Va chez l’gynéco @19

Cette affaire de dentiste me rappelle « mes débuts avec ma-Jeanine ». Je vous avais dit, une grosse engueulade mais il y a eu aussi (avant ou après, je ne me souviens pas) une affaire d’appareil dentaire. Je suis émue à ce souvenir. Je pense souvent à ma-Jeanine. Elle me manque.
Donc… J’ai toujours eu des dents fragiles, un premier bridge à 18 ans, deux autres, beaucoup de couronnes. J’avais alors une dentiste de la vieille école adepte de la conservation avec des montages parfois hasardeux mais qui m’avaient permis de garder de quoi manger assez longtemps. Elle adaptait également ses tarifs au budget de ses patients. Et elle a pris sa retraite.
Je suis donc allée chez la dentiste en bas de chez moi que des voisins m’ont recommandée. Quelques soins puis, un jour, une nouvelle racine casse. Il me manque désormais trop de dents pour manger et pour accrocher un nouveau bridge. Le verdict est sans appel : appareil. Quand celui-ci tient encore à quelque chose, on ne dit pas « dentier », juste « appareil ». Mais cela y ressemble et, à quarante ans juste passés, cela m’a fait mal. L’impression de vieillir prématurément, sans doute. La peur que mes baisers ne s’en ressentent, et que mes pratiques sexuelles soient diminuées…
Ce jour-là, c’était jour de « thé des locataires ». J’y vais avec une grosse envie de pleurer. Ma-Jeanine est là, avec d’autres. Thé. Crêpes. Je raconte le dentiste, l’appareil, mes craintes… Et là, sans prévenir, ma-Jeanine s’exclame :
— Qu’est-ce que tu t’inquiètes ! On en a toutes des appareils et personne ne le voit !
Joignant le geste au verdict, la voilà qui sort deux appareils dentaires de sa bouche et les pose sur la table. Deux autres locataires présentes rient et font de même. Je suis estomaquée. Comment peut-on ainsi exhiber des choses si peu ragoûtantes ?
— Mais c’est la vie ! continue Ma-Jeanine en se mettant à raconter des histoires cocasses de dents égarées et autres appareils en perdition.
La vie, oui ma-Jeanine. La vie. Il m’a fallu longtemps pour embrasser une fille avec mes nouvelles dents et, dans la foulée, me rendre compte que mes pratiques sexuelles n’en pâtissaient pas. Ouf !

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