Extravagance parisienne @2

Choisir comme titre « extravagance parisienne » n’est peut-être pas juste, car je ne sais pas si celui dont je vais parler est Parisien. C’est un trait d’humour noir, une façon de détourner la colère que j’ai ressentie à la lecture d’une lettre adressée par un homme hétérosexuel au président de la République, à la ministre de la Santé et au président de l’Établissement français du sang. Je ne critique pas en soi le fait d’adresser cette lettre, c’est sa stricte liberté. En revanche, j’ai été très choquée quand j’en ai eu connaissance, via un réseau social. En effet, cette lettre a été publiée sur un site communautaire homo dont une des fondatrices est le frère du signataire. La dimension publique m’insupporte.
Mais qu’y a-t-il donc dans cette lettre ?… C’est celle d’un donneur de sang régulier qui écrit qu’il va arrêter de donner son sang (là encore son droit le plus strict) tant que les homosexuels masculins seront officiellement exclus du don du sang.
Face aux réactions, il s’est défendu en précisant que c’est une décision purement individuelle de « grève » du don et qu’il pense bien que sa seule attitude n’aura pas d’incidence. Pourtant, il écrit : « J’espère que d’autres s’exprimeront dans le même sens. J’espère que pendant quelques semaines, l’état des stocks vous fera comprendre l’idiotie de votre attitude. »
La ministre de la Santé a annoncé il y a quelques jours qu’elle confirmait l’exclusion des homosexuels masculins du don du sang. C’est contraire à une promesse de campagne de l’actuel président de la République (et hop, encore une qui passe à la trappe). Cette décision est prise en fonction de considérations statistiques quant aux risques de prévalence du VIH et de contamination.
Ce n’est pas purement de l’homophobie, car être lesbienne n’exclut nullement du don, je peux le confirmer.
Qu’il faille ou non les homosexuels masculins du don est un vrai sujet de débat, voire combat, là n’est pas la question.
Ce que je ne peux pas comprendre est la façon d’agir de cet homme. Il y a déjà, en Île-de-France notamment, des besoins non satisfaits. Les personnels hospitaliers se débrouillent comme ils peuvent avec un système de transports des produits sanguins selon les stocks et les besoins. Déjà, peu de personnes donnent régulièrement, aller dans le sens d’en donner moins m’atterre. C’est surtout le manque d’imagination des associations et des journalistes pour défendre « une cause ». J’ai réagi sur le réseau social après quelques minutes de réflexion « Une idée comme ça : mener une action où des gays vont dans les centres de EFS un même jour (ou sur une semaine) et envoient une carte postale avec un même texte au ministère de la Santé ou au Premier ministre pour montrer la masse des dons refusés ? Voir visuellement la quantifier avec du faux sang (cf. les actions d’Act-Up), quantifier la masse des besoins et la masse des refus de x façons sur des sites pour faire parler, etc. Je me dis qu’il y a sans doute des militants et des journalistes qui ont accès à des connaissances des besoins dans ce domaine, des idées et des réseaux pour monter médiatiser une action qui pourrait faire bouger… » Une fois de plus, c’est pathétique.
J’espère qu’il n’y aura pas de baisse des stocks et qu’il n’y en aura pas besoin pour que cet homme se rende compte de « l’idiotie » de son attitude…

6 réflexions sur « Extravagance parisienne @2 »

  1. Cécyle

    Pour une fois, on va se réjouir du peu de mobilisation de nos concitoyens… et de l’impact insignifiant des médias LGBT sur l’information ! 😉

    Répondre
    1. Isabelle Auteur de l’article

      Ah ! l’inertie. Mais il y aura pu y avoir de la mobilisation contre l’initiative de cette publication…
      J’arrête de ronchonner, car Cécyle va encore dire que je ne sais pas me réjouir 😉

      Répondre
  2. Evy

    Cet automne j’ai voulu donner mon sang, il y avait une collecte à Grenoble et bien quand j’ai dit que j’étais lesbienne on m’a dit que je ne pouvais pas donner !

    Répondre
    1. Cécyle

      Pour le coup, la discrimination est avéré car le refus n’est pas légal. Du moins, je ne crois pas… Il me semble qu’un petit courrier à la ministre de la Santé s’impose !

      Répondre
    2. Isabelle Auteur de l’article

      Comme l’indique Cécyle, c’est de la discrimination. L’EFS exclut du don les homosexuels masculins. Il ne s’agit pas dans ce cas de discrimination, c’est expliqué ici. Les lesbiennes n’ont pas à être exclues en tant que telles du don. Elles peuvent l’être, comme les hétérosexuels ou les bisexuels, si elles ont eu des pratiques à risques, un piercing récent, habité plusieurs années en Grande-Bretagne à une certaine époque, etc. Le questionnaire à remplir et à discuter avec le médecin établit les critères pouvant amener à un refus de don. L’homosexualité masculine y est, pas l’homosexualité féminine.
      Pour ma part, je n’ai jamais eu aucun souci à ce sujet.
      N’hésitez pas à donner et protester en cas de nouveau refus sur cette seule base !

      Répondre

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.