Archives mensuelles : juillet 2012

Décroissance @13

Les fontaines saléesEn vacances, je suis allée visiter le site gallo-romain des fontaines salées à Saint-Père. Un musée permet de voir certaines trouvailles. J’étais seule dans les quatre salles et la personne de permanence avait allumé les lumières des vitrines spécialement à mon arrivée.
Les présentations les plus récentes des objets avaient été faites sur du carton ondulé bicolore. Des bijoux étaient mis en valeur sur des supports en demi-cercle : c’était des demi-rouleaux vides de gros ruban adhésif recouverts de ce carton. C’était simple, adapté et joli. Voilà un recyclage, écolo et économique, réussi !

Pucer @10

Dans l’article évoqué par Cécyle, mais hélas dans de nombreux autres sur le même sujet, je suis agacée par l’utilisation impropre d’intelligence. Nous avons le droit, par exemple, à « cette salle à manger intelligente ».
Or, l’intelligence peut être défini comme (cf. Antidote) : « Faculté de comprendre, de connaître, de saisir par la pensée. », « Aptitude d’un être vivant à s’adapter à une situation nouvelle, à comprendre et à résoudre certaines difficultés, à donner un sens aux choses qui l’entourent, à agir avec discernement. » ou « Être humain considéré en tant qu’être capable de réflexion. »
La salle à manger n’est pas intelligente. La lampe ou la cafetière ne le sont pas plus. Elles sont programmées. Lors de mes études, j’ai croisé des computationnistes ou cognitives traitant du parallèle entre le fonctionnement de l’esprit humain et celui de l’ordinateur, notamment en dissertant sur le test de Turing qui en souligne les limites.
L’expression « intelligence artificielle » s’inscrit dans l’idée que l’esprit humain est fait de matière et son fonctionnement pourrait être reproduit artificiellement. Ce sera peut-être le cas un jour. Il est particulièrement affligeant que l’intelligence soit réduite à une suite de gestes sans aucune production de pensée.
J’espère que ces êtres « inhumains » intelligents ne serviront pas seulement d’esclaves pour mettre en route la machine à café, ouvrir la porte du garage, choisir des vêtements et faire des courses pour remplir le réfrigérateur. Est-ce là un travers de la volonté latente de domination de l’être humain ?

Pucer @9

Le Parisien du 18 juillet 2012 consacrait sa une aux innovations qui vont changer notre quotidien, schéma d’une maison bourrée de capteurs et de caméras à l’appui. L’objectif est de nous montrer qu’il est possible de déclencher automatiquement la cafetière quand le réveil sonne ou que le chauffage baisse quand la voiture a quitté le garage.
Face à un tel schéma, je suis tout de suite inquiète des atteintes aux libertés et de la standardisation que l’on nous propose, sous couvert d’innovations technologiques. Le miroir du dressing, par exemple, dit que telle chemise a déjà été portée et que telle autre s’accorde bien avec ce pantalon. Sur quels critères ? Je l’ignore, autant que j’espère que chacun pourra choisir ses préférences et adapter ces systèmes à son mode de vie.
Pourra… Combien êtes-vous à avoir trifouillé dans les préférences de votre traitement de texte pour choisir votre style par défaut, les outils qui s’affichent dans la barre de menu et les règles de saisie automatique ?
— Les quoi ?
Nous sommes au cœur du sujet !

Adieux… @3

Cécyle a évoqué ses souvenirs de Laurence Chanfro. Je me rappelle de ces UEEH où d’énormes photos de vulves avaient été voilées par des garçons que cela gênait. Je me souviens aussi d’une soirée à ces mêmes UEEH où deux garçons entièrement nus et peinturlurés avaient courus pendant un long moment de groupe en groupe en criant sans qu’aucun voile ne soit posé sur ces sexes imposés.
La condamnation de la visibilité du sexe de la femme ne trouvait aucun écho quant il s’agissait de celui de l’homme. Misogynie encore et toujours…

Colère @5

Ma colère contre les médias (l)G(b)(t) ne date pas d’hier. Invisibilité des lesbiennes et de tout ce qui n’est pas blanc, jeune, imberbe et tape-à-l’oeil. People à gogo. Indifférence à l’égard de l’action associative hors Paris et des lieux non classés comme branchés. Désintérêt pour la création LGBT non exotique (au sens large du terme). Degré zéro de la réflexion politique. Cela fait beaucoup.
Dernier exemple en date : la mort de Laurence Chanfro. Je vous raconte.
Le 4 juillet dernier, Isabelle remarque sur la page Facebook de Flo Sauvage un échange étrange, une sorte d’adieux publics dont je ne me souviens pas exactement les termes. Elle me le signale. Nous en parlons et, sachant que Laurence était malade, supposons le suicide. Mais aucune information ne vient infirmer ou confirmer, jusqu’au 12 juillet où, toujours sur la page de Flo Sauvage, la confirmation tombe : Laurence Chanfro s’est donné la mort dans la nuit du 3 au 4 juillet 2012.
Isabelle n’est pas journaliste et pourtant elle avait compris, et des journalistes, il y en a forcément dans les très nombreux amis de Flo Sauvage dont chacun sait qu’elle est en pointe dans la visibilité de la vie artistique et festive LGBT. Elle indique sur sa page ce jour-là une volonté de discrétion avant les obsèques privées de Laurence Chanfro. Est-ce cela qui a retenu nos médias dans leur devoir d’information ?
Nous sommes le 20 juillet 2012 (date d’écriture réelle de ce billet) et aucun d’eux n’a repris l’information. Le message est clair : peu leur chaut nos artistes lesbiennes féministes engagées. Je le savais déjà. Mais il est des confirmations parfois cruelles. Le travail et l’engagement de Laurence Chanfro méritaient mieux que leur mépris.
Ça me… Colère !

Adieux… @2

Le 3 juillet dernier, Laurence Chanfro, photographe, s’est donné la mort. Je vous laisse découvrir son travail, sur son site, et son parcours, sur Foleffet ou sur Wikipédia. Je veux juste évoquer mes deux rencontres majeures avec elle, me souvenir parce que même si nous ne nous sommes pas fréquentées, Laurence aura su me donner de ces moments qui font du sens.
Tout commence avec une histoire de trou du cul. Oui, de trou du cul. Le sien, forcément. C’était à Marseille. J’y étais invitée par les 3G, bar lesbien tenu par Laurence, pour y réaliser ma première performance littéraire. Elle était venue nous chercher à la gare, nous, soit mon éditrice de l’époque et moi. Laurence s’était garée n’importe où, bien sûr. Il faisait chaud. Marseille débordait de voitures fenêtres ouvertes, de cris et d’invectives. Laurence, autant que tous, un bras à la portière de sa voiture pourrie, l’autre sur le volant… quoique. Des fois, c’était moins sûr. Et entre deux, la voilà qui nous raconte, se raconte, une histoire d’opération inconfortable, de… Elle lâche très vite le morceau et nous transforme sans préavis en le témoin des grandeurs et misères de son trou du cul. L’incongruité du récit, son manque cruel de pudeur, m’ont d’emblée fait sourire. En moins d’un quart d’heure, j’en savais plus sur son anus que sur tout le reste de son existence. Un grand moment dont l’évocation me ravit : d’emblée, j’ai trouvé Laurence aussi fantasque que touchante. Et je lui ai toujours conservé cette affection que l’on doit à quelqu’un qui sait que son intimité n’est pas là où la convention sociale la place.
Je passe sur le reste de mon séjour à Marseille dont Laurence avait donné le ton. Et je suis revenue dans cette ville en 2002, pour les UEEH. J’en animais cette année-là le cycle Culture avec Madame H et Érik Rémes. Nous avions invité Laurence à exposer ses fameuses photographies de vulves, dont une en grand format dans l’amphithéâtre qui servait de salle d’AG. J’ai peu vu Laurence à cette occasion mais ai véritablement rencontré son travail de photographe. J’aime ces photographies-là de Laurence Chanfro, leur esthétique autant que ce qu’elles disent. Et elles ont scellé sans doute mon engagement féministe au sein du mouvement LGBT.
L’amphithéâtre en question servait également de salle de répétition aux Gais musettes, les fameux. Une majorité de garçons, quelques filles. Tous unis quand il s’est agi d’aller recouvrir d’un voile cette grande photographie de vulve — si grande qu’il leur a fallu une échelle ! Insupportable vision d’un sexe féminin ; insupportable mépris à l’égard d’une œuvre d’art sous prétexte de son sujet. Ça vous rappelle quelqu’un ? Moi oui. Et nous avons bataillé avec Érik et Madame H — et Isabelle aussi qui était là — pour dévoiler l’invisible.
J’ai peu revu Laurence depuis. Une fois, à Paris. Je me souviens que sa souffrance m’avait fait peur. Elle ne souffre plus, du moins je l’espère. Sa mort m’a touchée. Et la manière dont je l’ai appris mise en colère contre les médias LGBT. Mais ça, c’est un autre billet

Indignés @3

http://www.franceculture.fr/podcast/4294455J’écoute un podcast sur la corrida de l’émission Concordance des temps. Je suis farouchement opposée à ce spectacle consistant à faire souffrir un animal jusqu’à la mise à mort. Pour autoriser les corridas dans le sud de la France, la loi française prévoit une exception à la loi du 2 juillet 1850 dite loi Grammont sur les mauvais traitements envers les animaux domestiques. J’ai toujours entendu dire que c’est par « tradition locale » que ce « justifiait » cette entorse au principe de l’application identique de la loi sur le territoire national en ce domaine.
Toutefois, j’apprends dans cette émission que cette version d’une « pratique historique » n’est qu’une reconstruction. L’autorisation officielle date de 1951, mais le chercheur, auteur d’un livre sur le sujet, précise que même s’il y avait quelques corridas dans le midi, pour les habitants eux-mêmes, c’était les courses landaises qui étaient la tradition.
D’ailleurs, à l’époque de cette introduction en France de la corrida espagnole, tout un débat eu lieu pour l’autoriser sur tout l’hexagone. Ainsi, les journaux de l’époque envisageaient la possibilité d’arriver à autoriser les corridas… à Dunkerque ! Le pouvoir politique a tranché pour seulement les régions les plus proches de l’Espagne tant il y avait des oppositions avec des défenseurs de l’intégrité de la loi Grammont.
Des démarches ont été effectuées auprès du nouveau président de la République pour interdire les corridas (et les combats de coqs). Peut-être, la France va-telle bientôt interdire la corrida, à l’instar de la…Catalogne !

Tonton @12

Clé des muséesEn visitant le site historique du Morvan, j’ai reçu une plaquette de l’opération la « Clé des musées », associant seize d’entre eux dans la région pour bénéficier du tarif réduit. Chacun est présenté avec un petit texte, une photo, des précisions pratiques… Deux sont situés à Château-Chinon, musée du costume et musée du septennat (dédicace particulière ici à Cécyle !) Ce n’est pas leur seule particularité, car ce sont les seuls où ne sont pas indiqués les tarifs pleins et réduits, mais « Tarifs Famille : 2€ par parent et gratuité pour tout enfant jusqu’à 16 ans »… Que payent les adultes non-parents ? Et les enfants de plus de seize ans sans enfants ?…
Encore un effet de la paternité de Mazarine ? Même de la tombe, l’esprit de Tonton ne cesse de hanter la région…

Kendo @7

Mon dernier cours de judo avant dix jours de pause a été une épreuve. J’y suis arrivée fatiguée — la semaine d’avant, j’avais enchaîné quatre cours — et Christian avait décidé de nous faire un de ses cours très physiques dont il a le secret, un cours où les éducatifs et les uchi komi se succèdent comme prétexte à un renforcement musculaire de haut vol !
J’ai fait tranquille, pour ne pas mettre dans le rouge. Régulièrement, Christian adaptait les exercices pour que je puisse en faire une partie. Pour autant, je n’avais pas de « jus », me sentant comme groggy tant je perdais petit à petit tous mes équilibres et, au fil des minutes, me sentais de plus en plus épuisée, physiquement d’abord, mais psychiquement également : incapacité à suivre le rythme, frustration en ricochet, manque de motivation en conséquence.
J’ai fait tout ce que j’ai pu mais il est arrivé un moment — cinq minutes avant la fin — où j’ai eu la sensation de toucher le fond. Je n’en pouvais plus et j’ai craqué, au sens littéral du terme : à genoux sur le tatami, mes larmes se sont mises à couler, alimentées par quelques sanglots. Je suis restée là, inerte, décidée de toute façon à finir le cours. Une judoka m’a proposé de venir près d’elle. Je l’ai remerciée mais n’ai pas bronché, enchaîné les étirements à suivre, fait le salut, et suis sortie du tatami la larme à l’œil et la souffrance à l’âme.
J’étais sonnée. Et je ne pense pas que la dureté physique de l’entraînement couplée à ma fatigue de départ soit seule en cause. Le changement permanent de position (assis, debout, couché, à genoux, accroupi, roulades) a fortement contrarié ma station debout, et mon entendement, donnant tout son sens à l’expression « ne plus savoir où l’on habite ». La sensation qu’en dépit de ma ceinture verte je n’étais pas à la hauteur, et ne le serai jamais, comme révélateur d’une impuissance, d’une limite du corps, incompressible, quel que soit le travail accompli a sans doute été l’élément déclencheur. Mais je suis restée jusqu’au bout, pleureuse mais le menton haut pendant le salut.
J’ai déjà écrit que ma devise de judoka était « humilité et courage ». J’y ai repensé en mangeant un bout au chinois du coin avant de rentrer. « Humilité et courage ». Oui. C’est ça. Mais qu’est-ce que parfois c’est dur !

Note : Un diagnostic inattendu est tombé dix jours plus tard : déchirure du deltoïde. Nouvelle leçon d’humilité. Et pas de judo cet été (Zut ! ça rime.)

Canette @14

TchinEn vacances dans le Morvan, lors de pérégrinations pédestres, je croise le point de vente d’une bière locale. Les tarifs à l’extérieur sont un peu élevés, mais bien moins qu’une pression dans un café parisien. Il y a la possibilité d’acheter un lot de trois pour payer moins cher par bouteille, ce que je choisis, car j’apprécie une bière blanche de temps en temps.
La vendeuse m’annonce qu’il n’y a « plus de lot ». Je demande tout de même trois bouteilles et m’attend à payer le prix réduit d’un achat groupé. Mais, non, cela revient à trois fois l’unité. Comme je lui demande de pouvoir bénéficier du prix d’un lot, mais que ce n’est pas prévu par sa caisse, la vendeuse me répond gentiment immédiatement « Vous préférez n’en prendre que deux ?… »
Voilà une attitude ne cherchant pas la vente à tout prix. Tout de même, je reste étonnée de ce calcul où il revient plus cher de prendre trois unités que les mêmes avec un bout de carton pour les relier, bref que c’est moins cher avec un truc en plus…