Archives mensuelles : novembre 2014

Clé @12

Hotel SevillePour ma première nuit de vacances en Espagne, je m’étais couchée tôt, fatiguée d’une nuit courte, du voyage, du contrecoup de mois intenses de travail…
La chambre donnait sur le hall de la réception, mais le bruit ne me réveilla pas jusqu’à entendre vers minuit et demi quelqu’un tentant d’ouvrir ma porte avec une clé. J’étais bien réveillée lorsque j’entendis une seconde tentative. Je percevais dans le fond des voix plutôt calmes.
J’ouvris alors la porte et vis un groupe de cinq ou six hommes, plusieurs avec bagages, visiblement tout juste arrivés. Je dis alors en français « Il doit y avoir une erreur. »
Il y eut petit un temps avant qu’un homme au milieu du groupe me réponde en anglais « Je suis désolée, j’ai cru que la chambre était vide. »
C’est bien la première fois que je me retrouve dans un hôtel où le réceptionniste de nuit ne sait pas quelles chambres sont libres. Quel début de vacances !

Couperet @6

ParapluiesIsabelle vous a déjà proposé un billet sur notre visite de la prison Sainte-Anne d’Avignon (ici). Je dis bien « visite de la prison » car le reste, je l’ai ignoré tant il m’a semblé une injure à celles et ceux qui ont vécu en ces lieux.
Une des cellules était vierge de tout art contemporain. Les murs, sales et écaillés, gardant les traces des lits superposés. Une fenêtre opaque de crasse, de grillage et de barreaux, trop haute de toute façon pour y voir quelque chose. Une paillasse avec un lavabo, un miroir cassé, des traces d’étagères, le restant d’un support de télé, les deux gros tuyaux qui font office de chauffage, un sol mal carrelé, une porte épaisse avec son œilleton et ses deux énormes verrous sans proportion avec le risque d’évasion, et des toilettes à la turque, puantes comme si elles venaient de servir.
Je suis restée là un moment, à chercher entre ces murs les cris des prisonniers, espérant apaiser ceux de celles et ceux qui y sont encore, ici, ailleurs, partout dans ces prisons qui puent notre sale manière de traiter voleurs et assassins. Un homme est entré.
— Ça pue !
— Oui, monsieur. Ça pue, la prison.
Il est ressorti aussitôt, gêné de ma remarque. Pourtant oui, ça pue, nous puons tous d’accepter que nos détenus soient ainsi parqués dans la fange et la surpopulation. Quel que soit le crime ou le délit commis, personne ne doit être ainsi privé de sa dignité. Personne.
J’ai pensé un instant que c’était ma première prison. Mais il y avait eu Gorée. J’ai pensé aussi que ce lieu semblait fait d’assemblage et de bricolage perpétuels, rien n’étant semblable d’une cellule à l’autre à part la misère et la barbarie de ces incarcérations. J’ai pensé aux surveillants, aussi mal lotis que les détenus, fonctionnaires devant gérer chaque jour notre système carcéral qui fait si peu de cas des personnes et de leur intégrité physique et morale. J’ai pensé à Genet, cherché les traces de ces femmes et ces hommes pour les emmener dehors. J’ai pensé qu’il ne faudrait jamais que je sois arrêtée. J’ai pensé que j’avais eu l’idée d’intégrer le Génépi quand j’étais étudiante et que je ne l’ai jamais fait. J’ai pensé, éprouvé, avec une forte envie de pleurer, de crier, de péter sa gueule à ces visiteurs qui faisaient mine de ne rien voir de cette prison. Je suis ressortie sous la pluie battante, épuisée, triste, désespérée tant le monde qui était là ne semblait pas près de changer.

Exposer @6

ParapluiesÀ Avignon avec Cécyle, nous somme allées voir « La disparition des lucioles », exposition de la collection Lambert présentée « hors les murs » durant les travaux de l’hôtel Gramont. Le site choisi pour cette présentation est la prison désaffectée Sainte-Anne. Les œuvres sont installées dans des cellules. Des archives du ministère de la Justice et de l’administration pénitentiaire sont aussi montrées, exposant crûment la condition d’hommes et de femmes ayant été condamnés à la prison ou aux travaux forcés.
Nous y allons un jour de fortes pluies et voilà les grilles de l’entrée transformées en vestiaire à parapluies. C’est la seule note drôle dans ce lieu où le pathétique dérisoire de la piètre qualité des œuvres ne peut rivaliser avec le pathétique de l’abjection du lieu dans lequel des détenus ont été entassés jusqu’à il y a encore douze ans.
Un aménagement sommaire a été effectué pour présenter la collection au public : renforcement de la sécurité incendie, quelques installations électriques supplémentaires… Le reste est dans son état de délabrement et d’insalubrité poliment masqué sous le vocable de « vétusté » qui rime tant avec inhumanité.
Il y a de nombreux enfants parmi les visiteurs. Au cours de ce long parcours de visite, une petite fille ressort d’une cellule où se trouvent des archives pénitentiaires et geint « Encore des histoires de prisonniers… » Pour certains, il s’agit bien de « prison niée » dans une visite s’abstrayant du lieu. Toutefois, j’espère que pour beaucoup, cela aura été comme pour Cécyle et moi, la visite d’un lieu portant l’histoire de ces femmes et ces hommes. L’écho du vécu de ces indigents enfermés au cœur de la ville pour mieux les mettre au ban de la société aura primé pour nous sur le prétexte dérisoire de quelques œuvres d’art contemporain fort indigentes elles aussi. Leur présence soulignait l’obscénité de leur côte sur le marché de l’art au milieu du dénuement et de la pauvreté de ceux qui les ont précédées en ces murs.

Rencontre @5

La photo date un peu…

La photo date un peu…

Quand je vais à Avignon, je profite du voyage pour aller dérouler le long du Rhône. Vous savez déjà ça. Lors de mon dernier séjour, le dimanche, je me suis retrouvée sous un « épisode cévenol » les pieds un peu dans la boue d’un autre épisode du même type datant de trois jours. Je n’ai donc fait qu’un passage le long du Rhône pour limiter les risques de glissades et suis montée au rocher des Doms. Un tour. Triangulation. J’ai pris le chemin du retour, trempée pire que trois soupes.
Le lendemain, après un passage le long du Rhône, je suis remontée sur le rocher toujours pour éviter trop de boue. J’ai fait un premier tour et, arrivée près de la table d’orientation, une femme m’interpelle.
— C’est mieux qu’hier ! Vous étiez sous la pluie.
— Et qu’est-ce qu’il tombait !
— Personne ne court par ce temps-là.
Je souris et attaque mon deuxième tour. Je songe que la dame ne me verra pas demain. Je regrette de ne pas avoir pu le lui dire.
Un quart d’heure plus tard, je décide de rentrer. Je prends l’escalier pavé très glissant qui longe la prison. Je descends en marchant par précaution.
— Ah, vous vous reposez !
C’est la même dame.
— Moi aussi je cours mais sur le plat.
— A Paris, je cours aussi sur du plat.
— Vous êtes en vacances ?
Je réponds oui. Elle me les souhaite bonnes et l’on se dit au revoir. Me voilà rassurée. Elle ne sera pas surprise de ne pas me revoir. Quelle importance ? Celle de ne pas abuser de sa sollicitude. J’y tiens.

Chouette @12

Blog 4 ansOhlalalalalala ! Isabelle rentre aujouuuuuurd’hui à la maisoooooon. C’est suuuuper ! On est coooontent qu’elle reeeentre. On a biiiiien joué au foooot pendant ses vacaaaaaances, mais maintenant faut raaaanger !!!
J’espèèèrère qu’on va paaaaas faire des bêêêêtises et qu’on va riiiiiien caaaaaasser. Mais Isabelle et Cécylou diiiiisent que c’est pas forcement graaave, faut pas s’attaaaaaacher aux objeeeeets, mais bon c’est suuuurtout Cécylou qui diiiit ça !

Pauvres enfants ! @25

HalloweenChacun sait que je n’aime pas les enfants. Illustration.
Le mercredi 29 octobre dernier, en sortant de chez moi, je remarque une affiche dans une pochette en plastique collée sur la vitre de la porte extérieure de l’immeuble. Je suis intriguée. Je m’arrête pour lire. Je comprends que cela a un rapport avec Halloween mais n’arrive pas bien à tout déchiffrer.
Le lendemain, jeudi, je descends dérouler. L’affiche a disparu de la porte. Quand je reviens, je remarque que l’affiche est par terre, à demi déchirée, et la pochette en plastique en deux morceaux. Je ramasse le tout avec précaution, remonte chez moi, fais ma gym, prends ma douche et bois mon deuxième café.
Je regarde l’affiche. Je dois pouvoir la réparer en la gardant lisible. À grand renfort de scotch, je m’y emploie. Je la remets dans sa pochette en plastique, face écrite du côté où elle a été déchirée. Je mettrai cela contre la vitre, à l’intérieur de la porte. Cela la protégera. J’en profite pour achever de déchiffrer l’affiche et me promets de ne pas répondre si l’on sonne vendredi en soirée. Il ne manquerait plus que je partage mes bonbons avec des enfants excités par des sorcières en courge d’Amérique !
Je redescends en milieu d’après-midi pour aller à Cineffable. Je prends l’affiche, le rouleau de scotch, et m’applique à remettre l’affiche en place. Je rentre en milieu de soirée. Au moment où je sors mon passe, je remarque que j’ai collé l’affiche… à l’envers !
Jacques L, disait d’un acte manqué qu’il est un discours réussi. Pardi !

Brosse @26

Salon de coiffureUn salon de coiffure de Villeneuve-lès-Avignon présente un panneau de tarifs illustrant les pires clichés sexistes associés à la coiffure : plus de quinze lignes pour « Elle » et une ligne pour « Lui ». La prestation « Shamp. coupe brushing » pour « Elle » est onze euros de plus que la même pour « Lui ».
La palme revient à la seconde ligne de prix pour « Elle » : « Shamp. coupe enfant ». Parce que les hommes n’accompagnent pas les enfants chez le coiffeur ? Pathétique vision de la société…

Écrivaine @21

NavetsLe Magazine de la santé sur France 5 du 27 octobre 2014 a invité un auteur célèbre qui a participé à un livre « entièrement bénévole » pour soutenir une bonne cause. Voilà bien une formulation qui m’agace au point que je dégaine Tranquille au milieu de mes navets à la tomate pourtant fort bons.
Car qui est « bénévole » dans l’affaire, autrement dit, qui n’a pas été payé (sans parler des produits qui ont permis au livre d’être créé, fabriqué, distribué et vendu) ? Les professionnels de la chaîne papier, de celui qui a planté l’arbre à l’ouvrier qui a sorti le papier de la chaîne ? Ceux qui ont fabriqué l’encre ? Les employés de l’imprimerie ? Les différents livreurs qui ont transporté matière première et produit fini ? Les libraires et les autres acteurs qui ont diffusé le livre ? Les journalistes et techniciens sur le plateau de France 5 qui ont permis la promotion du livre ? Les correcteurs, graphistes et autres employés chez l’éditeur ? Les auteurs ?
Je vous laisse deviner.

À table ! @19

LSans gluten avec traces de glutene « no-gluten » arrive en force. Tout le monde s’adapte pour vendre des produits aux intolérants au gluten et surfeurs de mode. Mais, ce n’est pas si évident, car dans certaines productions, le gluten est très présent. Ainsi, dans une boulangerie aux halles d’Avignon, un panonceau indique qu’un pain est « sans gluten » avec une astérisque renvoyant à une mention en plus petit « * peut contenir des traces de gluten ». Y a encore du boulot.