Fenêtres @14

ChaudièreMa chaudière a donc été changée. L’opération, à ma plus grande surprise, s’est fort bien passée. Mon passif avec le chauffagiste en contrat avec mon bailleur est lourd, avec comme point commun une suffisance machiste constante de la part des ouvriers qui défilent chez moi depuis les vingt ans que j’y habite. Pourtant, ce matin d’avril, dès qu’ils ont franchi le seuil de ma porte (ils étaient deux), j’ai senti que ce serait différent.
La conversation a commencé avec le plus petit des deux, que j’ai pris pour le « chef », l’autre ne décrochant pas un mot. Le petit est parti très vite, faisant de nombreux aller-retour pendant que le grand se mettait au travail. Au fil du temps (trois heures et demie au final), j’ai compris que c’était lui le chef mais qu’il avait un trouble du langage qui rendait la compréhension de ce qu’il disait assez difficile. On aurait pu croire, si l’on avait l’oreille distraite et le cliché facile, qu’il s’agissait d’un étranger parlant peu le français, ou d’un déficient mental bien attaqué du langage.
Son collègue, lui, avait l’habitude, mais de temps à autre disait d’un ton calme, « Je ne comprends pas. » Et petit à petit, il me parlait de plus en plus, allant jusqu’à m’expliquer lui-même le fonctionnement de la chaudière. Par habitude, j’ai décliné en expliquant que je voyais mal et que mon gardien avait l’habitude de m’expliquer sans que je ne voie. Il n’a pas insisté, comme si cela ne l’étonnait pas.
Il était l’heure de se quitter ; je lui ai donné 5 euros en l’invitant à partager avec son collègue (qui rédigeait le bon d’intervention). Et je les ai remerciés tous les deux en leur indiquant que c’était la première fois que les ouvriers du chauffagiste étaient agréables. Le grand m’a demandé pourquoi.
— Ils se prennent pour les rois du chauffage et moi, ils me prennent pour une ménagère blonde.
Ils ont ri tous les deux ; le petit a ajouté.
— C’est comme ça.
Aurions-nous été victime de la même suffisance, eux parce que l’un d’eux a un trouble du langage qui appelle moqueries et discriminations et moi parce que je suis une ménagère blonde de plus de cinquante ans bigleuse ? Évidemment.
Cela s’appelle la convergence des luttes !

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.