Archives mensuelles : mai 2016

Anniv’ @25

TanzaniePour mon anniversaire, mon chocolatier (une chaîne) m’offrait une gourmandise et de doubler mes points à chaque achat. Je suis donc allée y faire quelques emplettes, pour offrir, et aussi pour moi. Je voulais goûter leurs napolitains, ces petits chocolats que l’on mange avec le café. J’aime bien.
Il n’existait que des assortiments lait et noir. Je ne voulais que des noirs. La vendeuse m’a alors sorti ses quatre variétés de noirs, me proposant d’assembler l’assortiment de mon choix. Ce qui les distinguait, c’était leur taux en cacao et leur provenance. La vendeuse égraine la liste.
— Équateur, Tanzanie…
Je ne peux que sourire sans trop écouter la suite. Je choisis les deux chocolats les plus faibles en cacao (j’aime le noir un peu sucré), dont le « Tanzanie ». Je demande à la dame si elle m’autorise une mauvaise blague. Elle est intriguée.
— C’est osé de proposer la Tanzanie à une albinos.
— Ah ! pourquoi ?
Je lui explique les crimes rituels, assassinats et découpages en rondelles à tous les étages. Elle pose des questions. Sa collègue se mêle à la conversation. Je ressors un bon quart d’heure plus tard après un échange très intéressant sur l’albinisme, ses caractéristiques, les crimes rituels, le rejet de la différence, les notions de noir et de blanc (je parle couleur de peau, là, non plus de chocolat)… Une autre façon de savourer mon anniversaire ! Merci.

Voiture @14

PollutionLe 13 mai dernier, la Ville de Paris a annoncé des mesures de lutte contre la pollution atmosphérique. Il s’agit de limiter la circulation en journée les jours ouvrés aux véhicules mis en circulation avant le 1er juillet 1997 ; des véhicules de vingt ans donc, très polluants par nature. Aussitôt, une association notoire d’automobilistes a lancé une action collective contre la Ville pour demander une indemnisation estimée (par l’association) à 1,08 milliard d’euros (le calcul est ici).
— Et ta sœur !
Caddie, on ne parle pas comme ça en Hétéronomie ce d’autant qu’il est inévitable qu’une telle mesure mette beaucoup de personnes dans l’embarras. On compatit, donc, et on ne sort qu’ensuite le couteau d’exercice.
— Kiai !
Allons-y Caddie !
Je trouve cette réaction d’automobilistes tout à fait scandaleuse moi qui viens de me voir prescrire trois mois d’antihistaminique pour cause d’allergie avérée à la pollution. Ceux-là ne seront-ils pas les premiers à retourner devant un tribunal si l’un de leurs proches meurt d’une affection directement liée à la pollution, arguant cette fois-là que la Ville n’aurait rien fait ?
Cette action collective rend cette association coupable de mise en danger de la vie d’autrui, soit les vingt millions de Franciliens qui voient leur santé atteinte par les échappements automobiles. Et que l’on ne me dise pas qu’il manque de transports collectifs. Il en manque, c’est évident. Il manque aussi une politique volontaire de réorganisation spatiale des lieux d’activités pour limiter les transports. Mais je n’ai jamais vu ces citoyens pollueurs manifester pour exiger de ne pas être obligés de prendre leur voiture ! Tout ce qu’ils veulent, c’est garder leur Klaxon.
— Pouet pouet !

Décroissance @44

PaillassonLes ambassadeurs du tri sont venus dans mon immeuble. Ils sont passés me voir chez moi, en journée, donc m’ont ratée. Ils ne sont pas très diplomates. Deux jours de suite, j’ai eu sur mon paillasson un papier « Dommage, vous n’étiez pas chez moi pour parler du tri ! » m’indiquant comment recycler et jeter les choses selon leur matière.
Bon, je savais déjà tout cela et je n’ai pas eu besoin de lire ces papiers pour les jeter dans la poubelle jaune. Si les ambassadeurs avaient été plus attentifs aux vrais amis de la nature, ils auraient joué au fooooot avec les Mouton et renoncé à gaspiller ces papiers.

Décroissance @43

BlocherJe suis allée mercredi 4 mai 2016 au Centre Pompidou avec l’espoir de voir un film de Sylvie Blocher, Alamo (2014). Ce film était projeté dans le cadre d’une journée « Lignes de fracture » dont, j’avoue, le programme ne m’inspirait guère en dépit de la qualité des invités. Trop abscons pour moi, au moins dans la présentation.
Je suis arrivée en retard. Sarah m’accompagnait. À l’entrée de la salle de cinéma, un agent nous accueille avec grande amabilité. Il ne sait pas si le film a commencé et nous tend à chacune une brochure papier qui présente « le festival ». Je décline. Il insiste en dépit de la canne blanche que j’ai à la main. Je prends la brochure ; je n’en ai fondamentalement rien à faire mais comment refuser ? Et puis, je pourrais m’intéresser, quand même.
On s’approche de la salle. Sarah ouvre la porte. La salle est blindée, à l’écran le film est sous-titré. On repart sans entrer.
Plus tard, je regarde la brochure. Je lis, dans cet ordre : « Un autre mouvement des images, 11e édition » ; « L’art de la révolte » ; « 22 avril – 8 mai 2016 » ; « Hors pistes 2016 » ; « Centre Pompidou ». Trois titres pour un seul festival, c’est de la gourmandise… à moins qu’il ne s’agisse de désigner autre chose ; je ne sais pas. Je ne saurai jamais. Je ne comprends pas ce que je lis.
60 g de papier qui sent bon l’encre. 60 g pour quoi faire ? Alimenter la benne dédiée au recyclage ? C’est important ce genre de manifestations culturelles même si elles me sont intellectuellement et artistiquement étrangères. Est-il pourtant si nécessaire de gâcher du papier ?

Kendo @23

PétanqueLa pétanque en Hétéronomie…

Troisième étape : s’entraîner. À deux reprises, j’ai eu des coéquipiers pour quelques parties d’entraînement. Bassin de la Villette et abords des Buttes Chaumont ont été des terrains d’élection qui ont permis de comprendre que les boulistes du dimanche jouent sur des sols accidentés et moins plat qu’il n’y paraît. Quand on débute, avoir direct un handicap réapprend la physique et la topographie : les boules de pétanque, même avec leur poids, peuvent rebondir ; les creux et monts éloignent les boules du cochonnet ; le bord du caniveau est plus bas que la terre du trottoir…
En tous les cas, c’est difficile la pétanque. Heureusement, c’est drôle et agréable de jouer en bonne compagnie. En fait, à dire vrai, grâce à cela, ça me plaît.

Biodiversité @9

CorneilleJe discutais un vendredi soir avec une médiatrice de rue qui travaille dans le quartier. On est arrivées au constat que le seuil de tolérance à l’égard des « nuisances sur la voie publique » des Parisiens a baissé, surtout quand il s’agit de jeunes gens afro-européens qui investissent un endroit, discutent, fument des chichons, dealent le nécessaire à leur consommation, tournent avec des scooters, se lancent à point d’heure dans une partie de ballon sans inviter Petit Mouton.
Je lui racontais que la veille, j’avais effectué trois voyages en métro, un en bus. Lors d’un voyage en métro, une jeune fille issue des quartiers favorisés du 15e arrondissement (je l’ai compris à sa conversation avec la jeune fille et le jeune homme qui l’accompagnaient) s’était installée les pieds sur la banquette devant elle. Par principe, j’ai demandé à m’y asseoir, manière de lui signifier son manque de savoir-vivre. Ces trois jeunes bourgeois parlaient fort, sans égard pour ma lecture de l’Humanité, traitaient au passage tout ce qu’ils comptaient de connaissances communes, les deux jeunes filles s’amusant à se moquer méchamment du garçon les accompagnant.
Plus tard, dans le bus, deux garçons, une fille. Ils y étaient déjà quand je suis montée à Pont Mirabeau. 16e arrondissement. Ils avaient l’allure et la sape qu’il fallait (négligé sport chic chic chic). Les deux garçons étaient en fac de médecine, la jeune fille en école d’infirmière (voilà au moins un ordre bien établi). Et forcément, un des deux jeunes hommes, celui côté fenêtre (difficile donc de m’y glisser) avait les pieds posés sur la banquette d’en face.
Dans les deux cas, je n’ai vu personne s’exaspérer à part moi. Mon seuil de tolérance à l’égard de la gent épicière baisse, c’est sûr ! Quant aux jeunes gens de mon quartier, ils m’empêchent moins de dormir que les oiseaux qui nichent dans les arbres d’en bas. À chacun ses corneilles !

 

Souvenirs @8

Blog pétanqueLa pétanque en Hétéronomie…

Aparté : le feuilleton de mes aventures sportives m’amène à repenser à un souvenir d’une mémorable partie de pétanque. C’était il y a seize ans. On le sait, car Cécyle l’a écrit quelque part : dimanche 11 juin 2000.
Cécyle et moi étions inscrites à un tournoi de pétanque que stade Pershing de Vincennes, dans le cadre d’une journée animée par une association LGBT. En commençant la partie, nous avions indiqué aux filles de l’équipe adversaire que Cécyle étant malvoyante, je lui montrerai le cochonnet du bout du pied, car elle ne pouvait pas le voir.
Nos adversaires avaient bien sûr acquiescé à cette aide à une pauvre handicapée. Las, Cécyle ayant un jeu assez bon à la pétanque, rapidement, nous avons gagné, grâce à elle. Je précise que j’étais déjà assez peu efficace en la matière donc tout l’honneur revenait à Cécyle.
Ces victoires devenaient un outrage à nos concurrentes. Elles en prirent ombrage au point de nous accuser de tricher. L’ambiance devenait lourde et Cécyle s’est sacrifiée en perdant pour que tout ne tourne pas vinaigre et que nous ne nous soyons pas lynchées à coup de boules. L’essentiel est de participer, n’est-ce pas ?
Et moi, cet après-midi d’été avec temps lourd et couverture nuageuse, j’ai pris la première et dernière insolation de ma vie. C’est vraiment dangereux la pétanque.

Peur @8

Caddie judoka[Conversation intime avec Caddie]

Faut que j’arrive à débrayer, Caddie ! C’est un truc pour l’écriture, ça, non, débrayer ?
— Si tu débrayes, c’est la grève, tu n’écris plus !
Tu es drôle, Caddie. C’est de débrayer de la roulette que je parle-là, d’un truc qui me met le moral à plat et ne me quitte pas l’esprit. Je dois rompre le cercle infernal de la turbine, comme le propose la méditation de pleine conscience de Christophe André.
— Ah ! d’accord. Faut que tu craches ta Valda ; c’est ça ?
Oui Caddie. Faut que je crache.
— Je t’écoute.
C’est la suite du passage de la noire. J’ai peur.
— Hum. Hum.
Oui, Caddie, j’ai les pétoches. Je veux bien passer le jujitsu avec Hervé et la technique avec Jean-Mi, j’ai confiance ; mais les randoris… J’ai peur de me blesser.
— Te blesser, hum hum.
Ben oui, Caddie ; tu sais, ce sont des bourrins pour beaucoup. Je n’y crois pas quand sensei me dit qu’ils feront attention et même s’ils font attention… Mais ce n’est pas le plus qui me turbine. On me harcèle.
— Qui ? Quoi ? Où ?
Ah ! Je préfère quand tu ne fais pas ton Lacanien.
Tous, dans le club. Il ne se passe pas cinq minutes sans qu’il n’y en ait un qui dise « Randori le 28. » ou genre. J’ai failli pleurer jeudi, ils n’entendaient pas. J’en serais presque à les passer ces foutus randoris pour leur faire la démonstration que c’est impossible.
— C’est idiot, Petit Scarabée !
Je te remercie Caddie.
C’est pour ça qu’il faut que je débraye, que j’arrive à les laisser dire en faisant le gros dos. Je m’en moque de la ceinture noire, ce n’est pas ça qui me porte à faire du judo. C’est compliqué à entendre pour eux. Je sens que ce passage, ce n’est pas pour moi que je le fais mais pour ne pas les décevoir, une affaire de loyauté.
— C’est peut-être ça qu’il faut travailler ; le faire pour toi.
C’est compliqué, Caddie ; j’ai peur de me blesser.
— « Te blesser »… Blessure physique ou narcissique ?
Caddie ! Tu vas être privé de commissions si tu continues.
— Même pas cap’ !
Tu as raison, je ne serais rien au supermarché sans toi… ni sur le tatami sans mes partenaires et professeurs. Je réfléchis à faire mienne cette maudite ceinture quitte à mourir en randori, puisqu’on ne me laisse pas le choix !
— Tu n’exagères pas un peu ?
Jamais Caddie, jamais…

Note. Il semble que mon pas-bien qui a justifié cet échange avec Caddie ait touché mes partenaires et professeurs. Sans que je n’aie rien à expliciter, aucun n’a prononcé le mot « randori » au cours suivant, pas même monsieur C ! Sensei n’était pas là ; je lui en parle à la première occasion.

Kendo @22

PetanqueLa pétanque en Hétéronomie…

Deuxième étape : trouver le matériel. Aucun des membres de la triplette fabuleuse n’ayant le minimum nécessaire pour jouer à la pétanque, il fallait s’équiper… J’ai pris en charge cette acquisition de matériel. Arrivée au bon rayon d’un magasin de sport généraliste, j’ai été stupéfaite par les prix. La pétanque est un sport où il faut investir dans du matériel de luxe et des muscles pour le porter.
Côté porte-monnaie, la perspective des deux séances de pétanque qui m’attendaient m’a semblé disproportionnée avec le prix de vente. J’ai renoncé et lancé des appels à prêt. Petit Mouton m’a conseillée, sachant que des boules et cochonnets abandonnés dans cave, grenier, placard, garage, malle… méritent de retrouver le grand air avec des amateurs qui ne les maltraiteraient pas.
Après quelques essais infructueux de mon côté, grâce à Cécyle, un appel a été lancé aux judokas de son club : échange boules de pétanque pour quinze jours contre gâteau au chocolat. J’ai donc récupéré deux jeux de trois boules gagnés à une loterie et peu utilisés.
Ouf ! Nous avions au moins de quoi nous entraîner.