Archives mensuelles : mai 2015

Bigleuse @60

Malmö plageNous sommes sur la plage de Malmö avec Isabelle. Je vois une sorte de pont (qui se révèle être un ponton) qui mène à quelque chose qui ressemble à une grosse maison. Isabelle en voit plus que moi mais n’arrive pas à identifier la chose.
Nous avançons sur la plage, luttant contre le vent, pour nous rapprocher. Les indications à l’entrée du ponton ne nous disent rien. Le bâtiment apparaît néanmoins à Isabelle comme des bains maritimes. Elle remarque un homme avec une serviette qui confirme son analyse.
Nous repartons côté ville, repues de vent et sans confirmation. Histoire de tester mon anglais, je m’adresse aux deux personnes qui s’avancent vers nous.
— Excuse-me. Can you say us what it is ?
Mes interlocuteurs font de grands gestes, éructant quelques mots qui ne font pas sens. Du suédois ? Que nenni. Isabelle me glisse à l’oreille qu’ils sont sourds. « C’est bien ma veine », dirait Sophie Daumier ; il a fallu que, bigleuse, je tombe sur les deux sourds en vadrouille sur la plage de Malmö. Vive la grande famille des éclopés !

Anniv’ @21

Anniv' Cecylou 2015— Oh !!!! Ouiiiii !!!! C’est un jouuuur de bonsivraisert !!!!!!!
— Et pas n’importe lequel. L’anniv’ de notre Cécylou.
— Suuuuuper ! Y va y avoiiiiir fêêêête à la courgetteeeeee…
— Et gâteau, et cadeaux, chouette on va lui dire encore et toujours qu’on l’aime.
— Ouiiiii, on l’aimeuuuuuuh !
— Petit Mouton, ça c’est quand tu parles à Vache avoine. Elle est pas vache notre Cécylou.
— Ben, on l’aiiiiime !!!
— C’est ça. Bon, allez, on s’bouge, on a un anniv’ à préparer.
— C’est fooooot !!!!
— Aujourd’hui, on dit « C’est judo ! »
— Plein des biiiiisous de toooooute la baaaande Petit Scarabée !!!!

Mariage @27

Sos Homophobie« Gouine are Family ». Vous vous souvenez ? C’était le slogan du char de Gouine comme un camion, l’année dernière, à la marche des Fiertés, symbole de cette « famille » à laquelle nos militants de l’égalité des droits aspirent en nous permettant de nous marier, d’avoir des enfants, de « faire famille » comme diraient mes amis de David et Jonathan.
On peut bien sûr être une famille sans se marier ni procréer, au point d’ailleurs que l’égalité des droits se confond parfois avec « l’égalité des droits des familles », négligeant ainsi les droits personnels et individuels au profit de droits « familiaux » qui nous sont accordés pour mieux nous permettre d’apporter notre barreau à l’ordre social.
Je publierai bientôt mon intervention à l’université de Lund où je reprends ma critique du modèle famillialiste que j’avais entamée ici, et . D’ici là, la conclusion du dernier rapport de SOS Homophboie me fait sourire (jaune, bien sûr) :

« Déclarer à ses proches que l’on est homosexuel s’avère toujours aussi difficile dans beaucoup de familles. La preuve avec les chiffres du rapport annuel de SOS homophobie rendu public mardi. En 2014, l’association a reçu 230 témoignages de victimes d’actes homophobes perpétrés dans le contexte familial. Une hausse de 11 % sur un an, qui inquiète Yohann Roszéwitch, son président. » (20 minutes, 13 mai 2015).

Et moi qui entends partout dire que la famille nous protège, nous aime, demeure l’espace idéal pour l’épanouissement individuel ! Peut-être serait-il temps de faire face à la réalité, même si elle est dure : non, la famille n’est pas un havre de paix ; elle est le premier lieu où s’expriment les violences individuelles et sociales. Le sort que la famille réserve aux femmes nous le dit depuis longtemps ; faut-il que les homosexuels en prennent conscience pour qu’enfin ils s’attaquent à cette institution qui fonde l’ordre bourgeois, hétérosexiste et raciste plutôt que de la défendre ?
Suspens.

Forêt @5

L'est pas beau mon pouce ?Je suis dans le TGV qui me ramène de Saint Jacut de la mer. En gare de Rennes, le message d’accueil du contrôleur me saute aux oreilles, « Les téléphones portables doivent être mis en mode silencieux. »
Et les enfants en bas âge ?
Ils sont trois dans notre wagon de 1ère. Depuis une heure que nous sommes partis, l’un d’eux n’a pas cessé de pleurer, les deux autres lui faisant écho en alternance. Dis, monsieur le contrôleur, il est où le mode silencieux ?

Aïe ! @15

Malmö gareComment deux Françaises peuvent-elles se faire remarquer en arrivant à l’étranger ? En parfumant l’atmosphère au bordeaux. À peine installée dans le train ralliant Copenhague à Malmö, je positionne la valise sur un côté sans roulettes et voilà des effluves qui flattent nos narines. Nous avons la même idée : une bouteille de vin rouge s’est cassée. L’odeur ne peut pas venir du vomi de la gamine qui s’est lâchée juste devant nous au moment de sortir de la rame.
Arrivées à la gare de Malmö, nous ouvrons la valise : un sac de morceaux de verre et de liquide à la poubelle. Suivront une paire d’espadrilles dans son sac, deux serviettes de toilette avec des gants, des mouchoirs en papier…
Le plus dur fut de faire partir l’odeur de vin de la valise. Cécyle y arriva à grand renfort de produit nettoyant très efficace suivi d’un bon moment dans la buanderie. Reste une belle tache informe. Dommage, elle aurait au moins pu au moins ressembler à la carte de France.

À table ! @22

À l’abbaye de SaiSaint Jacutnt Jacut de la mer où se déroulait l’anniversaire de Genespoir, association française des albinismes, nous avons fort bien mangé. C’était bon, et chose plus rare, très pauvre en trop gras trop salé trop sucré. Des légumes, de la soupe, plutôt du poisson, des céréales, des fruits ; peu de gâteaux ou choses grasses et sucrées en dessert, des féculents en quantité très raisonnée, du pain type complet… J’ai même trouvé parfois que cela manquait d’un peu de sucre sur la fin du repas, d’un biscuit pour pousser la salade de fruits frais, d’un carré de chocolat avec le café.
Si l’on ajoute à cela la participation demandée au service, le décor, les sœurs à l’accueil dès la fin des laudes et le crucifix au dessus du lit, j’ai retrouvé dans cette maison d’accueil l’ambiance apaisante des week-ends de David et Jonathan et le confort simple mais efficace de ces lieux catholiques convertis à l’hostellerie.
Et le dimanche, au cul de la tasse à café posée à l’envers comme chaque midi à chaque couvert, un caramel. Le caramel du dimanche, je suppose, peut-être la gourmandise autorisée aux sœurs qui occupaient autrefois ces lieux ? L’attention était si désuète en ce monde de consommation tous azimuts, si touchante. Mon émotion était grande, celle de mes camarades de table également. On a devisé un peu, craint pour nos dents… Mais non, il n’était pas collant.
Il était juste bon, et si doux ce caramel, petite attention divine dont je me souviendrai longtemps. Merci mes sœurs. Mes tours vous embrassent.

Agit-prop’ @12

Sucette anarÀ la manif du 1er mai, il y a des syndicats, des partis politiques, des associations, des militants, des sympathisants. L’ensemble est plutôt dans une ambiance de gauche, voire d’extrême-gauche. Il y a aussi des anarchistes, avec un stand de la Fédération anarchiste. On y trouve des tracts, des livres, des revues et… des sucettes ! Vente de sucettes, prix au choix. Ni Dieu, ni maître, mais sucette.

Ils @6

CafDe récents soucis administratifs m’ont contrainte à me rendre dans les locaux d’un centre de gestion de la Caisse d’allocations familiales pour la première fois de mes trente ans d’allocataire. D’ordinaire, même s’il faut du temps, un ou deux courriers suffisent à régler le souci. Pas là.
J’en étais d’autant plus contrariée que je devais mobiliser Isabelle pour m’accompagner avec l’idée qu’on allait y passer la journée dans des conditions d’accueil exécrables. J’ai en effet une image déplorable des « services sociaux » : rupture de prestation sans préavis, modification des attributions sans détail des motifs et des modes de calcul, définition des conditions d’attribution a minima, délais de réponse de deux mois à presque un an, utilisation d’un langage abscons, demande de justificatifs à répétition, démarches en ligne réduites à la portion congrue, téléphones qui sonnent dans le vide, attente interminable dans les services, porte close aux heures normales d’ouverture,… La liste est longue (et ne concerne bien sûr pas que la Caf).
Tous ces « déboires » accumulés dans le temps font que je cultive une certaine appréhension au moindre changement de situation ou lors de nouvelles échéances tant il ne se passe pas une année sans que je ne doive affronter ce fonctionnement administratif qui me donne le sentiment que le demandeur est par nature un fraudeur qui va chercher à tirer le maximum, le « service » s’organisant pour le piéger et veiller au grain.
N’en va-t-il pas de la bonne utilisation des deniers publics ? Il en va, en effet ; rien n’est dû et je dois me préparer à réagir avec efficacité face à l’attaque administrative.
Je suis donc allée au centre de gestion un mercredi à l’ouverture avec Isabelle, un gros dossier sous le bras et une très courte nuit de sommeil dans les jambes. Le centre etait fermé « exceptionnellement » pour mieux traiter les dossiers en souffrance. Rien n’était dit de cette fermeture sur le site Internet. On se rabat sur un autre centre, fermé également. Mes inquiétudes et a priori se confirment. On me maltraite, par principe.
Le lendemain, une nouvelle courte nuit dans les jambes, on se présente avec Isabelle dans un autre centre. J’ai envie de pleurer, la tension, le manque de sommeil, la peur de la nouvelle mauvaise blague que cette administration va me faire.
Nous sortons du centre de gestion une heure à peine après y être entrées, après avoir vu trois agentes plus aimables les unes que les autres, compétentes, compatissantes, donnant des conseils avec des arguments auxquels je n’avais pas pensé (j’avais pourtant sacrément ruminé), sans la solution immédiate de mon problème mais avec quelque chose de plus précieux que les euros en jeu : la sérénité.
Cette visite m’a permis de comprendre que ce n’était pas moi qui était en cause, que personne ne pensait que je trichais, que les agents de ce service public font ce qu’ils peuvent avec une réglementation incomplète et contradictoire, qu’ils ont des chefs et des contraintes qui ont eux-mêmes des chefs et des contraintes, en un mot qu’il est essentiel de distinguer l’administration des personnes qui la font fonctionner.
Je voudrais donc m’excuser auprès de ces agents publics dont je médis si souvent. Ils agissent véritablement pour le service des allocataires et, si je dois m’opposer à quelque chose c’est au fonctionnement administratif lui-même. Car il est évident que si ces agents appliquent la loi (ils sont payés pour cela), ils n’ourdissent aucun complot contre les usagers que nous sommes. Ils peuvent même faire preuve de résistance, là où c’est possible.
Alors, bien sûr certains ont des comportements forcément plus grégaires que d’autres. Mais je tâcherai à l’avenir de ne plus craindre les personnes. Mes soucis n’en seront pas moindres mais, qui sait, peut-être que je dormirai mieux ?

Charlie @8

Je suis à LundEn balade dans la ville universitaire de Lund, Suède, dans une petite rue, nous avons été rattrapées par une réalité parisienne : deux autocollants « Je suis Charlie » apposés sur des panneaux.
On n’y échappe décidément pas !

Fenêtres @13

TéléPendant plusieurs semaines, je n’ai pas eu accès à France 3. Toutes les autres chaînes fonctionnaient, pas la 3. Comme je ne m’en rendais compte que le dimanche soir au moment de la série policière, je reportais mon appel à mon FAI au lendemain. Puis j’oubliais. J’ai ainsi dû mettre trois semaines à appeler le service technique.
Premier appel. Cinquante minutes sur mon forfait téléphone. J’explique. La dame me dit de débrancher et rebrancher le décodeur. Ce que je. Je réinstalle les chaînes. La 3 est toujours hors service. La dame s’engage à me créditer d’une heure d’appel et à réparer. Elle va me recontacter. L’heure sera créditée. Elle ne rappellera pas.
Deux semaines plus tard. Deuxième appel. Trente minutes sur mon forfait téléphone. J’explique. Le monsieur me fait refaire les mêmes manips. Cela ne fonctionne toujours pas. Le monsieur s’engage à une réparation dans la semaine. Je demande que soit déclaré un incident avec dédommagement forfaitaire. Il me raccroche au nez.
Troisième appel. Une semaine plus tard. Dix minutes sur mon forfait téléphone, une heure de conversation en tout. J’explique. Une première dame veut que je refasse ce que j’ai fait deux fois. Je refuse. Elle fait des tests, me fait un rabais de 15 euros et me passe son superviseur. Je parle de la durée de communication. Il me rappelle et crédite une heure de forfait sur deux mois. Il insiste pour que je refasse les mêmes manips. On refait tout. Il dit qu’il faut changer le décodeur et me promet de rappeler trois jours plus tard à une heure que nous fixons ensemble.
Je change de décodeur. La 3 ne fonctionne toujours pas. Le monsieur ne rappelle pas.
Quatrième appel. Quarante minutes sur mon forfait téléphone. Mon interlocutrice veut que je refasse toutes les manips. Je refuse. Elle s’agace. Moi aussi. Je demande à parler à son superviseur. Elle n’insiste pas. Ma seconde interlocutrice compatit au délai, dit qu’il ne fallait pas changer le décodeur, qu’elle ne sait pas ce qu’il se passe. Elle déclare officiellement un incident. Je reçois un mail de confirmation. Il mène à une page qui indique qu’il n’y a pas d’incident.
Trois jours passent. Mon FAI m’appelle pour dire qu’un technicien va venir un jeudi. Je n’en reçois aucune confirmation. Je suis là. Le monsieur arrive. Il va dans les armoires à l’étage inférieur chercher ma ligne. Il débranche une à une toutes les lignes jusqu’à ce que je lui indique par téléphone que l’image s’arrête. Il teste ainsi une vingtaine de lignes. La mienne n’est pas dedans. Il me dit qu’il va aller deux étages au-dessus. Il se fait arrêter sur le palier par une voisine agréable mais que je sais très dépressive. Elle est en pyjama. Elle explique que la télé vient de couper dans sa chambre. Il a bien remarqué que l’une des lignes n’avait plus de prise mâle, que le fil était à nu. Il l’a remis comme il a pu.
Un quart d’heure plus tard, il a trouvé ma ligne. Il répare. Je signe le papier. Ma voisine fait le pied de grue sur le palier.
— Vous me réparez ma télé !
Et avec elle, combien de voisins ont été débranchés ? Je l’ignore.