Mère porteuse @2

    « L’ère de « l’enfant au poids » est en cours. Consommateur ou consommé, l’enfant fétiche est le nouveau produit de notre civilisation. »

Cette citation de Françoise Dolto (« La mère et l’enfant », in : La difficulté de vivre) en exergue de L’amour ne suffit pas de Claude Halmos et les débats qui font rage autour des parentalités (toutes les parentalités) m’amènent à poser la question de ce « désir d’enfants » que d’aucuns voudraient satisfaire, parfois à tout (ou vil) prix. Car quelque chose me choque dans cette expression alors qu’il ne me choque pas qu’un adulte, tout adulte, puisse avoir envie d’avoir des enfants, seul ou en couple, tout couple.
J’ai cherché d’où me venait ce « quelque chose qui me choque »… Dans le choix des mots et ce qu’ils expriment ? C’est souvent une piste que je privilégie : interroger les mots.
« Désir ». La définition du Grand Robert est longue. Elle pose d’abord le désir comme « Prise de conscience d’une tendance particulière qui porte à vouloir obtenir un objet connu ou imaginé. » avant d’en venir à la définition que j’attendais plus « Tendance consciente aux plaisirs charnels. ». Le désir me paraît en effet invariablement attaché au « sexuel » (dans ses usages psychanalytiques) et, quand il ne l’est pas, le Grand Robert parle de « vouloir obtenir », deux termes qui, associés, flirtent vite avec la toute-puissance.
Quant à « envie »… Je suis d’emblée surprise par la première partie de la définition : « L’envie : Sentiment de tristesse, d’irritation et de haine contre qui possède un bien que l’on n’a pas. » C’est là un des péchés capitaux… J’avoue que je n’avais pas fait le lien. Je continue : « Désir de jouir d’un avantage, d’un plaisir égal à celui d’autrui. » Moi qui partais de l’idée que « envie » était moins fort que « désir », me voilà gâtée ! J’en arrive au troisième sens, qui correspond à ma question initiale : « Une, des envies : désir (d’avoir, de posséder, de faire qqch.). »
Une fois encore, « désir » et « envie » ne font qu’un, avec cette nuance que le désir ne renvoie pas à un péché capital et qu’il « porte à vouloir » là où l’envie invite au « désir de jouir », « désir d’avoir, de posséder… » ! Ouille ! Me voilà bien embêtée car cela voudrait dire que « le désir d’enfant » est moins inscrit dans la toute-puissance que « l’envie d’avoir des enfants », soit l’exact contraire de ce que je pensais. Que faire ? Je vous livre déjà ce billet. J’espère que nos échanges me permettront de mieux cerner en quoi cette notion de « désir d’enfant » me choque, en dépit des définirons du dictionnaire.

15 réflexions sur « Mère porteuse @2 »

  1. salanobe

    C’est plutôt bon signe que le « désir d’enfants » vous choque si la définition de « désir » qui vous vient spontanément à l’esprit est la deuxième du Grand Robert.
    Personnellement, je préfère le mot « désir » (première définition) à « envie », que j’associe plus à la convoitise, au caprice.
    Si je ne suis pas de religion catholique, je suis de culture catholique et je pense que « l’envie » à pour moi la définition qui correspond à un des péchés capitaux.

    Répondre
    1. Cécyle Auteur de l’article

      C’est vraiment étrange cette histoire de péchés capitaux. Je n’y ai pas pensé une seconde !! Cela m’interroge même, car je n’ai pas vécu non plus hors contexte catholique…

      Répondre
  2. Alixe

    Moi c’est le mot « produit » qui m’interpelle … Qui réduit l’enfant au désir de ses parents en lui ôtant toute personnalité propre. C’est pas très clair désolée, je n’ai aucune analyse plus poussée a donner 🙂

    Répondre
    1. Cécyle Auteur de l’article

      Mais n’est-ce pas ce qui se passe, justement, l’enfant réduit à ce que ses parents en désirent au détriment de qui il est ?

      Répondre
      1. salanobe

        Est-ce que ça n’a toujours été le cas ? Je pense que lorsque l’on désire avoir un enfant, on fantasme forcément un avenir plus ou moins tracé (pour soi avant tout). C’est aussi bien souvent une façon de refaire sa vie, en mieux, sans les erreurs qu’on a pu commettre, en faisant de meilleurs choix.
        Donc, comment cela ne pourrait-il pas être au « détriment de qui il est » ? L’enfant doit être un « produit » qui correspond aux attentes de ses consommateurs de parents.
        Finalement, c’est un désir et comme tous désirs, c’est égoïste.

        Répondre
        1. Cécyle Auteur de l’article

          Je ne pense pas que Dolto parlait d’égoïsme, mais plutôt de cette toute-puissance qui fait que l’on possède de plus en plus des enfants sans considérer nécessaire de les éduquer. Il ne s’agit donc pas de dénoncer le fait que l’on fait des enfants avec des visées de reproduction, mais plus qu’on ne le ferait qu’avec cette intention.
          Et je crois que l’on peut faire des enfants avec l’idée non de se les garder pour soi mais plutôt qu’il grandissent et acquièrent la liberté.

          Répondre
          1. salanobe

            On peut faire des enfants sans vouloir les garder pour soi mais espérant qu’ils soient heureux avec l’idée que l’on se fait du bonheur.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.