Archives mensuelles : avril 2014

Ils @4

Rana PlazaJ’ai regardé le reportage Les Damnés du low cost sur France 5 le 8 avril dernier. Il était question des victimes de l’effondrement du Rana Plaza au Bangladesh (1138 morts, 2000 blessés, 350 disparus… soit le tiers des victimes du 11 septembre) qui réclament aujourd’hui réparation, question de leurs conditions de travail, de leur salaire, des mesures de préventions qui n’ont pas été prises, du dénuement dans lequel vivent aujourd’hui les survivants souvent lourdement handicapés.
Mais qui est responsable de tout cela ? Le système capitaliste hétérosexiste et raciste, bien sûr, que l’on nomme plus volontiers « mondialisation », « profit des grands groupes », « appât du gain ». Et les États ? Ils sont aussi responsables même s’il est question de lois qui pourraient chercher à limiter les abus. Sont donc responsables un système, des profiteurs et des États corrompus.
Et moi ?
Quoi moi ?
Justement, je suis en train de refaire ma garde-robe pour avoir des vêtements à ma taille. Suis-je prête à mettre plus de 5 euros dans un tee-shirt et 15 euros dans un pantalon ? C’est que, je ne suis pas très riche et j’ai pas mal de choses à racheter… Mais si j’achète le tee-shirt à 5 euros, je participe au système, non ? Mais dans ce système, ne fais-je pas partie des pauvres qui n’ont guère les moyens de payer plus, pauvre d’entre les riches vouée à exploiter bien plus pauvres que moi, histoire d’avoir le pli du pantalon dans l’engrenage et ne pouvoir en sortir ?
Et puis tiens ! Je m’en fous. Car même si je mets 30 euros dans un tee-shirt et 100 dans un pantalon, je n’aurai aucune garantie qu’il n’ait pas été fabriqué au détriment des droits d’un travailleur d’ici ou d’ailleurs. Non ?
Le reportage se termine. En plateau, une dame confirme mes craintes, arguant néanmoins qu’à 5 euros, je suis sûre que mon tee-shirt sera teinté du sang du Rana Plaza alors qu’à 30 euros, c’est possible mais pas certain. Quelle est alors la solution, madame ?
— On a pris l’habitude d’acheter des choses peu chères pour vite les remplacer ; peut-être pouvons-nous commencer par consommer moins ?
Alors là, je suis d’accord ! Je ne remplacerai qu’un tee-shirt sur trois et y mettrai le prix. Je pourrais aussi demander à La Cocotte de me faire des pantalons sur mesure ? J’ai toujours rêvé d’avoir le cul béni !

 

Bigleuse @43

Carte d'invaliditéJ’accompagne Cécyle au Centre d’action sociale pour un renouvellement du coupon guide de sa carte de transport. À l’entrée, c’est l’habituel rituel de la personne qui me parle pour me demander « Elle a sa carte ? » Nous y répondons par un autre rituel consistant à montrer à l’employée que Cécyle comprend ce qu’on dit et qu’elle peut parler.
À l’étage, l’employée qui nous reçoit s’adresse bien directement à Cécyle, ouf. Toutefois, si son attitude n’est aucunement critiquable, nos conditions d’accueil, et, de fait, ses conditions de travail sont déplorables. Nous en discutons avec elle et le bilan est particulièrement sombre entre ces désagréments et les questions de sécurité discutables.
Il n’y a qu’une chaise visiteur. Je reste donc debout durant l’entretien. Cécyle et l’employée sont assises de part et d’autre d’un bureau, face-à-face, enfin plutôt face-à-écran, car le moniteur de l’ordinateur trône juste entre elles. Elles en peuvent se voir et l’employée doit se pencher pour s’adresser à Cécyle de manière la plus courtoise. Le tout dans un petit local, un box aménagé à l’économie.
J’ai une pensée pour les personnes dont la visite au Cas est de leurs rares moments de relations sociales. Même avec l’employée la plus agréable et soucieuse des personnes qu’elle reçoit, le visage de l’action sociale est remplacé par le dos d’un écran informatique. C’est sûr que des bureaux avec écrans encastrés seraient plus chers, un investissement à la mesure de la manière dont on entendant traiter les agents et ayant-droits, le prix d’un choix politique en somme.

Foot @6

ballonUn mardi, alors que je me mettais au lit, j’ai allumé France info pour avoir ma dose de nouvelles. Le journal de 23 heures s’est ouvert sur la défaite du PSG contre je ne sais pas qui, avec force détails et récapitulatif du match. Cela a bien duré deux voire trois minutes. Et derrière, il a été question du discours de politique générale de Manuel Valls.
Pardonne-moi Petit Mouton, mais je ne comprends pas. Je ne comprends pas que la première des stations d’info fasse passer un match de foot devant un discours de politique général à l’Assemblée. On me rétorquera que c’est « ce qui intéresse les Français » ; le foot ? Et moi qui croyais que c’était l’emploi, le pouvoir d’achat, la protection sociale, la sécurité qui étaient au centre de leurs préoccupations !
Alors, si c’est bien l’affairisme footballistique qu’ils ont appelé de leurs suffrages aux municipales, et bien qu’ils aillent se faire foot, les « Français » !! Je n’en suis définitivement pas.

Commémoration @9

commémoration de l'abolition de l'esclavageDans le restaurant du personnel où je déjeune, une affichette annonce la commémoration de l’abolition de l’esclavage le vendredi 25 avril. Un menu créole est prévu à cette occasion. Trois jours avant cette commémoration officielle, un des plats principaux proposés est un poisson à la bordelaise. Maladresse sans doute, ignorance certainement. C’est sans doute pire.

Gamine @14

Bacs jardinJe fréquente finalement assez peu les « gens normaux » et c’est chaque fois un dépaysement qui se révèle onéreux. La dernière fois, c’était au jardin partagé dont je gère la messagerie. Je suis descendue donner un coup de main car nous devions installer six bacs en bois pour l’aménagement de l’extension du jardin. La mairie nous avait livré un gros tas de terre. Il s’agissait donc de construire les bacs et de les remplir.
Nous étions huit au départ. Quatre hommes et quatre femmes dont Françoise notre présidente qui supervisait les travaux (dure tâche !) Les hommes se sont d’abord emparés de la construction des bacs pendant que les femmes se demandaient déjà comment elles allaient pouvoir casser la terre qui avait durci et formait des blocs. Ils ont transporté les éléments nécessaires pour le premier bac puis, en grands architectes, ont bâti pendant que je transportais avec Françoise les montants pour les bacs suivants.
Le premier bac construit, ils se sont attaqués au second pendant que deux femmes donnaient de la bêche et de la pelle pour casser la terre. Je les ai rejointes. Nous avons rempli le premier bac. Une a dit :
— Les hommes se déshabillent.
Un a répondu :
— Le meilleur moment !
Je n’ai pu me retenir :
— Pas pour tout le monde !
Les femmes ont ri, pas les hommes. Chacun a repris sa place.
Les trois premiers bacs construits, les hommes nous ont rejointes sur le tas de terre situé à l’emplacement des trois bacs restant à construire, profitant que nous transportions les seaux de terre pour s’emparer de nos pelles comme si elles n’attendaient qu’eux. J’ai protesté. On m’a répondu qu’il y avait assez de travail pour tous ; j’ai répliqué que le coffre était plein d’outils, qu’il suffisait d’aller chercher. Les femmes ont pu récupérer leurs outils. Une brouette était là. Porter des seaux ne plaisait pas aux hommes. Il n’y avait pourtant qu’à peine dix mètres à parcourir entre le tas de terre et le bac à remplir. Ils se sont donc mis à quatre pour trouver le moyen de faire monter la brouette sur le bord du bac afin de déverser le contenu à l’intérieur. Une demi-heure plus tard (nous avions rempli le deuxième bac avec nos seaux), ils ont renoncé et vidaient la brouette à la pelle.
Le troisième bac était plein. Il s’agissait à présent de construire les trois derniers bacs qui devaient donc prendre place à l’endroit du tas de terre. Discussion… Palabres… Pendant ce temps, avec Françoise, nous avons transporté le reste des montants de bois. Ma-Jeanine est arrivée avec le café. Merci ma-Jeanine. Je les ai regardés un temps chercher une solution (ils formaient un cercle, les femmes s’étaient toutes écartées), tenter de déplacer la terre avec des râteaux, passer la terre d’un bac à l’autre à la pelle pour ne pas utiliser les seaux, confondre une pelle avec une bêche, poser un niveau ici, admirer, reposer le niveau là, utiliser de nouveau la brouette en la vidant à la pelle… Je ne suis pas retournée les aider. J’avais eu ma dose de suffisance masculine et de partage sexué des tâches !

Clavier @15

Capture d’écran 2014-04-20 à 14.45.47En tapant « fa » dans un célèbre moteur au lieu de la barre d’adresse, j’ai obtenu comme trois premiers résultats : 1/ un célèbre réseau social, 2/ la fédération anarchiste, 3/ un célèbre produit de douche. Internet, ce grand mélange des contraires… Au moins, je suis contente que ressorte la fédération anarchiste (même si je n’y adhère pas) et pas seulement des pages commerciales.

Croissance @5

Fruit à tartinerOn se demande souvent, en Hétéronomie, comment changer le monde. Un court article de Que Choisir d’avril 2014 m’indique une part de la réponse : cesser de se laisser prendre pour des cruches et de succomber aux opérations marketing visant à nous faire consommer toujours plus pour le plus grand bonheur du productivisme. Je sais. Notre nouveau ministre de l’Économie ne jure que par la production, donc la consommation. Eh bien, résistons, puisque nous savons que la solution n’est pas là !
Mon exemple. Une célèbre marque de confiture vient d’inventer le produit concurrent d’une célèbre marque de pâte à tartiner chocolatée. De quoi s’agit-il ? D’une pâte « Fruit à tartiner » (étrange singulier tout de même). C’est chouette, non ? Cela donne envie de manger des fruits ! Mais c’est quoi, au juste, cette nouvelle pâte ? Du sucre et des fruits. Cela vous rappelle quelque chose ? Mais oui, c’est bien ça ! De la confiture !
Voilà donc qu’une célèbre marque de confiture invente la confiture… J’espère que vous n’y succomberez pas et que vous en profiterez même pour boycotter les confitures industrielles. Même avec des fruits surgelés et du sucre avec gélifiant, il revient moins cher de faire ses confitures que de les acheter : pas d’épluchage, 7 minutes de cuisson, et moins de sucre au kilo. Et vive la résistance à la consommation !

Pauvres enfants ! @22

Capture d’écran 2014-04-20 à 08.23.20Je monte dans le bus, un homme d’une cinquantaine d’années sur mes talons. Il me bouscule pour une place assise sur les sièges réservés, mais une femme devant moi prend la dernière place libre. Je m’assieds au fond du bus et il s’installe devant moi à un emplacement de quatre places. De l’autre côté de l’allée, les quatre places sont occupées par des enfants de cinq à dix ans environ. Il leur tend des cartes postales publicitaires sorties de son sac et les brandit devant eux. Aucun n’en veut, pourtant l’un a les cartes vraiment sous le nez. L’homme est insistant, mais les enfants le regardent d’un air méfiant et il renonce.
Juste avant l’arrêt suivant, un autre gamin, d’une douzaine d’années, accompagné de sa mère se retrouve dans l’allée à côté de l’homme. Cette fois encore, l’homme veut lui donner une carte publicitaire, mais le gamin ne bronche pas, ne semblant pas plus apprécié ce « cadeau » que les autres. L’homme la met alors dans la capuche du garçon qui se retrouve obligé de la prendre en main, sous le regard de sa mère qui sourit timidement à l’homme.
Aucun adulte ne semble choqué, voire certains s’amusent l’air attendri par la réaction des enfants, comme si c’était de la timidité. J’ai été choquée par cette insistance niant leur refus qui allait au-delà d’une simple réticence. J’espère qu’ils pourront plus tard continuer à résister contre ceux qui veulent leur forcer la main. On ne lâche rien !

Chouette ! @7

Vacances de Petit Mouton en BretagneC’est biiiiien les vacaaaaaances, on se fait de nouveaux copaiiiiins. Pareil en Bretagneeeeee ! Lààààà, c’est un grand et choueeeeette copaiiiin !
Derrière, y a P’tite Meuh qui fait la sieeeeste. C’est duuuuuuuuuur d’être une vaaaache, faut mâcher plein de fois, c’est fatiguaaaant.

Bigleuse @42

Merci Isabelle pour le coup d'œil !

Merci Isabelle pour le coup d’œil !

J’ai partagé l’autre jour sur ma page Facebook une photo de la page de Genespoir, association française des albinismes, photo prise lors de notre AG où nous étions tous rassemblés. Où suis-je ? Je ne sais pas. Je ne me reconnais pas sur une photo, encore moins parmi d’autres albinos ; les traits d’un visage ni les yeux ne me sont une donnée visuelle pertinente ; une coupe de cheveux l’est un peu plus, une allure, des vêtements.
Pascale et Isabelle se sont amusées à me chercher… Avec succès, semble-t-il ! D’autres ont essayé, avec moins de succès. Et cela, je l’avoue, m’a fait plaisir ! Mon autonomie, mon aisance, font que beaucoup de personnes oublient (ou ignorent, ce qui revient au même !) ma déficience visuelle. Comme me disait un jour Christian : « Tu arrives sur le tatami en autonomie ; c’est difficile de comprendre que tu vas avoir des difficultés ».
Oui, c’est difficile à comprendre, même pour moi ! Mais des personnes, proches ou non, me prouvent chaque jour que c’est possible et, en dépit de rappels permanents, je suis souvent en difficultés dans mes relations sociales, ce d’autant que moi, je suis assez reconnaissable… sauf au milieu d’un paquet d’albinos ! Alors imaginez, vous reconnaître vous au milieu d’un paquet de non-albinos ! Est-il si difficile pour vous de vous avancer vers moi en disant : « Bonjour Cécyle, c’est Machinette… » ?
Il semble. Pourquoi ?
* Parce que vous ne saviez pas que… ? Maintenant, vous savez.
* Parce que vous ne comprenez pas ? N’hésitez pas à lire Tu vois ce que je veux dire et promis, je répondrai à vos questions.
* Parce que mon handicap visuel vous fait souffrir « quelque part » ? Là, je n’y peux pas grand-chose.
* Parce que vous n’avez pas envie que je vous reconnaisse ? Je conçois.
* Parce que vous n’êtes pas une personne attentionnée ? Ce ne peut pas être la bonne réponse. Ce ne peut.
Je souris. Oui, je souris. Pardon.

Note : Ce matin, je passais l’aspirateur. Je vois au sol quelque chose gros comme une pièce de monnaie, mais déformé. J’insiste avec l’aspirateur. Il n’aspire pas. Je me penche, tends la main pour le ramasser… non, ce n’était pas le cousin du papillon, juste une tache de lumière. Juste une tache de lumière. Je souris moins. Forcément moins.