Archives mensuelles : mai 2012

Réclamation @12

Le 10 juin prochain, je serai à Biscarrose. Je ne pourrai donc pas voter au premier tour des législatives. Je suis allée au tribunal d’instance établir une procuration. Là, une jeune femme, avec un enfant, se présente au guichet. Elle a acheté une baguette qui s’avère « pleine de bêtes ». Elle est allée au commissariat, qui l’a renvoyée sur le tribunal, qui…
Les deux dames au guichet (dont une greffière) disent d’emblée le tribunal incompétent. La jeune femme insiste sans monter le ton. Elle veut montrer sa baguette. On la sent avant tout indignée. Elle ne s’exprime pas très bien mais son récit est très clair. Les deux dames du tribunal commencent à s’intéresser à sa baguette. Une veut voir les bêtes ; l’autre non. Mais elles disent ne rien pouvoir faire et ne savent que suggérer.
La jeune femme dit « l’hygiène » ; elles lui répondent « procureur », « préfecture », « mairie »… Je finis par suggérer « DGCCRF ». Mais oui, c’est bien sûr ! Les dames lui trouvent le téléphone et la jeune femme repart, avec sa baguette. Je discute avec la greffière, lui faisant très aimablement remarquer que cette jeune femme a eu le courage de protester. Elle en convient même si « des bêtes, on en trouve dans toutes les boulangeries ».
Et la justice de proximité ? Il y en a visiblement moins que de bestioles dans le pain ! Dommage.

Décroissance @12

Mon savonLors du déjeuner en l’honneur de son anniversaire, Cécyle m’a offert des bouchons d’oreille pour mon sommeil. Elle m’a aussi rapporté d’un long voyage un savon de Marseille typique, un de ces gros savons faits pour tenir dans la main et lessiver son linge au lavoir. Elle m’a précisé que ce n’était pas pour me laver, mais qu’elle voulait que je sente bon.
Voilà donc que Cécyle veut que j’aille laver mes draps et petites culottes dans l’eau du canal en bas de ma rue. Je sais combien elle est attachée à la réduction des dépenses d’eau et à la décroissance, mais je crois que là, je vais renoncer… au risque de me faire passer un savon ?

Commémoration @6

Le 15 mai dernier, j’ai décidé d’aller sur les Champs-Élysées saluer le nouveau président de la République. Le 21 mai 1981, j’étais rue Soufflot, par un petit miracle dont je n’ai plus le souvenir puisque j’habitais à 800 km de là et étais à quelques semaines de passer mon bac. Ce passage rue Soufflot m’a laissé une « sensation d’y avoir été » quand je regarde les photos ou les images. J’avais donc envie de renouveler l’expérience, plus consciente qu’à l’époque de la portée historique de l’événement.
Quelques jours déjà sont passés. De quoi vais-je me souvenir ?
De la météo, c’est certain. J’ai eu froid. J’ai pris la pluie et je me suis abritée sous un arbre où trois CRS logeaient déjà. Je suis restée à distance, moins abritée qu’eux. L’un m’a appelée, m’invitant à les rejoindre près du tronc. Ce que je. Personne n’a pris de photo de ce partage historique. Ouf !
Je me souviendrai de la Garde républicaine, aussi. C’est très impressionnant, ces carrés d’hommes à cheval avec leur casque qui brille. Je n’ai pas vu les chevaux. J’ai juste entendu leurs sabots sur le pavé. Et vu briller les casques. Et entre deux carrés de gardes, il y avait une voiture, avec quelque chose qui s’agitait. J’ai supposé que c’était le nouveau président de la République. J’ai applaudi. J’étais émue.
Entre deux, j’ai songé que si quelqu’un avait l’obligeance de sortir une arme juste à côté de moi pour tenter de tuer le deuxième président de gauche de la Ve République, j’y mettrais tout mon savoir de judoka, lui sauverais la vie et en serais fière. Fière. Moi qui ne m’étais guère réjouie de l’élection de François Hollande, j’ai été fière d’être à ses côtés sur les Champs-Élysées, de lui lancer en pensée tous mes vœux de réussite (et quelques mises en garde), puis de l’entendre à la télévision à mon retour parler de l’école publique et de Paris.
Merci monsieur le président. Vous avez su me convaincre de votre importance. Ce n’est pas rien !

Aïe ! @5

Code du travail DallozDeux grands thèmes de société ont été soulevés ces dernières années : la prise en compte de la douleur dans la maladie et celle de la souffrance au travail. On parle rarement de la souffrance dans le premier cas et encore moins de douleur dans le second. Pourtant, ils renvoient l’un à l’autre. La souffrance est un état où l’on ressent de la douleur (sensation ou émotion pénible).
Je m’interrogeais sur la façon dont ces mots ont pris leur place dans ces expressions et ces contextes. J’en suis venue à me dire que c’est parce que c’est leur juste place.
La douleur est un ressenti, si la médecine ne peut soigner le mal, elle peut apporter des soins palliatifs (venant du mot latin signifiant « dissimuler »). Il n’y a plus d’antidotes, de solutions, plus de remèdes. On peut soulager, atténuer, mais pas supprimer la douleur. On peut seulement la mettre à distance en changeant l’état de conscience du malade. La douleur est là, on n’occulte juste la souffrance.
La souffrance est un état dans lequel on souffre, c’est-à-dire que l’on ressent une douleur. Or, c’est bien la souffrance que l’on prend en charge, pas la douleur. On n’occulte pas la souffrance. Au contraire, on la dit reconnait, la reconnait, la met en avant. C’est par ce biais que l’on s’attaque à la source, c’est-à-dire au ressenti, à la douleur. Il ne s’agit plus de reconnaître une impuissance, mais de considérer que l’on peut agir en annonçant l’effet pour en dénoncer la cause.
Je suis assez agacée par l’utilisation d’expressions ou de mots à tout bout de champ. « La souffrance au travail » est devenue un leitmotiv parfois vide de sens dans les médias. Quand j’ai pris conscience de l’intérêt du distinguo que j’ai tenté de préciser ici, j’ai trouvé bien plus de sens à la formule. Reste que trop souvent, les solutions restent à inventer ou parfois tout simplement à mettre en place.

Course @20

Dimanche 13 mai 2012, j’ai participé aux 10 km de « Courir ensemble », une course organisée par Handicap international. C’était mon premier 10 km. Je courrais en binôme avec Sarah qui me donnait ainsi l’occasion de me tester sur la distance. Allais-je la tenir ? En combien de temps ? Sarah serait-elle fière de moi ? Et Isabelle ? Et Christian, celui de mes profs de judo avec qui je travaille le « physique ». Et vous ? Et moi ?
J’ai laissé de côté le judo une semaine durant, avec un programme de course et de renforcement musculaire. Je me suis couchée tôt. J’ai mangé si sainement que j’en ai perdu quelques grammes. Pas de pizza. Moins de chocolat. Dimanche matin, j’étais prête. Je trépignais même, impatiente de me confronter à la distance, rassurée de la présence de Sarah qui est venue me chercher jusque chez moi. La température était idéale, avec du soleil. Toutes les conditions étaient donc réunies pour que je fasse une bonne course, que je me régale, et que je puisse être heureuse et fière de l’exploit.
Oui, toutes les conditions, moins une : ma capacité à lâcher prise, à ne pas laisser mon angoisse de ne pas réussir corrompre ma course, réduire ma foulée, me casser le souffle à la moindre accélération, me mettre le moral à plat en dépit des encouragements jamais démentis de Sarah. Alors je les ai courus, ces 10 km ! Je suis allée au bout, sans pouvoir dire que c’était dur. J’ai voulu abandonner au troisième kilomètre sans être fatiguée, par principe, presque. J’ai eu envie de pleurer, de vomir. J’ai couru ainsi sans plaisir, sans joie, sans fierté, avec la sensation de gâcher ma chance autant que le plaisir de Sarah de m’accompagner.
Lâcher prise… Christian m’a assuré que j’y arriverai la prochaine fois, maintenant que je savais que je tenais la distance. Mais je le savais déjà, pour l’avoir faite, seule, sur mon parcours habituel. Alors ? Je ne crois pas qu’il y aura de prochaine fois car ce qui est en jeu, maintenant, est beaucoup plus difficile à gérer que 10 km. C’est par le judo que je vais y arriver. J’ai déjà le moyen. Tout va bien !

Pucer @8

Cécyle m’a offert un logiciel formidable, dont je me sers (« pas assez » et « pas aussi bien que je pourrais » pourrais-je sans doute lire dans ses pensées…) C’est le fameux Antidote.
Récemment, j’ai passé à la vérification d’orthographe un billet où il y avait le mot « vidéoprotection ». Ce vocable sert à la stratégie se dessinant depuis quelques années de faire passer la pilule d’une utilisation plus massive et plus intrusive de la vidéosurveillance. Ni le logiciel de traitement de texte, ni Antidote ne connaissent ce néologisme et ils me proposent à la place « vidéoprojection ». Ce n’est si pas mal vu, car c’est bien de la transparence de la vie privée dont il s’agit.
« Souriez, votre bobine est regardée ! »

Régis @5

Jeu de pisteIl m’arrive de parler de la question de la qualité de la relation à autrui, de la façon de créer du lien avec les proches, ceux qui le deviennent ou pourraient le devenir.
Une première conversation récente était le sujet dans un précédent billet, je continue ici avec une autre où l’interprétation inattendue d’une question a alimenté ma réflexion. J’avais demandé à mon interlocutrice ce qu’elle envisageait pour nourrir notre relation, à la suite d’un autre échange sur le sujet. Elle s’est défendue en refusant toute idée de programme ou de plan, mettant en avant la spontanéité. Ce n’était pas le sens de mon interrogation, car loin d’une liste, j’avais plein d’idées non de quoi, mais de comment. La spontanéité y a toute sa place, tout comme la créativité.
En effet, le plus souvent, dans une relation (amicale, affective, y compris amoureuse), le plus évident est de manger ensemble, prendre un verre, aller au cinéma, à des expositions, à des concerts, etc., et bien sûr tout « simplement » (?) donner des nouvelles. Tout cela m’intéresse quand c’est l’occasion de parler de soi, de l’autre, de points de vue sur la vie, le monde, l’actualité, vivre les théories, penser les pratiques…
Cela me fait penser à un billet de Cécyle où elle écrit « je rechigne aux activités sociales “en bande organisée” autant que je ne consomme que fort peu de “produits culturels” ». Je rechigne aussi au côté « bande organisée », car je préfère voir les gens individuellement, à trois ou à quatre. Toutefois, je consomme des produits culturels et je suis contente d’être en compagnie pour voir un film, visiter un lieu, écouter un opéra… C’est un partage ouvrant la voie à la communauté d’émotions et à la discussion.
J’aime la conception de jeux de piste et la participation à des ateliers de cuisine, de dessins, de danse… J’aime rouler à deux à vélo pour quelques heures ou quelques jours, rester sur l’herbe au soleil dans un silence serein plein d’une qualité de partage du moment. J’aime les échanges de courrier postal tout autant que donner et recevoir ce que l’on a préparé, cuisiné, fabriqué et pas seulement acheté… Partager, c’est aussi cuisiner ensemble, aller dessiner, fabriquer un fanzine, participer à un projet associatif, se rendre à la piscine, marcher dans Paris ou ailleurs, une heure, une journée, de nuit, coanimer un site, un blog…
Avec des amis vivant à Paris, que je vois plus ou moins souvent, il arrive que nous nous envoyions des cartes postales simplement pour écrire quelques mots, des impressions à partager, sans avoir besoin de partir de la capitale.
J’ai des idées, qui veut les partager, les faire vivre, en ajouter ?!
En écho au billet de Cécyle se terminant par « Qu’est-ce que tu proposes ? », je pense que c’est la question pour toute relation personnelle.

Mariage @13

À l’occasion d’un dossier que Libération du 11 mai 2012 consacre au mariage entre personnes de même sexe (avec une une magnifique !), Caroline Mécary rappelle ce qu’est le mariage. Je reprends l’extrait qui m’intéresse : « Dans le mariage, il y a un devoir de fidélité et d’assistance, (…) il y a une présomption de paternité, alors que le pacs oblige à établir la filiation par un acte de reconnaissance de paternité. »
Si mes souvenirs de droit civil sont bons, la fidélité est justement là pour asseoir la présomption de paternité. Il ne s’agit donc pas de défendre une « morale », mais bien de dire le droit, le droit de l’enfant, en l’espèce. On peut d’ailleurs s’interroger sur la raison pour laquelle la fidélité est restée dans le Code civil comme moyen de la présomption de paternité, considérant que les tests ADN établissent plus sûrement la paternité et que les enfants naturels ont aujourd’hui les mêmes droits que les enfants légitimes.
J’y vois un moyen de garder à la famille son rôle de « stabilisateur social », cellule de base du contrôle des individus et de leurs pulsions au service de l’ordre social, bien sûr. Ceci étant, une question me turlupine : comment, en droit, l’ouverture du mariage aux personnes de même sexe, légitime si l’on se réfère à l’égalité des droits, va-t-elle s’accorder de la présomption de paternité et de la fidélité qui lui est liée ? Cela va-t-il être l’occasion de dépoussiérer le Code civil et de reléguer la fidélité à la sphère intime, ce qui réduirait, de fait, le mariage à un contrat patrimonial soit un Pacs ? Ou cette présomption de paternité sera un moyen d’ouverture de la filiation au parent du même sexe non-parent biologique ? Ou ?
Suspens !

Régis @4

Bonjouir !À deux jours de différence, j’ai eu des conversations avec deux personnes différentes où la question du partage a été évoquée. J’en parlerai dans deux billets, dont voici le premier.
Une collègue évoquait l’envoi régulier par des membres de sa famille de photos de leurs enfants via des courriels envoyés sans un commentaire à toute une liste de gens. Elle pointait que paradoxalement, les grands-parents n’ayant pas d’accès à Internet, ils n’avaient pas toutes ces images de leurs petits-enfants grandissant à l’étranger, n’en recevant que quelques-unes par courrier postal. Elle me disait combien elle était frappée par le peu d’attention individuelle pour elle et son compagnon, tante et oncle des gamins, mis dans une série d’adresses où se trouvaient tout aussi bien des proches, que de vagues connaissances, des collègues et des amis un peu perdus de vue.
Comme le sujet avait été évoqué à l’occasion avec les grands-parents, la remarque était revenue aux oreilles des expéditeurs. Ces derniers, plutôt que d’effectuer un envoi plus personnel avec un mot d’accompagnement, avaient purement et simplement supprimé l’adresse du groupe d’envoi.
Nous sortions d’une lecture de lettres de Debussy et ses amis et ne pouvions que constater combien la facilité d’échange offert par l’informatique l’a parfois vidé de contenu. Ces billets de notre vie en Hétéronomie sont une façon d’essayer d’utiliser l’outil technologique pour échanger des mots avec du sens, partager des émotions, des réactions, des idées. Oui, échanger, pas seulement envoyer.
C’est aussi pour cela que nous nous réjouissions de lire vos commentaires !