Bigleuse @70

Nantenin KeitaFacebook est un média qui permet de publier des textes dans l’émotion, là, vite, sur le coup. C’est ce que je fais régulièrement sur ma page (ici), sans trop me soucier de la pérennité de mon propos. J’en ai publié un récemment que je voudrais garder, car il m’est assez essentiel. Je choisis de le republier ici car, sur ce blogue, les articles sont archivés. On peut les retrouver facilement, y revenir.
Et puis, Petit Mouton n’a pas de compte Facebook. Il a bien le droit, Facebook est une manière de partager ses idées et ses émotions qui plaît à certains, pas à d’autres tant cela renvoie à la question de ce qui nous est (ou non) intime. C’est aussi un moyen de nouer des contacts, de s’informer, de se fabriquer un fil d’actualités qui nous est utile ou non. À chacun de voir ce qu’il en fait.
Voici donc ce post, consacré à la médaille d’or de Nantenin Keita au 400 mètres paralympiques de Rio.

« 17 septembre 2016, 20 h 35.
« Bonsoir,
« Nantenin Keïta, albinos, a gagné l’or au 400 m. Youpiii ! Et pourtant, je pleure à chaudes larmes, pas par trop d’émotions positives liées à sa victoire mais parce qu’elle est dure, cette victoire, très dure dans ce qu’elle montre de sa déficience visuelle donc de la mienne.
« Regardez la vidéo (). L’arrivée surtout. Elle passe la ligne en tête et reprend son souffle. Elle ne saute pas en l’air comme beaucoup d’athlètes. Le commentaire remarque qu’elle n’a pas compris qu’elle a gagné. Il omet l’essentiel : elle n’a pas vu.
« Ses adversaires sont tous dans la zone au-delà de la ligne quand elle a assez de souffle pour regarder autour d’elle. Faute de champ visuel, elle n’a pas pu voir qu’elle était la première en passant la ligne (et a fait toute sa course sans savoir). Et après, il est trop tard. C’est son staff qui lui dira. C’est ça, être bigleux, être privé de l’instant de la victoire.
« Et de tant d’autres choses du même genre.
« Alors, on ne se plaint pas. Et il ne s’agit pas que vous nous plaigniez. Surtout, n’osez pas ! Il s’agit juste d’essayer de vous faire partager une frustration si quotidienne, si existentielle ! Un truc qui peut-être ne se partage pas.
« Allez ! J’arrête de pleurer. Cela ne console de rien.
« Bravo Nantenin. Je suis si fière de votre victoire !
« Très bonne fin de soirée à toutes et tous et hen ! »

Les personnes qui suivent ma page ont beaucoup « liké » cette publication. Je les remercie pour leur soutien, pour avoir ainsi indiqué qu’il est possible de partager quelque chose d’ordinaire indicible.
Et je retiens cette phrase qui me sera désormais fondatrice : « C’est ça, être bigleux, être privé de l’instant de la victoire. » Il y a des chances que je vous en reparle.

4 réflexions sur « Bigleuse @70 »

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