussé le vice jusqu’à me faire voir le mime Marceau et des spectacles de jonglerie ! Je conclus de ce testage (« testing » en anglais) que les professionnels du spectacle n’ont pas évolué d’un iota en cinquante ans ! Je les plains.

Objectivement @43

Lors de mon séjour à New York, j’étais dans une auberge de jeunesse avec une piscine. J’avais donc pris mon maillot pour des séances de détente. Plusieurs fois, j’ai profité d’un joli bassin peu fréquenté.
Dans les vestiaires, alors que j’étais seule, j’ai pris une photo d’un dispositif inédit : les nageuses peuvent laisser leur maillot sur place… cadenassés. Un pictogramme l’indique et une barre permet de sécuriser son maillot.
C’est pratique et cela ne prend pas beaucoup de place. Cela fait quand même bizarre de voir une rangée de maillots avec cadenas.

Entendu @23

Je suis allée, comme chaque année (ou presque) écouter les Gamme’elles lors de leur concert annuel au festival Les voix sur Berges (ici). Elles étaient installées, quai de Valmy, en contrebas du pont, dans le petit espace vert à fleur d’eau qui ne dispose que d’un arbre et quelques brins d’herbe. Un muret permet au public de s’asseoir.
Je suis arrivée en retard et suis allée m’installer sous l’arbre, assise à même le sol. J’étais dos à la chorale. Le son passait mal mais je n’avais pas le choix si je voulais être à l’ombre. Derrière moi, sur le muret, était installée la chorale suivante, une vingtaine de sexagénaires tout en rose et blanc.
— Et blablabla. Et blablabla…
Mes voisins médisent des jeunes sous nos fenêtres. Eh bien ! moi, je médis des vieux qui, quarante minutes durant, n’ont eu aucun respect pour les Gamme’elles ; ils parlaient fort, riaient, chatonnaient parfois, avec, en cerise sur le gâteau, un qui s’écrire sans succès :
— On pourrait applaudir quand même !
Quand même.

Bééé @15

Durant mon périple marcheur, j’ai par deux fois envoyé à Cécyle des objets qui ne me servaient plus pour les récupérer à Paris. Le mur d’un bureau de poste arborait cette affichette avec un copaiiiiin.
C’était donc un envoi sous les meilleurs auspices.

Charité @21

La responsable du service adoption du département de Seine-Maritime a déclaré à France Bleue Normandie « Les couples homosexuels ne sont pas exclus mais ils ne sont pas prioritaires ». Ces couples sont « eux-mêmes un peu atypiques par rapport à la norme sociale mais aussi la norme biologique [donc il faut que] leur projet supporte des profils d’enfants atypiques, un enfant dont personne ne veut. » (ici).  L’information a largement été diffusée, commentée, et des actions administratives et judiciaires pour discriminations envers les couples homosexuels sont en cours.
Très bien.
Mais, au fait, qui sont ces « enfants atypiques » ? Il faut chercher un peu pour trouver des articles les définissant clairement ; et encore, la vérité sort de la bouche des parents : « On nous a dit que, pour avoir une chance, nous devions nous préparer à accueillir un enfant à besoins spécifiques, c’est-à-dire grand ou avec un problème de santé, un handicap. » ().
Et qui s’en est indigné ? Mais s’indigner de quoi, voyons ? S’indigner du fait qu’il apparaît normal à tous qu’un enfant handicapé ou malade soit défini par son handicap et sa maladie en ce qu’ils génèrent des « besoins spécifiques » et non par ce qu’ils sont avant tout, i.e. des enfants, vous savez, des êtres humains à peu près comme les autres ? Quels enfants n’ont pas de « besoins spécifiques » ? Tous les enfants sont-ils définitivement les parents pauvres de l’adoption, considérés comme des marchandises déjà en circulation que l’on se refile avec l’espoir que l’on n’a pas hérité du mauvais numéro ?
Eh bien, je m’indigne, en tant qu’enfant « atypique à besoins spécifiques » car il me semble que, dans l’affaire, ces enfants sont autant victimes de discrimination et de stigmatisation que les homos parents. J’aurais aimé que les associations homoparentales et tous les acteurs de la lutte contre les discriminations s’indignent de la manière dont ces enfants sont déconsidérés. Et les associations de personnes handicapées également. Je n’ai rien entendu de tel.
Ce silence collectif est coupable. Il m’indigne et me blesse. Quelqu’un va-t-il le rompre ?

Ailleurs @30

Youp*iiiiiiiii* !
– Ouiiiiiii !
– Ah ! Ça, vous pouvez être contents d’vous les Mouton, c’était super bien préparé c’t’rando et on a bien gardé la maison.
– Et on a pleiiiiiiiiin de phooooootos des copaiiiiiiiiiins et des copaiiiiiiiiiineeeeeeees.
– C’est beau comme not’pays de quand on était tout petit…
– Dommage j*uuuuuuuu*ste le problème de tra*iiiiiii*n pour le reto*uuuuuuuu*r.
Yep ! C’était dur comme fin abrupte d’vacances. Caddie en est encore tout r’tourné donc on attend un peu avant d’en parler.
– Ben, Isabelle est revenuuuuuuuue plus tôôôôôôôôôt nous voir, c’est au moins ça.
– Oui, ç*aaaaaaaaaaa* c’était cho*uuuuuuuu*ette.
– Bon, c’pas l’tout, mais faut préparer la prochaine rando. Hop ! On se remet l’museau dans les cartes.