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Clé @15

Ma « culture féministe » (mieux vaut mettre les guillemets) a intégré dès les années 70 ce fameux procès aux assises où Gisèle Halimi a excellé et qui a abouti à la criminalisation du viol. Je savais cela, fière de l’action de cette avocate et du mouvement féministe, n’ignorant pas combien ce combat-là avait été difficile, combien depuis la victoire est remise en cause par la domination masculine qui use du viol comme d’un moyen de coercition sous couvert de liberté sexuelle.
Je savais.
Mais qu’est-ce que je savais des victimes de ce viol, Anne Tonglet et Araceli Castellano ? Rien. Je n’en savais strictement rien. Ne m’avait-« on » rien dit ? N’avais-je pas écouté ? Pas entendu ? Je l’ignore et constate aujourd’hui qu’elles étaient deux, deux homosexuelles, à l’occasion de la diffusion d’un téléfilm de Alain Tasma, Le viol, sur France 3, le 19 septembre 2017 (ici) et d’une interview de Anne Tonglet dans Téléstar ().
Je suis atterrée. Comment ai-je pu ignorer cette histoire ? Comment ai-je pu me prévaloir de ce procès dans mon discours militant sans avoir l’idée d’aller regarder du côté des faits, des victimes, des violences commises, de leur atrocité ? Et cette question qui vient, aussitôt, effrayante : combien de victimes ai-je ainsi occulté, celles et ceux et hen qui, pourtant, par ce qu’elles ont subi, ont permis l’avancée de nos droits et de l’égalité ?
Je veux, à travers ce billet, m’excuser publiquement de ma mémoire à deux balles, de cette instrumentalisation — involontaire, j’espère qu’on me l’accordera — de leur souffrance pour nos luttes politiques, non que les deux soient incompatibles, nos luttes donnant à ces souffrances, à ces vies prises et gâchées, un sens mais à la condition que nous n’oubliions pas les personnes à l’origine de tout.
Pardon, Anne et Aracelie. Désormais, je ne vous oublie pas.