Archives mensuelles : août 2017

Individu @7

Je vous avais raconté l’histoire de cet homme qui avait tenté de m’embrasser dans l’ascenseur… ici. L’histoire a une suite.
Un après-midi d’août, je rentre chez moi et rencontre dans le hall une de mes voisines, vieille dame au look un peu néo-soixante-huit, gentille mais toujours en souffrance. On discute un peu. J’appelle l’ascenseur. Il vient. Je le laisse repartir une fois. Je le rappelle, il revient. Je fais trois pas à l’intérieur et s’y glisse alors derrière moi un homme qui salue de manière bizarre ma voisine, puis moi. Je le reconnais ! C’est le gars de la dernière fois.
Je ressors aussitôt de l’ascenseur, indiquant à mon interlocutrice que j’ai oublié de lui dire quelque chose. Les portes se ferment. Je lui explique alors que cet homme a essayé de m’embrasser. Elle prend un air coquin.
— Vous embrasser ? C’est chouette !
— Il ne m’a pas demandé mon avis.
— Oh ! quand un homme veut nous embrasser, c’est gentil…
— Pas forcément.
On s’est arrêtées là. Elle a senti que le terrain n’était pas forcément consensuel. Cela m’a fait pensé à la réaction de certaines femmes que je connais, pourtant féministes, qui, au moment de l’affaire DSK, ont pu avoir un discours ambigu sur le consentement de Naffisatou Dialo, insinuant qu’une relation sexuelle avec un gars comme Dany-soap-kiki, cela ne se refuse pas. Une question de génération ? Je ne sais pas. Je sais juste que l’ordre bourgeois, hétérosexiste et raciste utilise l’atteinte sexuelle comme outil de coercition. La fameuse « culture du viol » ? Je n’aime pas l’expression tant il me semble que la chose est plus politique que culturelle. Mais, c’est vrai ; les deux reviennent parfois au même !

Mère porteuse @6

Lors d’une discussion avec une amie, nous parlions du projet d’enfant d’elle et son épouse. À un moment, j’ai employé le terme « gestation ». L’amie m’a reprise gentiment en soulignant que pour les femmes on parle de « grossesse ».
J’y ai ensuite repensé avec la GPA. On parle bien de « gestation pour autrui » et non de « grossesse pour autrui ». Encore une façon de souligner combien dans la GPA, la mère porteuse n’est qu’un animal de reproduction ? Qui peut vraiment prétendre qu’il n’y a pas une dévalorisation de la femme en ne la considérant que comme une femelle avec une bonne matrice reproductrice ?

Bigleuse @78

Qu’est-ce que vous voyez sur cette photo ? Un trottoir, une moto, un panneau publicitaire, la chaussée dernière, des immeubles au fond, plus près, un vélo… une pompe à essence. Bigre ! Il n’y a pourtant pas de pompes à essence au métro Rambuteau où j’attends Frédéric.
Je m’approche. Deux poubelles côte à côte, une couvercle ouvert, l’autre avec un gros sac noir sur le dessus, et un vélo, accroché à une grille derrière, dont chaque roue forme un demi-anneau, comme un arrondi de tuyaux. Deux poubelles. Je préfère l’idée de la pompe à essence. Je sais aussi qu’il s’agit de deux poubelles. Deux images pour le prix d’une. Quand je vous dis que « Tout le monde n’a pas la chance d’être bigleux ». Pour cette fois, je savoure.

Note. Vous trouverez un autre exemple récent de ce type de lapsus ici.

Ailleurs @22

Cette randonnée de l’été 2017 m’a permis de mesurer combien aujourd’hui je peux goûter une solitude qui très longtemps m’a pesée. Plutôt solitaire, j’ai pourtant fréquenté de nombreuses associations et des clubs de sport. J’y ai souvent pris plaisir, jusqu’à un certain point… Je préfère fondamentalement les moments en petit nombre au grands raouts en groupe.
Aujourd’hui, j’apprécie ces moments seule, les vivant plus choisis que subis, même si ce n’est pas toujours le cas. Cela reste un besoin primordial de pouvoir régulièrement me retrouver seule. C’est notamment parce que je suis assez autonome. Mais c’est essentiellement parce que je ne suis pas isolée, avec un réseau d’amis, de connaissances, de relations professionnelles. Les échanges quotidiens avec Cécyle y sont pour beaucoup. Et tout cela même si, au fond, j’espère pouvoir goûter un jour les joies d’une relation amoureuse heureuse comme le bonheur d’un été entre Lozère, Cévennes, et Gard.

Cliché @11

J’ai eu l’opportunité récemment, grâce à Isabelle, de passer une petite matinée au second étage de la tour Eiffel avec à peine cinquante personnes là où la jauge en accepte deux mille. J’en suis fan, de la tour Eiffel, on le sait. Et ces conditions de visite étaient en tout point exceptionnelles.
Nous sommes montées à pied, pour le plaisir ; l’équivalent de trente étages. Isabelle a été plus rapide que moi. Nous avons résisté à l’appel du troisième étage, je ne m’en sentais pas capable. Puis nous avons visité la plateforme, nous sommes posées sur un banc pour que je mange le petit-déjeuner que j’avais apporté, partageant des crêpes avec Isabelle. Il n’y avait aucun brouhaha pour venir troubler celui des véhicules circulant en bas. Isabelle a fait des photos. Elle se mirait dans le panorama, ravie.
En redescendant par l’ascenseur deux heures plus tard, j’ai osé la question qui me taraudait depuis un bon moment.
— C’est quoi l’intérêt de visiter la tour Eiffel ? La regarder, je comprends. Elle est belle. Mais lui monter dessus ?
— Profiter de la vue.
La vue. Ce doit être ce qui me manquait. J’ai été un peu oppressée par les grilles anti-chutes. La vue ne me semblait pas si dégagée. Cela m’a rappelé le séjour à Istanbul et Athènes, cet ennui que j’ai ressenti à la visite de monuments fussent-ils magnifiques et imprégnés d’histoire. Je crains que ce ne soit définitif ; la visite de monuments historiques m’ennuie profondément. Je préfère, avec Eiffel et Montparnasse, pratiquer la triangulation. Là, au moins, on s’aime.

Note. Merci à Isabelle pour cette superbe photo !

Annonces @21

Pendant mes dernières vacances, j’ai pris du temps pour rester à Paris et trier des affaires. Je me refuse à jeter les objets qui ne me sont plus utiles, mais encore en bon état. J’utilise surtout un site de dons, qui permet de trouver un nouveau propriétaire intéressé par l’objet. Le site existe depuis des années et est simple comme efficace pour déposer une annonce et la gérer.
Ce n’est pas pour autant facile, car les complications et déconvenues ne sont pas rares. Entre les personnes qui comprennent mal, tergiversent, annulent, voire ne viennent pas, il faut de la patience et se rappeler les gens sympas, simples et ponctuels.
Reste que face à la tentation de faire au plus simple et de tout bazarder, cela reste une solution efficace pour essayer d’enrayer le gaspillage et éviter des consommations inutiles. Et c’est un excellent exercice de vacances que de vider ses placards.

Écrivaine @30

À l’occasion de la mort de Jeanne Moreau, j’ai publié sur ma page Facebook un petit commentaire illustré par La Rumba des îles. J’aime beaucoup ce morceau où se mélangent les voix de Jeanne Moreau et de Marguerite Duras, et ce texte, désuet, d’une puissance absolue. L’écriture. Je m’y essaie chaque jour et loin de m’y épuiser, j’en jouis de plus en plus, jouir non au sens d’orgasme, jouir au sens juridique d’en avoir possession.
J’ai envoyé cette petite musique à maman qui elle m’avait envoyé Le Condamné à mort (Genet, Moreau, Daho) et Emma, des Têtes raides. Elle ne la connaissait pas. J’en ai été étonnée car je pensais qu’elle faisait partie de la BO de India Song et que maman a forcément vu ce film (que je n’ai par contre pas vu). En faisant des recherches pour vérifier cela (et ne pas dire n’importe quoi à maman), je suis tombée sur une émission de France Inter du 20 février 2014 avec ce titre « Rumba des îles » (Tous les chats sont gris, Duras ou la traversée du désir, Clélie Mathias).
Je commence à écouter. Dès les premières secondes, la voix de Duras. Elle dit en 1987 à une journaliste italienne : « Quand les femmes n’écrivent pas dans le lieu du désir, elles n’écrivent pas, elles sont dans le plagiat. » Là, comme ça, alors qu’il est juste 7 h 57 et que je n’ai bu que trois gorgées de café, Duras me dit une chose pareille ? J’en suis restée coite, étourdie, presque. Avais-je bien entendu ? J’ai remis l’émission au début, écouté encore, noté la phrase. Il y avait une suite, qui importait moins.
J’écoute encore. « Quand les femmes n’écrivent pas dans le lieu du désir, elles n’écrivent pas… » Oui, c’est ça. Exactement ça. Quand j’écris (et pas seulement quand j’écris des cochonneries, chacun l’aura compris), je suis dans le lieu du désir ; je n’y suis pas spontanément, je vais le chercher, je le construis, je m’y vautre, je m’en repais. Le « lieu du désir ». J’écris. J’y suis.
Et quand je n’y suis pas, je n’écris pas.

 

Ailleurs @21

Ma première randonnée en itinérance m’a permis de découvrir un grand bonheur. Marcher d’hébergement en hébergement avec toutes ses affaires sur le dos, seule, sur des chemins bien balisés, en se laissant porter par ces traversées de forêts, de pinèdes, de garrigues, au grès des drailles et des crêtes.
Moins de cinq heures de marche me laissaient sur ma faim, six heures étant un minimum pour apprécier la journée, avec de courtes pauses. J’ai suivi un découpage proposé dans le Topoguide. L’effort et la fatigue physique permettaient d’apprécier le travail du corps.
Très vite, mes autres idées de vacances, d’itinérance en vélo, ont été balayées par l’envie de revenir et poursuivre le GR avec un découpage de mon choix. La dernière journée devait être particulièrement longue et difficile, mais l’a été bien moins que prévu. Jusqu’au bout j’aurai goûté sans incident ou mauvaise surprise au plaisir de la randonnée.

Lesbienne @19

Dans mon club de judo, il y a une autre gouine ! Non ? Si si. Disons plutôt une femme en couple avec une femme, je ne suis pas sûre que le terme de « gouine » lui plaise. Et ces deux femmes, elles ont eu un bébé, né courant juillet. À l’annonce que l’une était enceinte, j’ai eu des échanges assez drôles avec quelques-uns de mes partenaires, intrigués sur la manière dont deux femmes font des bébés. J’ai parfois senti une certaine réticence sur cette situation d’homoparentalité ; rien de véritablement homophobe ; plutôt de la surprise.
Et puis le bébé est venu. Oh ! le joli petit bout. Les félicitations ont fusé, les contributions au cadeau de naissance ont été particulièrement généreuses. Les mamans sont venues à deux reprises nous présenter leur bébé sur le tatami. Gazou gazou. Gros bisous. Poutoux. Gouzi gouzi. Guili hi hi. Vous les auriez vu mes judokas baraqués, essentiellement des hommes, prendre le chérubin qu’il pose sa tête sur leurs beaux biscoteaux ruisselants de sueur (miam !), rivaliser de commentaires de papas attentionnés et de câlins appuyés. En termes de références masculines, Christine B peut se rassurer ; ce bébé a pris sa dose pour quelques années.
Je me suis positionnée en observatrice lors de ces deux visites. Cela m’a permis d’appréhender ce que plusieurs lesbo-mamans m’ont expliqué, le lien entre leur désir d’enfant et leur besoin de reconnaissance sociale en tant que lesbienne. Ce n’était à chaque fois pas leur motivation unique, mais il y avait de cela, l’idée que maman, elles seraient mieux acceptées qu’en tant que lesbienne, sans doute (c’est mon interprétation) parce que la maternité sort fondamentalement une femme de toute posture sexuelle, comme un moyen de désexualiser l’homosexualité.
Un comble ! Une opportunité de vivre en paix ? Un moyen de faire reculer l’homophobie ? Je n’y crois pas, à terme, une seconde même si l’attitude de mes judokas vis-à-vis de ce bébé garantit une totale impunité à ses mamans. Elles ne sont plus homosexuelles, elles sont mamans. Je respecte bien sûr ce choix, considérant que la motivation est tout à fait honorable. Pour autant… Vive l’égalité des droits (donc la PMA pour toutes) mais il ne faudra pas s’attendre à me voir m’engager sur ce sujet. Je ne conçois pas l’homosexualité hors du désir homosexuel, celui qui est politique et ontologiquement révolutionnaire.
Gazou Gazou ?
Ni mère, ni épouse ! Hajime la révolution !

Ailleurs @20

Cet été, je suis partie pour ma première randonnée en itinérance. Cela faisait bien longtemps que j’en avais envie, mais ne me sentais pas prête. J’ai souvent randonné à partir d’un point fixe où je restais plusieurs jours. Mes sorties à la journée consistaient généralement en six heures de marche.
Le choix du GR a été assez rapide, un dont j’avais entendu parler et sur lequel il y a un site bien fait avec de nombreuses informations. Ensuite, carte et Topoguide ont été achetés. À partir de là, j’ai opté pour une partie du GR afin d’effectuer six jours de test pour savoir comment je m’en sortais, seule en itinérance en moyenne montagne. Le choix a été fonction de conseils, des trains, des hébergements possibles, tous réservés à l’avance.
Ensuite, il m’a fallu étudier les sites de conseil pour préparer un sac, tester le poids des deux modèles de sac à dos que j’avais avec une sortie en forêt de Rambouillet, choisir quoi emporter, peser chaque objet, acheter les équipements indispensables que me manquaient… afin d’arriver à un sac d’environ huit kilos, eau comprise.
Puis je suis partie…