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Metro @15

RATP informationPour rentrer du judo, j’ai une petite heure de transport le plus souvent entre 22 heures et 23 heures. Si j’ai le sentiment, comme beaucoup de Franciliens, que la circulation des métros et des RER est plus chaotique qu’il y a quelques années, au moins l’information donnée est plus complète ; cela ne fait pas avancer le métro plus vite mais savoir pourquoi on attend réduit le sentiment d’attente. Nous avons donc les arrêts pour « régulation », les lignes ralenties pour « voyageur malade », « personne sur les voies » ou autre « incident d’exploitation » quand ce n’est pas une rame qui « stationne » quelque part. Il y a aussi les insupportables « accidents graves de voyageur », très fréquents le soir entre 22 heures et 23 heures…
Je n’ai pas fait de statistiques mais l’information me glace à chaque fois car tout Francilien sait de quoi il s’agit : d’un suicide ou de sa tentative. Un article du Parisien de 2013 annonce quatre cents suicides par an sur le réseau francilien, dont une tentative tous les cinq jours dans le métro parisien. Comment ne pas frémir à ces chiffres, ne pas être ému par ces annonces ?
Et comment se satisfaire des termes de l’annonce ? Un suicide n’est pas un accident. Comment dire, alors ? « Suite à la tentative de suicide d’un voyageur, le trafic sur la ligne x est interrompu. » Pourquoi pas ? Parce que c’est plus anxiogène de dire « tentative de suicide » (que je choisis plutôt que « suicide » parce qu’au moment de l’annonce il est difficile de connaître l’issue) ? Mais comment pourra-t-on efficacement lutter contre le suicide en utilisant des euphémismes qui cachent la souffrance qui mène à cette « mort volontaire » ?
Aujourd’hui, il y a deux fois et demie plus de morts par suicides que par accidents graves d’usagers de la route, sachant que nombre de ces « accidents graves » sont également des suicides. Je ne sais pas ce qu’il faut faire bien que je sois certaine que se voiler la face est la pire des solutions, que l’on soit dans le métro, à la maison, au travail, ou dans n’importe quel lieu public. Il y a forcément près de nous, nous peut-être, quelqu’un qui pense au suicide. N’éludons pas la question, même si l’on a très peur de la réponse. Ne restons pas à un « Oui, ça va. » que l’on sent faux même si l’on ne peut pas empêcher grand-chose ; essayons. Parlons de la mort, celle que l’on se donne, celle qui nous prend, celle dont on ne veut pas, ou dont on veut. Ce n’est pas triste comme sujet, surtout quand on est vivant !