Archives mensuelles : juin 2015

Ailleurs @13

foraminifèresEn voyage dans une ville, ce que je préfère est flâner, visiter les lieux plus quotidiens que touristiques, fréquenter les supermarchés plutôt que les boutiques de souvenirs, prendre mon temps pour découvrir des quartiers variés plutôt que visiter au pas de course les sites immanquables.
Lors de l’invitation de Cécyle à Lund, nous avons été reçues par Laurie, chercheuse à l’université. Elle nous a fait découvrir les foraminifères, sujet de sa thèse. Ces êtres unicellulaires vivent dans l’océan et il y en a une grande variété. Elle nous a permis de visiter ses lieux de travail : nous avons vu des photos de ses fameux forams, eu des explications sur ses recherches, vu son matériel d’analyse, pris un café et un chocolat dans la cuisine du laboratoire…
Nous avions choisi d’honorer la chambre d’amis d’un des chercheurs plutôt que l’hôtel. Pendant trois jours, nous avons vécu des bouts de vie du quotidien de nos hôtes, dîné avec des Belges, des Français, des Suédois, pris part à diverses discussions au détour d’un couloir, un échange de cultures, un peu de mélange. Bref, de très bons moments, décidément bien plus agréables et enrichissants que des excursions encadrées. Merci Laurie, merci Cécyle et tous ceux que nous avons eu le plaisir de rencontrer !

Sainte Marie Joseph ! @1

Manger proprementPremière journée de mon stage en bigleuserie.
Rendez-vous avec une ergothérapeute « Vie quotidienne ».
Après les présentations d’usage, elle m’indique qu’elle va évaluer mon autonomie, mes besoins, à travers un long questionnaire très pratique. La première question est de savoir si je mange proprement. Je suis troublée. Les questions suivantes sont à la fois aussi concrètes tout en me semblant plus pertinentes. Elles me renvoient chacune à ce que je sais faire, à ce que j’évite de faire, aux précautions que je prends (ou pas), aux besoins que j’aurais (je ne sais vraiment pas), mon handicap étant comme épluché, décortiqué, mes stratégies de compensation et d’évitement itou. L’osculation est orale mais si intime !
Je suis reçue ensuite par une spécialiste de la locomotion. Même processus. Toutes les questions me portent à interroger mes manières de faire, à identifier ce qui m’est si « naturel » mais tellement guidé par ma déficience visuelle.
Je mange donc proprement, ai-je répondu à la dame qui a dû me poser la question sous trois formes différentes pour que je la comprenne. Du coup, je ne lui ai pas parlé de comment je cuisine ; elle veut me voir cuisiner ; elle découvrira ! Je mange proprement… mais avoir une déficience visuelle peut porter à avoir des difficultés à manger sans en mettre partout. Pourquoi cette question m’a-t-elle touchée à ce point ? Je ne sais pas. La dame a poursuivi en me demandant si je mangeais de tout. Là, j’ai répondu que j’évitais les plats en sauce, car ne je n’aime pas le gras de la viande, son contact dans la bouche. Et que je ne le vois pas. Que si je cuisine, je peux l’enlever au départ mais que le goût n’est pas le même…
Va falloir que je demande à la Cocotte enchantée de me cuisiner une blanquette pour conjurer ça. Et un bœuf bourguignon ? Cela me tente moins.

Lesbienne @14

Postérieur de Petit MoutonJe dois avouer que j’ai mis une main aux fesses d’un homme récemment. Je précise d’emblée que c’était tout à fait involontaire !
Enlevant ma veste pour m’asseoir dans un train, ma main a exercé un mouvement ample qui s’est terminé sur le postérieur d’un homme derrière moi qui avait trouvé ce moment-là pour se pencher. Nulle réaction, il est resté stoïque, voire plutôt assez indifférent. Et je dois dire qu’à part être embêtée, cela n’a pas provoqué chez moi plus de réactions, alors que si cela avait été une femme, je ne dis pas que cela aurait été pareil…

Incyclicité @19

Feu piétonLes feux piétons parisiens sont équipés depuis quelques années déjà d’un système sonore qui se déclenche à la demande, soit avec un bip distribué par le CCAS, soit par un bouton dissimulé sous un boîtier collé au poteau du feu. Cela s’avère assez pratique, surtout quand cela fonctionne. Certains sont muets, d’autres peu audibles, d’autres très ou trop forts mais, l’un dans l’autre, cela m’est très utile.
Cela me permet d’abord de savoir où je suis grâce à l’annonce « Rouge piéton, [nom de la rue] ». Étant donné le peu de lisibilité des plaques de rue (placées très haut et souvent cachées par les auvents des commerces), l’information ainsi donnée me rend service lors de mes treks urbains. Cela m’aide aussi à savoir si le feu piéton est vert ou rouge quand la lumière du feu est pâlotte, quand la rue est un peu large, quand le soleil couvre l’éclairage du feu… Et cela me permet enfin de m’amuser un peu en observant le comportement de mes concitoyens.
Hier, j’étais rue du Four (6e). L’endroit est très commerçant. Les piétons ont tendance à traverser au gré de leur désir ; leur nombre est un argument face aux automobiles. J’arrive pour traverser. Je ne vois pas le feu piéton baigné de soleil. Un flot automobile contraint sur le trottoir une petite dizaine de passants dont on sent l’impatience à traverser.
J’actionne le dispositif sonore. « Rouge piéton, rue du Four ». La voix est forte. Il est difficile de ne pas l’entendre. Deux dames tournent la tête vers le feu, intriguées. Les autres surveillent la circulation. Un premier piéton traverse en zigzaguant dans le trafic. Un autre suit et revient en arrière. Le feu délivre toujours son message de prévention « Rouge piéton, rue du Four ». Le flot automobile se tarit d’un coup. Les piétons traversent d’un seul homme, avec juste deux personnes qui hésitent en regardant le feu qui leur dit de ne rien en faire avant de se décider.
Le feu piéton est toujours rouge ; je suis la seule à rester sur le trottoir et à attendre la petite musique qui dit que le feu est vert. Et l’on va dire que c’est moi qui cultive l’insoumission ? Quand on sait que les piétons sont les premières victimes des accidents à Paris, je me dis que je préfère écouter les feux ! Question de survie.

Clavier @16

L'est pas beau mon pouce ?En Suède, j’ai tenté de me connecter à un accès wi-fi dans un café. Las, le mot de passe comportait une lettre de l’alphabet suédois n’existant pas en français, « å » . Après divers essais, j’avais trouvé la parade en passant en clavier suédois pour enregistrer dans un fichier le mot de passe qu’il me suffisait de copier-coller une fois repassée en clavier français. Las, je n’arrivais pas à trouver la fameuse lettre malgré les choix de « a » proposés.
Plus tard, les indications de notre hôte m’ont permis de comprendre que c’était juste à cause de ma vue défaillante (l’âge !…) que je n’avais pas vu le petit cercle sur la lettre que j’avais bien à disposition. Depuis, mon téléphone est facétieux, car de temps en temps, en raison d’une manipulation que je n’ai pas encore identifiée, il me remet en clavier suédois. Au moins, cela me rappelle de bons souvenirs. C’est d’ailleurs peut-être pour ça que cela resurgit. Merci cher téléphone intelligent qui sait quand j’ai besoin de penser aux vacances…

Brosse @30

Well well well 2Pour son deuxième numéro, Well Well Well a décidé de rompre avec la règle de grammaire selon laquelle « le masculin l’emporte sur les féminins » pour l’accord des adjectifs et des participes passés ; cette règle est récente dans l’histoire de la langue française (XVIIIe siècle) ; avant elle, l’accord se faisait sur le dernier terme de l’énumération. Tout est expliqué dans le livre de Éliane Viennot Non, le masculin ne l’emporte pas sur le féminin!, Petite histoire des résistances de la langue française (Éditions iXe) et dans cet article du Huffington Post (ici).
Je ne peux pas me faire une idée de l’effet que cela fait à la lecture (Well Well Well lutte contre le sexisme mais pas en faveur de la facilité de lecture pour les déficients visuels ; même si la police est jolie, elle est trop fine et trop petite) mais je trouve l’initiative intéressante. Pourquoi ne pas changer la règle puisqu’elle est sexiste (et édictée par sexisme), ce d’autant qu’il existait une règle antérieure qui ne l’était pas ? Je suis une grande partisane de la féminisation des termes de métier. Tout cela va dans le même sens.
Pour ce qui est de mon écriture, je ne sais pas si j’ai envie de m’y amuser. Le sexisme de la langue française m’a permis de construire (en réaction) mon style, notamment en matière d’écriture du désir lesbien. Cela n’est sans doute pas une raison suffisante pour ne pas lui tordre le cou. J’y réfléchis donc avec l’intuition que je m’y mettrai un jour.
Ceci étant, quand je suis arrivée sur le stand de vente de Well Well Well au Point éphémère le samedi 6 juin en tout début de soirée, une jeune femme a proposé à l’amie que j’accompagnais d’acheter un exemplaire. Elle a répondu qu’elle était là pour ça. La jeune femme a pris un exemplaire sur la table et, le lui tendant :
— Voilà pour vous, mademoiselle.
Mademoiselle ? Je me suis permis de lui rappeler la démarche antisexiste de Well Well Well et le fait que « mademoiselle » avait été supprimé du vocabulaire officiel suite à une campagne féministe (). Elle a accepté ma remarque avec le sourire.
— Des habitudes de langage…
Ah ! l’habitude. Quel lovelace (que je propose en masculin de « salope ») contre-révolutionnaire.

Villes @5

Blog Pièces jaunesAu cours d’une promenade, j’achète des cartes postales chez un buraliste et me laisse tenter par un jeu de grattage à un euro. En chemin, je m’attaque à ma chance. D’emblée, je gratte par mégarde sur le « Nul si découvert » que je laisse à moitié caché. Je gratte alors sur les cases et apparaît un gain total de deux euros. Je suis bien embêtée et me demande si mon ticket va être accepté. Un buraliste plus loin, c’est bien le cas. Je prends un euro et un autre ticket. L’euro me sert à acheter une canette et le petit carton va dans poche arrière de mon jean. C’est bien mon jour de chance !
Je prends alors un vélo pour me trouver un endroit à tranquille où siroter ma boisson. Là, je cherche mon ticket : impossible de le retrouver ! Bon, mon jour de chance se résume à ne pas avoir perdu d’argent. Quant à ne pas en avoir gagné, je ne le saurai pas puisque je n’ai jamais retrouvé le ticket. C’est donc au moins d’éviter de ne pas avoir pas de chance. C’est déjà ça.

Canette @28

BioJ’ai accompagné Isabelle prendre un train Gare Montparnasse. Nous étions en avance. Elle m’a offert un café. Elle a pris un soda. Le temps que les automates fassent leur office, j’ai repéré une drôle de machine qui avale verres en plastiques, canettes et bouteilles avec la promesse d’un tirage au sort pour gagner des bons d’achat.
En Suède, j’avais été bluffée par le système de consigne. Partout, des machines récupèrent les canettes contre de la menue monnaie. Isabelle s’est vue ainsi suivie par un très gentil SDF (parlant anglais et connaissant la France) qui voulait récupérer sa canette vide. Au moins, les rues sont propres, les canettes recyclées, et les SDF défrayés.
J’ai donc mis mon gobelet dans la machine et ai gagné un panier de fruits et légumes dans un magasin bio pour une valeur de 4 euros ! J’y suis allée. J’ai pu choisir ce que je voulais et ai découvert les blettes arc-en-ciel en plus d’un peu de rhubarbe et d’un radis noir. Délicieuses les blettes ! N’est-ce pas une bonne idée ces machines ?

Route @8

Caddie au bain 1Le Journal de la santé du 2 juin 2015 a consacré un sujet à une campagne de prévention contre les noyades accidentelles. Après quelques chiffres, sont données des consignes pour éviter les accidents, en piscine d’abord, puis à la plage.
Ma dernière baignade maritime a plus de dix ans mais la dernière des consignes me laisse perplexe : « Ne pas se baigner après une longue exposition au soleil. » Je pense à tous ces gens alignés sur leur serviette qui auraient envie d’aller se rafraîchir après une longue exposition au soleil, ou à sa chaleur sous parasol. Quelle frustration !
Autant dire que le conseil me paraît d’emblée caduc, pas moins que le sujet d’ailleurs, introduit par cette phrase. « La baignade tue cinq cents personnes par an. » Et on laisse une telle criminelle en liberté ? Caddie me suggère qu’elle serait en cavale avec la route et l’alcool, de sacrés serials killers !
Quel drôle, ce Caddie !

À table ! @23

CocottePuisque vous voulez que j’amuse la galerie pendant que la Principalate se dore la cannelle dans les saunas suédois (ça va sentir bon), eh bien ! je vais vous raconter quelque chose que j’ai vu à la télé.
— C’eeest rigolooooo ?
Oui Petit Mouton, bien sûr !
Au Magazine de la Santé (que j’aime beaucoup, comme mon amie albinos), il y avait il y a une dizaine de jours un intervenant dont je ne connais pas la qualité. Il parlait diabète et nutrition afin d’expliquer les sucres lents, les rapides, comment les éviter (ne pas manger de fruits, par exemple), les assimiler au mieux avec l’idée que je croyais pourtant révolue que le diabète de type 2 est uniquement question d’alimentation. Passons.
L’homme parlait avec assurance, donnant des « réflexes » de nutrition à développer, comme celui qui consisterait à manger les légumes avant toute autre chose au début du repas : rempli de fibres, l’estomac assimilerait mieux les sucres, qui doivent être consommés en dernier, après les protéines qui aident aussi à leur assimilation. Et le voilà de donner un exemple.
— Prenez un couscous. Vous le mangez en trois temps : d’abord les légumes, puis la viande, puis la semoule.
Sur le plateau, les présentateurs adhèrent totalement à son propos, trouvant même l’idée « géniale » ! De mon côté, j’ai failli m’étrangler, et Jo aussi. Et pas parce qu’on mangeait de la semoule toute sèche sans légumes ni viande. Ont-ils déjà savouré un couscous ces gens-là pour proposer de le manger de cette façon ? Que des idiots !
— Le couuuscouuus c’eeest paaas rigolooooo !
Mais si, Petit Mouton. On ne fait plus le couscous qu’avec du collier de tofu.
— Et de la seeeleee de seiiiitaaaan ?
Exactement Petit Mouton ! Tu es très doué en cuisine !
— Aveeec tooooi, jeee preeends de laaaa graaaaineeee.
Tu es si spirituel, Petit Mouton ! Si spirituel !