Dixit @6

Les opposants au mariage entre personnes de même sexe ont beaucoup utilisé la formule « Je ne suis pas homophobe, mais… », formule dénoncée par les partisans dudit mariage qui considèrent que refuser le « droit de se marier » entre personnes du même sexe est de l’homophobie.
Je m’interroge… parce les opposants au « mariage pour tous » défendent avant tout l’idée que les « différences naturelles » (j’ai bien mis des guillemets) entres les individus justifient des places différentes dans la société, donc des droits différents. Je vous renvoie pour cela au texte de la Conférence des évêques de France qui dit bien, à mon sens, combien ici c’est un certain ordre social qui est en cause.
Le débat de fond se situe donc sur le terrain idéologique, dont les questions de « droits » ne sont qu’une conséquence. Et sur ce terrain-là, j’ai étrangement du mal à qualifier le propos adverse d’homophobe, alors que je n’ai aucun doute sur le fait qu’il puisse être, dans d’autres registres, raciste ou sexiste (cf toujours ce billet). Pourquoi ? Pourquoi ai-je tant de mal à ce qualificatif ?
D’abord parce que je le trouve réducteur. Le Grand Robert définit par exemple le sexisme comme une « Attitude de discrimination à l’égard du sexe féminin », le racisme comme une « Théorie de la hiérarchie des races, qui conclut à la nécessité de préserver la race prétendue supérieure de tout croisement, et à son droit de dominer les autres. » L’homophobie, elle, est définie comme une « Crainte et rejet des homosexuels et de l’homosexualité. »
On ne joue ainsi pas dans la même catégorie et si l’on prend cette définition de l’homophobie, je crois en effet que nombre des partisans (pas tous !) de l’ordre réactionnaire fondé sur l’oppression à raison de la « différence naturelle » n’éprouvent pas de crainte ou de rejet à l’égard des homosexuels. Simplement, ils estiment que cette homosexualité (notamment par sa « stérilité biologique ») crée une différence qui justifie un traitement social (donc juridique) particulier. Par ricochet, c’est sur le terrain idéologique que je souhaite les affronter, aussi parce qu’en les combattant là, c’est tout leur ordre social que je combats.
« Mais quand même… », me direz-vous, « on joue sur le mots . » C’est vrai. Je joue sur les mots, parce que je crois que les mots sont notre outil à penser. Et si l’on met sur le même plan sémantique, donc politique, des théories qui fondent des discriminations et une « phobie » (j’avais envie d’écrire une « simple phobie »), je pense que l’on rate sa cible, et que la partie est perdue d’avance. Car s’il s’agit d’homophobie (au sens du dictionnaire), c’est un psy qui peut régler le problème ; ce que je ne suis pas. Et s’il s’agit d’une « Théorie de la hiérarchie des orientations sexuelles, qui conclut à la nécessité de préserver l’orientation prétendue supérieure de tout croisement, et à son droit de dominer les autres »… Eh bien ! Il va falloir écrire au Grand Robert. Puis sortir l’artillerie lourde…

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