Archives mensuelles : novembre 2011

Lu @1

Oops n°96L’accroche d’un magazine people était récemment « Sexuellement, ça ne collait pas entre nous… » La femme d’un couple de célébrités, dont je ne connais ni l’un, ni l’autre, demandait le divorce après soixante-douze jours de mariage en raison de ce constat. Outre l’inanité de « l’information », le montage semble grossier, comme si ces stars de je-ne-sais-quelle-sorte n’étaient pas prudentes dans leurs engagements, comme si elles n’avaient pas eu de relations sexuelles avant de se marier, comme si en deux mois, ce mariage ne pouvait pas durer pour cette seule raison, comme si divorcer était facile et rapide…. Que de lectrices doivent rêver à l’idée de pouvoir simplement décider de demander le divorce pour cette seule raison, avec une telle évidente simplicité. C’est peut-être ça la part de rêve dans cette une…

Mariage @9

Il n’est pas rare que mes attaques contre le mariage et la famille soient jugées excessives, peut-être parce que les mots « patriarcat », « hétéronormativité », « ordre social » ont un petit quelque chose de libertaire qui ne va pas bien au libéralisme économique et social qui plombe nos sociétés. En temps de crise, il faut serrer les rangs, courber l’échine, revenir aux sources, défendre ce que l’on a, qui l’on est… L’ordre, donc, avec la famille et le mariage qui le fondent et l’assurent.
Et pour cette fois, ce n’est pas moi qui le dis : « La famille, fondée sur l’union durable de l’homme et de la femme, doit être aidée économiquement et défendue socialement car, à travers les enfants qu’elle porte et qu’elle éduque, c’est l’avenir et la stabilité de la société qui sont en jeu. » Ainsi parlent les évêques de France dans leur projet présidentiel… qu’ils démarrent par ces mots « Ce déséquilibre s’est ajouté aux difficultés sociales et politiques qui sont les conséquences de la transformation profonde et rapide de nos sociétés et de toutes les structures qui organisent notre vie sociale. » C’est donc le désordre qui a altéré l’ordre. Mais qui a produit ce désordre à part l’ordre dont il est issu ? Je ne vois rien dans ce texte qui dirait qu’une révolution, ou une révolte, aurait été la cause de ces « transformations profondes ». De là à conclure que le désordre actuel serait le pur produit de l’ordre d’antan…
Ah ! Quand les évêques se mordent la queue !

 

Changement @3

Mort après dix ans de bons et loyaux services...Fin octobre, j’ai eu une intoxication alimentaire, dont j’ai vite compris que l’origine était un dysfonctionnement du réfrigérateur, tombé en panne dans les heures suivant ma nuit d’insomnie avec mal au ventre. Après dix ans de bons et loyaux services, je devais me rendre à l’évidence.
J’ai rapidement pu acheter un appareil neuf sur un site internet, dont la livraison est intervenue en moins d’une semaine. J’avais la possibilité d’acquérir rapidement un équipement d’un montant conséquent relativement à mon salaire, grâce à des économies disponibles.
Acheter un réfrigérateur/congélateur en quelques jours, sans avoir besoin d’attendre la paie, sans la nécessité d’un crédit particulier, sans que cela ne soit une catastrophe financière, sans avoir à me serrer la ceinture, j’ai mesuré le luxe que cela pouvait représenter dans la société qui m’entoure.

Couperet @1

L’abolition universelle de la peine de mort fait partie des causes qui me remuent les tripes et chaque fois que j’apprends l’exécution d’un condamné, je suis triste et en colère pour mon humanité. Je tiens cela notamment de Sacco et Vanzetti, film que j’ai vu jeune. Comment ne pas être profondément touché quand la caméra prend la place du condamné et que le masque de la chaise électrique vous couvre le visage ? Je ne sais pas. C’est comme chaque fois que je suis placée face au viol d’une personne ; c’est dans ma chair que je ressens la violence de l’acte, que je le partage, que je le porte, comme si cette personne violée ou ce condamné exécuté c’était moi.
Récemment, je me suis mobilisée contre l’exécution de Hank Skinner ou celle de Troy Davis. Dans ces deux affaires, les condamnés ont plaidé leur innocence pour demander la grâce. Cet argument a été largement repris par les organisations militantes contre la peine de mort. Il est très efficace, de prime abord : qui ne s’émouvrait pas que l’on exécutât un innocent ? Le hic, c’est qu’être contre la peine de mort, c’est s’émouvoir que l’on exécute un coupable ! On ne peut en effet être contre « à demi », dans les cas qui nous arrangent. Prenez un certain M K… Je m’égare !

Mariage @8

Invité de France Inter dimanche 13 novembre 2011, Jean-Pierre Chevênement déclare : « Je ne vois plus que les curés et les homosexuels pour demander à se marier. »
De retour du WE Femmes de David et Jonathan, cela m’a fait rire. Il ne faut pas croire pour autant que le propos visait à prôner la suppression de l’institution du mariage, pour tous. Le Che a ses limites. Moi aussi.
Donc toujours, pour moi, c’est… Éva !

Note : Si vous n’êtes pas inscrit sur les listes électorales, il est désormais possible de s’inscrire en ligne… si la mairie est vraiment trop top loin !
Attention ! Date limite le 31 décembre 2011.

Métro @2

http://www.salon-livre-presse-jeunesse.net/accueil.htmlEn rentrant un soir, je suis passée dans un couloir et une affiche a attiré mon attention. J’y voyais une forme assez caractéristique du dessin salace de potache pour représenter une verge et ses compagnes avec en plus une longue queue. En regardant plus attentivement, je me suis aperçue que c’était le dessin d’un lion assis avec son dos et ses cuisses ressortant en orange… pour le salon du livre et de la presse jeunesse. Est-ce un acte manqué des concepteurs de la campagne promotionnelle ? Oups !

Brosse @9

J’étais l’autre soir dans une soirée organisée par une association LGBT dont je tairai pour cette fois le nom. Au moment de partir, je me suis retrouvée face à trois garçons auprès de qui j’ai voulu faire la promotion d’un atelier d’écriture, précisant qu’il leur était ouvert (en tant que garçon). Comme cet atelier avait pour thème la sexualité, l’un d’eux m’a fait une remarque indiquant que l’échange inter-sexe sur le sujet était difficile.
Pour l’avoir pratiqué, je sais que c’est au contraire toujours très enrichissant. J’ai joué alors la provocation, énumérant quelques pratiques sexuelles « hard » chères à certains garçons. Et j’ai fini par ces mots « Et si on parle éjaculation, cela concerne aussi les filles ! »
Que n’avais-je pas dit ? Après avoir mis en doute la réalité de cette éjaculation, simple « écoulement vaginal » pour eux, refusé mes explications biologiques (« Une glande ne peut produire autant de liquide, c’est forcément de l’urine » a argué l’un d’eux, médecin), le même a expliqué aux autres qu’il avait vu cela dans un film porno et que l’actrice prenait clairement son pied. La discussion a ainsi dégénéré ; j’ai proposé de leur simuler un orgasme, là, en direct, sans les mains… Ils ont refusé, outrés. Je leur ai fait remarquer que leur propos était sexiste, que les films pornos sont l’expression d’un désir masculin… « Mais non, les filles aiment ça, aussi ! » et « Les actrices sont des salopes »… J’ai essayé de dire que… « Mais tu ne comprends pas ! » ; « Tu déformes tout ! » ; « Tu décrètes la domination masculine, ça n’existe plus ! » ; d’ailleurs « Ma mère qui a fait la vaisselle toute sa vie, c’est elle qui maltraitait mon père… »
J’étais en colère, en colère de devoir argumenter encore sur ces points dans un milieu où normalement ces questions ne devraient plus faire débat, en colère d’être celle qui ne « comprend pas », « n’entend pas » et forcément, « est agressive ». Et je n’ai pas su en effet faire autrement qu’être en colère ; je suis allée raconter l’altercation à deux autres femmes présentes et entendu dans mon dos « Et elle va le dire à ses copines ! »… Je ne suis pas revenue placer un Ipon, mais cela m’a fortement démangé.
Que faire ? Je ne sais pas. Il y a bien sûr la solution de leur laisser le privilège de l’éjaculation et de se la jouer « potiche de salon » ; cela passe très bien et la mixité, dans ces conditions, est facile… Facile… Pour eux ! Et pour moi ?
Vendredi 25 novembre 2011, à Paris, 18 heures, près de Beaubourg, il y a un rassemblement contre la violence faite aux femmes. Je ne pourrai pas y aller mais vous convie à le faire !

Entendu @6

J’entends de plus en plus des collègues utiliser « impacter » pour évoquer les conséquences de l’activité d’un service sur un autre, par exemple d’un chantier sur un fonctionnement habituel. Outre que ce verbe est un anglicisme, l’expression est mal utilisée dans cette forme (Antidote explique qu’« impacter quelque chose » est une expression chirurgicale d’une opération visant à solidariser avec force organes et prothèses…).
Le TLF évoque un sens économique et un « affaiblissement du sens » en dans l’idée d’une « influence déterminante, décisive » donc dans l’idée d’une forme de supériorité.
Plus encore, ce qui me frappe est la violence de l’expression. « Avoir un impact » est utilisé dans le langage courant, mais cela renvoie à une l’idée de choc, de collision… On n’en sort pas indemne. La répétition du mot renforce à mes oreilles la violence des relations professionnelles et l’absence de collaboration entre entités d’un même établissement. Il n’y a pas de transversalité, pour reprendre un mot aussi à la mode dans le monde du travail, mais il y a course, concurrence, conflit.
« Impacter » renvoie au constat de la cause des problèmes posés alors qu’« avoir des conséquences » est du côté des effets. À mon sens, c’est dans le second cas que l’on est aussi du côté des solutions…

Incyclicité @5

Je sors de chez moi et suis arrêtée sur le trottoir par un cycliste ; look écolo-bobo, vélo vert pomme en prime.
— Bonjour, pouvez-vous me dire où se trouve la rue d’Alésia ?
Je lui souris.
— Bonjour, avec plaisir, mais à la condition que vous y alliez en roulant sur la chaussée.
Ma réponse le surprend. Il commence par me dire qu’il est monté sur le trottoir pour pouvoir trouver son chemin… Je souris un peu plus. Il m’explique alors qu’il n’a jamais renversé personne, qu’il fait très attention, que…
Je lui réponds que je suis piétonne, malvoyante, et que même s’il fait attention, c’est dangereux pour moi… et interdit. Je lui indique son chemin. Il insiste sur le fait qu’il fait très attention aux autres. Je souris encore.
— Faites aussi attention à vous !
Et il est reparti en roulant sur le trottoir.

Aïe ! @3

Bien que je prête particulièrement attention à ma façon d’écrire, il y a des fautes que j’ai du mal à éliminer. Elles sont relatives aux participes passés et aux infinitifs. Pour m’aider à les éviter, j’utilise le procédé appris à l’école du remplacement par un verbe du troisième groupe : rarement vendre, souvent prendre, fréquemment mordre… Cela donne des phrases assez étonnantes « … que j’ai prises… », « … que j’ai mordues… ». La persistance du besoin d’utilisation de ce procédé a-t-elle un sens caché ? Hum… Je n’ose appeler le Docteur Freud pour le savoir.