Archives mensuelles : juin 2012

Bigleuse @14

Pascale dans un bus comme elle aime… à New York !

La semaine dernière, nous avons fait avec Pascale notre « virée ophtalmo ». Pascale est en fauteuil et l’ophtalmo a déménagé pour installer son cabinet, autrefois accessible, dans un bâtiment avec ascenseur… aux demi-paliers.
Mais le plus délicieux n’est pas là.
Au retour, nous avons pris le bus place d’Italie (ligne 64) ; le premier bus, garé loin du trottoir, avait sa rampe d’accès hors service (dixit Jeanne, au volant). Le suivant, parce que bien garé le long du trottoir, nous a permis de monter sans rampe. Le chauffeur était absent. Une autre dame en fauteuil a profité de mes biscotos de judoka et le bus est parti avec deux personnes en fauteuil, là où une seule place est prévue (c’est connu, les éclopés sont des gens isolés qui ne fréquentent personne… pardon, que personne ne fréquente).
Un peu plus loin sur la ligne, une poussette rejoint le clan des véhicules à roulettes embarqués. La plateforme est pleine. Deux arrêts encore et une deuxième poussette tente de monter par l’arrière… Impossible. Elle se rabat sur l’avant et le chauffeur envoie un message préenregistré : « Ce bus ne peut accueillir que deux poussettes dépliées. Merci de replier toutes les autres. »
J’ai suggéré à Pascale de replier sa poussette… Elle a refusé. Ingrate !

Incyclicité @7

Canal de l'OurcqJ’ai longtemps vécu dans un quartier où les tournages de films, de publicités ou d’épisodes de série (dont l’une narrant les aventures du commissariat de l’arrondissement) se déroulaient fréquemment. C’était même le plus souvent dans les rues du carrefour où j’habitais, car quelqu’un louait régulièrement son appartement pour des intérieurs. Cela n’était pas toujours pratique avec des déviations de parcours autant piétons que cyclistes, des encombrements intempestifs de trottoirs, et je ne parle pas des places de stationnement réquisitionnées au grand dam des automobilistes du coin.
Depuis que j’ai déménagé, j’ai moins été en butte aux gênes de ses filmages de péripéties de faux flics, faux juges, faux pompiers, faux truands (enfin, ça, je m’avance peut-être)…
Hier, pour la première fois, l’action se situait sur les bords du canal de l’Ourcq, notamment sur la piste cyclable. Le tournage devait débuter sous peu, car plusieurs cyclistes étaient arrêtés et une fille de l’équipe m’a gentiment demandé d’attendre « deux minutes ». J’ai mis pied à terre, en me disant que si ce n’était que deux minutes ça allait et je ne savais pas ce qui pouvait m’arriver si je n’obtempérais pas : carton avec la voiture des méchants ? Arrestation par madame la juge ou madame la commissaire ? Comme je ne regarde pas ces séries, impossible de savoir si cela valait le coup de tenter…
Derrière moi arrivent d’autres personnes, l’heure est propice au passage. Un cycliste n’apprécie pas du tout être stoppé ainsi et maugrée, d’autant que nous voyons arriver des vélos dans l’autre sens… On entend « action », une voiture déboule, cela semble être fini et avant d’être autorisé à repartir, le récalcitrant passe en contournant la scène. J’entends alors « Quel bourrin ! » Je me retourne vers la cycliste aussi affirmative pour dire qu’il n’a pas forcément tort, car nous sommes sur la voie publique et n’avons pas forcément à obéir aux ordres d’une boîte de production… « Oui, c’est vrai… », a-t-elle reconnu.
Après le quart d’heure de célébrité d’un passage à la télé, qui va nous vanter le quart d’heure de célérité à obéir à la télé ?

Bigleuse @13

Il m’arrive régulièrement de croiser des mots, des expressions, que j’utilise depuis longtemps et qui me font intimement sens de manière inattendue. C’est ainsi que j’ai inauguré récemment une séance de « mise en forme », tous les matins. Le pourquoi du comment est ici, dans mes Feuillets.
L’autre matin — la date est sans importance —, je travaillais sur Je ne saurai jamais si elle était jolie (manuscrit, V07) et, après avoir lu et relu un chapitre, j’ai pensé « Je valide ! »
Je « valide »… moi qui ne le suis pas.
Je n’avais jamais entendu ce verbe en ce sens, verbe que j’utilise quotidiennement dans les Tableaux de bord de mes Feuillets, et alors même que j’utilise souvent le nom « valide » que j’oppose à « éclopés ».
Je « valide », donc ; mon texte plutôt que moi ; quand les phrases coulent et qu’il ne me semble plus trop « éclopé ». Sacrée littérature !

Canette @12

Pur sucreMi-juin, j’ai animé une formation avec une collègue. Lors d’une pause, c’était ma tournée au distributeur. Si du café est arrivé dans son gobelet, le chocolat n’a pas trouvé le mien, ne m’offrant que de l’eau chaude. Nous nous sommes retrouvées à discuter avec le technicien de maintenance. J’ai appris une subtilité de la réglementation…
Si certains produits sont déjà sucrés (chocolat et thé notamment), les machines permettent de modifier la dose de sucre en plus ou en moins. Vous prendrez plus de sucre… ou plus de sucres ? Les indications peuvent être différentes et la réglementation est précise. S’il est indiqué « sucre », il ne s’agit que de saccharose. En revanche, s’il est marqué « sucres », c’est une référence à tous les sucres : saccharose, glucose, fructose…
Or, ces autres sucres ont aussi un indice glycémique élevé. Ainsi, selon la subtilité du singulier, on peut croire prendre un produit sans sucre avec pourtant autant de sucres, dont le goût peut être masqué, mais dont l’absorption a les mêmes effets.
Voilà qui ne manque pas de sel, non ?

Régis @7

"Le Rasoir de Kant et autres essais de philosophie pratique"La morale et l’éthique semblent souvent un ensemble bien éloigné du quotidien. Pourtant, au fil du temps, j’y ai trouvé des points d’appui, notamment parce que ce ne sont pas de simples constructions intellectuelles.
Parmi les grands penseurs, Aristote et Kant ont envisagé des points de vue assez différents, le premier en centrant sa conception morale sur « devenir meilleur », le second en s’attachant à des impératifs catégoriques.
Kant a exprimé sa pensée par des maximes exprimant des devoirs inconditionnels, par « Agis seulement d’après la maxime grâce à laquelle tu peux vouloir en même temps qu’elle devienne une loi universelle » ou « Agis de façon telle que tu traites l’humanité, aussi bien dans ta personne que dans tout autre, toujours en même temps comme fin, et jamais simplement comme moyen ». Or, cela est très opérationnel. La première maxime exprime une opinion courante selon laquelle on ne devrait pas faire aux autres ce que l’on ne voudrait pas qu’ils nous fassent. La seconde se décline dans les critiques de la prostitution comme de la gestation pour autrui. Elle peut aussi tout simplement signifier de ne pas se servir de l’autre uniquement pour des buts personnels : ne pas l’instrumentaliser comme simple jouet sexuel (sans son accord plein et entier pour l’être), afin de rendre jaloux ou blesser quelqu’un d’autre, se soigner d’une rupture, profiter d’une situation financière, d’un logement, satisfaire une soif de pouvoir, etc.
Tout le monde cherche son intérêt dans les relations aux autres, la limite est la réciprocité bien comprise en tenant compte de ceux des autres. Ce n’est pas toujours évident et facile, car il faut déjà vouloir et pouvoir analyser ce que l’on fait, pourquoi on le fait, ce que cela implique pour l’autre (qui ne sait pas forcément pourquoi il agit, souvent parce qu’heureusement on ne se pose pas la question à tout bout de champ)… Y penser quand c’est nécessaire renvoie à la fameuse locution « Errare humanum est, perseverare diabolicum ».
Pour ceux qui voudraient prolonger la réflexion « purement philosophique » sur ce point, je conseille Le rasoir de Kant de Ruwen Ogien. Pour ceux qui veulent tout simplement « devenir meilleur », la fréquentation régulière de ce blog, une qualité d’échange (par commentaires, discussions, etc.) et un brin d’introspection forment un bon cocktail de départ. Et cela m’aide à devenir meilleure ! Quant à Cécyle, je la laisse s’exprimer (sinon, je vais être grondée).

Fenêtres @5

Sarah cherche des chaussures de course pour remplacer les siennes, épuisées par deux marathons… Mais Sarah a le pied fragile. Elle ne trouve pas le modèle qui lui va d’ordinaire. Elle décide d’écrire au fabricant… ce qui lui vaudra un échange de mails assez cocasse. Le voici ; juste parce que c’est drôle !

Mail de Sarah ; 3 juin 2012

    Bonjour,
    Je ne sais pas si c’est la bonne adresse mail. Merci de forwarder au service compétent.
    Je suis Parisienne. Je cours le marathon et je ne trouve plus les Gel Landreth avec lesquelles je cours depuis 4/5 ans. Elles sont parfaites car elles n’ont pas de couture au niveau de l’os du gros orteil (hallux valgus). Tous les modèles Asics présents actuellement sur le marché ont des coutures qui passent à ce niveau sensible. Il existe des modèles pour hommes mais pas dans ma pointure donc !
    J’avais acheté ma dernière paire sur le site du marathon de Paris. J’ai fait toutes les boutiques spécialisées de la capitale mais je ne trouve plus ce genre de modèle. Pouvez-vous me dire si elles existent encore ? S’il est prévu une sortie prochaine ?
    En vous remerciant pour votre réponse.
    Cordialement

Webmaster, le même jour :

    Bonjour,
    Tout d’abord, nous tenons à vous remercier de l’intérêt que vous portez à la marque ASICS.
    Concernant votre requête, vous trouverez, ci-dessous, les coordonnées de magasins susceptibles de revendre le produit que vous recherchez :
    Boutique marathon (…)
    Espérant avoir répondu à votre attente,
    Recevez nos salutations sportives
    Le service consommateurs

Mail de Sarah, une heure plus tard :

    Bonjour,
    Merci pour votre réponse mais si je vous écris c’est que j’ai vraiment fait toutes les boutiques spécialisées, y compris Boutique marathon…
    Je vous pose une vraie question, merci de ne pas répondre à côté.
    Sportivement

Webmaster, le lendemain matin :

    Bonjour,
    Tout d’abord, nous tenons à vous remercier de l’intérêt que vous portez à la marque ASICS.
    Concernant votre requête, nous vous invitons à vous rendre dans n’importe quels revendeurs ASICS (Go Sport, Intersport, Décathlon…) S’ils ne l’ont pas en stock, ils pourront nous les commander directement.
    Espérant ainsi avoir répondu à votre attente,
    Recevez nos salutations sportives.

Sarah, plus tard dans la soirée :

    Bonjour,
    Le service clientèle de Mizuno lit correctement ses mails et répond aux questions précisément.
    Mon choix est fait.
    Cordialement.

Webmaster, le lendemain matin :

    Bonjour,
    Nous pensons avoir répondu correctement à votre demande.
    En effet, ce modèle est en stock chez nous et nous ne pouvons pas vous orienter sur un magasin qui possède ce modèle en stock car nous ne connaissons pas l’état de stock de chaque revendeur.
    C’est pour cette raison que nous vous avons conseillé de passer commande directement auprès d’un revendeur.
    Cordialement

Vous avez noté le changement de formule de politesse ?

Sarah, deux heures plus tard…

    Bonjour,
    Lisez mon mail et regardez une photo des Landreth. Il y a des coutures là où il n’y en avait pas avant.
    Les vendeurs connaissent ce problème mais ils ne peuvent pas dire pourquoi il y a un tel changement. J’admets que c’est un problème précis. Mais dès le début je vous ai demandé de me donner le service compétent. Pour ma part, vous n’avez pas répondu à ma question et ce, par deux fois. Vous avez un mail type. Vous ne cherchez pas à répondre au problème. Si vous pensez l’avoir fait, je n’en suis pas d’accord.
    Je souhaite qu’on en reste là.
    Cordialement.

Webmaster, 10 minutes plus tard, sans « bonjour » cette fois :

    Nos modèles évoluent chaque année, si celui-ci ne vous convient plus pour cause de modification, vous avez la possibilité de passer sur un autre modèle en prenant conseil soit chez l’un de nos revendeurs soit en consultant notre site internet.
    Cordialement.

Sarah, 25 minutes plus tard, renonçant elle aussi au « bonjour » :

    Décidément…, c’est parce que je me suis adressée à toutes les boutiques, à tous vos revendeurs que je m’adresse directement à vous. Lisez correctement ! Lire que je dois faire ce que j’ai déjà fait m’agace quelque peu.
    Le modèle original sans couture, a priori, n’existe plus… Je change de marque.
    Je garde copie de ces échanges et les fais parvenir au service compétent.
    Cordialement

Alors, alors… Alors si vous connaissez des chaussures de pro sans la couture qui meurtrit l’hallux valgus, dites-moi et je ferai suivre ; Sarah court NY à l’automne. Elle a vraiment besoin de chaussures !
Merci !

Jardinage @5

Dans le jardin d'à côté...Je travaille beaucoup chez moi en ce moment. Ce n’est pas facile avec le bruit ambiant, des voisins et de la rue, mais il y a des jardins derrière l’immeuble. Le matin, j’entends souvent les oiseaux, c’est plutôt calme relativement à l’autre côté. Mais… si on sait que les jardins sont des havres de paix, ils peuvent se transformer en stands de démonstration d’outillage de la foire de Paris : tronçonneuses, souffleuses, tondeuses. C’est parfois un vrai festival avec le niveau de décibels correspondant assez élevé. Quand je vois le jardin de mon immeuble, je me dis que c’est beaucoup de bruit relativement à la taille de l’espace, le nombre d’arbustes, la densité de la pelouse…
C’est l’un des paradoxes urbains : créer des zones de calme nécessite de faire du bruit.

Régis @6

Jeu de pisteToujours dans nos interrogations sur l’autre, les autres, nous, soi… Cécyle et moi évoquions le peu d’attention aux autres qui nous désolent chez certaines personnes. Cécyle m’écrit, par texto « Je me demandais si être attentive n’était pas une condition de base pour être attentionnée au-delà d’une projection de ses propres désirs ? » En discutant, nous sommes arrivées à un lien entre l’attention comme vigilance, comme écoute et comme prévenance.
Le contexte politique nous a conditionné à une interprétation très anxiogène de l’attention comme vigilance : l’« attentifs ensemble » comme incitation à la suspicion, la mise en avant du risque (en sécurité routière, alimentaire, urbaine, etc.) Cela n’empêche pas de penser plus positivement. Prêter attention, c’est plus simplement ne pas se fermer dans son univers pour recevoir (entendre, voir) et plus encore aller au-devant par un minimum de curiosité, de mouvement, de dynamique (écouter, regarder). Oser une sortie de sa route ne conduit pas forcément à l’accident quand on prend un chemin de traverse. Cela revient à prendre le risque d’être heureusement et agréablement surpris et parfois changé.
Être attentif permet d’éviter les dangers pour soi, mais aussi pour l’autre : en remarquant ce qui peut blesser l’autre physiquement et émotionnellement, on peut lui éviter de l’être (si on le veut bien). Sur cela peuvent se fonder les attentions offertes à l’autre : lui faire plaisir par un geste, une marque d’affectation, de la prévenance… De la carte postale au gâteau au chocolat, maints exemples parcourent ce blog où le soin à l’autre est dans le matériel autant que dans le discours.
On peut décider d’être attentif, de devenir attentionné en commençant par ne plus filtrer ce qui n’a d’intérêt que pour soi et pour la satisfaction de ses propres désirs. De fait, aimer les autres pour eux-mêmes n’est possible que par cette voie. Ensuite, cela devient motivant, car c’est riche de découvertes et d’apports.
Cécyle m’a notamment permis d’être plus attentive et attentionnée, merci…

Brosse @12

Je marchais avec Caddie derrière un groupe de quatre collégiennes. Le trottoir était étroit. Je ne pouvais pas doubler, en dépit de l’insistance de Caddie — un fonceur dans l’âme ! Les jeunes filles devisaient sur la demande forcément impossible d’une professeure à l’égard de l’une d’elles.
— Tu t’en fous ! On s’en bat les couilles.
Les roulettes de Caddie n’ont fait qu’un tour, le restant étant assuré par mes oreilles.
— Je te dis ! On s’en bat les couilles !
J’ai songé alors que, « de mon temps » de collégienne, on devait bien avoir des formules tout aussi vulgaires… Pourtant… Doit-on considérer que l’introduction de génitoires dans le langage des jeunes filles correspondrait à l’appropriation du pouvoir qui leur est couramment associé ? Oh ! qu’il serait doux que le féminisme ait ainsi gagné une bataille… et tant pis si le style est poissard ; cela va si bien à… non ! Pas de clichés sexistes ! Ce serait indigne de ce blog.