Archives mensuelles : février 2012

Canette @9

Qu'il est beau mon gilet !Le fameux gilet jaune fluo a permis à un célèbre couturier de s’autoparodier pour une « bonne cause ». Devenu obligatoire sur les routes, le port de ce vêtement voyant et réfléchissant s’est généralisé aux ouvriers, même ne travaillant pas au bord de routes, même pour des opérations en plein jour. Il y a parfois des variantes et des utilisations inattendues. Dans un grand musée à Paris par exemple, des agents travaillant dans le grand hall sous la pyramide portent des gilets orange marqués du musée lors de certaines procédures ou dans des circonstances pour être particulièrement visibles. D’autres agents portent ponctuellement des gilets bleus, moins accrocheurs, mais permettant tout de même leur identification, surtout associée au grand « I » pour information qu’ils arborent dans le dos.
Toutefois, ils sont concurrencés par d’autres porteurs de gilets, dont ils se démarquent heureusement par… la taille. En effet, de plus en plus, les enfants des groupes scolaires sont affublés de gilets jaunes ou orange remplaçant les casquettes monochromes ou autres signes distinctifs censés permettre de ne pas (trop) les égarer. Cette surenchère de visibilité produit bien évidemment un effet négatif où l’agressivité des couleurs s’associe à l’uniformisation ne permettant plus de distinguer les caractéristiques vestimentaires individuelles.
Ah ! La sécurité, quel fabuleux prétexte au nivellement identitaire…

Charité @7

J’ai entendu, sur France Info, mercredi 15 février 2012, le représentant d’une association de consommateur (CLCV) parler de la « précarité énergétique » et des solutions à apporter : harmonisation des « tarifs sociaux », prises en charge des frais d’énergie au titre de l’aide au logement, accompagnement financier des familles… Ce qui revient à dire que les sociétés qui distribuent l’énergie vont pouvoir augmenter leurs prix. L’État paiera en lieu et place de ceux qui ne peuvent pas, nous, en somme.
Et pourtant, la « précarité énergétique » va souvent de pair avec une « précarité » tout court : les pauvres vivent ainsi le plus souvent dans des logements vétustes et peu confortables, HLM compris. Et moi, ce que je ne comprends pas, c’est que l’on ne pose pas plus globalement la question de la consommation d’énergie, de l’isolation des logements, par exemple… et que l’argent public investisse dans quelque chose qui réduise la facture énergétique (avec toutes les conséquences positives que cela a) plutôt que dans le paiement pur et simple des factures, sans contrepartie pour les fournisseurs d’énergie.
Ah ! la révolution écologique… Éva, dépêche-toi ! La « France ferte » a besoin de toi.

Pucer @6

Parmi mes activités de loisir, je mets à jour le site de la section 14-6 de la Ligue des droits de l’Homme sur les indications du CA de la section. Dans ce cadre, je rentre beaucoup de pétitions de RESF et, régulièrement, je suis abasourdie par les informations personnelles divulguées par ces pétitions.
La dernière en date indique (je retire les mentions personnelles) :

    « Madame —- S—-. (épouse G—-), née le —- à —-, de nationalité —- (n° étranger : —-) et habitante d’A—- (93300), a été arrêtée le —- dans l’après-midi sur son lieu de travail et placé en rétention au centre de rétention de l’île de la Cité (…).
    « Me (sic) S—- est entrée en France en —- et y réside depuis avec son époux de manière continue. Elle pourvoit à l’éducation de ses deux fils : A—-, né le —- et D—-, né le —-, scolarisé actuellement au Lycée —- d’A—- où il prépare un bac scientifique « Sciences de l’ingénieur ». »

Et qu’elles sont ses notes en mathématiques ?
Outre que c’est la porte ouverte aux usurpations d’identité (même celle d’un sans-papiers vaut quelque chose), c’est une atteinte à la vie privée que je trouve invraisemblable de la part d’une organisation qui, justement, se bat pour les droits de ces personnes. Quant à aider la préfecture à suivre ces personnes… Elle n’a sans doute pas besoin des infos de RESF pour pister les étrangers en situation irrégulière mais la démarche de cette association n’en demeure pas moins dangereuse en plus de friser l’illégalité. Et si Madame G—– était régularisée, j’espère qu’elle fera valoir aussi ses droits à la non-divulgation publique d’informations si personnelles, même de la part de ses « sauveurs ».

Changement @5

Constitution de 1958Un cours de droit constitutionnel m’a permis de prendre conscience d’un élément notablement manquant dans la campagne électorale en cours : la question des élections législatives… J’ai aussi ainsi compris ce que Cécyle, bien plus experte que moi en politique et en droit constitutionnel, me disait depuis longtemps déjà. Avec le quinquennat, le suivi rapproché la même année des scrutins pour élire le chef de l’État et les députés offre une cohérence entre la couleur politique de la majorité à l’Assemblée et celle du président de la République. On a vu comment cela permet une véritable implication de ce dernier dans les affaires du gouvernement.
À mon sens, il importe aussi, voire surtout, de se mobiliser pour les législatives. Beaucoup d’analystes considèrent que le vote a plus de chance d’être constant d’une élection à l’autre étant donné le peu de temps entre les deux. Pour autant, je pense qu’il est plus facile aussi de mobiliser les électeurs pour les législatives quand il s’agit d’un vote d’opposition, or il me semble douteux de pouvoir réussir à emporter à gauche un coup double. Je pense qu’il vaut mieux un président de droite et une majorité de gauche que l’inverse pour qu’il y ait une véritable possibilité pour la gauche d’être efficace. Dans cette optique, le « vote utile » aux présidentielles m’apparait comme encore plus risqué, en plus d’étouffer les voix discordantes de celle du candidat désigné du parti socialiste.
Pour autant, il ne s’agit pas de laisser un boulevard à un candidat à la présidentielle, il est bien plutôt de ne pas laisser un boulevard à la majorité parlementaire correspondante. Ce n’est pas le 23 avril qu’il faudra y penser.

Peur @3

J’ai découvert l’autre soir devant une émission télé que sept cents personnes sont mortes assassinées (au sens large du terme) en 2010. Le chiffre m’a paru dérisoire au regard de la peur que le meurtre nous inspire. Rapproché aux trois mille morts sur la route, ou aux dix mille suicides annuels, cela devient presque dérisoire.
Et comme on sait par ailleurs que la majeure partie des agressions faites aux femmes le sont dans « cercle intime », j’en conclus que j’ai intérêt à me méfier de mon Tancarville des fois qu’il me viendrait l’idée de me pendre. Vous ne trouvez pas qu’il a une tête d’assassin ?

Lesbienne @4

"Une femme en apesanteur" - Geneviève PastreÀ l’occasion de sa mort, Geneviève Pastre a eu le droit à un article sur le site du Figaro. Elle est présentée comme « poétesse et militante du lesbianisme ». Il est indiqué qu’elle était « mariée et mère de deux filles » et « militante des homosexuels », notamment qu’elle a « défendu la mémoire des déportés homosexuels ».
Ainsi, il n’est pas explicitement évoqué sa propre orientation sexuelle, mais ce n’est pas cela qui importe, du moins, pas dans l’aspect people. En revanche, cette façon d’écrire, un peu alambiquée, qu’elle était militante « du lesbianisme » et « des homosexuels » est sans doute à mettre en opposition avec son statut d’épouse et mère de famille, comme si son combat était celui d’autres qu’elle aidait, soutenait, défendait comme quelqu’un de bien intégré socialement et administrativement peut être « militant des sans-papiers ».
En utilisant subtilement cette distanciation, Le Figaro indique qu’il ne mélange pas les genres, ceux du mariage et de la vie amoureuse homosexuelle. Ce faisant, il n’introduit pas de zizanie dans ce partage censément strict, mais vole aussi une part de la vie de Geneviève et de ses choix personnels et politiques.
Son décès me rappelle les souvenirs de ces moments partagés avec Cécyle et elle, autour d’une tasse de thé ou au cours de débats littéraires, loin des conventions strictes et normées.

Tonton @9

À l’instar des commentateurs politiques après l’annonce de candidature de Nicolas Sarkozy à la présidence de la République, je me suis interrogée sur le slogan annoncé : « Une France forte ». Car si le mot « France » est un incontournable d’un sortant, je suis surprise que Sarkozy n’ait pas également utilisé le mot « président ».
Giscard, en 1981, disait « Il faut un président à la France ». Mitterrand, lui, en 1988, incarnant totalement la fonction (il était, même pour ses adversaires « Le président »), s’est payé le luxe d’une « Génération Mitterrand » particulièrement efficace et d’une « France unie ». Chirac, pour sa réélection en 2002, s’est contenté de la France « La France en grand, la France ensemble » mais personne n’a jamais contesté son exercice de la fonction.
Car tel me semble être le problème électoral de Sarkozy : il a bien du mal à incarner la fonction à laquelle il prétend alors qu’il l’a exercée pendant cinq ans et quand on lui en accorde le bénéfice, c’est pour en contester l’exercice. « Génération Sarkozy » aurait donc été ridicule… et vu le personnage, j’aurais fait quelque chose de type « Votre président pour la France », afin d’affirmer ce qu’il n’est pas et tenter d’en convaincre les électeurs en les impliquant personnellement (et réduire la distance)…
Quand on pense à ce que coûtent ses « experts en comm’ », je me dis que soit ils sont très mauvais, soit c’est à moi de jeter mon tablier de « responsable de la propagande » ! Qu’est-ce que tu dis Isabelle ? Que je l’ai déjà jeté en 2001 ? Oh ! pardon. J’avais oublié… Ouf ! Éva Joly à toutes ses chances.

Décroissance @11

http://www.regards.fr/Grâce à Cécyle, qui m’en a offert un, j’ai découvert le mensuel Regards. J’en avais vaguement entendu parler et j’ai mis du temps avant de l’ouvrir, la photo d’un candidat de gauche sur la couverture ne m’incitant guère à m’y plonger. Quand je me suis décidée, j’ai pris un grand plaisir à l’intelligence et la qualité de réflexion de ses articles. Après mes déconvenues d’ouvrages relatifs à la décroissance, tombant le plus souvent dans un angélisme naïf et faisant peser la responsabilité sur l’individu oblitérant la plupart du temps une vision globale et encadrant les mentalités dans des schémas conservateurs ne donnant que peu place aux individualités. Le postcapitalisme est un bien grand mot, sans doute recouvre-t-il des perspectives diverses, mais il permet à mon sens de penser une autre croissance qui ne soit pas forcément le pendant négatif de la glorification de la croissance pensée du seul point de vue consumériste. Une perspective politique qui ne soit pas fondée sur la culpabilité et le retour en arrière, mais pensant pouvoir avancer en tenant compte des préoccupations écologiques, mais aussi sociales, culturelles, économiques… Ce qu’est au fond l’écologie politique perdue de vue par de nombreux écologistes me semble-t-il. Bref, en quelques pages, voici un accès à des nourritures intellectuelles qui font du bien…
Il est possible d’acheter Regards, mais aussi d’en découvrir tous les articles gratuitement en ligne.
J’ai acheté plusieurs anciens numéros, une amie m’a offert l’abonnement, merci Cécyle ! Qui pense encore ici que malvoyance ne peut pas rimer avec clairvoyance ?

Mariage @12

Grâce à l’article du Parisien du 9 février 2012 consacré au dîner annuel du Crif, on comprend pourquoi le candidat-président, après avoir laissé entendre qu’il pourrait être favorable à l’ouverture du mariage aux couples homosexuels, est rapidement revenu sur cette position. « Je suis de gauche mais je suis amoureux de lui. » déclare Enrico Macias lors de ce dîner où il est « vêtu d’un grand manteau blanc ».
Le pauvre !
Qui ?
Les deux.

Va chez l’gynéco @3

Comme l’a signalé Cécyle, j’ai effectué un don de plaquettes récemment. Pour l’entretien préalable au don, la médecin, accompagnée d’un collègue en formation que j’avais volontiers accepté, me pose la série rituelle de questions. Puisque j’avais coché dans le questionnaire que j’avais changé de partenaire dans les quatre mois précédents, j’ai eu la question « Est-ce que vous avez des rapports bien protégés ? » J’ai rétorqué « C’est une femme, alors… » Immédiatement, la doctoresse est passée tranquillement à la question suivante, bien d’accord qu’il n’y avait dans ce cas pas lieu de s’inquiéter.
Quand on voit combien les supports de prévention destinés aux lesbiennes évoquent les digues dentaires, je plains celles qui s’échinent à utiliser du plastique… à moins qu’il n’y ait chez certaines un goût non assumé pour les poupées gonflables ?