À table ! @10

Sainte Geneviève gardant ses moutons, anonyme, musée Carnavalet (Paris).

Sainte Geneviève gardant ses moutons, anonyme, musée Carnavalet (Paris).

Je m’interroge depuis quelque temps sur ce qui fait une relation humaine, quelle que soit sa nature. En théorie, je n’en sais rien, mais j’imagine que le sujet a été largement débattu par tout ce que l’histoire de l’humanité compte de « savants » et d’intellectuels. Plus raisonnable, je me suis attachée à décrypter mes propres relations aux autres, cherchant la différence entre celles qui me plaisent et celles qui me plaisent moins (pour le dire sobrement).
Je me suis rendu compte que le sentiment que je porte à l’autre (affection, amour, tendresse, compassion, etc.) n’est pas ce qui donne sa substance à la relation. Et je me retrouve ainsi à me sentir plus proche de quelqu’un pour qui j’ai une affection simple que pour quelqu’un pour qui j’éprouve de l’amour, amoureux par exemple. En cherchant un peu, j’ai compris que ce qui « m’intéresse » (je n’ai pas d’autre mot) dans la relation à l’autre n’est pas d’abord le sentiment mais le partage. Autrement dit, un partage sans amour m’intéresse plus qu’un amour sans partage.
Mais je crois avoir déjà dit cela, sous une autre forme… Et ce qui m’interroge aujourd’hui, c’est comprendre comment quelqu’un qui aime peut-il fonctionner à l’autre sans partage ? C’est impossible me direz-vous, toute relation ne peut être que partage et peut-être que finalement, j’ai le sentiment qu’il n’y en a pas parce que ce qui se partage et s’échange ne correspond pas à ce que j’attends. Peut-être… Mais j’ai pu remarquer que certaines configurations portent la personne à se fermer au partage (donc à l’autre, si l’on y réfléchit bien), par exemple une forte promiscuité.
Ainsi, vivre collés les uns aux autres, sans espace personnel et intime pour chacun, me paraît donner une illusion de partage (on partage l’espace) qui tue le désir et le plaisir simples de partager. En réaction à cette promiscuité, à cet « être ensemble dans l’espace et le temps », on s’enferme à l’intérieur de soi, on valorise son propre espace intérieur car c’est finalement là le seul endroit où l’on n’est pas sous le regard (la pression, même bienveillante) de l’autre. J’ai remarqué que j’agis ainsi quand je passe un week-end en collectivité, surtout si je dois partager ma chambre. Je dors beaucoup, je parle peu, je suis beaucoup sur ma tablette, et, à vouloir me préserver, j’en oublie d’aller aux autres : je suis si bien, au chaud de mes biscotos ! (ça rime)
Est-ce que cela s’applique dans les espaces type famille, ou entreprises en « open space », prisons, dortoirs d’internat, salles communes d’hôpitaux…? Je sais en tout cas que si je devais partager mon espace de vie, il y a fort à parier que je serais moins dans le partage que là, derrière mon écran, seule. J’y suis tout à vous, tout à nos échanges. Et j’aime ça. Mais promis, je sors ce soir ! J’aime aussi l’échange de salive, quand il a le goût du partage, forcément !

2 réflexions sur « À table ! @10 »

    1. Cécyle Auteur de l’article

      C’est ce que l’on appelle le Carnaval des Petits Moutons (et en fait, c’est Isabelle au milieu mais chut… elle est là anonymement !)

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