Sauna @22

BoudhakarathaiMa vie sentimentale, vous l’aurez remarqué, n’est pas un long fleuve tranquille. Sans doute que je m’y ennuierais, d’ailleurs, si tel était le cas. Je ne me plains donc de rien même si chaque rupture résonne comme un échec, raisonne comme un échec… non parce que la relation aurait été trop courte, insatisfaisante ou autre ; mais par ce qu’elle met en cause, à travers le regard de l’autre, de mes comportements, de mes attentes, de mes choix, de cet équilibre que je construis au fil du temps. Et que je revendique.
Il est en effet de moins en moins question pour moi de renoncer à ce qui me structure et m’apaise par désir amoureux ni de renoncer à l’idée que j’ai de la vie en partage. Ma manière d’être au monde et aux autres est le produit d’un long travail personnel mis en pratique dans mon quotidien près de mes amis, de mes professeurs et partenaires de judo, de mes comparses d’actions militantes, de mes amoureuses et de tous celles et ceux que je croise un instant ou quelques heures au gré de ma vie sociale.
Si je devais résumer en deux mots, je dirais : partage et respect, avec l’idée de toujours aller vers plus de bienveillance. Cela signifie pour moi que les autres sont ce qu’ils sont et que si je prétends les aimer, cet amour ne peut se construire autrement que dans un échange où chacun privilégie ce qu’il est sur le désir de plaire. Des choses simples, me direz-vous ; si simples que cela ne fonctionne pas, sans doute parce que ces mots « partage » et « respect » n’ont pas le même sens pour tous.
Je remarque aussi que le désir amoureux colle un enjeu (il faut que « ça marche ») qui pourrit l’échange sans doute parce que justement la peur de déplaire, la peur de mal faire, de mal-être, ne peuvent que corrompre le désir, mon désir. Il est vrai que pour qu’il y ait partage et respect entre deux personnes, il faut que les deux se sentent d’emblée à égalité, d’emblée capables d’apporter à l’autre, de donner au monde, d’emblée convaincus que l’autre n’est pas meilleur, juste différent et tout aussi faillible que soi.
N’est-ce pas finalement là que le bât blesse, dans cette idée que l’autre serait d’abord admirable avant d’être aimable ? Il l’est, bien sûr ; comme tout un chacun. Mais cela n’est qu’une part de ce qu’il est. De ce que je suis. J’ai déjà fait référence à d’autres occasions sentimentales au fait que je me fais piéger par des sentiments d’admiration que j’interprète comme des sentiments amoureux. À ce jeu-là, mon désir ne tient guère tant l’admiration, notamment pour mon travail, n’est rien à l’aune de ce qu’il me semble nécessaire à l’amour.
Vous Hétéronautes avertis (pléonasme !), savez bien que je suis aussi faillible et qu’à négliger ma faillibilité, on n’aimerait qu’une représentation grotesque de ma personne. J’avoue d’ailleurs ne pas trop comprendre comment des gens en tout point remarquables entrent dans des logiques de renonciation à l’égalité, des logiques d’auto-dérision et de mutisme auto-castrateur, et confondent ainsi « partage et respect » avec « héroïsation ». Comment peut-on croire qu’aimer l’autre serait le formater à l’image idyllique que l’on a d’elle ou de lui sans considération aucune pour ses failles et ses souffrances ?
Je l’ignore.

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