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Décroissance @23

Dimanche 7 juillet 2013, je regardais par hasard « Parlez-moi d’ailleurs » sur la Chaîne parlementaire. Le thème : « Peut-on encore sauver la planète ? » Un reportage parmi d’autres montrait une décharge privée au Ghana où des adolescents démantèlent des écrans d’ordinateur et de télévision qu’ils ont achetés pour récupérer et revendre les métaux précieux. Ils cassent les structures avec un marteau, brûlent les fils pour en récupérer l’intérieur, et abandonnent sur place le restant. Entre les fumées et les matières polluantes contenues dans ces écrans, ils mettent en jeu leur santé pour un salaire de misère, bien sûr. Quant à l’environnement local… Je vous laisse deviner.
Mais comment se fait-il que ces écrans se retrouvent là alors que la législation internationale prohibe l’exportation et le transport de déchets polluants ? Ils arrivent par conteneur, officiellement dans le cadre d’un partage technologique Nord-Sud : ces écrans sont censés fonctionner et réduire la « fracture numérique » ; ils se retrouvent là où les Occidentaux au final les destinaient, en décharge, avec intention de racheter les métaux précieux une fois ceux-ci extraits des carcasses de verre et plastique.
Je sais bien qu’il s’agit là d’une goutte d’eau dans l’océan du capitalisme international et j’ai déjà vu beaucoup de reportages du genre, mais je n’arrête pas d’en être sidérée : rassembler et expédier par bateau des millions d’écrans pour les faire démanteler au péril des Africains est moins cher que les recycler sur place. Nous (oui nous, Blancs, Européens, il faut aussi assumer son histoire !) avons mis en place l’esclavage, déportant les populations pour une exploitation gratuite de leur force de travail. Et nous l’avons aboli… pour instaurer une exploitation identique, pire encore, car en plus d’acquérir les vies de ces hommes (ils sont payés finalement ce que nous coûterait le gîte et le couvert, voire moins), nous transformons leur environnement en poubelle, les condamnant à terme à mort.
Mais si leur asservissement (au sens moral) nous passe au-dessus de la tête, quand comprendrons-nous que nous vivons sur la même planète et qu’après eux, ce sera notre tour ? Ça me… Je n’ai plus de mots.