Archives mensuelles : janvier 2012

Intox @2

On s’interroge beaucoup, ces temps-ci, pour savoir qui serait responsable (coupable ?) de la crise économique et financière. Je suis toujours surprise des réponses apportées. Elles me paraissent toujours partielles, partiales, symptomatiques d’un système économique, politique et social qui ne souhaite pas remettre en cause son fondement même : le capitalisme. Amasser des richesses, toujours plus produire donc consommer à tout va, polluer, assécher les ressources naturelles… Comment peut-on encore croire que l’on ne va pas dans le mur, à moyen terme, si l’on ne fait qu’agir à la marge sans poser la double question du système qui a produit cette crise et des avantages que chacun de nous en tire ?
Et voilà que je découvre au détour d’une publicité pourquoi l’immobilisme règne en maître en dépit de la gravité de la situation : parce qu’il est toujours trop tard quand on pense à actionner le désodorisant quand on est aux toilettes, il existe désormais un modèle qui détecte la mauvaise odeur et se met en marche tout seul ! Tout est dit. Vous ne voyez pas le rapport avec la crise économique et financière ? C’est pourtant simple ! Quand on dépense 6,78 euros parce que l’on oublie que ça pue quand on fait caca, comment imaginer détruire le système économique et financier qui autorise une telle étourderie ?

Gamine @6

Préliminaires...Une marque de chocolats s’est fendue d’une campagne pour les fêtes de fin d’année avec des affiches en 4×3 sur les quais du métro, pour des boîtes baptisées « Prélude » et « Imagine ». Quatre modèles reprenaient la même conception : une photo en noir et blanc d’une femme censément séduisante, voire languissante, en mettant à la bouche un chocolat, assortie d’un texte plein d’humour (si, si). Les quatre textes présentés étaient « Un chocolat pas seulement fait pour remercier d’avoir sorti Pépette. », « Le chocolat qui n’est pas seulement destiné à ceux que l’on voit qu’à Noël. », « Le chocolat qu’on offre à sa jolie voisine plutôt qu’à sa belle sœur. » et « Un chocolat qui n’est pas réservé aux vieilles tantes au menton qui pique. ».
Il s’agit donc toujours de s’adresser à une femme pour des raisons autres que simplement remercier ou participer à une convention sociale de cadeau de circonstance. L’entreprise n’est pas folle, à chaque fois, il est tout de même bien question de pouvoir offrir ces chocolats en échange d’un service animalier ou dans le cadre de la fête de famille, on ne va pas se bloquer un marché pour réserver les boites en question aux cas nettement plus libidineux sous-entendus par les images. D’ailleurs, il est ainsi possible de souligner le double sens.
Je devrais dire plusieurs sens… Peut-on par exemple comprendre qu’offrir une boîte « Prélude » (d’ailleurs pas bien grosse) dispense de tous préliminaires ? Peut-on comprendre aussi que l’on peut toujours tenter le coup de l’allusion sensuelle avec la belle-soeur ? En tous les cas, c’est assez rare pour le souligner : cette publicité prend en compte la bisexualité masculine. Non ? Ah ! Pardon, j’ai cru comprendre que la référence aux vieilles tantes qui piquent…

Lu @4

Plus vert que vert, c'est, euh, vert ?Je détruis régulièrement dans l’interface d’administration de la Vie en Hétéronomie des « commentaires indésirables », c’est-à-dire des commentaires qui sont en fait des spams de même type de ceux que l’on reçoit par mail. Pour appâter le blogueur, certains tentent des textes de circonstance.
Ce matin, j’en trouve trois : les deux premiers, en anglais, « Nice post » ; et le troisième « Jolie poste ». Ah ! les vertus des traducteurs automatiques ! Un coup à se croire timbrées !
Comment ça, on l’est, timbrées !? Surtout Isabelle !

M’sieur, M’dame @5

madame valise et monsieur sacUne affiche de la RATP relative aux règles de sécurité indique, notamment, qu’il faut étiqueter ses bagages. À part quand vous prenez le métro pour aller prendre un train ou un avion, je ne crois pas que vous le faites, mais bon, comme vous savez qu’il ne faut pas abandonner ses affaires, on vous pardonnera.
L’affiche présente des textes et des pictogrammes. Ainsi, l’item correspondant « Étiquetez systématiquement vos bagages » présente un dessin montrant une valise et un sac ornés d’une étiquette. La première est étiquetée « Mme » et le second « M. ». Vous noterez que l’accord avec le genre des mots est bien respecté.
Ce n’est pas forcément explicite, car d’après ce que je comprends du but et de la façon de procéder, il ne suffit pas de mettre une étiquette madame valise et monsieur sac, mais y indiquer ses nom, adresse et téléphone dans le cadre de la lutte contre les objets suspects du plan Vigipirate. Le pictogramme et le texte ne sont pas à mon sens bien choisi.
Toutefois, je sens que vous avez une idée de là où je veux en venir, car tout de même, on vit en Hétéronomie… Eh oui, la grosse valise appartient à une femme et le sac, aussi haut que l’autre bagage, appartient à un homme.
Quid des voyages en couple non hétérosexuel ? Ceux avec le cousin ou la colocataire de même sexe ? Mettre des étiquettes avec des prénoms neutres, une fausse adresse et un numéro de téléphone de la RATP n’aurait-il pas été plus judicieux et moins orienté ? Je suppute que cela n’a même pas effleuré les concepteurs de cette campagne.
Et, tout de même, je suis outrée par un oubli : où sont les bagages des enfants ?!

Écrivaine @10

Que choisir consacre un article de son numéro de janvier 2012 aux friteuses électriques… euh, pardon, aux pratiques des éditeurs en matière de correction (« Édition – À qui la faute ? ») L’article est intéressant, mais néglige, comme très souvent, les auteurs, qui eux aussi subissent un préjudice direct quand leurs livres sont mal corrigés. Par ailleurs, ce qui est écrit sur l’Harmattan (« La grande majorité des publications de l’Harmattan est corrigée en interne. ») est surprenant : les auteurs y corrigent eux-mêmes leurs textes ; est-ce cela que signifie « en interne » ?
La conclusion est par contre délicieuse :
« Si les éditeurs préfèrent publier des produits plutôt que des livres, Patricia Verne [présidente de Fromacom] propose de les traiter comme tels : « Un produit défectueux, vous le rapportez au magasin. Il faut donc oser demander le remboursement d’un livre qui serait bourré de fautes. »
Allez-y !

Note : Dans la rubrique, « les éditeurs pratiquent la langue de bois au mépris de leurs auteurs », ne manquez pas cet article de Têtue.com sur les maisons d’édition lesbiennes. Un petit bijou (dont je ne dirai rien de plus sinon, je vais me mettre en colère) !

 

Canette @8

9999 jours de récupérationsAu travail comme ailleurs, les dysfonctionnements techniques sont surtout sources d’énervement et de souci. Toutefois, parfois, il y a d’heureuses surprises. Le 1er janvier, j’ai ainsi été créditée pendant une journée de récupérations me permettant de me consacrer pleinement à la vie en hétéronomie : 9999 jours. Un peu moins de quarante ans à poser, à côté de cela, mes douze jours de congés font ridicules. Je n’aurais même pas le temps de tout épuiser avant la retraite (si l’âge légal ne passe pas à quatre-vingts ans…), c’est trop gentil.
Bon, parfois aussi, les dépannages sont rapides… Vous n’aurez donc pas douze billets par jour, désolée !

Bigleuse @11

Je suis très déçue ! Je voulais faire un billet « Réclamation @ » et voilà qu’il vire au billet « Bigleuse @ » ! Je vous raconte…
J’ai acheté un magnifique canapé futon sur un célèbre site de VPC. Isabelle a peiné pour le monter, entre autres parce que le plan de montage était mal imprimé. J’ai donc « donné mon avis » sur la fiche du produit, avis détaillé, et ai gagné un bon d’achat de 10 euros… J’ai voulu utiliser ce bon d’achat lors d’une commande récente. J’ai donc repris le mail reçu et ai tapé le code « G9271 » au moment de ma commande. Une fois, deux fois, trois fois… J’ai cherché pour voir si je le saisissais bien au bon endroit… et ai fini par passer commande sans déduction de ces 10 euros.
Celle-ci enregistrée, j’ai aussitôt porté ma réclamation.

    « Bonjour,
    « J’ai tenté d’utiliser ces 10 euros, code G9271, sans succès. Votre mail frise la publicité mensongère ! C’est au mieux agaçant, au pire, passible d’un courrier à la DGCCRF. Que me suggérez-vous ?
    « Bien cordialement. »

J’aime bien réclamer en finissant ma demande par une question…
En moins de vingt-quatre heures, l’enseigne de VPC me répond que le code ne fonctionne en effet pas et me demande une copie du mail envoyé. Quatre jours passent, et enfin, je reçois une nouvelle réponse :

    « Il ne fallait pas lire G9271 mais G9271. »

Mon sang ne fait qu’un tour. Ils me prennent pour une blonde… tout en me promettant de m’envoyer un chèque de 10 euros. Je relis leur mail plusieurs fois, actionne le zoom plein écran… Il n’y a pas, ils sont drôles ! J’envoie une copie d’écran à Isabelle et le verdict, en moins d’une heure, tombe.

    Il est écrit « Il ne fallait pas lire G9271 mais G9Z71 » : le troisième caractère qu’il fallait lire est un Z (comme dans Zorro) et non un 2 (comme dans 2main), c’est subtil !

Misère !

Pauvres enfants ! @13

VSD n°1792 (du 29 décembre 2011 au 4 janvier 2012)Le site Arrêt sur images signale dans une brève la réaction de Ségolène Royal à la une pas très fine de VSD évoquant un sondage sur les personnalités les plus « têtes à claques ». Sans commentaires sur la bêtise de ce type d’enquête et d’article, j’ai été frappée par l’argumentaire du communiqué de presse de Ségolène Royal repris par exemple dans cet article du Figaro. Il y est, entre autres arguments, question du « caractère moralement très violent (…) en cette période de fêtes familiales » puis il est dénoncé un « atteinte à sa dignité de mère de famille, de tels propos étant particulièrement odieux pour des enfants, même adultes ». Il y aurait donc une dignité que la mère de famille a et donc que la femme sans enfants n’a pas. Est-ce à dire qu’en plein été, il est moins condamnable de s’attaquer à une femme qui n’est pas une mère de famille ? Tristes propos, à tous moments de l’année…

Tonton @8

Vous l’aurez sans doute remarqué mais nous écrivons, avec Isabelle, nos billets à l’avance afin que le flux ne soit pas perturbé par nos disponibilités respectives. Et chaque fois que l’une ou l’autre prépare un billet, elle l’envoie à l’autre pour une relecture amicale : fautes, propos qui iraient trop loin, rires et émotions partagés, etc.
C’est ainsi que j’ai envoyé à Isabelle mon billet « Tonton @7 » en format texte avec photo jointe après l’avoir avertie que le billet était « chargé d’émotion ». Avec son accord, je publie aujourd’hui sa réponse envoyée par mail, parce qu’elle m’a émue et que je ne voudrais pas qu’elle soit perdue dans le flot de nos mails.

    • «

Cécyle,

    • «

La photo est superbe. Il est beau, il ferme les yeux, sur lui, comme un recueillement, alors qu’il parle. Il est avec les autres et pourtant, il ne peut les regarder, il a besoin de ce repli, il s’en nourrit et l’offre aux autres. Quel écho à ton texte… D’autant qu’avec la malvoyance de ses enfants, ces paupières fermées, c’est un sacré lien. Bref, il y aurait beaucoup à dire pour ce très beau billet et cette photo qui donne un ensemble très fort.

    • «

Ah ! Oui, tu as pu réagir fort à mon commentaire… ouf, je n’ai pas pris de claque !

    • «

Je pense que la souffrance qui pousse à se suicider est parfois alimentée aussi par la souffrance que l’on sait causer aux autres en passant à l’acte. Pour ceux qui ne sont pas totalement fermés dans une source d’aspiration vers le « néant » (je ne me lancerai pas ici dans une discussion sur la vie après la mort et la spiritualité, car je pense que le suicide dépasse cette question, celui qui le commet n’étant même pas dans ces considérations), la souffrance des autres renvoie à sa propre impuissance à leur apporter autre chose et à surmonter sa propre souffrance. Cela doit faire sacrément mal de ne pouvoir aimer autrement, de ne pouvoir que se rendre compte, qu’assister, à l’évidence de cette ultime douleur, celle que l’on laisse derrière soi alors que l’on n’en ressentira soi-même plus… Cela pousse sans doute encore plus à avoir besoin de ne plus souffrir, à ne plus pouvoir supporter cette souffrance.

    • «

La mort est plus ou moins subite et souvent on n’en parle pas, surtout aux gens que l’on n’imagine pas mourir, du fait de leur âge, ou parce que cela ne se fait pas, ou parce qu’on n’ose pas. Mais, pouvoir parler de la mort, c’est aussi parler de l’amour que l’on a, en évoquant la souffrance de l’absence. Je ne l’ai jamais fait avec mes parents et c’est dommage.

    • «

La lettre laissée est une part de ce dialogue auquel tu n’as pas pu répondre, mais ton père savait sans doute qu’il ne pouvait pas faire autrement que te dire qu’il n’avait pas la force, le désir, les ressources de vivre même pour montrer son amour à ceux qu’il aimait.

    • «

Bon, en tous les cas, je trouve que c’est bien que tu lui en veuilles, bien parce que c’est une facette de l’amour que de ne pas accepter tout de la mort, ne pas accepter les conséquences et les causes de son acte, mais l’aimer aussi jusqu’à accepter sa propre décision et l’acte lui-même. Ce sont les facettes du même amour porté avec la force de la bienveillance qui pousse à dépasser son propre ressenti pour donner de la place au ressenti de l’autre.

    • «

Après, on peut se mettre des carottes dans les cheveux et casser des vases…

    • «

Si cela arrive, c’est qu’on est vivant !

    • «

Je t’embrasse très très fort,

    • «

Isabelle

    »

Merci Isabelle ; je t’embrasse encore plus fort que ce que tu m’embrasses très très fort !

Note : On ne vous dira rien des carottes et des vases ; on garde (quand même) quelques secrets.
Autre note : J’ai écrit un Photocriture sur la mort de mon père. Le voici.
La boucle est bouclée.

Décroissance @10

Plus vert que vert, c'est, euh, vert ?La Poste propose maintenant trois tarifs pour une lettre : écopli, lettre verte et courrier prioritaire (ne faites pas les étonnés, je vous l’ai déjà écrit). Ceci est l’ordre du moins cher au plus cher, donc, normalement le plus rapide.
En standard, l’écopli, c’était le timbre vert et la lettre prioritaire, le timbre rouge. Maintenant, le timbre vert est devenu gris, car c’est maintenant la lettre verte qui a un timbre vert. Déjà, ça se complique. Bon, comme ça, si des gens qui n’ont pas suivi l’évolution chromatique des timbres demandent un timbre vert, ils pourront se voir vendre un timbre plus cher que l’économique pour la même couleur. Mais, vous me direz, ce n’est peut-être pas la raison de ce choix et vous aurez raison. La lettre verte est… écolo !
Je l’ai appris grâce à une affiche dont le slogan est « Postez moins cher, postez plus vert ». Dis comme ça, on ne voit pas bien le caractère chou-fleur du truc, mais une indication est ajoutée « Moins de CO2 – 48 heures ». Explication convaincante, n’est-ce pas ? Mais, suis-je bête, cela n’explique rien !
Je peux en déduire que les gens qui payent plein pot (catalytique quand même) poussent les postiers à faire hurler les moteurs pour livrer en temps voulu et ce n’est pas bien du tout. C’est à se demander comment La Poste ose encore vendre des timbres à ces horribles pollueurs ! J’espère que cela vous aura bien culpabilisé, mais rassurez-vous, La Poste forme des bataillons de postiers à la conduite douce, donc moins polluante (et plus économique pour La Poste) et peut même donner des cours à des agents des collectivités territoriales.
Bon revenons à notre histoire de timbrés. Cécyle me signale avec juste raison que sur les automates de La Poste, l’écopli et la lettre verte sont mis en avant. Peut-être est-ce un relent de service public, non ? Peut-être est-ce un contre-feu (rouge) à une remontée des ventes de timbres verts économiques en ces temps de crise par des expéditeurs sans respect du sens de la dignité de leurs correspondants. Non, Cécyle m’a soufflé une réponse : il s’agit de redorer le blason du service courrier à peu de frais (d’essence), car l’envoi prioritaire suppose le transport par avion, avec une difficulté à tenir les 24 heures d’acheminement. Le timbre intermédiaire rajoute donc du temps pour arriver à distribuer dans les délais impartis.
N’était-il pas possible de simplement laisser deux tarifs et mettre en avant l’écopli ? En tous les cas, chapeau bas, voilà comment vendre plus cher ce que les gens veulent acheter moins cher que le plus plus cher. Bref, là, c’est carton rouge !